I. Voir caries 10, 11 et
''ifewâ
Anglais et des Russes, que la mer et l'éloignement met-
taient il l'abri des
coups de Napoléon
Mais le grand empire, fondé par des Français, ne pouvait être défendu par les Français seuls. Après Presbourg, l'armée victorieuse, au lieu de rentrer en France, demeura au cœur de l'Allemagne, en Franconie, prête à écraser toute tentative de résistance. Elle fut grossie dans le courant de 1806 par de nombreux contino-ents étrangers, régiments hollandais, troupes de la Confédération du Rhin, régiments napolitains. Dès la fin de l'année, ces étrangers sontau nombre d'environ 100,000 dans les troupes franco-européennes de Napoléon, et la proportion gTossira de campagne en campagne, à mesure que la conscription fiançaise deviendra d\in rendement moindre, à cause des réfractaires et de la trop grande jeunesse des appelés: dès 1806, au cours de ses triomphes, l'empereur prend l'habitude d'appeler 1
les cons-
criptions à l'avance ; celle de 1807 est appelée en nove
►re
tout sans pr
celle de 1808 est appelée en mars 1807, le
préjudice des rappels de conscriptions anté-
rieures. Donc les éléments fran faut
çais ne suffisent plus : il un gros appoint d'étrangers, et cet appoint augmente chaque année, pour atteindre son chiffre le plus élevé dans (( l'armée des vingt nations » de 181*2.
L'accroissement de la puissance impériale, rendu plus sensible par le caractère despotique de Napoléon, modifie aussi les rapports de l'empereur avec ses compagnons d'armes. Oux-ci, et particulièrement les anciens généraux des armées d'Italie et d'Egypte, ont conservé jusqu'en 1 80G avec leur chef une certaine familiarité d'allures et par suite une certaine indépendance ; au besoin, ils savent avoir de l'initiative. Ces qualités tendent à disparaître après Presbourg chez les maréchaux de l'Empire. Leur caractère amolli se façonne volontiers à la servilité d'allures et à l'obéissance sans phrases que veut leur imposer Napoléon. L'empereur ne veut que des instruments dociles. Son porte-plume et porte-parole ordi-
naire, Berthier, major général, n'est que le transmetteur fidèle de ses volontés. Confiant dans sa toute-puissanee et dans son génie, Napoléon règle tout et décide tout: « Moi seul, dit-il, je sais ce que je dois faire. » Il ne laisse aucune liberté d'action à ses collaborateurs. xVussi les maréchaux en arrivent-ils à n'être que d'admirables sous-ordres et des entraîneurs sur le champ de bataille.. Si l'empereur est trop loin d'eux pour dicter leur conduite, ils ont peur d'agir et de prendre la moindre responsabilité : peu à peu ils sont gagnés par une passivité générale, qui se changera en inertie, toutes les lois que Napoléon ne les stimulera pas lui-même.
Ma fin de septembre 180t), la lutte recommence au cœur de l'Allemagne entre la France et la Prusse. Après l'écrasement de l'Autriche, la Prusse était entrée dans l'alliance française, d'où elle ne tarda pas à sortir à la suite des exigences de Napoléon. De la rupture de l'alliance à la guerre, il n'y avait qu'un pas, que la Prusse fit aisément, car la fureur patriotique des Allemands contre les Français croissait de jour en jour. L'armée prussienne vivait sur la vieille réputation qu'elle avait acquise au temps de Frédéric et que ses malheurs de 1792 n'avaient pu lui faire perdre ; elle se croyait en mesure de tenir tète à la grande armée. Le roi de Prusse Frédéric-Guillaume 111, son entourage et la reine Louise le crurent aussi, ce qui explique l'aveuglement avec lequel la Prusse, sans attendre le secours du czar Alexandre, lança ses 12 0,000 hommes à la rencontre des 170,000 soldats de Napoléon. Comme l'Autriche en 1805, la Prusse en 1800 allait payer cher cette folie de jeter ses forces en avant-garde contre un ennemi supérieur en nombre et en organisation militaire.
L'armée prussienne, commandée par le vieux Bruns- Avick, Mœllendorf et llohenhdie, tous anciens élèves de Frédéric, accompagnée du roi et de la cour, surexcitée dans ses passions anti-françaises et persuadée qu'elle ne ferait qu'une bouchée de farmée d'Austerlitz, se mit en
IKNA ET FRIEDLAND
marche de TLlbe vers le Rhin sans plan et sans direction véritable. Brunswick s'établit à Erfurt avec le gros de ses forces, 70,000 hommes environ; Hohenlohe, sur la gauche, commandait 50,000 hommes établis le long de la haute Saale. Arrivés en face des défilés du Thuringerwald et du Frankenwald, les Prussiens s'arrêtèrent : ils étaient en mouvement depuis quelques jours à peine, et déjà lîruns\yick comprenait que sa prétendue offensive était fort chimérique.
En effet, farmée française était dans le bassin du Mein. Six corps étaient massés de Wurzbourg à Bamberg, et Napoléon n'était pas homme à se laisser ravir les avantages de l'offensive. Le 28 septembre, il était à Mayencp. Résolu h pénétrer en Saxe par la hiiute Saale, à déborder la gauche des Prussiens, et, s'il était possible, à les tourner, de manière à les gagner de vitesse sur la route de Berlin, il s'inquiéta peu des premiers et timides mouvements de Brunswick. Les yeux fixés sur les trois routes du Frankenwald, de Cobourg à Saalfeld, de Kronach à Saalbourg et à Schleitz, de Bayreuth à Hof, il divisa son armée pour les utiliser toutes les trois. Ces routes débouchaient sur la haute Saale assez près les unes des autres pour qu'une concentration rapide fût possible, ce qui permettrait de former de suite le carré formidable de 200,000 hommes destiné à marcher sur Berlin.
La grande armée, réunie à Bamberg, se divisa (3 octobre) pour franchir le Frankenwald. Dès que se prononcèrent les mouvements des Français, Brunswick arrêta les siens : il attendit le développement des manœuvres de Napoléon ; il demeura à Erfurt et à ^Veimar, tandis que Hohenlohe, placé à Mittel-Polnitz, sur la rive droite de la haute Saale, se croyait couvert par quelques rassemblements placés à Schleitz et à Saalfeld, aux principaux débouchés du Frankenwald. Cette immobilité des Prussiens servait bien les projets de Napoléon.
Le 8 octobre, les Français franchirent les frontières de
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la Saxe. La cavalerie de Murât suivait de Kronach à Saalbourg la route centrale du F'rankenwald. Arrivé au débouché sur la Saale, Murât envoya des partis qui déblavèrent les deux autres débouchés. L'armée couvrit bientôt les trois routes. Sur celle de droite, Soult arriva à Ilof sans rencontrer les Prussiens; sur celle du centre, Murât et Bernadotte se saisirent de Saalbouror et attaquèrent à Schleitz (0 octobre) les 10,000 Prussiens du général Tauenzien. Surpris, dispersés, ceux-ci se rejetèrent en désordre vers le orros de l'armée de Ilohenlohe. Le 10 octobre, le corps du prince Louis, placé à Saalfeld au débouché de la route de gauche, est surpris de même par Lannes ; le prince Louis est tué, ses soldats mis en fuite ; toute la haute Saale est aux mains des Français. Tout de suite. Napoléon qui ne perdait pas de vue son but stratégique, Berlin, se dirigea vers Géra sur l'FJster (1 1-12 octobre ; il pouvait croire que de son côté Ilohenlohe descendait rapidement la Saale.
Mais il n'en était rien. Le corps de Hohenlohe s'était rejeté sur la rive gauche de la Saale qu'il avait passée à léna, pour se réunir à Larmée de Brunswick. Les Prussiens formaient d'Erfurt à Weimar et à léna une masse facile à concentrer. Napoléon, pour garder le contact avec eux, se rabattit à gauche vers la Saale ; il décida (13 octobre) de fermer les débouchés de cette rivière ; il fit descendre vivement le long de la Saale les corps de Bernadotte et de Davout, pour barrer les ponts de Dornbourg et de Naumbourg ; dès le 12, Lannes s'était saisi d'iéna. Dès lors, Larmée prussienne, qui se trouvait entièrement sur la rive gauche de la Saale, était tournée par l'armée française, qui occupait toute la rive droite et séparait les Prussiens de Berlin. Le peu de mobilité qu'ils avaient montrée fit croire à Napoléon qu'il aurait à les combattre tous entre léna et Weimar. Arrivé à léna le 13, il voulut les attacjuer de front le 1 i sur le plateau, et faire concourir Bernadotte et Davout à la bataille : tous deux devant se diriger, le premier de Dornbourg,
JÉNA ET FRIEDLAM)
le second de Naumbourg, vers la gauche présumée des Prussiens, de façon à la joindre vers Apolda.
Ces dispositions de Napoléon reposaient sur l'idée fausse que Brunswick et Hohenlohe s'étaient massés pour résister au choc des Français. En réalité, Bruns- Avick, saisi de crainte à l'idée d'être coupé de l'Elbe, s'était mis en marche pour y arriver, s'il était possible, avant ses ennemis ; il s'avançait vivement sur Naumbourg, avec ses 70,000 hommes, et il devait se heurter en pleine marche aux 20,000 hommes de Davout. Hohenlohe était demeuré seul, avec la moindre partie de l'armée prussienne, pour surveiller les débouchés d'iéna : il devait être soutenu par le corps du général Riichel posté à Weimar; mais Hohenlohe, persuadé comme Brunswick que les Français se hâtaient vers l'Elbe, ne croyait pas avoir grand'chose à redouter du côté d'iéna ; établi sur le plateau d'iéna à Weimar, il négligea d'occuper la ville et les hauteurs qui dominent la Saale. Cette erreur lui coûta cher.
Dans la nuit du 13 au 14 octobre. Napoléon, qui attachait avec raison une grande importance à la possession des hauteurs, fit gravir par les tirailleurs de Lannes les pentes du Landgrafenberg, y fit hisser tant bien que mal assez d'artillerie pour qu'il fût possible de s'y maintenir, et passa la nuit à quelques pas des avant-postes de Tauenzien. Les Prussiens ne firent rien pour empêcher cet établissement. Napoléon confia à Augereau, pour le matin du 14 octobre, une attaque destinée à les amuser dans le ravin de Miihlthal, par où passe la route d'iéna à Weimar, au sud du Landgrafenberg, et sur ce mamelon il massa ses principales forces.
Comme à Austerlitz, le brouillard favorisa les manœuvres des Français. Suchet et Gazan se jetèrent sur les deux villages de Closewitz et de Cospoda, dont la possession devait donner aux Français l'espace nécessaire pour se déployer. Peu à peu les Prussiens furent repoussés dans la direction de Weimar. Mais ils reculaient en bon
iï
lÉNV ET FUIEOLAND
ordre; Aiinerenu, dans le Miïhlthal. ne parvenait pas au sommet du détilé. liohenlohe en reculant appelait a lui de Weimar le corps de Riichel. Du coté des iMançais, le corps de Nev arriva vers dix heures, et la bataille, un instant languissante, reprit avec fureur. Ney se jeta au plus épais des bataillons prussiens ; i\ eût été pris, si Napoléon ne l'avait Tait soutenir. Une fois dégage, il réussit à déborder la gauche ennemie h Vierzen-Ileilinffen De son coté Augereau arrivait sur le plateau après avoir occupé le Miïhlthal et les lacets formés dans la Schnecke' par la route de Weimar. Les deux ailes des Prussiens étaient débordées ; tout fuyait déjà vers ^^ eimar, quand le général Kiichel se présenta enfin. Mais il ne réussit qu'h englober son corps d'armée dans Finévitable déroute. Les cavaliers de Murât rompirent l'armée prussienne ; dans un raid impétueux, ils la rejetèrent péle-méle sur AVeimar, firent des prisonniers en quantité et dispersèrent le reste qui s'enfuit vers Erfurt.
La victoire d'Iéna n'était que la moindre partie du triomphe de cette journée. Ni Bernadotte, ni Davout n'avaient paru à la bataille. Le premier, en exécutant à la lettre les ordres de l'empereur, avait débouche dans 'après-midi de Dornbourg vers Apolda sans rencontrer personne ; il était demeuré entre deux actions auxquelles il n'avait pris aucune part. Au contraire, Davout avait eu h soutenir Teflort de l'armée de Bruns>vick. Réduit à son ni« corps, composé des trois divisions modèles Priant, Morand et Gudin. il avait occupé dans la nuit du 13 au 1i les sommets des rampes de Kosen, qui aboutissent a la Saale ; la possession de ce poste devait lui permettre de déboucher sur les plateaux, pour exécuter sur la gauche ennemie le mouvement prescrit par Napoléon. De son coté, Brunswick s'était arrêté, le 13, li Auerstaedt, sans pousser jusqu'à Kosen. Dès le matin du 14, Davout portait en avant la division Gudin, sans se douter que le