Voir caries 9, 10 cl 11. p
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202 LES CAMPAGNES DES ARMÉES FIIAXÇAISES
d'un césarisme à la fois romain, médiéval et révolutionnaire. A mesure que se perfectionne Toroanisation des troupes et que leur force matérielle s^iccroit, l'impulsion morale se modifie chez elles: si elles vivent, avant tout, sur un ionds d'anciens sentiments démocraticpies, qu'elles ne renouvellent plus, elles v ajoutent l'adoration superstitieuse d un homme. De plus, cet homme, pour qui 1 avenir n'existe pas, prodigue d'une manière effravante les forces qu'on lui a léguées et celles mêmes qu'il a créées C est pourquoi, malgré d'éclatants triomphes, l'Kmpire ollre le spectacle d'une dissolution qui se fait d'ahord avec lenteur et qui ne tarde pas ii devenir rapide- en dix ans sont gaspillées les réserves de forces accumulées par la Hévolution. *
L'armée impériale, dans sa masse anonvme et profonde dillere peu d.» 1 armée révolutionnaire. La conscription' établie en M)8, donne un contingent semblable ii celui des engagements volontaires, de la levée en masse et de la réquisition permanente, tout en étant plus récr„|iére : ce sont les classes paysannes ou de petite bourgeoisie qui fournissent la réserve où Napoléon puisera sans compter 1 es ((conscrits >, sont les frères des soldats de [)'2 avec l'en thousiasme en moins. A la vérité, crt enthousiasme n'avait jamais existé chez tous, mais, enhSOi, onn'en trouve plus la moindre étincelle, car il ne saurait être question de défendre le territoire, que personne ne menace plus. Des les premiers temps de l'Empire, il va des réfractaires et une police occupée uniquement h les pourchasser; et, avec les années, les réfractaires se feront plus nombreux. Les conscrits qui arrivent dans les corps ne tardent pas a s'amalgamer, à cause de la docilité fondamentale de la race et de la cohabitation avec des hommes de même origine et de mêmes sentiments L'instinct démocratique, cp.i persiste chez les anciens et chez les nouveaux soldats, est satisfait par l'accès des rrrades ouvert a tous, et par les honneurs et les décorations que distribue Napoléon: les plus tiedcs sont vite entraînés
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et une impulsion irrésistible se communique l\ la masse tout entière. I^n outre, la survivance de l'ancien point d'honneur existant dans l'armée de l'ancien régime et transmis à celle de la Révolution, les courses victorieuses à travers une Europe domptée, la foi dans le génie de l'Empereur et un mépris sans limite pour les armées étrangères complètent les mobiles d'ordre moral qui expliquent à cette époque la valeur individuelle des soldats français. S'ils n'ont plus l'élan de pur patriotisme de 92, ils ont et communiquent aux conscrits l'aplomb de vétérans éprouvés.
Leur chef les connaît et sait comment il faut les prendre. Ce n'est pas avec eux que Napoléon se montre autocrate d'ancien régime. Tandis qu'il sape avec vigueur la Révolution dans l'ordre politique et dans l'ordre civil, il la respecte dans l'idéal très limité que s'en font les soldats. Pour eux, il demeure le général citoyen de l'armée d'Italie, le Petit Caporal que l'on peut tutoyer, le compagnon d'armes qui n'est point Sire ou Majesté, qui goûte la soupe des (( grognards », leur tape sur l'épaule ou leur tire l'oreille, le chef populaire qui interpelle tous ses hommes par leurs noms. C'est le secret de cet amour aveugle, plus grand chez eux, disait Lannes, que le fut jamais l'amour d'une maîtresse, et peut-être est-ce aussi le secret de la gloire napoléonienne. L'armée admire son chef en costume de sacre, mais elh» aime mieux la redingote grise, car la menteuse apparence de la démocratie militaire, i\ la([uellc se laissent prendre ces hommes simples, est pour eux la Révolution tout entière, et c'est en ce sens que l'esprit républicain vit encore dans l'armée de métier de 1805.
Cette action personnelh^ de Napoléon, si puissante sur l'esprit inculte des simples grenadiers, ne l'est pas moins sur le haut commandement et sur les institutions militaires. Toutes les mesures du premier consul et de l'Empereur concourent au même but, qui est de constituer une caste militaire brillante et richement dotée, une aris-
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ULM ET ALSTERLITZ
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tocratle nouvelle foiulée sur les exploits guerriers et comprenant les éléments les plus jeunes et les plus actifs de la nation. Pour le commandement, Napoléon dispose du personnel éprouvé que la Révolution a formé, les olliciers généraux et supérieurs des armées du Rhin et d'Italie. Prescjue tous scnit des soldats de lortune, et presque tous ont oublié dans Taccoutumanee des camps leurs princij)es de liberté. Ceux d'entre eux que les restaurations et les exhumations de Tancien réofime laissent indillérents ou railleurs comme Lecourbe, (iouvion Saint- Cyr et Macdonald, sont écartés des charges militaires pour longtemps ou pour toujours; Moreau, le rival de gloire de Bonaparte en 1800, est impliqué dans la conspiration de Cadoudal et s'exile en Amérique (I80i). Tous les autres sont de dociles et brillantes épées. Napoléon passe sur eux, comme sur ses fonctionnaires civils, la savonnette à jacobin qui change les farouches carmagnoles de 93 en serviteurs aux uniformes resplendissants.
Toutefois, l'Empereur ne se contente pas des soldats associés à sa fortune. Tous ont vu ses débuts et tous se sont élevés avec lui: il ne sera jamais pour eux le souverain que l'on vénère sans arrière-pensée, comme les sauvages des Fidji vénèrent leurs fétiches. Aussi ouvre-t-il en grand l'accès des grades et des honneurs aux émigrés rentrés, depuis la loi d'amnistie de l'an X (1802). « Ces gens-lii, dit-il, sont les seuls qui sachent servir. )) a L'armée de Coudé, dit d'autre part Moreau dans son procès, renq)lit les salons de Paris et ceux du premier consul ». De ces émigrés 1 Empereur ne peut pas et ne veut pas faiie des chefs d'armée, car l'expérience militaire h'Ui' fait défaut; il se contente d'en remplir les grades inférieurs, et peu ii peu, il les pousse au point de les faire passer avant les roturiers, ce qui le conduira, h la veille de Waterloo, à confier des troupes à Rourmont. Par ces moyens Napoléon espère fortifier son armée professionnelle et rallier à sa cause les anciennes familles. Mais sa conduite n'eut d'autre résultat aj)préciable que
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de faire disparaître dans les camps tout souvenir de la République.
11 réussit mieux quand il voulut fixer les institutions de l'armée impériale. Elles étaient propres à surexciter chez tous l'amour de la gloire et l'amour de la richesse. Qui sut jamais distribuer la gloire comme Napoléon ? Il savait la nature et la valeur de cette monnaie fictive et changeante dont il payait les services d'un simple gienadier comme ceux d'un maréchal. C'était un mot élogieux ou une familiarité, lors(ju'il passait la parade; c était une citation \\ l'ordre du jour ou la faveur si enviée d'une mention dans les Bulletins de la grande armée; c'était une inscription sur les nouveaux monuments parisiens, le temple de la Victoire ou l'Arc de l'Etoile ; c'était surtout la Légion d'honneur, institution qui avait ses racines dans le passé et que Napoléon sut faire accepter de la démocratie militaire en la distribuant sans distinction de grade à tous les braves, comme il le fit dès l'époque du camp de Boulogne (15 août 1804 . (tétait autre chose encore. Il savait très bien que la gloire est tout près de la gloriole, que le sens de l'honneur confine à la vanité: il ne négligea rien pour satisfaire la passion du panache et des beaux uniformes; il étudiait lui-même les chamarrures et les galons des corps de nouvelle formation ; il exaltait ainsi, par des signes visibles, l'instinct de la supériorité sur les autres hommes et la confiance en soi cpii distinguent les militaires du premier Empire.
Napoléon n'ignorait pas que ces hommes avides de gloire avaient d'autres appétits plus positifs encore, qu il sut satisfaire aussi largement. Le rétablissement de la dignité de maréchal, empruntée à l'ancien régime (1804), lui permit d'allouer de gios traitements à ses principaux serviteurs ^ Aux traitements il ajouta les dotations et les
\. Les marocliaiix de l'Empire. — Marccliaiiv d'Empire honoraires (180i) : Ivollormann, Lefebvrc, l*crignon, Serrurier. — Maréchaux d Empire (180'j): lîcrlhier, Mural, Moncey, Jourdan, Masséna, Augereau,
Yali.alx. 12
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clous. Par un calcul j)oliti(juo autant que militaire, il rétablit, en 180G, une féodalité demi-honorifique, demiterrienne, en découpant en pays conquis, et surtout dans le nord de lltalie, des principautés, des comtés, des duchés, qu'il distribua h son entouraii^e suivant l'importance des services de chacun. Ces titres ne conféraient aucun pouvoir politique à celui qui en était revêtu, mais lui assuraient le quinzième des revenus du territoire. En outre, Napoléon donna Targent à poignées, en toutes circonstances, il limitation des souverains d'ancien régime; ses accès de orénérosité stimulèrent les désirs; tout le monde tendit la main. Le 18 septembre 1805, Masséna reçoit 50,000 francs comme « témoignage d'estime » ; le soir d'Evlau, chacun des convives de l'Empereur trouve un billet de 1,000 francs sous sa serviette; à Valladolid, Thiébault, mis en présence de Napoléon, commet la sottise de ne rien demander, et Savary lui reproche amèrement sa maladresse. Le trésor de l'Empereur est un butin qu'il partage à ses compagnons d'armes. Ceux-ci ont encore à se partager les trésors de lEurope entière. Non seulement les campagnes de l'armée impériale coûtent peu de chose au budget de Napoléon, puisque les soldats vivent sur le pavs conquis, par réquisitions et par contributions militaires, mais elles rapportent beaucoup aux chefs sans scrupules. C'est ainsi qu'en Autriche Soult pille l'abbaye de Saint- Podten ; et en l'spagne, il met en coupe réglée l'Andalousie. Dupont transporte dans ses fourgons les trésors de Cordoue. Les subordonnés imitent bientôt l'exemple des chefs, et l'indiscipline, compagne ordmaiie de pareils excès, s'introduit dans l'armée. Napoléon ne réprime ces désordres (juc lors([u'ils mettent en péril la valeur militaire des troupes; dans la plupart
Beniadolle, Soult, lirune. Lanncs. Mortier, Ney, Davoiit, Ressirres. — Maréchaux uouinics ullrriouroment : Victor (1807), Outliuot (1809), Marmont (1809). Macdouald (1809), Sucliet (1811), Gouvion Saint Gvr (1812), Poiiiatowski (181o).
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des cas, il est obligé de fermer les yeux. Ses maréchaux, ses généraux, et même des olliciers de moindre importance, gorgés d'honneurs, sont aussi goroés d'ai-gent. ^
Dans l'organisation militaire proprement dite, l'Empereur innova très peu et se contenta de perfectionner l'instrument qu'il avait reçu de la Révolution. Pourtant, la méthode qu'il avait appliquée dès la campagne de 1 79G nécessita quelques modifications assez importantes. Napoléon voulut pouvoir grouper rapidement, en campagne, des forces capables de se sudire; il voulut une nombreuse cavalerie, cavalerie de ligne destinée au combat, et cavalerie légère destinée à l'exploration et aux escarmouches; il voulut disposer d'une réserve puissante. Pour avoir l'unité stratégique capable de se suiïire et de soutenir un choc, il renonça à l'organisation en divisions, qui, selon lui, lacihtait une dispersion excessive des forces, et il créa le corps d'armée, équivalent numérique de deux ou trois divisions, pourvu d'un état-major, d'une artillerie indépendante et de la cavalerie d'exploration strictement nécessaire. Pour être en état de jeter au point décisif une quantité de chevaux, il eut depuis la campagne de 1805 une réserve de cavalerie dont Murât fut le chef, des régiments de hussards, de chasseurs, de dragons, de cuirassiers, où se donnèrent rendez-vous tous les cerveaux bridés, tous les chercheurs d'aventures, les gens à coups de main dont Napoléon avait besoin dans ces corps. Comme réserve dernière, l'Empereur eut la gardç impériale, qui forma à elle seule une armée d'élite et comprit bientôt plus de 50,000 hommes, tous éprouvés, vétérans attachés à la fortune de l'Empire et à la gloire du maître. Enfin Napoléon augmenta extrêmement dans son artillerie le nombre des bouches à feu. Mais il ne se soucia pas de perfectionner l'armement. A ce dernier point de vue, l'Empire est une période d'arrêt; les troupes se servirent jusqu'à la fin du fusil à pierre et du canon de Gribeauval. Napoléon revint même sur quelques-uns des
progrès techniques réalisés sous la Convention : c'est ainsi qu'il néoligea complètement l'aérostation militaire.
Telle qu'elle était, Tarmée impériale fut, dans les premiers temps de ri^m[)ire, un instrument formidable, tant que les guerres n'eurent pas moissonné les vétérans de la Révolution, tant que les généraux et les maréchaux ne se dégoûtèrent pas des conquêtes, tant que l'armée ne fut pas dénationalisée par l'invasion des contingents étraugers. Elle semblait apte à la con<[uét2 universelle que son chef avait rêvée. 11 avait, depuis 1803, conçu le projet de Templover contre TAngleterre, l'adversaire maritime que la Uévolution n'avait pu réduire. 11 groupa ses meilleurs corps aux camps de Boulogne, de Montreuil et d'Ambleteuse, en Hanovre, en Hollande et en Bretagne; sur ces 200,000 hommes, 150,000 étaient destinés à passer en Angleterre sur des bateaux plats, sous la protection des deux flottes françaises combinées de l'Océan et de la Méditerranée.
Le plan de Napoléon, ajourné en 1803 à cause de l'insulFisance des préparatifs, en I80'i à cause de la conspiration de Cadoudal et de la proclamation de l'Empire, échoua en 1805. La Hotte de Tamiial Villeneuve ne put déboucher dans la Manche et ouvrir le passage. En même temps, la poIitic[ue rongeante et envahissante de l'Empereur sur le continent déterminait la formation d'une coalition nouvelle. Celle-ci comprenait déjà, comme grandes puissances militaires, l'Autriche et la Bussie, auxquelles la Prusse devait peut-être s'adjoindre si Napoléon ne se hâtait d'écraser les premières. Aussi renonçat-il non sans colère à son projet de traverser le détroit; l'armée réunie sur les cotes fit volte-face; elle vit s'ouvrir devant elle, comme en 1796, la perspective d'une course victorieuse à travers le continent (août 1805).
Les deux années de séjour au camp de Boulogne lui avaient donné une cohésion et un entraînement parfaits. Au point de vue militaire, il n'y avait plus de dilVérence entre les vétérans d'Italie et d'Egypte, et les jeunes sol-
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dats qui avaient rejoint les corps depuis 1803: tous avaient la discipline et l'endurance, grâce à la vie en baraquements, aux exercices continuels et aux travaux ordonnés par Napoléon. Au point de vue moral aussi, les diflerences étaient effacées: tous étaient au suprême degré confiants dans la fortune et dans le génie de leur chef.
Lorsque Napoléon mit en mouvement vers le Rhin l'armée d'Angleterre, devenue la grande armée, ses adversaires s'échelonnaient déjà sur les limites de la zone d'influence française, telle que l'avait faite le traité de Lunéville. Les Autrichiens attaquaient sur les deux frontières de rinn et de l'Adige : sur la première ils lançaient Mack avec 80,000 hommes; sur la seconde l'archiduc Charles avec 100,000. Ces deux chiffres et le choix des généraux montrent que le passé les aveuglait et leur faisait attribuer trop d'importance au champ de bataille italien de 1796 et de 1800, qui dans cette guerre devait être secondaire, comme l'indiquait la position même des forces principales de Napoléon et Tintention facile à deviner chez lui de frapper droit au ca^ur, à la capitale. A cette première faute les Autrichiens ajoutèrent celle de ne point attendre les Russes. Les Puisses avaient besoin de longs mois pour arriver dans la vallée du Danube; c'était trop pour l'impatience de Mack ; celui-ci, espérant détacher par un coup hardi la Bavière de l'alliance française, abandonna la ligne de défense de l'inn, comme l'archiduc Jean avant Hohenlinden, et fit irruption en Bavière (8 septembre 1805^.
Mack devançait son ennemi, parce que son point de départ était fort proche, tandis que celui de Napoléon était à 200 lieues. Avant de connaître les projets des Autrichiens, l'Empereur, supposant qu'il aurait à les atta- (|uer sur l'Inn, prend ses mesures pour concentrer la grande armée sur le Rhin et sur le Mcin (28 août) ; sur le Mein, à Wurzbourg, se réuniront le L''" corps (Bernadotte), venant du Hanovre et le II'' (Marmont)
venant de Ilolhinde ; sur le Khin, de Manheim à Spire, se concentreront les corps venant de Boulorme et des environs, IIP (Davoutu IV« (Soult), Yl« (Xevf; à Spire même se formera le \' corps (Lannes\ Cette double concentration, calculée d'une manière très précise, sera achevée du 25 au 30 septembre. Un VII*^ corps,' sous Augereau, formé en Bretagne, arrivera quinze jours plus tard en Allemagne. La réserve de cavalerie de Murât et la garde impériale seront sur le Rhin avec le gros des forces. Par cette seule disposition, l'Empereur est déjà en mesure d'inquiéter, avec ses deux corps de Wurzbourg, les flancs deTennemi, si celui-ci s'enfonce en Bavière: mais Napoléon n'y songe pas, persuadé, comme tout le monde, que Mack appréciera la force défensive de rinn et attendra les Russes. Disposant en tout de 18 'i, 000 hommes et de 3 iO bouches à feu, force double de l'armée autrichienne et capable de réaliser les plus audacieux plans d'offensive. Napoléon arrive de sa personne sur le Rhin le 25 septembre, pendant que de toutes parts se font les marches de concentration. Dès son arrivée, informé des mouvements de l'ennemi, il est en état de fixer ses résolutions.
Le général Mack s'était saisi sans peine de la Bavière; il avait forcé Télecteur, allié des Français, à se réfugier le 12 septembre à \Vurzbourg; il était maître de la vallée du Danube. 11 aurait pu s'arrêter à Munich. 11 avança encore, sous Tempire d'une superstition stratégi(|ue fort commune alors chez les Autrichiens, qui croyaient que le vrai moyen de fermer aux Français les portes de la Bavière était d'occuper Ulm, où se croisent les routes débouchant de la Forèt-Noire. Déjà, en 1800, Kray avait été victime du choix de cette position. L'expérience de Kray n'éclaira point Mack. Le 18 septembre, ce oénéral s'installa à Ulm et sur l'IIler. 11 était jeté en flèche fort loin de sa base de l'Inn, à laquelle le reliaient seulement les 20,000 hommes de Kienmayer, dispersés dans toute l'étendue de la Bavière.
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Mack ne pouvait rien faire qui servît mieux la cause de Napoléon. Par l'occupation de Wurzbourg, celui-ci menaçait déjà le flanc droit de Farmée autrichienne. 11 résolut de jeter toutes ses forces de ce côté, de donner le chancre aux Autrichiens pour les retenir à Ulm, de marcher rapidement au nord de leurs positions et de déboucher en masse dans la vallée du Danube à Donauwerth, afin de couper Mack et de le prendre. Ce mouvement pouvait avoir des résultats immenses ; même en admettant les pires hypothèses, comme celle d'une dérobade de Mack, la grande armée n'avait à craindre aucun danger, puisqu'elle avait le nombre pour elle; le seul risque qu'elle courût était l'arrivée des Russes, si Napoléon n'agissait pas promptement; mais la lenteur n'était pas son défaut.
En consé({uence, l'armée passa le Rhin de Strasbourg à Manheim, le 25 et le 20 septembre, quatre jours avant la concentration à Wurzbourg des corps venant du nord; elle marcha à l'est par le Wurtemberg, cachée aux regards de Mack par le rideau des Alpes de Souabe et surtout par les mesures que prit Napoléon. Poilr fortifier les Autrichiens dans la pensée d'une attaque par la Forèt- Noire, l'Empereur montra des tètes de colonne à tous les débouchés; il se servit de la cavalerie de Murât pour couvrir son aile droite. Celle-ci, servant de pivot, marchait assez lentement, tandis que les autres corps se hâtaient vers le Danube, en vue duquel tous devaient arriver le 0 octobre, assez près les uns des autres pour se donner la main. Ce plan s'exécuta à merveille. Les chefs autrichiens, l'archiduc Ferdinand comme le général Mack, hypnotisés par les démonstrations qui se faisaient devant eux, ne bougèrent pas d'Ulm. La grande armée, arrivant sur le Danube bien au-dessous de cette ville, ne vit devant elle que les faibles postes de Kienmayer. Le 7, Soult enleva sans peine le pont de Donauwerth: ce fut un premier débouché par où se précipitèrent en Bavière les corps venant du Rhin, et la cavalerie de Murât, marchant en tète, se hâta de balayer la vallée du Lech pour
LES CAMPAGNES DES AnMl':ES FRANÇAISES
séparer Mack de Kienmayer; Soult, le suivant de près, occupa Augsbourg sans coup férir i8 octobre). Cependant,
Carte n° 10. — L'Europe centrale.
les deux corps de Marmonl et de Bernadotte passaient le Danube à Ingolstadl et marchaient vers Munich pour refouler Kienmayer. Le corps de Ney était seul demeuré
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sur la rive oanche. L'armée se divisa en deux tronçons: Lun couvrit les opérations, du Lech à l'isar ; l'autre marcha sur Ulni. Ce dernier comprenait quatre corps d'armée, et c'était encore assez pour accabler Mack.
Napoléon était persuadé que si Mack cherchait à faire une trouée, elle ne serait tentée que vers le Tyrol : aussi ne laissait-il que le corps de Ney sur la rive gauche du Danube, et, en souvenir de la leçon de Marencfo, il cfardait ses trois autres corps, sur la rive droite, fort près les uns des autres. Par les deux rives, les Français remontèrent vers Ulm. Le 8 octobre, un premier combat livré par les dragons de Murât, à ^Vertingen, coûta aux Autrichiens 2,000 prisonniers. Le 9, le maréchal Ney, sur la rive gauche, livra le combat de Gunzbourg pour se lier aux corps opérant sur la rive droite, passa le Danube et ne laissa sur la rive gauche que la division Dupont. Cette disposition eut peiinis à Mack, s'il l'eut soupçonnée, de s'enfuir par le nord en passant sur le corps des soldats de Dupont. Napoléon, placé un peu loin, à Augsbourg, parce qu'il était occupé à fermer les routes du Tyrol, ne vit pas le danger de Dupont; ^lurat, qui le remplaçait sur le Danube, ne le vit pas davantage et voulut s'en tenir strictement aux instructions de l'Empereur, ce qui amena une violente querelle entre lui et Ney. La rive gauche du Danube était le coté faible de l'investissement. Heureusement Mack l'ignorait. I^e 11 octobre, à Hasiach, la faible division de Dupont l'empêcha encore d'y voir clair, en résistant avec fermeté aux attaques de 25,000 Autrichiens. Comme Mack semblait rivé à Uhii, Napoléon pensait avoir pour le 13 ou le 1 i octobre une autre édition de la bataille de Marengo, et il prenait ses mesures pour cette journée décisive.
Mais la conduite du général autrichien en décida autrement. Plongé dans la perplexité la plus cruelle, Mack ne sut prendre que des demi-résolutions. Comme s'il eût voulu s assurer plus amplement de son malheur, au lieu de réunir ses troupes pour fondre sur renncmi en déses-
péré, il envoya deux reconnaissances aux extrémités de sa ligne, l'une vers Elchingen sur la rive gauche du Danube, l'autre vers Memmingen sur l'Iller. La première eut pu découvrir que la route du nord était libre, si Napoléon n'y avait mis bon ordre. Le 14 octobre, l'Lmpereur faisait rétablir, sous le feu de l'ennemi, le pont d'Elchingen et lançait sur la rive gauche tout le corps de Ney. Après un vif combat, les Autrichiens s'enfuirent dans Ulm. Le 13, Soult avait eu un succès semblable à Memmingen, où il avait capturé 5,000 Autrichiens. Le cercle se resserrait autour d'Ulm. Mack ne savait que faire; son armée s'en alhiit lambeau par lambeau; il ne pouvait plus livrer bataille; dans la nuit du 15, l'archiduc Ferdinand s'évadait dXhn avec une douzaine de mille hommes, essayait de percer vers la Bohème, et immédiatement la cavalerie de Murât le traquait à outrance, lui prenait 8,000 hommes à Nordlingen (18 octobre); Ferdinand s'échappa presque seul. Cependant, Xey se saisissait du Miclielsberg qui domine la ville d'Ulm; Mack, sommé de se rendre, obtint d'abord un déhû de huit jours pour attendre une déHvrance chimérique; mais il ne tarda pas à comprendre la folie d'un tel espoir ; le 20 octobre, il se livrait à xXapoIéon avec les 30,000 hommes demeurés dans la place. Quinze jours de chasse savante av«aient suffi à l'Fmpereur pour anéantir une armée autrichienne; les pertes subies par les Français étaient relativement insignifiantes. Dans cette campagne d'Ulm, rien n'avait été livré au hasard; parfont même sûreté, partout même précision, depuis le pUni d'ensemble jusqu'aux menus détails d'exécution ^
Le coup de filet que venait de donner la grande armée lui livrait tout le haut Danube et désemparait la puissance militaire de l'Autriche. Immédiatement, Napoléon marcha sur Vienne. Il confia à Xey et à Augereau la conquête du
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1. A l'exception, toutefois, tlii mauvais cas où se trouva Dupont Haslach. ^
Tyrol ; il concentra dans sa main les cinq autres corps; il les forma en masses profondes disposées pour le combat, précédées d'une forte avant-garde et de la cavalerie de Murât, et si nombreuses sur un petit espace, qu'elles ne trouvaient à vivre qu'en marchant fort vite. Ces précautions montrent que l'Empereur s'attendait h une bataille avant Vienne. Le 28 octobre, il passa l'inn. Kn arrivant sur le moyen Danube, il tacha d'imprimer l'équilibre à ses tètes de colonne ; la fougue de Murât l'en empêcha plus d'une fois. Le 5 novembre. Napoléon se saisissait de Linz, Jusque-là la marche de l'armée n'avait pas rencontré d'obstacle.
L'armée russe de Kutusof, forte de G5,000 hommes, était sur le moyen Danube, où elle ralliait les postes autrichiens en déroute. Le général russe ne se jugeait pas en état de résister sur un terrain où il ne voyait aucun champ de bataille favorable. Il recula pas à pas, en tiraillant pour protéger sa retraite. 11 y eut un premier choc à Amstetten (5 novembre) dans une forêt de sapins. La cavalerie de Murât et l'infanterie de Lannes poussaient les Russes devant elles. Le gros des deux armées marchait sur la rive droite. Sur la rive gauche. Napoléon avait jeté deux divisions commandées par Mortier. Une flottille descendait le Danube pour lier les deux rives. L'Empereur ne supposait pas que les Russes fussent disposés à lui abandonner Vienne sans coup férir; il voyait leur champ de bataille dans la plaine de Saint-Pœlten, et se préparait h s'y mesurer avec eux. Mais la bataille lui échappa à Saint-Pœlten comme à Ulm.
Le 10 novembre, Kutusof passa brusquement le Danube au pont de Krems près de Saint-Pœlten, après avoir reçu de Pavant-garde française quelques balles et quelques boulets; il brûla le pont; il abandonna franchement la route de Vienne. Massé sur la rive gauche, il pouvait écraser les faibles divisions de Mortier. Napoléon mesura alors la portée de la faute (ju'il avait commise en jetant Mortier sur cette rive: la flottille était en arrière;
le Danube formait une barrière infranchissable; Mortier était isolé. Les Russes se jetèrent sur kii et vouhirent l'accabler. Ils le cernèrent ii Dihnstein (M novembre), en séparant la seule division qu'il eût en main de celle de Gazan, qui était en arrière. Mortier n'eut d'autre ressource que de rétrograder vers la division Cazan : il se fraya un chemin, de nuit, à la baïonnette, perdit 3,000 hommes, mais, grâce à sa fermeté, il réussit.
Napoléon ne voulut pas s'avouer la faute (ju'il avait commise; il s'en prit à la précipitation de Murât, qui marchait toujours de l'avant à travers forêts et montagnes sans se soucier de ce (jui se passait derrière lui. Murât justifia sa conduite en entrant dans Vienne (12 novembre ; les Autrichiens se préparaient à brûler les ponts de bois qui faisaient communi(|uer la capitale avec la rive gauche du Danube; Murât avait des instructions qui lui prescrivaient de s'en emparer; il amusa l'ennemi en lui parlant d'armistice, et prolita de la conversation pour se saisir audacieusement des ponts. Le lendemain, LEmpereur arrivait à Vienne. 11 voulut profiter tout de suite de sa position et des ponts pour couper la retraite à l\utusof\ (jui se hâtait par la rive gauche vers la Moravie; il lança sur la route d'Olmiitz Soult, Lannes et Murât; les Russes, arrivant à llollabrûnn, sévirent barrer le chemin ^15 novembre). Kutusof montra qu'il ne le cédait point en ruse aux généraux de Napoléon: lui aussi parla (Farmistice, profita du répit qu'il obtint pour faire filer ses troupes, et lorsque Murât, sur les reproches de Napoléon, attaqua enfin, les Français ne purent écraser que rarrière-garde de Bagration (fo novembre). Kutusof parvint sain et sauf à Olmiitz; il y rallia quchpies corps autrichiens; il y trouva les deux empereurs, François et Alexandi-e. Les alliés purent reprendre haleine.
Napoléon, installé à Vienne, avait déjà obtenu des résultats superbes. Mais il n'était pas sans inquiétudes. D'un côté, il soupçonnait que la Prusse était entrée dans la coalition, et de fait, Frédéric-Guillaume 111 avait pro-
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mis de joindre ses troupes aux Austro-Russes le 15 décembre De l'autre côté, l'armée autrichienne d'Italie et 1 archiduc Charles pouvaient arriver. Charles avait dû rapidement quitter l'Italie. Masséna, qui lui était opposé n avait eu d abord qu'à monter la garde sur le cours de
I Adige. En recevant la nouvelle d'Ulm, Masséna passa le fleuve et vint attaquer l'archiduc dans ses positions retranchées de Caldiero (30 octobre). Il ne put les emporter; mais, dans la nuit, Farchiduc décampa, laissa derrière lui une arrière-garde qui se fit massacrer (31 oc tobre , et fit retraite sur les États héréditaires. Il se dirigea vers la Hongrie. Cette marche allongée ne lui permettait pas de paraître de longtemps en Moravie, loutelois, il devait hnir par y arriver, si une solution décisive n intervenait.
Napoléon était venu s'étabhr le 19 novembre à Briinn
II s y arrêta pour faire reposer ses troupes, pour étudier le terrain et surtout pour laisser ses ennemis revenir à la conhance. Car il ne voulait point les chasser devant lui mais les anéantir. S'il fonçait immédiatement sur Olmûtz' peut-être Kutusof se déroberait-il encore. C'est pourquoi Il retint ses troupes et même sa cavalerie aux environs de Brunn, et il attendit les événements, tapi dans l'ano-Ie qne forment les deux routes de Briinn à Vienne et "de Briinn à Olmiitz.
Le calcul de Napoléon réussit à souhait. II eût sans doute manqué si le prudent Kutusof était demeuré le maître chez les Austro-Russes. Mais Kutusof avait à compter, depuis qu'il était en Moravie, avec des volontés présomptueuses et impatientes, à commencer par celles de 1 empereur Alexandre et de son entourage; sa science militaire était effacée par la prétendue science de l'Autrichien A\eirother; le cri général demandait la bataille On ne songea même pas à attendre l'appoint des Prussiens Les hésitations apparentes de Napoléon mirent en joie le quartier général d'Olmiitz; la surprise d'un petit corps français à Wischau (28 novembre) fit le même effet
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LES CAMPAGNES DES AKMÉES FUANÇMSES
sur les Austro-Russes que le combat d'Ampfing avant Hohenlinden sur l'armée de Farchiduc Jean; ils marchè-
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