Nom donné à la grande rampe de la route d'Icna à Weimar
gros de l'armée prussienne était si près de lui, et l'avantgarde de Brunswick sortait d'Auerstaedt. Le choc eut lieu sur le plateau d'IIassenhausen. Davout n'avait encore sous la main que la division Gudin. Mais elle montra une admirable fermeté ; formée en carré, avec peu d artillerie et moins encore de cavalerie, elle résista seule aux efT'orts de Tarmée ennemie, malgré des pertes cruelles. L'arrivée de Priant lui donna un peu de répit. Ce ^•énéral, sur l'ordre de Davout, déploya sa division à droite d'IIassenhausen, vers Spielberg, car le tenace maréchal ne renonçait point à peser sur la gauche ennemie. Toutefois la division Priant ne put que se défendre contre les masses prussiennes. L'ennemi rebuté au nord d'IIassenhausen chercha à s'ouvrir un passage au sud de ce village, partie qui n'était que faiblement gardée : il y serait parvenu, si la division Morand n'était arrivée à son tour, vers onze heures. Attaqué par une énorme masse de cavalerie, Morand se forma en carré comme Gudin, et repoussa toutes les attaques. Déjà Brunswick et Mœllendorir étaient mortellement frappés. La division Priant s'avançait vers Spielberg et débordait peu à peu la gauche des Prussiens. Une dernière attaque de ceuxci pour enfoncer la division Morand fut repoussée, et Davout ordonna la marche en avant sur la ligne entière. Le roi de Prusse disposait encore d'une réserve importante commandée par Kalkreuth : mais les sanglants échecs subis depuis le commencement de l'action l'avaient découragé; il se retira avec une perte de 10,000 hommes, dans la pensée de joindre le corps de liohenlohe vers ^Veimar. Le m'' corps, diminué du tiers de son effectif et privé de cavalerie, ne pouvait faire une poursuite active.
Mais les vaincus d'Auerstaedt, en battant en retraite, tombèrent dans la déroute dléna et furent assaillis par la cavalerie de Murât. La panique se communiqua à tous les corps ; les masses de fuyards tourbillonnèrent sur elles-mêmes, ne surent par où s'échapper, car les Pran-
Î.ES CAMPAONKS DES ARMÉES FlUXC VISES
lÉNA ET FFUEDI.AND
çais fermaient la route de Weimar ; les misérables débris de I armée prussienne s'enfuirent vers les montagnes du Harz; Frédéric-Guillaume faillit tomber aux mains des vainqueurs ; Murât s'empara d'une masse de prisonniers ; il captura, le 15 octobre, tout ce qui avait cru trouver un refuge dans Erfurt.
Ce double désastre anéantit en un jour la puissance militaire prussienne. Napoléon ne s'attacha pas à la poursuite des troupes débandées qui fuyaient vers le Ilarz; ,1 reprit sa marche sur l'Elbe, sur Berlin et sur Oder, marche oblique qui devait fermer aux débris de 1 armée vaincue toute issue vers la Prusse orientale, et qui les condamnait à tomber tôt ou tard entre les mains des Français. La grande armée se dirigea sur TKlbe en trois colonnes. Le 17 octobre, Halle était enlevé et la rive gauche de TElbe nettovée d'ennemis. Le fleuve fut franchi (20 octobre) ii Barby, Dessau et Wittenber/r, et Oavout placé à droite et devançant les autres corps entra le 25 h Berlin, où Napoléon le suivit deux jours plus tard. La forteresse de Spandau se rendit sans coup erir. L empereur fit continuer sans retard la marche sur 1 Oder se saisit du canal de Finow; au bout de peu de jours il put se flatter, grâce à la rapidité de sa marche, d avoir fermé l'accès de la Prusse orientale à l'armée fugitive.
Cette armée, ou plutôt ce reste d'armée, troupeau débande qui obéissait à peine à ses chefs, avait été placé sous le commandement de Holienlohe par le roi de Prusse fuyant vers Kœnisgberg. Hohenlohe emmena la plus grande partie des troupes dans la direction de Maedebourg et de Stettin, dans l'espoir d'arriver sur le bas Oder avant les Français ; Bliicher emmena le reste avec le parc d artillerie, vers le bas Elbe. La marche de Hohenlohe hit extrêmement lente et confuse Le''-' octo l.re seulement il dépassait Magdebourg. Il s'avança par le nord du Brandebourg avec assez de facilité jusqu'à /ehden.ck. Arrivé là, il se heurta aux escadrons
de Murât. Hors d'état de leur résister, il flt retraite vers le nord dans l'espoir de se sauver juscju'ii Stettin. Mais il fut prévenu l\ Prenzlow par les cavaliers de Murât ; l'infanterie de Lannes parut derrière la cavalerie : le 28 octobre, Hohenlohe capitula en rase campagne avec 14,000 hommes ; le lendemain, Stettin était enlevé. Bliicher n'eut pas un meilleur sort. Il avait ramassé tous les postes épars sur sa route et emmenait 20,000 hommes vers le nord, il ne savait où. Après avoir franchi l'Elbe, il fut bientôt talonné par Soult et par Bernadotte. Le 6 novembre, il pénétra de vive force dans la ville libre de Lubeck. 11 lui fut impossible de s'y défendre : les Français entrèrent dans Lubeck derrière lui ; Blùcher en sortit, mais ce fut pour capituler à son tour avec ses troupes (8 novembre). La panique universelle s'étendait aux gouverneurs de places. Les forteresses se rendaient à l'envi, à la première apparition d'un régiment ou même d'un escadron français : le 3 novembre Kùstrin capitula ; le 8, vient le tour de Magdebourg, qui se rend avec 22,000 échappés d'iéna et d'Auerstaedt. Jamais conquête ne fut plus complète et plus rapide. Frédéric- Guillaume, réfugié à Kœnigsberg, voyait enfin arriver les Russes sur le Niémen fP^'' novembre), juste à temps pour défendre contre Napoléon le dernier lambeau de la monarchie.
Napoléon, maître du cours de l'Oder par la reddition de Stettin et de Kustrin, dirigea dans le courant de novembre la grande armée sur la Vistule. En première ligne* Lannes et Augereau marchaient sur Bromberg, Davout sur Posen et Varsovie. L'entrée des Français en Pologne fut signalée h Posen par des manifestations d'enthousiasme. Le rétablissement de l'Etat supprimé en 1795 était populaire dans l'armée, mais il ne concordait pas avec les calculs politiques de Napoléon, (jui n'était guère disposé à s'aliéner la Russie pour jamais, car il vovait en elle Palliée du lendemain. L'empereur mit donc une sourdine aux sympathies polonaises de ses officiers ;
LES CAMPA(i\ES DES ARMÉES FUANÇAISES
il se contenta de tirer do la Poloone des corps francs de cavalerie, qui lui lurent aussi fidèles, d'Eylau à Sonio- Sierra et à Chanipauhert, que les mameluks de sa garde Tavaient été depuis le Caire. Les Russes et les Prussiens étaient rangés de Varsovie ii Tliorn le long delà Vistule. Ils cédèrent [)artout sans attendre le choc. Le 28 novembre, Murât entra dans Varsovie; le Russe Benningsen ne défendit même pas le faubourg de Praga : il se retira, toujours suivi par les Français, dans le triangle formé par le Bug, LUkra et la Xarew. Augereau occupa Modlin ; Ney passa la Vistule à 1 horn en (ace des Prussiens. La marche des Français se ralentissait forcément dans ces plaines marécageuses, immense bourbier que l'hiver assez doux de 1806 ne parvenait pas encore à geler. L'empereur demeurait à Posen pendant que ses lieutenants prenaient possession de la Vistule.
Malgré l'hiver, les Russes étaient trop près des Français pour qu'un choc ne se produisît pas ; ils occupaient une position trop risquée entre le Bug, LUkra et la Narew pour que Napoléon n'essayât point d'en profiter. Arrivé le 19 décembre à Varsovie,"Napoléon conçut l'idée de séparer les Prussiens des Russes en rejetant les premiers vers la mer au moyen du corps de Ney, et d'accai)ler Benningsen en attaquant vivement son flanc droit sur ITkia. Il se piomettait les plus grands résultats de ces manœuvres. La première chose à faire était de se saisir du cours de l'Ukra. Le 23 décembre, Augereau se pcntait de Plock vers l'Ukra supérieur, l\ Kolozomb : l'Ukra inférieur fut traversé près du confluent par Napoléon et Davout, qui se saisirent de Czarnowo après un furieux combat de nuit. Le lendemain, Augereau passait à Kolozomb, et les Français poussaient devant eux les Russes entre l l kra et la Narew. Tous ces mouvements se faisaient avec une peine extrême, dans les bois et dans la boue; on ne voyait rien des évolutions de l'ennemi. Napoléon crut que Benningsen concentrait ses ti'oupes à Golymin ; il y dirigea la majeure partie de ses forces,
lÉNA ET FRIEDLAND
pendant qu'à sa droite, le corps de Lannes marchait seul sur Pultusk. C'était en réalité à Pultusk que s'était retiré Benningsen : Lannes se heurta à des troupes bien postées et supérieures en nombre (26 décembre). 11 essaya * pourtant de jeter les Russes dans la Narew; il essuya des pertes considérales et ne put forcer Benningsen dans ses retranchements; celui-ci profita de la nuit pour se dérober par les ponts de Pultusk, et s'attribua la victoire, parce qu'il n'avait pas été écrasé. Pendant ce temps^ les F'rançais délogeaient aisément à Golymin les postes! laissés devant eux, et Ney chassait les Prussiensde Soldau. La manœuvre de Napoléon n'avait eu qu'un demi-succès: les Russes étaient expulsés de leur triangle, ils n'étaient point défaits. L'empereur renonça pour l'instant à les traquer : il fit prendre à l'armée ses quartiers d'hiver sur le terrain qu'elle venait de conquérir; le front des Français s'étendit de Soldau, sur Ll^kra, à Ostrolenka, sur la Narew; sur la gauche, le corps de Bernadotte cantonna le long de la Passarge (P»" janvier 1807). Thorn et Varsovie étaient les dépots et les places de ravitaillement de la grande armée.
Cependant Benningsen avait ramené ses troupes entre l'Aile et la Pregel. Le choc de Pultusk l'avait rempli de confiance; l'arrêt de Napoléon, obligé de stationner sur la Vistule, réduit ii une guerre de postes, n'était pas fait pour le décourager. L'hiver devenait rigoureux; il devait rendre bientôt ' praticables les marécages glacés de h Prusse et de la Pologne. Le général russe voulut en profiter pour tenter une surprise. Il projeta de se porter vers la côte, de forcer la ligne française sur la Passarge et d'enlever le cours inférieur de la Vistule. Cette opération devait mettre Napoléon en grand péril ; les Français seraient en tout cas obligés d'évacuer sans combat Thorn et Varsovie, pour conserver leurs communications avec le centre de l'Allemagne. Le 22 janvier, les Russes s'ébranlèrent. Leurs premiers coups devaient porter sur le corps de Bernadotte.
Les
LES CAIIPAONES DES ARMÉES FRANÇAISES
projets de Benningsen furent éventés juste à temps par le maréchal Ney. Celui-ci poussait sans trêve ni repos des partis entre l'Aile et la Passarge, entre l'Aile et la Pregcl, au milieu des quartiers russes et prussiens Napoléon le blâmait de pareilles imprudences. Cependant ces pointes audacieuses de Nev firent connaître le mouvement de Benningsen, assez t'ôt pour prévenir un desastre. Bernadolte se concentra en toute liàte en arrière de la Pi^sarge. Attaqué à Mohrungen (2G janvier), il se tira d atlaire sans grande perte. Napoléon lui ordonna de se retirer lentement vers la Vistule et d'attirer le plus possible les Russes il sa suite. L'empereur avait immédiatement arrêté son plan. Benningsen avait voulu le cerner: il serait cerné lui-même. Ordre fut donné à tous les corps, sauf ii celui de Bernadotte qui servai (1 amorce pour les Busses, de se concentrer le .3 février à A lenstein, sur la gauche de rennomi, d'où il serait possible d atteindre ses communications et de l'écraser en le poussant à la mer. Toute l'armée sortit des ciuartiers d hiver et se hâta vers Allenstein.
Mais le plan de Napoléon fut déjoué comme l'avait été celui de Benningsen. Ce dernier, pris d'hésitations, ne s était pas engagé ii fond contre Bernadotte, et au moment ou il commençait à se demander avec inquiétude ce que signifiaient les mouvements sur sa gauche, une dépêche prise par les Cosaques lui révéla fort ii propos les projets de l'empereur. Aussitôt les Busses firent volte-lace et se mirent en retraite sur Kn.nigsbeig. Les français, ne pouvant les cerner, les poursuivirent : Napoléon se résigna h attendre d'un coup de fortune l'occasion de manœuvrer que la fortune venait de lui refuser. Le 0 lévrier les Busses parvinrent il Landsbeii;. Leur arriere-garde disputa le village de llof aux cavaliers de Murât Benningsen voulait bien se retirer, mais non pas fuir II atteignit le 7 Preussisch-Eylau, au sud duquel sur le plateau de Zicgelholf, son arrière-garde eut encore a subir un assaut furieu.v des Français. Ceux-ci, empor-
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tés par leur élan, pénétrèrent le soir dans hylau, pêlemêle avec les Busses. Délogé encore de ce ppstc Benningsen trouva que c'était assez reculer. Il sortit d hylau, mais s'arrêta à portée de canon de cette ville, rangea en bataille ses 75,000 hommes et se prépara a accepter la lutte. Napoléon, entré dans Eylau au milieu du desordre et du pillage, comprit aux feux de bivouac allumes par les Busses qu'ils cessaient de se dérober II occupa fortement ]• vlau et le cimetière qui s'étend a la droite ; il fit rappeler de suite Ney, qui poursuivait les Prussiens vers la mer, et lui fit prescrire de tomber sur la droite des Busses : mais Ney arriverait-il à temps ? Davout, qui s'avançait sur la droite de l'armée française, reçut I or. re de déborder la gauche ennemie. Telles furent les seules dispositions que l'empereur put prendre. Klles étaient assez hâtives et pouvaient ne point sulhre.
I e lendemain (8 février), l'armée française était en lisne d'Rvlau à Bothenen ; en face d'elle, dans une plaine de neige," les masses profondes de l'armée russe s étendaient de Serpallen â Schmoditten. Les Busses étaient résolus à profiter de leur nombreuse artillerie pour brover Evlau et Bothenen. La bataille commença donc par' un formidable duel au canon, très meurtrier pour les Français et plus funeste encore aux Busses. Les deux lianes ennemies étaient très proches, la portée excellente. C"était une boucherie où Russes et Français luttaient de couraoe passif. Les j.remiers essayèrent en vain de s'avancer sur Evlau. Napoléon, malgré les pertes terribles qu'il subissait,' attendait pour s'engager 1 exécution des mouvements qu'il avait ordonnés sur le tlanc de 1 ennemi Enfin le corps de Davout parut vers Serpallen ; il enleva ce village et repoussa la gauche russe sur Mcm- Sausgarten. Napoléon, croyant le moment venu, donna le signal â son centre. Le corps d Augereau débouche entre le cimetière et R<.thenen. Mais il s avance a découvert, les Russes concentrent sur lui leur mitraille et le hachent. En peu d'instants, le tiers des soldats d Auge-
LES CAMPAGNES DES AUMKES FRANÇAISES
lÉNA ET FRIEDLANO
reau est couché par terre. Augereau, atteint lui-même, recule en désordre vers le cimetière. Les Russes l'y suivent et essaient d'entamer la ligne française. Napoléon est obligé de jetei' snr eux toute la cavalerie de Murât. Les Russes sabrés reculent à leur tour, mais ils irardent
eurs positions.
Les 1^'rancais venaient de subir un grave échec. L'arrivée du général prussien Lestoc({ sur la droite ennemie, accrut leurs perds. Les Prussiens passant derrière les Russes, débouchent à Kuschitten et menacent à leur tour la ligne Française. Il n'est plus question d'écraser Benningsen : Napoléon est réduit à se défendre. La fermeté de Davout vers Serpallen et l'arrivée de Ney à Althofl", sur l'extrême droite ennemie, le sauvèrent d'une défaite. Les Russes, menacés sur les deux ailes, se décidèrent à la retraite. Ils avaient perdu environ 25,000 hommes, les Français 15,000. « Quel carnage, s'écriait Ney, et sans résultat ! » En elïet, lés Russes, cruellement atteints, n'étaient pas écrasés ; Napoléon n'était même pas en état de leur enlever la Prusse orientale. Eylau n'était une victoire que par la possession temporaire du champ de bataille.
Dès le 17 février, Napoléon, se rendant compte qu'il ne pouvait rester en flèche ii Lylau, commençait son mouvement rétrograde. Il revint sur la Passarge, où il prit avec son armée de nouveaux quartiers d'hiver. Il installa son quartier général à Osterode, et plus tard (1" avril) à Finkenstein. Les masses de la arande armée, établies avant Fylau entre l'Ukra et la Narew, étaient fixées désormais sur la Passarge pour couvrir le sièo-c de Danzig. L'armée reçut des renforts. Le corps d'Augereau, si éprouvé à Kylau, fut dissous et versé dans les autres corps'. Les troupes souflVirent dans leurs quaitiers
1 . Il y eut. en revanche, des formations nouvelles : en octobre 1806, le Mil»' corps (Mortier), qui détrône l électeur de liesse et va surveiller les Suédois en Poinéranie ; en décembre 1806, le F\« corps (Jérôme),
àe la Passais, et comme il arrive quand une guerre se prolonge outre mesure, la discipline se relâcha, les pillards et les maraudeurs roisonnèrenl. L'armée russe, qui souffrait des mêmes maux, n'in<iuiéta pas les l<raneais. A la fin de mars 1807 commença le siège de Dan/.ig, couvert par toute la grande armée. Nominalement, il était dirigé par le maréchal I.efehvie : mais ce vieux soudard était incapable de diriger quo. que ce lut; les vrais chefs étaient le commandant du génie, C.hasseloup- I -mbat et le commandant de l'artillerie Lariboisiere. ù place était défendue par 18,000 Prussiens que commandait le maréchal Kalkreuth. Napoléon tenait a s en emparer à cause des immenses magasins de vivres .lu'elle contenait. Chasseloup et Lariboisiere firent un siè<^e dans toutes les règles de l'art, malgré les impatiences de Lefebvre, qui voulait sans cesse monter a l'assaut, et qui s'attira par sa sottise plus d une réprimande de Napoléon. Les Russes ne firent qu une molle et inutile tentative pour débloquer la place par a basse ^lstule Le 2i mai, la brèche fut praticable dans les ouvrages du Ilagelsberg, et Kalkreulh capitula aux conditions nu'il a^ait accordées aux Français à Mavence en 1/93. Après la prise de Dan/.ig, Napoléon songea a terminer la guerre par un coup décisif sur Kœn.gsberg et sur l'armée alliée. Ses troupes étaient reposées et refaites 11 se prépara i. quitter les campements de la Passarge. Il voulait marcher de l'avant le 10 juin entre 1 Aile et la mer. Les intentions de Napoléon lurent devancées par les Russes d'une manière inattendue. Benningsen, qu. était demeuré à peu près immobile pendant le siège de Dan- 7W sortit tout d'un coup de son camp retranche de Ileilsberg pour marcher aux Français sans autre motil nue le retour de la belle saison et la facilite ce se procurer des fourrages. Le 5 juin, les Russes tombèrent sur
formé pour la prise dos places de Silésie ; en mors 1807. le X^ corps (Leffl)vie), foniio pour le siège de Danzit'.
LES CVMPVGNES DES ARMÉES FUXNÇAISES
le corps de Ney, placé en Tair à Guttstadt sur TAlle supérieur. Ney ne se troubla point : il maintint solidement ses bataillons sous l'attaque de forces écrasantes ; il se retira peu à peu sur Aukendorf, 'le 5, sur Deppen, le 6, évitant de laisser rompre un seul de ses carrés. Cependant Napoléon ralliait avec rapidité ses corps entre Saalfeld et Osterode. A son tour il se porta de Tavant, rejoignit Ney et arriva en vue des Russes. Ceux-ci renoncèrent brusquement à poursuivre l'oirensive ou plutôt la surprise qu'ils avaient tentée. Benningscn redescendit l'Aile vers son camp de Ileilsberg (8 juin). Les Prussiens de Lestocq retournèrent directement à Kœnigsberg. Le gros des forces russes était sur la rive droit(' de l'Aile, ce qui inspira à Napoléon la pensée de les gagner de vitesse sur la route de Kœnigsberg : toute l'armée française s'avança vivement par la rive gauche.
Benningsen s'était arrêté dans ses retranchements d'IIeilsberg, où il accumula son armée sur les deux rives de lAlle. La droite française vint le heurter le 10 juin au soir. Les Russes firent bonne contenance : ils étaient favorisés par leur nombre et par leur position ; le combat avait commencé trop tard pour avoir un résultat décisif: Benningsen garda ses retranchements. Toutefois, dominé par l'idée de secourir Ko'nigsbeig, il battit en retraite le 11 et continua à descendre sur la rive droite de l'Aile, rivière extrêmement sinueuse, dont la direction Léloignait plutôt de la place (ju'il voulait secourir. Cet inconvénient lui suggéra l'idée de la traverser pour devancer les Français à Kœnigsberg. Il s'exposait ainsi h combattre avec la rivière à dos, et rien ne pouvait mieux favoriser Napoléon.
Celui-ci, après avoir occupé Ileilsberg, avait abandonné les bords de l'Aile pour maicher droit surKoMiio^sberg par Kylau (13 juiuy. l)'l]yluu il lança ses corps en éventail entre l'Aile et la mer, la gauche en avant, le centre à Doninnu ; la droite, commandée par Lannes, faisait des reconnaissances vers Friedland et vers les
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positions présumées de Benningsen. C'est à Friedland, point où le cours de l'Aile se rapproche de Kœnigsberg, que Benningsen avait résolu de passer la rivière. Le 14, aune heure du matin, Lannes arrivant à Posthenen, presque aux portes de Friedland, apprenait que des masses considérables se montraient dans cette ville, d'où elles avaient chassé nos hussards d'avant-oarde. Avec ses 10,000 hommes, Lannes ne pouvait empêcher les Russes de déboucher sur la rive gauche. 11 s'établit solidement h Posthenen et dans les bois de Sortlach, et fit connaître à Napoléon la situation nouvelle.
Avant le lever du jour, Benningsen, se trouvant en contact avec les Français, avait résolu de leur livrer bataille. Il jeta trois nouveaux ponts sur l'Aile, fit passer toute son armée et la mit en ligne sur le plateuu qui s'étend ii l'ouest de Friedland et qui est coupé en deux par le ravin du Mùlilen P luss, où le général russe étublit aussi des ponceaux de communication. Il ne laissa sur la rive droite de l'Aile qu'une division avec de l'artillerie, encore assez rapprochée pour concourir à la bataille.
Lannes, de son côté, avait commencé à canonner et à fusiller les Russes entre Sortlach et Posthenen. 11 essayait d'étendre ses lignes trop minces jusqu'à Heinrichsdorf, où passe la route de Friedland à Kœnigsberg, afin de la fermer aux Russes. Il ne put s'établir dans la plaine de Heinrischsdorf qu'à l'arrivée de Mortier. Même avec ce renfort, il était très inférieur en nombre à l'armée russe. Benninofsen essavait d'enfoncer les Français à sa oauche, en avant du bois de Sortlach, et à sa droite, vers Heinrichsdorf. Mais ses elforts étaient inutiles. Jusqu'à midi. Mortier et Lannes se maintinrent, et gardèrent à Napoléon le terrain nécessaire pour livrer sa bataille.
Napoléon, arrivé à Posthenen, jeta tout de suite les yeux sur le bas-fond de Friedland et sur les quatre ponts, ligne de communication et de retraite des Russes, peu éloignée de la droite française, ce qui en rendait l'enlèvement possible. Aussi l'empereur conçut l'idée d'entre-
LES CAMPAGNES DES ARMÉES KUANÇAISES
tenir à sa gauche une action simulée pour tromper les Busses et les attirer dans la plaine de Ileinrichsdorf; il résolut de porter Teftort principal sur la droite vers Friedland. Friedland pris, Tarmée russe adossée à l'Aile serait jetée dans la rivière. Il arrêta l'action le temps nécessaire à l'arrivée de ses renforts et de la garde. Puis, vers (juatre heures, il chargea le maréchal Ney d'enlever Friedland.
Nev se précipita du bois de Sortlach vers Friedland. Il (ut accueilli par un feu croisé d'artillerie qui lui venait de face et de la rive droite de l'Aile. Les Français décimés hésitèrent. Mais Napoléon fit soutenir l'eflort de Ney par la division Dupont ; il fit établir par Senarmont une I)atterie de 30 pièces pour combattre l'artillerie russe. La marche en avant reprit et ne s'arrêta plus. Les Français se jetèrent dans Friedland, repoussèrent les Russes rue par rue, détruisirent ou brûlèrent les ponts. L'ennemi voulut reprendre cette position capitale : il ne réussit qu'à écraser et à incendier Friedland sous les obus ; Ney ne se laissa pas expulser ; les Russes furent ramenés sur le plateau. lmmédiatcme.nt Napoléon ordonna une vive atta([ue du centie à la gauche, de Posthenen à Ileinrichsdorf. L'ennemi céda i) l'efTort général : rompu, brisé, il se rejeta vers l'Aile. (Quelques corps parvinrent ;i fuir en suivant la rive gauche; d'autres cherchèrent un gué dans l'Aile, où beaucoup d'hommes se noyèrent ; d autres furent exterminés sur le bord de ce fossé. La lutte se termina à dix heures du soir, dette fois la victoire était décisive : l'armée russe était désorganisée ; elle avait perdu 20,000 hommes, les Français 7,000. Benningsen ramena ses débris, le 15, sur la Pregel. Les Prussiens abandonnèrent Ko'nigsberg dont Soult prit possession. Le 19, les Russes étaient rejetés sur le Niémen. La cause de la Prusse était perdue, et la Russie l'abandonna en signant un armistice (*22 juin.
Napoléon profita de sa victoire pour faire entrer la Russie dans son système politi(|uc. La Prusse écrasée
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ne comptait plus. Le czar Alexandre conclut avec l'empereur des Français non pas la paix, mais un traité d'alliance dirigé contre l'Angleterre et inspiré par les idées auJJ/ocus Continental: ce fut le traité de Tilsitt (8 juillet). La Prusse était démembrée et réduite de moitié Napoléon était maître incontesté de FFurope du centre et de 1 ouest, et le grand empire de l'est adoptait son alliance. ^
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