Voir la carte 1, p
aspirations du parti populaire, s'était désorganisée comme la rovauté elle-même.
L'armée de 1789 faisait figure honorable à côté de celles de l'Autriche et de la Prusse. Par un travail continu, poursuivi depuis le ministère de Choiseul, la France avait affermi et amélioré ses institutions militaires. 11 n'y a aucune comparaison à faire entre les troupes battues à Rosbach et les troupes de 89.
Par l'efTectif normal de ses troupes, la France se maintenait au niveau des grandes puissances. Elle avait 172,000 h(Mnmes sur le pied de paix, 327,000 sur le pied de guerre. C'étaient des soldats de métier, engagés pour huit ans, assurés au bout de seize ans de services d'une petite pension, et au bout de vingt-quatre ans de l'admission aux Invalides. Le recrutement souffrait comme au xvii° siècle des vices du racolage. Le métier de soldat étant extrêmement dur, il fallait être désespéré ou sans ressources pour s'y résigner. Il en était ainsi surtout pour l'élément français de l'armée. A côté des régiments français se trouvaient au service de France de nombreux régiments étrangers : chose naturelle en un temps où il n'était pas question d'armée nationale. On ne prenait aucun soin de former de puissantes réserves, car les guerres n'avaient point le caractère implacable des luttes de nation ii nation. Cependant, depuis 1726, on avait organisé les milices ou troupes provinciales, recrutées par voie de tirage au sort. Quoique ce service fût aussi peu recherché que celui de Tarmée de ligne, et que chacun essayât de se soustraire aux redoutables billets noirs, les milices s'étaient rendues utiles pendant la guerre de Sept Ans. Elles atteignaient le chiffre de 76,000 hommes.
Telle était la matière sur laquelle avaient travaillé les ministres réformateurs depuis Choiseul. Leurs efforts avaient porté sur Linstruction des officiers et des troupes, sur la discipline et sur l'armement : toutes réformes dont la guerre de Sept Ans avait démontré la nécessité. En
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général, ils imitèrent les institutions militaires prussiennes, auxquelles les victoires de Frédéric II avaient donné un prestige excessif.
La guerre de Sept Ans avait mis au jour l'iofnorance et ineptie du haut commandement. Même avant la guerre de 1756, l'infériorité des Français, sous ce rapport, était vivement sentie parles gens éclairés. Le comte d'Argenson avait organisé des écoles de guerre, l'Ecole militaire de Paris, l'Ecole d'application d'artillerie de Metz. 11 avait cherché, et Choiseul chercha aussi à rendre plus difficile l'accès des grades élevés aux jeunes nobles qui obtenaient un régiment comme une pension. Grâce à leurs efforts se forma cette génération d'officiers estimables, dévoués, un peu timorés et partisans d'une tactique circonspecte, dont les qualités et les défauts furent mis en lumière pendant la guerre d'Amérique et aux premiers jours des luttes révolutionnaires. Ces officiers furent avant tout d'excellents instructeurs.
Quant à la discipline, on l'avait rendue plus stricte ; on avait sagement retranché de l'armée les impedimenta trop nombreux et la cohue de parasites qui la rendaient plus semblable « aux hordes de Xerxès qu'aux troupes de Turenne ». Sous Louis XVI, le comte de Saint-Germain avait voulu introduire en bloc l'exercice et la discipline à la prussienne, avec accompagnement du plat de sabre. Mais la raideur automatique des mouvements prussiens et surtout les châtiments corporels étaient peu goûtés de l'armée française. Les réformes disciplinaires de Saint- Germain avaient soulevé de vives protestations ^ Toutefois beaucoup d'officiers nobles laissaient voir leurs préférences -pour la discipline au bâton, ce qui ne contribua pas peu à les rendre impopulaires, eux et leur caste.
Enfin les ministres et en particulier Choiseul avaient
1. Ce ministre fut mieux inspiré eh établissant dix collèges préparatoires à l'Ecole militaire. L'un d'eux était celui de Brienne, où fut élevé Bonaparte.
donné tous leurs soins à rarmement: roufillage accumulé par eux, qu'il eût été diiiicile d'improviser, rendit à la Révolution d'éminents services. L'artillerie surtout, grâce au canon de Gribeauval, solide et d'un tir précis, se trouva du premier coup égale ou supérieure aux artilleries ennemies: les officiers républicains en tirèrent un très grand parti. L'arme de l'inAinterie était le fusil à pierre de 1777, suffisant en un temps où l'on se fusillait de très près, et où l'arme blanche jouait un rôle de premier
ordre.
L'armée de rancien régime était donc redevenue, extérieurement, digne des beaux jours de la monarchie. Mais elle souff'rait d'un vice interne capable de la paralyser et même de la détruire: la justice dans l'avancement était sacrifiée à l'esprit de caste; toutes les places d'officiers étaient réservées à la noblesse.
Cette situation, dans ce qu'elle avait de plus grave, était assez récente. Sous le ministère du comte de Ségur, le 22 mai 1781, il avait été décidé que quatre quartiers de noblesse seraient exigés désormais de tout officier: ce qui excluait des grades non seulement les roturiers, mais les anoblis de la bourgeoisie aisée, jusqu'alors admis assez facilement dans l'armée. Cet édit est un des signes de la réaction nobiliaire qui précède 89. La noblesse considérait la carrière des armes comme sa propriété, et trouvait très naturel d'en exclure toute concurrence. Depuis 1781, le roturier ne put dépasser le grade de a bas officier », de sergent. Dans ce grade inférieur s'accumulent toutes les bonnes volontés et tous les talents ardents de se produire, pour lesquels 89 sonnera l'émancipation. En attendant, Témulation disparaît des rangs inférieurs de l'armée pour faire place à l'envie et l\ la haine. Le fossé se creuse entre les chefs et leurs soldats, comme il s'était creusé déjà entre les troupes de ligne et les corps orgueilleux de la Maison du roi, sur qui pleuvaient les honneurs et les distinctions : c'étaient les privilégiés de l'armée.
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Ainsi l'armée française, assez bien commandée, relevée de ses humiliations d'Allemagne par les triomphes d'Amérique, pourvue d'un outillage de guerre excellent, était atteinte de la maladie commune, la lutte des classes, envenimée par la morgue et Tignorance de certains oflTiciers, par les ambitions comprimées des sous-officiers de valeur et par la misère des soldats. Dès la convocation des États-Généraux commença la crise pour les institutions militaires comme pour toutes les autres institutions de l'ancienne France. L'armée régulière se désagrégea par en haut et par en bas. L'émigration lui porta un coup terrible; la Constituante par ses défiances et ses demi-mesures, les partis populaires par leur propagande et leurs continuels appels à l'indiscipline tendirent d'un commun effort à la désorganiser.
L'émigration commencée dès juillet 1789 priva les troupes d'une grande partie de leurs officiers. L'Assemblée, pleine de défiance à l'égard de l'esprit militaire, sans agir ouvertement contre la vieille armée, ne fit rien pour la raff^ermir sur ses bases ébranlées. Elle décréta la suppression des troupes provinciales (juin 90-mars 91). Elle rendit les grades accessibles à tous, mais ne constitua pas l'armée nationale que demandait Dubois- Crancé: le recrutement continua à être fondé sur les enrôlements volontaires ou prétendus tels. La désertion et l'indiscipline ravagèrent les corps. A l'époque de la prise de la Bastille, les régiments commencent a se dissoudre. Bientôt l'émeute de Nancy démontra (1790) les
progrès de l'esprit de désordre. La désertion s'accrut dans d'effrayantes proportions: l'armée de ligne ne comptait plus que 124,000 hommes présents au drapeau. Il avait suffi d'un an et demi d'excitations démagogiques pour amener un dépérissement si dangereux. La Constituante s'en inquiétait peu, car sa politique étant résolument pacifique et l'Europe semblant assez tranquille, elle ne voyait aucun motif d'armer à outrance. Elle n'eut d'inquiétude qu'au sujet de l'ordre intérieur. Elle comp-
tait, pour l'assurer, sur les gardes nationales, organisées de 1789 à 1790 sur toute Tétendue du territoire. La garde nationale procurait aux Français la joie de jouer au soldat. La Révolution, avant de créer une armée nouvelle et redoutable entre toutes, commençait par une inoffensive mascarade militaire. Il fallut la fuite de Louis XYI à Yarennes pour que la Constituante se décidat(juin 1791) à prendre les premières précautions en vue d'une guerre étrangère. Alors s'organisèrent les premiers bataillons de volontaires. Mais, Talerte passée, on ne se pressa pas de les armer, de les équiper et de leur donner des cadres. Cependant les événements se précipitaient. Les rapports de la Révolution et de l'Europe devenaient de plus en plus tendus. La coalition s'ébauchait à l'entrevue de Pilnitz entre les souverains de Prusse et d'Autriche (27 août 1791). Le 1"'' octobre, la Législative succédait à la Constituante. Les Girondins la dominèrent vite : ils étaient partisans de la guerre contre la vieille Europe et de la propagande à main armée. Leur langage hautain et belliqueux annonçait pour le printemps la guerre des principes. Les monarchies le comprirent ainsi et s'y préparèrent. La France fit aussi ses préparatifs, mais sans suite et sans résultat efficace. Le ministre Narbonne se rendit un compte exact de la situation : il vit la diminution de l'effectif, le découragement des chefs, les défiances et rindiscipline des soldats. 11 demanda h l'Assemblée de l'argent et des hommes : les Girondins ne lui accordèrent rien, et n'en persévérèrent pas moins dans leur politique de guerre. Irréfléchis autant qu'audacieux, ils jetèrent la France dans la lutte avec une armée désorganisée, capable toutefois de se reconstituer vite, si l'ennemi lui en laissait le temps, grâce à l'esprit guerrier de la nation, aux nouvelles levées d'hommes et à la restauration d'une discipline intelligente \
1. « Le soldat français n'est pas un automate ; en vain a-t-on cherché à le travestir en Allemand ; on lui a fait dissimuler son caractère, sans
lin
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La guerre éclata le 20 avril 1792. L'armée royale, unie aux volontaires de 91, dut soutenir la prem'ière lutte contre les armées de l'Autriche et de la Prusse.
Le premier plan de campagne de l'armée révolutionnaire était l'œuvre de Dumouriez. Ministre des Affaires étrangères, il avait plu aux Girondins par l'audace de ses vues. 11 avait appris à ne douter de rien dans une carrière d'intrigues des plus aventureuses ; il pressentit qu'à la Révolution ne convenait qu'une seule tactique, celle d'une impétueuse offensive. Esprit très positif, il ne se berçait pas des rêves de fraternité chers aux Gin)ndins : il nourrissait l'espoir précis d'atteindre pour la France ses limites naturelles : le Rhin et les Alpes. Son principal objectif était les Pays-Bas, où il espérait porter un co:ip mortel h l'ennemi héréditaire, à l'Autriche. Il n'ignorait pas la faiblesse militaire des Pays-Bas, gardés par iO,000 hommes à peine. Bien qu'il doutât de la valeur de l'armée française, dont la transformation ne faisait que commencer, il comptait que la soudaineté même de son coup de main le ferait réussir.
L'audace du plan de Dumouriez fait contraste avec la
fajblesse de ses moyens d'attaque. Au commencement de
1792, Narbonne, s'inspirant de la stratégie timorée alors
en usage, avait dispersé les troupes françaises en un
cordon défensif, de Dunkerque à Bàlc. 48,000 hommes,
sons Rochambeau, étaient établis entre Dunkerque et la
Meuse ; 52,000 autres, sous Lafayette, de la Meuse à
Lauterbourg, et 43,000, sous Luckiïer, de Lauterbourg à
Baie. Loin de concentrer ces forces en vue de porter un
coup terrible aux Autrichiens, Dumouriez prescrivit
d'attaquer les Pays-Bas sur quatre points : une petite
colonne devait se porter de Dunkerque sur Furnes, une
autre, un peu plus forte, de Lille sur Tournav, une troi-
pouvoir lui en communiquer un autre, et la discipline même en a été altérce. Habitué à raisonner les ordres qu il reçoit, il ne peut jamais être 1 instrurnoni scrvilc des volontés arbitraires. »
(Dubois-Crancé, Observations sur la Constilution militaire, 1789.)
sième, de Valenciennes sur ^lons : ces trois colonnes étaient détachées de la première armée ; la quatrième colonne, sous Lafayette, devait marcher de Civet sur Namur. Même dans un pays faiblement défendu, une invasion ainsi conçue ne pouvait réussir.
De plus, le moral faisait défaut aux Français. Les soldats se mirent en marche sans confiance. La plupart appartenaient à la vieille armée : ils soupçonnaient leurs chefs de connivence avec Tennemi. Quant aux chefs, ils n'étaient pas traîtres, ils n'étaient qu'hésitants et troublés, et surtout ils répugnaient à exécuter le plan téméraire de Dumouriez.
Aussi l'échec fut-il rapide et complet. Au centre, Dillon, avec 4,000 hommes, se porte de Lille sur Tournay; à l'apparition soudaine de quelques hussards autrichiens, les troupes prennent peur et se sauvent vers Lille en criant à la trahison; Dillon est massacré (29 avril). Biron, parti de Valenciennes avec 10,000 hommes, arrive sans obstacle h Quaregnon, près de Mons ; sur les nouvelles de ïournay, il bat en retraite ; à Quiévrain, les troupes sont prises de panique et s'enfuient vers Valenciennes (30 avril). Aux deux ailes, Carie se replie de Furnes sur Dunkerque, et Lafayette revient à Givet.
La lâcheté des volontaires n'était pas la cause des incroyables paniques de Tournay et de Quiévrain : les anciens soldats avaient fui comme les autres ; la vraie cause était la profonde défiance de l'armée pour ses chefs.
Saisi à ces nouvelles de colère et de crainte, Dumouriez s'attendit à voir TAutriche pousser ses avantages sur la frontière du Nord. Mais les Impériaux n'étaient pas assez forts pour une invasion, et leur stratégie était extrêmement circonspecte ; ils se contentèrent de faire sur la frontière un cordon défensif en face du cordon des Français.
Le remplacement de Rochambeau par Luckner à la tète de l'armée du Nord amena une nouvelle tentative inutile sur les Pays-Bas. Luckner, vieux soldat de peu de
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caractère et de peu de talent, porta bien 28,000 hommes du camp de Famars sur Courtray (18 juin), mais fut hors d'état de se maintenir sur le territoire ennemi. Le ministère le renvoya sur le Rhin et le remplaça par Lafayette. Celui-ci songeait moins à combattre l'ennemi qu'à s'opposer aux progrès des Jacobins : son attitude et son voyage à Paris après le 20 juin augmentèrent le trouble de son armée. Dumouriez lui-même, mis, après son ministère, à la tête d'une division de l'armée du Nord, comprit qu'avant de marcher à Tennemi, il importait de raffermir et de discipliner les troupes: il fit du camp de Maulde un champ d'exercices, où il chercha à inspirer aux soldats et aux volontaires un même esprit d'obéissance et d'ordre.
Ce n'était pas sur la frontière du Nord que devait se porter l'efTort de la coalition. T. 'attaque principale, confiée à l'armée prussienne de Brunswick, fut dirigée contre la frontière de l'Est. La coalition s'y détermina sur les assurances des émigrés, qui afïîrmèrent que la marche sur Paris ne serait qu'une promenade triomphale; elle nourrit aussi l'espoir de trouver dans l'Fst, sous forme de conquête, « tous les dédommagements auxquels elle était en droit de prétendre », comme disait l'empereur François IL
Les premiers échecs et la menace de l'invasion alarmèrent la France et surexcitèrent les passions révolutionnaires. L'Assemblée décida de porter l'armée à 450,000 hommes (20 juillet); elle fit de nouveau appel aux volontaires, elle déclara la Patrie en danger (22 juillet). Ces mesures ne produisirent d'autre effet que de peupler les camps de recrues indociles, plus disposées à faire du camp un club qu'à se plier à la discipline. La France dut soutenir la lutte, en Champagne, avec une armée de cohésion douteuse et d'inégale instruction.
Les alliés avaient rassemblé à Coblentz, sous les ordres du roi de Prusse Frédéric-Guillaume II et du duc de Brunswick, 47,000 Prussiens et llessois, et 5,000 émigrés.
L'armée principale devait être lliuiquée, h gauche, par les Autrichiens de IIohonlohe-Kirchberg, et à droite, par ceux de Clerfayt ; ces deux corps avaient 15,000 hommes chacun. Avant de partir, on jugea bon de préciser les intentions des coalisés, et on lança l'imprudent manifeste que le duc de Brunswick, tout en le désapprouvant, consentit à signer (25 juillet). La coalition y faisait aux révolutionnaires de telles menaces, que ceux-ci ne virent d'autre alternative que la victoire ou la mort ; ils ripostèrent de suite par la Révolution du 10 août et la chute du trône de Louis XYL
Il eût fallu soutenir l'arrogance du manifeste par une action prompte et décisive. Mais Brunswick ne s'avançait qu'à regret vers les frontières de France. Tout pour lui était matière ii inquiétude : il avait peu de foi dans les promesses des émigrés; il craignait de s'engager au milieu du soulèvement national des Français: il avait à Féo-ard de ses alliés les Autrichiens une incurable défiance; il était tourmenté de soucis pour ses subsistances et ses convois. Il étaitbien incapable d'une irruption foudroyante, telle que Finvasion projetée aux Pays-Bas par Dumouriez. Son horizon d'attaque, loin d'aller jusqu'à Paris, s'arrêtait aux rives de la Meuse. Le 19 août seulement, il franchissait la frontière l\ Redange. Il avait laissé à ses ennemis tout le temps nécessaire pour le bien recevoir.
Malheureusement, les Français n'avaient guère profité du répit que Brunswick leur laissait. Le trouble et Fhésitation régnaient chez eux, comme l'indécision chez leurs adversaires. Depuis la fin de juin, l'armée du Nord, de la mer à Longwy, était aux ordres de Lafayette, avec Sedan pour quartier général ; Kellermann, successeur de Luckner, établi à Metz, commandait l'armée de la Moselle. Lafayette, déjà fort mal disposé pour les révolutionnaires de Paris, s'indigna à la nouvelle du 10 août, et essaya, comme plus tard Dumouriez, d'entrahier son armée contre les Jacobins. Les soldats hésitèrent et finirent par rester dans le devoir: Lafayette s'enfuit le jour même
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où les Prussiens entraient en France (19 août). Dumouriez le remplaça. Au milieu de ces agitations, personne n'empêcha les Prussiens de passer la frontière. Ceux-ci ne trouvèrent aucune barrière: les places du Nord-Est n'en étaient pas une suffisante ; elles étaient dans le plus mauvais état, condamnées à capituler aux premiers coups de canon.
L'armée prussienne pénétra en France par l'intervalle existant entre les armées de Sedan et de Metz. Elle investit la petite place de Longwy, et la força à capituler après un court bombardement (23 août). Brunswick marcha ensuite sur Verdun : il détacha sur la droite Clerfayt vers Stenay, afin d'observer les mouvements de Farmée de Sedan; à gauche Hohenlohe assiégeait Thionville. La marche du prudent général était entourée d'infinies précautions: Brunswick les multipliait depuis son entrée en France ; il se sentait isolé, malgré les promesses des émigrés, au milieu d'une population hostile. Mais le succès de Longwy avait grisé les chevaliers de Coblentz et Frédéric-Guillaume, et ils poussaient sans cesse Brunswick en avant. Celui-ci arriva sur la Meuse le 30 août et s'empara de Verdun aussi facilement que de Longwy (2 septembre). Nouveau motif de joie pour les Prussiens, d'inquiétude pour leur général. Il prévoyait (pi'on allait lui faire dépasser la Meuse. Loin de croire, comme les émigrés, l'expédition finie, il sentait qu'elle commençait à peine : il se rappelait l'exaspération des paysans, le suicide de Beaurepaire, commandant de Verdun, et le cri d'un soldat de la garnison défilant devant les vainqueurs: v( Au revoir dans les plaines de ChAlons ! » Il prit prétexte des subsistances qui manquaient, allégua la nécessité de faire du pain et de constituer des magasins, et ne franchit pas l'Argonne sur-le-champ : il stationna jusqu'au Ll septembre sous les murs de Verdun.
Cependant, Dumouriez avait pris à Sedan le commandement de l'armée française. 11 n'avait pas renoncé à son projet favori, l'invasion de la Belgique ; l'entrée même
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LES CAMPAGNES DES ARMÉES I UANÇAISES
des Prussiens en France ne changeait en rien sa manière de voir; il. croyait que Brunswick hésiterait à se risquer
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Dumouriez ne jugeait guère à propos de risquer contre les Prussiens cette armée peu nombreuse et d'une fidélité en apparence équivoque.
Telles étaient chez lui les dispositions de la première heure: elles ne tardèrent pas à changer sous la pression des événements. L'attaque de l'armée prussienne sur la Meuse le détermina à défendre la route de Paris au lieu d'envahir les Pays-Bas. C'était aussi l'avis Cii ministre Servan. Celui-ci assura au général qu'il serait soutenu; Beurnonville, avec 1(3,000 hommes, Kellcrmann, avec 22,000, devaient venir, l'un, du camp de Maulde, l'autre, de Metz, au secours de Dumouriez ; des volontaires de nouvelle levée, réunis à Soissons, devaient encore le rejoindre. Dumouriez quitta Sedan pour les défilés de l'Argon ne, les a Thermopyles de la France )) ; il envoya l'avant-gardc de Dillon balayer vers Stenay, la rive gauche de hi Meuse ; puis Dillon occupa les défdés des Islettes et de la Chalade ; Dumouriez suivit et s'installa le 3 septembre au camp de Grand Pré, entre TAisne et l'xVire. Il s'occupa aussitôt de retrancher et de défendre les cinq défilés qui, échelonnés du Nord au Sud dans l'Argonne, permettent de passer de la vallée de la Meuse dans les plaines de C ha m pagne \
Au camp de Grand-Pré, Dumouriez s'abandonna vite à sa nature confiante et même présomptueuse; il se crut maître de la situation. Son armée se composait en partie de volontaires de la nouvelle levée, inférieurs en tous points à ceux de 91 ; parmi eux les malingres d'une part, les orateurs de club de l'autre, faisaient autant de nonvaleurs. Mais il eut l'art de les épurer et de s'en faire obéir. Les plus mutins des volontaires furent tondus et chassés ignominieusement ; les autres se calmèrent. Ce qui soutenait avant tout Dumouriez, c'est qu'il sentait derrière lui la France entière, levée contre l'invasion
au delà de la Meuse. Ajoutons qu'il ne disposait à Sedan que de 30,000 hommes; encore ne les avait-il pas dans la main ; ses troupes l'avaient reçu très froidement, et
1. Ce sont, du Nord au Sud. les défiles du (]licnc- Populeux, de la Croix-aux-Bois, de Graud-lVé, de la Chalade et des Islettes.
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étrangère, prête, dans ^on exaltation, à condamner la défaite, comme elle condamnait la conduite des défenseurs malheureux de Longwy et de Verdun. Jamais la communion ne fut si intime entre la nation et l'armée, car cette armée formée hâtivement d'anciens et de nonveaux soldats était la nation même; les anciennes troupes, défiantes et découragées en avril, s'étaient remises des premières paniques sous la main ferme de Dumouriez ; elles étaient capables de se défendre, sinon d'attaquer. La conduite tâtonnante de Brunswick semblait prouver l'excellence de la barrière de l'Argonne. C'est de cette manière que Dumouriez, porté par nature à l'ofiensive, mais éclairé par l'expérience récente, se pliait ii une tactique défensive provisoire, dont le plus sur résultat devait être d'aguerrir les Français et d'alïaiblir leurs ennemis.
Toutefois, un incident imprévu renversa ses combinaisons. Le 12 septembre, Clerfayt surprit et enleva le défdé de la Croix-aux-Bois.
Ce défdé, un des plus septentrionaux de l'Argonne, avait été négligé par les Français, car ceux-ci étaient persuadés que reffort des alliés se porterait au centre ou au sud. Dumouriez n'y avait laissé en dernier lieu que 100 hommes. (Merfayt s'y logea aisément et repoussa les retours offensifs de Chazot, (pii fit retraite sur Vouzicrs. Les coalisés, maîtres de la Croix-aux-Bois, le furent bientôt duChène-Populeux et disposèrent de deux passages pour déboucher en Champagne, sur le flanc gauche et les derrières de l'armée française.
Cotte fois encore, la lenteur du duc de Brunswick, sa répugnance à s'enga<(er plus avant empêchèrent les troupes alliées de tirer parti de leurs succès. Brunswick marcha bien vers le nord, dès le 12 septembre, pour donner la main à Clerfayt ; mais il se tint en observation inerte h Landres, comme devant Verdun. Dumouriez évacua de nuit le camp de Grand-Pré (15 septembre) ; il appela à lui, de Vouziers, les troupes de Chazot. On s'attendait ii le voir reculer sur Chàlons et sur Reims, afin de couvrir
i^aris: il était décidé à n'en rien faii'c et à se maintenir ferme dans l'Argonne, ce qui devait lui éviter la lâcheuse apparence d'une retraite; il était certain d'autre part que Brunswick suivrait avec soin les mouvements des Français, et ne s'engagerait pas en Champagne en les laissant derrière lui.
L'armée française se replia donc, du 15 au 1 7 septeml)re, sur Sainte-Menehould, sans autre accident qu'une panique des troupes de Chazot à Montcheutin ; elles s'enfuirent devant 1,200 hussards prussiens et jetèrent l'émotion dans les autres corps, (.ette échaullourée prouvait combien l'armée était un instrument encore fragile, et combien il importait de lui éviter les collisions imprévues tout en lui conservant devant rennemi une attitude fière et décidée : problème délicat que les hésitations de Brunswick permirent de bien résoudre.
Au camp de Sainte-Menehould airlvèrent enlin les renforts : Beurnonville, après avoir fait un crochet par Chalons, fit sa jonction le 18 septembre et Kellermann le lendemain. Dumouriez eut sous la main environ 55,000 combattants. 11 les disposa à Touest de Sainte-Menehould, sur les plateaux et dans les plaines rases qui commencent la Champagne pouilleuse : Kellermann dut occuper les bords de l'Auve et les hauteurs de Cizancourt à Valmy ; Beurnonville et Stengel, à l'aile droite, se portèrent sur le mont Yvron ; les troupes françaises se prolongeaient en arrière au camp de Braux-Sainte-Cohière. Elles faisaient face aux plaines de la Champagne et s'adossaient à l'Argonne.
Sortie enfin des défdés, l'armée prussienne suivit en tâtonnant la marche des Français. Brunswick projetait de les attaquer en tombant directement sur leur flanc droit, par une marche du Nord au Sud, et en conservant les communications avec Verdun. L'impatience de Frédéric- Guillaume l'empêcha d'exécuter son plan. Le roi de Prusse craignit de voir l'ennemi lui échapper; sur le faux bruit que celui-ci se retirait sur Chillons, il poussa vivement
ses soldats, le 19 septembre au soir, jusqu'à Somme- Tourbe ; puis il revint brusquement vers l'est pour prendre
Carte n" 2. — Valmy, Jeinappcs, Ncerwindcn, \V'amirnics.
contact avec les Français. Le matin du 20 septembre, sous un épais brouillard, l'avant-garde prussienne, tour-
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nant le dos h Paris, s'avançait vers les hauteurs de Gizaucourt et de la Lune, où étaient les avant-postes de Kellermann.
Celui-ci aurait dû occuper tout le terrain de Valmy aux bords de lAuve, afin de couvrir entièrement la route de Sainte-Menehould à Chàlons. Au lieu de distribuer ses troupes de Valmy à la Lune et à Gizaucourt, il les entassa sur la butte de Valmy, obéissant à l'instinct de présenter de grandes masses à un ennemi discipliné et solide. Il s'appuyait à droite sur le mont Yvron et sur les troupes de Beurnonville ; sa gauche se prolongeait vers Orbeval, où Dumouriez le fit bientôt renforcer. Les avantpostes de la Lune se replièrent à l'approche de Brunswick et découvrirent à ce dernier l'armée française en bataille sur la butte de Valmy ^
Une vive canonnade avait commencé des deux cotés. Les soldats de Kellermann soutenaient assez bien le feu de l'artillerie prussienne. Mais ils étaient nerveux et inquiets. L'explosion de quelques caissons les mit en émoi et faillit provoquer une panique. Kellermann parcourut la ligne, exhorta et raffermit tout le monde, cria: a Vii^e la nation! » Et tous, soldats de ligne et volontaires nationaux, encore un peu troublés, rassurés cependant par leur nombre et par l'hésitation visible de Fennemi, répétèrent de confiance: « Vive la nation ! »
L'armée prussienne s'était arrêtée sur les hauteurs de la Lune. Brunswick examinait les 35,000 Français. Il hésitait à risquer contre cette armée d'anciens soldats et de novices enthousiastes la vieille armée de Frédéric II ; il la savait déshabituée de la guerre, afiPaiblie par les marches et les privations, inférieure en ce moment à sa réputation. Plus confiant, le roi de Prusse voulut qu'on abordât les Français. Brunswick se résigna donc à ordonner la marche en avant. Les Prussiens s'avancèrent vers le plateau de Valmy. A peine avaient-ils fait deux cents pas que leur chef