Voir la carte 7, p
Carnot, chargé des affaires militaires sous le Directoire, dressa le sien d'après les règles qu'il avait suivies
en I79'i. Il se prononça pour une audacieuse ofl'ensive, par tempérament coniniepar nécessité : il fallait vivre sur
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le pavs ennemi. Il projeta avant tout de purger d Autrichiens la rive gauche du Rhin, et, dans cette vue, se trouva naturellement amené à son moyen favori d'action sur les deux ailes. Il décida que l'armée de Sambre-et- Meuse, placée sur le bas Rhin vers Dusseldorf, et pourvue de postes sur la rive droite, tenterait l'attaque la première sur la Sieg et sur la Lahn. Ce mouvement aurait pour résultat certain d'attirer sur elle l'effort de l'armée autrichienne. L'armée de Rhin-et-Moselle profiterait alors de l'éloignement du gros des forces ennemies pour passer le Rhin k son tour et envahir le Brisgau et la Souabe. Lorsque les deux armées seraient sur le sol allemand, elles écraseraient l'adversaire entre deux feux. Un corps d'observation de 25,000 hommes, laissé dans le Palatinat sous les ordres de Marceau, devait rejoindre après la retraite des Impériaux l'armée de Rhin-et-Moselle.
Tout ce plan était fort bien conçu sur le papier : mais les moyens d'exécution fiiisaient défaut. Les deux généraux en chef Jourdan et Morcau reconnurent et dépeignirent h Carnot l'extrême dénuement de leurs troupes : pas de vivres, pas de solde, désordre de l'administration, faiblesse numérique de la cavalerie, démoralisation croissante des soldats pervertis par de trop longues misères, tel fut le tableau qu'ils s'accordèrent h présenter au directeur. Force fut a Carnot de reconnaître que la situation des deux armées et surtout de l'armée de Sambreet-Meuse rendait l'offensive très difficile. Son plan était du 16 avril, et c'est le 23 que les généraux, réunis en conférence à Trêves, lui démontraient qu'il était pratiquement inexécutable.
Les Autrichiens semblaient en meilleure posture. Le timide conseil de guerre de Vienne se rendait compte lui-même de la position avantageuse des Impériaux : il avait disgracié Clerfayt pour avoir conclu 1 armistice ; il ordonna à son successeur, l'archiduc Charles, et a Wurmser d'attaquer sur la Moselle et sur la Sarre Par un contraste surprenant, tandis que le gouvernement fran-
Ji.^si
LES CAxMPAGNEïi DES AKMIiES FRANÇAISES
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çais poussait sans moyens sérieux à l'offensive et que ses généraux se déclaraient paralysés, les généraux autrichiens sans prendre souci des ..bjurgalions de Vienne et de leur propre siluation, reculaient devant la brillante . perspective qui sodW.ità eux. Charles et Wurniser s'accordèrent a remontrer que, manquant de places fortes ils manquaient de bases solides p<.nr leurs opérations ;' ils prêchèrent 1 un et l'autre la .léCensive, la tactique favorite des meilleurs géntMaux de l'Autriche, comme des plus incapables. Ils ne firent .,u'une concession au ministère de Vienne : le 21 mai, ils dénoncèrent l'armistice pour e 1 pan. Puis ils attendirent les coups que les rénubl.ca.ns se sentaient à peine capables de leur porter Les victoires de Bonaparte en Italie, s'aioutantà lirrésolut.on naturelle des Autrichiens, firent Vcnoncer ceuxci a tout plan d action énergique sur le Hhin. Dès le 31 ma. ordre était expédié à Wurniser de partir avec ^0,000 hommes pour le Tyrol. L'archiduc Charles réunit en ses mains toutes les forc<.s impériales. Désormais
1 unité de direction était acquise à l'armée autrichienne •
S;'rr. '"* """"" '^'"'''" «"'''«^ ^1^'">^ la inemière partie de la campagne.
Du côté des républicains, la dénonciation de l'armistice releva le courage de Ions en mettant fin aux hésitations de Jourdan et de Moreau. Le premier se mit tout de su„e en mesure de prendre l'offensive sur la Sieg et su la Lahn. Son lieutenant Kleber s'avança contre les de achements autrichiens du prince de Wurt'ember<. Ces détachements morcelés, privés de direction én,.r^;ique' jetés en fieche loin du corps principal, ecdèrenr s' n grande résistance. Kleber passa la Sieg; l'ennemi ess va de se retrancher derrière le ravin d'Altenkirchen ; l'es Mançais 1 enlevèrent, firent 1 ,500 prisonniers, prrent
2 pièces de canon (.5 juin) Le pri.Ice de Wnrt,?!nbe": se retira promptement derrière la Lahn. La division Grenier en pr,,fita pour passer le Rhin à Xeuvvied et joindie Kleber. loute I armée de .lourdan suivit ; elle jalonna
ft.
de postes le cours de la Lahn, de Nassau à Wetzlar. Ainsi s'esquissait la marche vers la Hesse et la Frau-
conie.
Mais l'armée de Sambre-et-Meuse dut se contenter de cette ébauche d'ofiensivc. Ce que Carnot avait prévu arriva : l'archiduc Charles n'eut d'autre pensée que d'arrêter l'invasion de Jourdan. Il évacua la rive gauche du Rhin en n'v laissant que les forces nécessaires à la défense de Mayence (10 juin); il arriva fort à propos au secours de Wurtemberg, et vit devant lui l'armée française éparpillée en une chaîne de postes, au delà de l'étroit fossé de la Lahn. Il choisit le point d'attaque à sa droite sur Wetzlar ; il enfonça la division Lefebvre très inférieure en nombre ; il menaça de resserrer entre ses troupes victorieuses et le Rhin l'armée de Jourdan (15 juin). Celui-ci se vit forcé à une rapide retnûte ; il rallia non sans peine ses divisions éparses et disparut par le pont de Neuwied. Seul, Kleber demeura sur la rive droite, où il recula pas à pas vers Dusseldorf, désireux de se soutenir au moins sur le Sieg. C'est dans ce but qu'il livra aux Autrichiens de Kray le combat d'Uckerath (19 juin). Il ne réussit qu'à leur oter l'envie de le suivre de trop près.
Tout en se Aiisant battre, l'armée de Sambre-et- Meuse avait atteint son but, qui était d'attirer sur elle l'attention et l'efiort des Autrichiens. Le terrain était déblayé devant l'armée de Rhin-et-Moselle. Celle-ci en profita pour passer le fleuve et s'installer sur la rive
ennemie.
Son chef, le général Moreau, donna à toutes ses opérations un caractère de suite et de prudence ignoré jusqu'alors des chefs révolutionnaires. Cetespritd'une certaine lourdeur de conception, et d'une sagesse méthodique habile à se prémunir contre les revers désastreux, n'apprit qu'avec le temps l'art de gagner de foudroyantes batailles qu'un Bonaparte savait d'intuition. Nature foncièrement honnête et droite, il est le premier des chefs
républicains qui ait eu souci de ménager la vie de ses soldats, le seul avec Pichegru qui ait tenté d'arrêter le pillage des pays conquis. Il forma des élèves excellents, Desaix et Gouvion Saint-(]yr. Dans cette campagne de 1796, il exécuta avec circonspection un plan téméraire qui n'était pas le sien, dut son échec aux ordres du Directoire et ne dut qu'à lui-même de ramener saine et sauve son armée sur le Rhin.
Pendant que l'archiduc forçait à la retraite l'armée de Sambre et-Meuse,et que \\ urmser s'acheminaitversl'Italie, Moreau n'avait plus devant lui que les troupes dispersées de Latour et de Starray. Cependant il prit, pour passer le fleuve, autant de précautions que s il avait dû faire face à 100,000 hommes. Du 24 au 26 juin, l'armée française traversa le Rhin sans pertes, un peu au-dessus de Kehl. Elle prit pied sur la rive droite en repoussant Starrav à Oberkirch et en le rejetant sur Rastadt. Moreau
«■ il
suivit les Autrichiens vers le nord ; sa droite, commandée par Ferino, se saisit des défdés de la Forèt-Noire. La lenteur de ces mouvements sauva les Autrichiens de Latour d'un écrasement complet. Les Français les atteignirent à Kuppenheim (5 juillet), sans les exterminer, et Latour se réunit à Charles, qui arrivait du nord en toute hâte.
Dans ces premières opérations, Charles n'eut d'autre plan visible que de faire la navette entre Jourdan et Moreau. Il ne réussit pas si bien contre le second que contre le premier. Il projeta de l'attaquer à la fois dans leRheinthalet dans la Forét-Xoire, d'Ettlingen à Wildbad. Au vrai, croyant comme tout le monde à cette époque que la possession de la plaine dépendait de celle de la montagne, il ne comptait que sur ses succès dans la Forèt-Noire ; il décida de faire filer toute son aile gauche par la vallée supérieure de l'Rnz pour tourner la droite des Français, et fixa l'attaque au 10 juillet.
Si peu actif que fut Moreau, l'archiduc l'était encore moins que lui, car le général français devança l'attaque
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des Autrichiens. Le 9 juillet, Moreau, persuadé comme son adversaire que tout dépendait de la possession des montagnes, envoya Saint-Cyr dans la Forèt-Noire et la vallée ^supérieure de l'Enz, où les premiers mouvements des Autrichiens se dessinaient à peine. Saint-Cyr eut tout l'avantage de l'ofTensive et de la surprise. Le plateau boisé deRotensohl était la clef des positions ennemies : il l'enleva et s'y maintint. Ces succès permirent à Moreau de se consoler de son échec dans la vallée, où Desaix avait été repoussé de Malsch par les forces supérieures des Autrichiens. L'archiduc considéra de la même manière que Moreau les positions relatives des deux armées : la prise du Rotensohl le détermina à décamper; il quitta la vallée du Rhin et fit retraite sur Pforzheim, décidé à gagner le Danube avant les Français. Aucun plan ultérieure ne se dessinait encore d'une façon nette dans son
esprit.
Moreau suivit la retraite de l'archiduc Charles vers le Danube. Les Autrichiens cédèrent sans combat les régions accidentées du Wurtemberg, où ne manquaient point les bonnes positions défensives. L'archiduc fit mine seulement de s'arrêter sur les collines escarpées de la rive droite du Neckar. Mais la défection du W urtemberg, de Bade et du cercle de Souabe fit évanouir ses velléités belliqueuses. Le 22 juillet, il filait par la vallée de la Rems sur Nordlingen, sans être inquiété, sinon par de petits combats de postes. Les Autrichiens eurent le temps d'évacuer leurs magasins d'Ulm et de concentrer leurs corps détachés. Enfin, le 3 août, leur armée était rassemblée à Nordlingen, libre de défendre pas h pas le sol de la Bavière ou de prendre une résolution plus
h ircli e
L'armée de Sambre-et-Meuse avait profité à son tour des progrès de Moreau pour recommencer la tentative avortée du mois de juin. Lorsque l'archiduc Charles s'était retourné vers le sud, il avait laissé sur la Sieg Wartensleben et 38,000 hommes, avec ordre de couvrir le Mein en dispu-
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républicains qui ait eu souci de ménager la vie de ses soldats, le seul avec IMchegru qui ait tenté d'arrêter le pillage des pavs conquis. Il forma des élèves excellents, Desaix et Gouvion Saint-C.yr. Dans cette campagne de 1796, il exécuta avec circonspection un plan téméraire qui n'était pas le sien, dut son échec aux ordres du Directoire et ne dut qu'à lui-même de ramener saine et sauve son armée sur le Rhin.
Pendant que l'archiduc forçait à la retraite l'armée de Sambre et-Meuse,et que Wurmser s'acheminait vers l'Italie, Moreau n'avait plus devant lui cpie les troupes dispersées de Latour et de Starray. Cependant il prit, pour passer le fleuve, autant de précautions que s'il avait dû faire face à 100,000 hommes. Du 24 au 26 juin, l'armée française traversa le Rhin sans pertes, un peu au-dessus de Kehl. Elle prit pied sur la rive droite en repoussant Starrav à Oberkirch et en le rejetant sur Rastadt. Moreau suivit les Autrichiens vers le nord ; sa droite, commandée par Ferino, se saisit des défdés de la Forèt-Noire. La lenteur de ces mouvements sauva les Autrichiens de Latour d'un écrasement complet. Les Français les atteignirent à Kuppenheim (5 juillet), sans les exterminer, et Latour se réunit h Charles, qui arrivait du nord en toute hâte.
Dans ces premières opérations, Charles n'eut d'autre plan visible que de faire la navette entre Jourdan et Moreau. Il ne réussit pas si bien contre le second que contre le premier. Il projeta de l'attaquer à la fois dans leRheinthalet dans laForèt-\oire,d'Ettlingen à Wildbad. Au vrai, croyant comme tout le monde à cette époque que la possession de la plaine dépendait de celle de la montagne, il ne comptait que sur ses succès dans la Forét-Xoire ; il décida de faire fder toute son aile gauche par la vallée supérieure de l'Enz pour tourner la droite des Français, et fixa l'attaque au 10 juillet.
Si peu actif que fut Moreau, l'archiduc l'était encore moins que lui, car le général français devança l'attaque
des Autrichiens. Le 9 juillet, Moreau, persuadé comme son adversaire que tout dépendait de la possession des montagnes, envoya Saint-Cyr dans la Forèt-Noire et la vallée Supérieure de l'Enz, où les premiers mouvements des Autrichiens se dessinaient à peine. Saint-Cyr eut tout l'avantage de l'ofiensive et de la surprise. Le plateau boisé deRofensohl était la clef dos positions ennemies : il l'enleva et s'y maintint. Ces succès permirent à Moreau de se consoler de son échec dans la vallée, où Desaix avait été repoussé de Malsch par les forces supérieures des Autrichiens. L'archiduc considéra de la même manière que Moreau les positions relatives des deux armées : la prise du Rotensohl le détermina à décamper ; il quitta la vallée du Rhin et fit retraite sur Pforzheim, décidé h gagner le Danube avant les Français. Aucun plan ultérieure ne se dessinait encore d'une façon nette dans son
esprit.
Moreau suivit la retraite de l'archiduc Charles vers le Danube. Les Autrichiens cédèrent sans combat les régions accidentées du Wurtemberg, où ne manquaient point les bonnes positions défensives. L'archiduc fit mine seulement de s'arrêter sur les collines escarpées de la rive droite du Xeckar. Mais la défection du Wurtemberg, de Bade et du cercle de Souabe fit évanouir ses velléités belliqueuses. Le 22 juillet, il filait par la vallée de la Rems sur Nordlingen, sans être inquiété, sinon par de petits combats de postes. Les Autrichiens eurent le temps d'évacuer leurs magasins d'Ulm et de concentrer leurs corps détachés. Enfin, le 3 août, leur armée était rassemblée h Nordlingen, libre de défendre pas à pas le sol de la Bavière ou de prendre une résolution plus
hardie.
L'armée de Sambre-et-Meuse avait profité à son tour des progrès de Moreau pour recommencer la tentative avortée du mois de juin. Lorsque l'archiduc Charles s'était retourné vers le sud, il avait laissé sur la Sieg Wartensleben et 38,000 hommes, avec ordre de couvrir le Mein en dispu-
tant pîed à pied le terrain et en évitant de s'engager à fond. Le général autrichien eut bientôt l'occasion de profiter de ces conseils. Pendant que Kleber se montrait de nouveau sur la Sieg, Jourdan forçait le passage de Xeuwied (3 juillet). Il eut peu de peine à se saisir de la rive droite du Rhin, et sous les yeux de Wartensleben impuissant, il rejoignit son lieutenant à Montabaur. Sous la poussée d'une masse supérieure, les Impériaux reculèrent derrière la Lahn, où ils ne tinrent que deux jours ; ils décampèrent encore pour se reformer derrière la Nidda. L'armée de Sambre-et-Meuse les suivit vivement; elle les délogea le 10 juillet de la position de Friedberg, où ils avaient essayé de tenir ; elle les repoussa de Tautre coté du Mein et entra dans Francfort (IG juillet). Jourdan et Wartensleben se rapprochaient donc, le premier de Moreau, et le second de Charles. Mais du coté français, la jonction ne devait passe faire : le Directoire, dominé par ridée de Carnot d'agir sur les ailes, fut le premier à l'empêcher. Il signifia à Jourdan de déborder la droite de Wartensleben, c'est-à-dire d'appuyer au nord (12 juillet). Ce n'étaient point seulement des*^ considérations de stratégie qui le guidaient : il voulait aussi, en étendant la zone d'invasion, étendre la zone contribuable sur laquelle devait vivre l'armée de Sambre-et-Meuse.
Cette malheureuse armée se traînait épuisée par la rapidité de sa marche, par les désertions et par les maladies. Déjà fort misérable et affamée dans ses cantonnements de la rive gauche du Rhin, elle ne pouvait vivre que de pillage en pays ennemi, à cause de l'incurie administrative et de Tabsence d'une vigilante autorité. Le ressort moral était affaibli chez les soldats par l'excès des misères physiques, chez beaucoup de chefs par les mœurs violentes nées de la prolongation de la o-uerre. Jourdan voyait avec anxiété ses troupes fondre sous l'action dissolvante du pillage; il se sentait, en cas de revers, menacé d'une Vendée germanique. Sa marche en avant ressemblait à une déroute.
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Il fallait continuer pourtant ; il fallait suivre Wartensleben, qui se dérobait sans cesse devant les républicains. Les Autrichiens, au lieu de continuer la retraite vers le Danube, s'étaient glissés dans les défilés du Spessart, car leur chef était plus soucieux de défendre la Fianconie que de se lier avec l'archiduc Charles. Jourdan le suivit par les deux rives du Mein, prit Wurzbourg ('25 juillet), et avança vers Bamberg. Il était maître de la plus grande partie du cours du Mein, tandis que Moieau débouchait dans le bassin du Danube.
Jusqu'à ce moment, les armées républicaines avaient conservé sur l'ennemi une supériorité faiblement disputée. Elles cessèrent tout à coup de l'avoir ; leur gouvernement et leur adversaire travaillèrent h l'envi à leur interdire de nouveaux succès.
Le Directoire n'entrevit pas les résultats décisifs que la jonction de ses deux armées lui aurait procurés. Tout au contraire, il prescrivait d'une manière précise à ses deux généraux, le 21 juillet et le 12 août, d'attaquer chacun de son côté Wartensleben et l'archiduc Charles. Il voulait sui'tout que Moreau ne s'éloignât point de la Bavière, car il songeait maintenant à lui faire exécuter en Tyrol unediversion en faveur de l'armée d'Italie. Au fond, les deux armées d'Allemagne ne concouraient pas au même but : fatale erreur qui amena leur perte.
Ce que le Directoire renonçait à faire pour les armées françaises, Tarchiduc Charles se décida à le faire pour celles de l'Autriche. Jusqu'alors l'archiduc, comme les généraux de la vieille école autrichienne, s'était montré esclave des mouvements de l'ennemi. Il s'émancipa soudain de la stratégie des Beaulieu et des Wurmser. Il résolut de joindie ses troupes à celles de son lieutenant et de tomber avec une masse écrasante de forces sur rennemi qui serait le plus à sa portée. ïl eut d'abord la pensée d'accabler Moreau. Le 3 août, de Nordlingen, il fit connaître son projet de jonction à Wartensleben.
Celui-ci y mit plus d'une difficulté. La jonction avec
Tarcliiduc entraînait l'abandon de tout le bassin du Mein. Entêté autant que brave, agité par la crainte assez chimérique d'une invasion en Bohème, Wartensleben ne pouvait se résoudre à céder tant de terrain. Il reculait lentement sur Nuremberg devant l'armée de Sambre-et- Meuse, mais il faisait fder ses gros bagages sur Egra (6 août). Le 7, le combat de Eorcheim lui coûtait la vallée de la Regnitz. Il se retira vers Test par les défilés ardus de la Pegnitz, en protégeant à la fois ses communications avec le Danube et les frontières de Bohème. Jourdan s'attacha à ses pas, conformément aux ordres du Directoire, le battit à Sultzbach (17 août, s'empara d'Amberg et obligea les Autrichiens à chercher un refuge derrière la Naab. Là s'arrêta enfin la longue retraite de Wartensleben. L'archiduc Charles venait à son secours avec le gros des forces impériales, prêt à accabler Jourdan imprudemment engagé entre la Regnitz et la Naab. Charles s'était maintenu devant Moreau jusqu'au jour où les mouvements de Wartensleben le décidèrent h faire tomber sur l'armée de la Sambre les coups d'abord destinés à celle du Rhin. Le 10 août, il résolut de faire un effort contre Moreau avant dese tourner contre Jourdan, afin d'arrêter ou tout au moins de retarder l'invasion de la Bavière. Il attaqua les lignes françaises de Neresheim (11 août). Il essaya de faire tourner la droite française par toute sa gauche. Mais les pluies et le mauvais état des chemins, ainsi que l'extrême dispersion de ses forces, ralentirent ses mouvements. Il ne réussit qu'à inquiéter un peu les communications des Français, sans pouvoir forcer le front de leurs positions. Cette action décousue, loin d'arrêter Moreau, lui suggéra l'idée d'attacpier à fond l'archiduc. Le 12, le générar français allait marcher de l'avant, quand les Autricliiens décampèrent et passèrent le Danube à Donauwerth, pour le repasser peu de jours après vers Ingolstadt. L'archiduc laissait en Bavière les bataillons de Latour. Lui-même commençait son grand mouvement de jonction avec Wartensleben contre Tar-
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mée de Sambre-et-Meuse. U calculait que Wartensleben et lui réuniraient G2,000 hommes contre les 40,000 de Jourdan. Moreau, rivé à la Bavière par les ordres du Directoire, regarda partir les Autrichiens, passa a son tour le Danube et s'avança sur le Lech.
Dès le IG août, l'archiduc quittait Neubourg et menaçait la droite de Jourdan. La division Bernadotte, placée à Neumarkt à l'extrême droite française, était fort exposée Elle fut assaillie le 23 par les Autrichiens, qui se lièrent en môme temps â Wartensleben sur laNaab. L échec
inévitable de Bernadotte livra à l'ennemi les routes de la Regnitz, ainsi que la faculté de couper la route de retraite sur Wurzbourg. Par le seul fait de sa position, l'archiduc était au moment de tourner son adversaire, sans manœuvres compliquées et sans marches forcées. Il était urgent que l'armée de Sambre-et-Meuse prit une décision, retraite ou bataille. . , oo or
Jourdan ordonna la retraite. Dans la nuit du 26 au ^4 août, la division Bernadotte se retira sur Nuremberg et le reste de l'armée se concentra entre Amberg et Sultzbach. Au milieu du désordre et de l'elïarement des premières heures, l'adjudant général Ney soutint a l'arrière-garde les attaques de l'ennemi. Le gros de l armée s'engagea à travers bois, dans un chemin de traverse, où les équipages et PartiUerie s'embourbèrent et faillirent rester. Si les Autrichiens avaient déployé un peu d'activité, Parmée de Sambre-et-Meuse était massacrée ou prise. Jamais elle n'aurait pu sortir des affreux coupeeorPTS de la Pegnitz. Mais, comme l'ennemi ne montrait que sa cavalerie légère, Parmée française finit par se reconnaître. Son chef respira en la voyant réunie le 2Udans
la plaine de Bamberg. • r ^
L'archiduc Charles avait négligé la poursuite directe parce qu'il hâtait la marche de ses corps vers V\ urzbourff, pour fermer la route du Mein aux Français. Le corps de Hotze, arrivé le 1- septembre à Wurzbourg, enferma la garnison dans la citadelle ; les fractions de l armée autri-
Yallaux.
chienne hâtèrent leur marche à hi suite. Pendant ce temps, Jourdan arriva sans encombre à Schweinfurt. 11 avait toute liberté de se retirer par la Messe, sans risquer un seul combat. Mais il cherchait la bataille, seule capable de remettre d'aplomb l'armée de Sambre-et-Meuse, et il se fut reproché d'abandonner à son sort la garnison de Wurzbourg. Résolu à une action décisive, il marcha droit aux Autrichiens, avec Tespoirque leurs têtes de colonne seules se trouvaient sur le Mein, et qu'un coup viooureux, en les dispersant, rouvrirait aux français la route de Francfort. Dans cette pensée, il crut pouvoir laisser toute une division à Schweinfurt.
Jourdan croyait donc n'avoir afï'aire à Wurzbourg qu'aux bataillons de llotze et de Starray (3 septembre) ; il ne soupçonnait pas que Charles avait précipité dans la nuit la marche de ses troupes, de manière à donner la main à ses lieutenants. Un brouillard épais couvrait lescollines et la vallée du Mein. Les Français culbutèrent assez aisément la première ligne autrichienne. Ce n'est qu'au moment où le brouillard se déchira que l'armée de Sambre-et-Meuse vit les nombreuses et épaisses colonnes de l'archiduc Charlespasser le Mein etmenacersa gauche. Jourdan, qui avait engagé ses faibles réserves, et que la lutte du matin avait épuisé, lutta quelques heures sans espoir. Enfin, à l'apparition des grenadiers de Wartensleben, il se décida à la retraite. F.'armée française dut s'estimer heureuse de se tirer sans grandes pertes du mauvais pas de Wurzbourg : elle ne laissait sur le champ de bataille que 7 pièces de canon et 2,000 hommes ; les Autrichiens poursuivirent avec leur mollesse ordinaire. Le résultat le plus grave de la bataille était de forcer les Français à se retirer par les bois et les âpres collines de la liesse. Dans ce pays dillicile, l'armée de Sambre-et- Meuse ne tarda pas à connaître de nouveaux excès de misère.
Du 3 au 9 septembre, elle fit route sur la Lahn à la base du Vogelsberg, en traversant une région dévastée où son
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premier passage avait soulevé des colères ardentes. Elle soufïritd'un complet dénuement etd'accablantes fatigues, aggravées par la nécessité d'un qui-vive continuel, ainsi que par les inquiétudes que donnait la marche parallèle des Autrichiens vers la Lahn. Heureusement l'archiduc mit 11 jours l\ faire 40 lieues. Le 9 septembre, l'armée française rejoignit sur la Lahn le corps de Marceau, qui avait levé le l)locus de Mayence pour lui donner la main.
Jamais renfort n'arriva mieux à son heure. Pourtant, il ne suffit pas à la défense de la Lahn. Arrivé sur la rivière, l'archiduc feignit de vouloir la franchir, le 16, vers Giessen et Wetzlar ; mais c'est à Limbourg qu'il força le passage; les Français surpris cherchèrent un refuge derrière la Sieg. Marceau soutint la retraite en défendant chaque pouce de terrain. Il tomba h Altenkirchen (19 septembre), blessé à mort par un chasseur du Tyrol, emportant avec lui une partie des gloires de l'âge héroïque. Cette mort acheva de démoraliser l'armée. Les divisions de Marceau repassèrent le Rhin à Bonn ; celles de Jourdan se retirèrent derrière la Sieg. Jourdan, abreuvé d'amertumes par le Directoire, démissionna et fut remplacé par Beurnonville (24 septembre). Cet ancien compagnon de Dumouriezne sut que se plaindre du pitoyable état de ses troupes. Il ne songea pas un instant h leur chercher une revanche.
Les fausses mesures du Directoire faillirent devenir aussi funestes à Moreau qu'à Jourdan.
Lorsque l'armée de Rhin-et-Moselle avaitvu disparaître vers Donauwerth les colonnes de l'archiduc Charles, Moreau avait flotté quelque temps entre l'obéissance à ses instructions et l'idée bien naturelle de suivre l'ennemi. Un chef plus audacieux eût fait litière des ordres du Directoire. Moreau se contenta de couvrir sa responsabilité en convoquant un Conseil de guerre (23 août). Il prit, sur l'avis du Conseil, le parti habituel des indécis, qui est d'adopter une solution moyenne. Faute de se décider pour la marche vers le nord, ou pour la marche
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vers le Tyrol, le général français se détermina h tomber sur Latour, ennemi peu dangereux par son infériorité numérique et la dispersion de ses forces. Le 24, au moment même où Jourdan, pressé de toutes parts, commençait sa retiaite, l'armée de Rhin-et-Moselle s'engageait en forçant le Lech à la pouisuite de Latour. Les Autrichiens étaient tout au plus 30,000. Leur chef montra une témérité assez surprenante. Il se retira à regret du Lech sur risar, disputant le terrain pied h pied, sacrifiant sans résultat une bonne partie de ses faibles bataillons. Moreau avançait toujours, très peu retardé par la résistance acharnée de Latour, mais fort in(|uiet du silence qui s'était brusqu<'ment faitdu coté de larmée de Sambreet-Meuse. Les têtes de colonne de Jourdan iuiraient dû paraître sur le Danube à la fin d'août. Comme rien ne les annonçait aux premiers jours de septembre, Moreau pressentait les revers de son collègue.
Le 10 septembre, il s'arrêta au cœur de la Bavière et lança Desaix au nord du Danube pour avoir des nouvelles. Desaix ne découvrit rien. C'est d'une manière indirecte que Moreau apprit la défaite de \Vurzbourg et la retraite de r.ai'mée de Sambre-et-Meuse. Sa première impulsion était de courir au secours de Jourdan. A la réflexion, il sentit combien tout secours serait inutile; il ne tarda pas à comprendre que, loin de pouvoir secourir, il aurait bientôt besoin d'être secouru lui-même, car il aUait être menacé sur ses derrières par l'archiduc Cliarles victorieux, sur le front par Latour. Il se décida à quitter la Bavière et à se rapprocher du Rhin. Il retira Desaix de la rive gauche du Danube (IG septembre). Il repassa le Lech et s'établit le 2\ sur l'iller. Latour le suivait avec une prudence qui ne lui était pas habituelle. Mais Moreau avait d'autres ennemis plus redoutables : le corps autrichien de Naundorf s'ellorçait de déborder la gauche des Français pour se lier l\ l'archiduc Charles, qui de son côté projetait de couper la roule du Uhiîi. Moreau se sentait pressé de toutes parts. Les Autrichiens publiaient
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que l'armée française, rejetée sur le lac de Constance, serait bientôt forcée de mettre bas les armes. Sans s'elïrayer de pareilles fanfiironnades, le général français sentit la nécessité de tenir ses ennemis à distance.
Pour frapper un coup vigoureux, il choisit Latour, le plus proche de tous ; il lui livra le 2 octobre la bataille de Biberach. Ce fut un écrasement : Latour perdit 4,000 prisonniers, 18 pièces de canon, et perdit aussi toute velléité de serrer de près les Français. L'armée de Rhinet-Moselle eut désormais une entière liberté de mouvements pour regagner le Rhin. Cependant, comme la vallée de la Kinzig était fortement occupée, Moreau se décida à faire fder ses équipages et ses ponts sur Iluningue, et à passer la Forêt-Noire par le val d'Enfej-, passage long, étroit, mais facile, où il balaya aisément quehjues détachements ennemis. Le 12 octobre, l'armée de Rhin-et-Moselle débouchait à Fribourg dans le Rheinthal, en si bon état, que son chef croyait pouvoir la maintenir sur la rive droite.
11 avait compté sans l'archiduc Charles. Le général autrichien, arrivé sur la Kinzig, fit promptement la jonction de tous ses coips détachés pour tomber sur Moreau. L'armée du Rhin-et-Moselle était sur ses gardes aux bords de LFlz; elle ne tarda pas a comprendre les projets de l'ennemi, qu'elle s'efforça de déjouer au combat d'Emmendingen (19 octobre). L'affaire tourna mal pour les Français^ dont la droite débordée céda du terrain et évacua les rives de LFlz. Ce combat convainquit Moreau qu'il lui était impossible de garder le Rheinthal et les défdés de la Forêt-Noire contre les Autrichiens, la pluie et la boue : il fit fder Desaix par le pont de Brisach; il dirigea le gros de ses forces vers Iluningue, suivi de près par Larchiduc. Moreau s'assura un passage tranquille en livrant un dernier combat à Schliengen (21 octobre). Le 26, il ne restait plus un Français sur la rive droite du Rhin, sauf au fort de Kehl et à la tête du pont d'Iluningue. Ainsi se termina cette retraite célèbre de Moreau, mer-
L'ALLEMAGNE
veilleuse si on la compare h la débandade de l'armée de Jourdan, fort ordinaire si Ton songe que les Français ne rencontrèrent sur leur route aucun obstacle sérieux, puisque l'archiduc Charles ne prit que trop tard le contact avec son adversaire.
Avec son esprit méticuleux, le conseil de guerre de Vienne voulut qu'il ne restât plus un Français sur la rive droite du Rhin. 11 porta sans nécessité toutes les forces autrichiennes sur les deux misérables bicoques de Kehl et d'IIuningue. L'infatigable Desaix fit de la première, sous le feu de rennemi, une vraie place de guerre qui ne capitula que le 9 janvier l 797, après avoir soutenu 50 jours de tranchée. La tète de pont d'Iluningue tomba à son tour au pouvoir des Autrichiens (l*"" février). Ces deux opérations leur avaient coûté des peines immenses pour un mince résultat.
Il est curieux de voir les Français et les Autrichiens rivaliser de fautes en Allemagne, pendant que Bonaparte inaugurait en Italie sa stratégie rapide. La timidité et la médiocrité des deux partis avaient rendu inutiles les énormes forces accumulées sur le Rhin. Le destin de la guerre dépendait des petites armées quimananivraient sur l'Adige.
Malgré son insuccès, le Directoire prépara pour 1797 une oflensive énergique en Allemagne. L'armée de Sambre-et-Meuse possédait toujours les débouchés de Dusseldorf et de Neuwied ; à Beurnonville avait succédé Hoche, et avec ce chef illustre la confiance était revenue dans les canirs. D'autie part, les forces autrichiennes étaient affaiblies par l'envoi précipité de renforts en Tvrol et en Frioul; ce qui restait en Allemagne étîut disséminé de Baie à la Sieg, sous les ordres de Latour. Le Directoire donna ordre à Moreau et à ïloche de passer le Rhin le même jour, à Kehl et à Xeuwied. L'armée de Rhin-et- Moselle fit son passage un peu en retard (20-21 avril); elle s'empara de Kehl et se préparait à culbuter les forces de Starray, quand la nouvelle des préliminaires de Leoben l'arrêta sur la Rench.
Cependant l'armée de Sambre-et-Meuse, sous le commandement de Hoche, avait ajouté h son histoire quelques pages glorieuses, les dernières. Les Autrichiens Werneck et Kray n'avaient que 30,000 hommes à Neuwied et sur la Sieg. Hoche les affaiblit encore en divisant leur attention : il fit faire une diversion par Championnet sur la Sieg. Dans la nuit du 17 au 18 avril Championnet passa la rivière ; il se saisit d'Uckerath et d'Altenkirchen. Le 18 au matin, Hoche débouchait à son tour par le pont de Neuwied. Après avoir enlevé les retranchements des Autrichiens, mis hors de combat et pris 5,000 hommes, il rejoignit son lieutenant h Montabaur. Werneck et Kray se replièrent sur Neukirch, où Hoche les pourchassa (19 avril), sans leur laisser une minute de repos, espérant les jeter dans la Lahn. Mais les Autrichiens se dérobèrent encore. Hoche essaya de les gagner de vitesse sur le Mein : il dirigea à grandes journées sa cavalerie sur Francfort, tandis que lui-même, avec le gros de son infanterie, occupait les Autrichiens sur la haute Lahn, à Wetzlar. Werneck était dans le plus grand péril, quand la nouvelle des préliminaires le tira d'embarras. Hoche demeura à son quartier général de Wetzlar, où il devait mourir cinq mois plus tard (19 septejubre^.
Hoche est le derniei' héros de la croisade légendaire pour les Droits de r/ioinine. Si l'on doit dévoiler les plaies de toute sorte qui rongeaient les premières armées de la Révolution, on ne saurait méconnaître qu'elles se battirent avant tout pour des idées. Au primitif idéalisme succédèrent, sous le Directoire, les tendances réalistes que représenta puissamment Bonaparte, la guerre pour la gloire et pour la conquête. Après les soldats patriotes vinrent les brillantes épées qui malheureusement n'étaient quedesépées, Augereau, Ney et Masséna, tous fils de la Révolution et cependant lieutenants désignés du futur maître, car peu à peu le citoyen se subordonna en eux à l'homme de guerre.