‹ Les campagnes des armées françaises (1792-1815) [microform]Chapitre 62 sur 73 · Voir cartes 10, p. 212 et 15, p · texte numérisé non relu

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die jusqu'au Rhin. Mais cela ne lui sufhsait pas : il voulait encore sauver toutes ses fragiles créations d'Etats feudataires. Pour une tache si ardue, il était obligé de drainer jusqu'à épuisement les ressources de son empire et de se fier au concours d'alliés plus douteux que jamais. 11 travailla sans relâche à reconstituer ses troupes. Il avait dans ses dépots les conscrits de 1813, appelés dès le mois d'octobre 1812, et dans les départements 100 bataillons exercés de gardes nationaux, les cohortes. H doubla ces bataillons ; il y ajouta des contingents rappelés sur les classes précédentes depuis 1809; il tira des cadres d'Espagne ; il trouva dans les débris revenus de Moscou d'autres cadres en assez grande quantité pour instruire et entraîner les recrues. Ces mesures lui donnèrent une armée assez semblable par sa composition aux armées révolutionnaires, mais très différente par son esprit, car, tout en ayant un courage à toute épreuve, tout en étant profondément dévouée h la personne de Napoléon, l'armée de 1813 subissait les désolantes impressions d'une guerre sans fin et de la lassitude de la France ; elle manquait de la passion qui exaltait l'armée de 1793 ; elle ne sut pas, comme cette dernière, se reformer et se maintenir après un échec ; elle se montra prompte au découragement. Appauvrie en force morale, elle était aussi appauvrie en ressources matérielles : si Napoléon put reformer une artillerie de 600 bouches à feu, improvisée aussi rapidement que ses régiments de ligne, il ne put, faute de chevaux, lemonter une cavalerie suffisante, et se ressentit dans toute la campagne de cette infériorité. Après trois mois de travail acharné, il fut en mesure de diriger au delà du Rhin, 200,000 hommes, dont 2 4,000 seulement de cavalerie. Ces forces devaient être portées, dans le courant de l'été, à 350,000 hommes, dont 60,000 cavaliers, avec 000 canons.

C'était assez pour résister au premier eflbrt de la coalition. Celle-ci ne comprenait encore que la Russie et la Prusse. La Russie, très éprouvée pendant la campagne

de 1812, obligée de lutter fort loin de chez elle, ne disposait guère de plus de 100,000 hommes au delà de la Vistule ; son allié 13ernadotte, le prince de Suède, ne parut pas dans la piemièro partie de la campagne. La Prusse était en mesure de fournir un appoint plus considérable, grâce au système de réserves qu elle avait appliqué dès 1808, et à la passion patrioticpie qui enHammait ses habitants au point que toute la population valide servait parmi les réservistes ou parmi les volontaires. F/Autriche, tout en armant ostensiblement, se tenait à l'écart; elle semblait attendre que le sort des armes se prononçât. Par leur masse, les ennemis de Napoléon n'étaient donc pas plus ledoutables, au printemps de 1813, que les armées cpi il avait vaincues autrefois. Ce qui rendait la partie dillicile, c'était l'exaspération des Allemands, ce murmure général de révolte qui courait du Rhin à l'Elbe et que Lutzen et Bautzen n'apaisèrent point ; c'était aussi l'inexpérience de l'armée française, organisée h la hâte pour défendre une domination violente dont la cause ne la passionnait pas.

La déroute de Moscou avait fait perdre h Napoléon la moitié de l'Allemagne : le prince Fuigène s'était re])lié de poste en poste avec ses tiistes débiis jusqu'au confluent de TRlbe et de la Saaie. Mais l'Lmpereur, résolu à reconquérir rAllemagne entière, avait promis à Eugène, dès qu'il avait eu ([uehjues nouveaux régiments organisés, les renforts nécessaires pour se maintenir sur la Saale. Au mois d'avril, le prince Eugène occupait sur cette rivière de bonnes positions défensives, à la tète de 00,000 hommes. Le 15, Napoléon cpiilta Paris pour le rejoindre. Il poussa de Mayence ii Erfurt 130,000 hommes divisés en quatre corps : les trois premiers étaient commandés par Ney, Marmont et Bertrand ; le quatrième était la garde. L'Empereur voulait avant tout reprendre Dresde et la ligne de l'Elbe, que déjà les coalisés avaient dépassés. Sachant que ceux-ci s'avançaient vers la Saale en longeant les montagnes, il les laissa faire et descendit lui-

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même la Saale, qu'Eugène remontait pour le rejoindre. 11 voulait, une fois la jonction faite, traverser en masse la rivière, s'emparer de Leipzig, et tomber de là sur le flanc droit des alliés.

Dès le 29 avril, le corps de Ney passait la Saale près de Weissenfels et s'avançait sur la route de Lutzen. Les conscrits de Ney se heurtèrent à la cavalerie russe ; ils la reçurent avec fermeté sur la pointe de leurs baïonnettes, puis, enlevés par leur chef, ils entrèrent au pas de charge dans Weissenfels. La bravoure de ces tout jeunes gens, presque des enfants, montra à Napoléon que vingt ans de cruerres n'avaient pas brisé Lélan des Français ; d en tira\on augure pour la suite delà campagne, et ses maréchaux partagèrent son impression. Il s'avança donc avec confiance sur Lutzen, par la grande route de Weissenfels à Leipzig. Le V' mai il rejeta quelques escadrons ennemis hors du défilé de Rippach, où le maréchal Bessières fut emporté par un boulet. Ses divisions s'avançant vivement dans la plaine, dépassèrent Lutzen dans la direction de Leipzig ; Napoléon laissa seulement à Lutzen et dans les environs, pour protéger sa droite, tout le corps du maréchal Ney. Le 2 mai, au matin, Napoléon arrivait devant Leipzig et enlevait la place de vive force. Pendant que Leipzig tombait, la bataille éclatait a 1 improviste du côté de. Lutzen.

Comme Napoléon l'avait supposé, les Russes et les Prussiens de Witgenstein et de Blucher, au nombre de 80,000, se portaient du haut Elster vers la haute Saale, sur le flanc droit de l'armée française, lorsque la vue des colonnes de Napoléon marchant sur Leipzig leur donna l'idée d'assaillir brusquement cette droite ([u'ils supposaient sans défense. Le czar Alexandre et le roi de Prusse, pleins de confiance, approuvèrent ce plan, et les allies, faisant une conversion à droite, attaquèrent le corps du maréchal Ney, dont ils ne soupçonnaient pas la

force.

Les Français occupaient en avant de Lutzen cinq viUa-

Mi

ges qui faisaient autant de forteresses. C't'taient Gross- Gorschen, Rahna, Klein-Gorschen, Starsiedcl et Kaia. Le premier était fort exposé : les Prussiens de Bliicher Tattarpièrent furieusement et Tenlevèrent. Du même élan ils coururent sur la seconde ligne que formaient Starsiedcl, Rahna et Klein-Gorschen. A wStarsiedel arriva à propos le corps de Miirmont, qui soutint avec fermeté le choc de l'ennemi. Mais les Français furent chassés de Rahna et de Klein-Gorschen. A ce moment arriva Ney pour se mettre à la tète de ses divisions : il reprit Klein- Gorschen et Rahna après un corps à corps acharné, sans décourager les Prussiens de leurs attafjues.

Cependant Napoléon accourait de Leipzig h Lutzen. et tous ses corps convergeaient vers le champ de bataille, Macdonald sur la gauche française, aux bords du Floss- Graben, Bertrand ii droite vers Starsiedcl, la garde suivant LKnipereur, vers Lutzen. 11 n'y avait qu'à tenir au centre, et à tacher de déborder Lennemi par les deux ailes. Mais au centre le péril était grand, tant que la garde n'était pas lii, car Napoléon n'avait d'abord à opposer aux attaques à fond des alliés (jue les jeunes troupes de Ney épuisées par la lutte. Aussi Bliicher revenant avec rage sur Rahna et Klein-Gorschen les enleva encore, puis il s'empara de Kaja, le dernier poste des Français en avant de Lutzen. La division de conscrits commandée par Lobau, encouragée par Napoléon lui-même, rentra baïonnette baissée dans Kaja, tandis que ^Licdonald sur la gauche et Bertrand sur la droite s'avançaient sans cesse et menaçaient de déborder le centre ennemi. Mais le bouillant Bliicher, surnommé le général Fonvârtz, et ses Prussiens surexcités ne voulaient pas lâcher prise : une dernière fois, aidés par les Russes de Witgenstein, ils se frayèrent un chemin jusqu'à Kaja ; ils y trouvèrent la garde et une formidable artillerie, mur infranchissable contre lequel leurs efforts vinrent se briser. Les alliés se résignèrent à la retraite, au grand désespoir de Bliicher. lycs 35,000 morts et blessés de la bataille de Lutzen prou-

vaient racharnement des combattants. Faute de cavalerie, Napoléon ne put ramasser des prisonniers et achever sa victoire.

Profondément troublés de ce retour de fortune, auquel ils ne s'attendaient pas, les Russes et les Prussiens battirent en retraite sur Dresde, pendant que Napoléon lançait le corps de Ney vers Torgau, avec la pensée de le faire marcher sur Berlin, et suivait de sa personne avec 120,000 hommes la retraite des coalisés. Le 8 mai, ceuxci repassèrent l'Elbe sans combat, et Napoléon entra à Dresde, où il réinstalla son allié le roi de Saxe. Les Russes faisaient mine de résister dans le faubour<^ de Neustadt : une démonstration faite sur l'Elbe au dessous de Dresde les décida à se retirer (9 mai), et l'armée française traversa le fleuve à Dresde et à Meissen. Toute la ligne de l'I'dbe allemand était aux mains de Napoléon, à l'exception du bas fleuve, où l'Empereur envoya le maréchal Davout, avec mission de réoccuper Hambourg. La grande armée s'établit solidement en Saxe. Napoléon ordonna à Murât de quitter son royaume de Naples pour venir commander la cavalerie ; d'un autre côté, il fit partir Eugène pour l'Italie afin d'y constituer une armée contre une invasion autrichienne possible. Puis il quitta Dresde pour porter un nouveau coup à ses ennemis.

L'armée de Witgenstein et de Bliicher, défaite mais non détruite, se retirait le long de la frontière autrichienne par la Lusace, au lieu de couvrir Berlin, car Alexandre et Frédéric-Guillaume tenaient plus à engager l'Autriche dans leur cause qu'à prései'ver la capitale prussienne d'un coup de main des Français. Arrivés à Bautzen, dans une bonne position défensive, les alliés s'arrêtèrent, se fortifièrent, hérissèrent leur front de redoutes et de canons, et se préparèrent à une nouvelle bataille.

Napoléon dirigea sur Bautzen les quatre corps de Macdonald, dé Bertrand, d'Oudinot et de Marmont. Il ordonna à Nev, arrivé à Torofau, de se rabattre avec 60,000 hommes sur la droite des coalisés, de façon à arriver

pour prendre part au conibat à Klix, sur la Sprée. Cette rivière, qui passe à Bautzen, lorniait la première li<^ne de défense des eoalisés, appuyés à leur gauche sur les montagnes de Bohème. I']n arrière de la Sprée, le ruisseau parallèle du BKeser-Wasser formait une seconde ligne à gauche et au centre ; la droite était défendue par un mouvement de terrain assez accentué entre le Blœser- W asser et la Sprée. I/enlèvement de ces deux lignes nécessitait deux batailles. Napoléon résolut de s'emparer de la ligne de la Sprée dans la première journée [2i) mai). Il avait devant lui Bautzen fortifié, ii droite les Russes, à o^auche les l^russiens de Bliieher. Il lança sur les Russes le corps d'Oudinot, cpii passa la rivière et s'empara des positions dominantes du Drohmherg. Au centre la forteresse improvisée de Bautzen résista longtemps aux attaques, mais le pont de la Sprée finit par être enlevé, les barricades forcées, et les Français se précipitèrent de tous les cotés dans la ville. A gauche, Marmont et Bertrand passèrent la Sprée et refoulèrent Bliieher jusqu'aux collines, entre Burk et Bazankwitz. Le soir, toute la ligne était enlevée, et Xey arrivait à Klix pour prendre part à la lutte du lendemain. Napoléon lui prescrivit de se diriger vers Ilochkirch, sur les derrières de l'armée alliée, tandis que lui-même atta([uerait de front le Bheser-Wasser, manœuvre ([ui acculerait les alliés aux iVontières de Bohème et ne leur laisserait le choix qu'entie la capitulation et rinternement sur le territoire autrichien.

Le lendemain (21 mai). Napoléon attendit pour s'engager li fond que le mouvement de Ney se fut prononcé sur la gauche. Ce mouvement réussit d'abord à souhait. Ney marcha de Klix sur Preititz, dispersa l'extrême droite des alliés et menaça les communications de Bliicher. Arrivé là, Ney hésita. Séparé de Napoléon par trois lieues, ne sachant pas ce qui se passait sur la Blœser- W asser, il craignit de trop s'engager et s'arrêta au lieu de marcher sur Ilochkirch. Bliieher, se voyant presque enveloppé, se hâta de se retirer et de prévenir \Vitgens-

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teîn de la manœuvre qui les menaçait tous deux. Cependant Napoléon avait attaqué vivement les positions ennemies, poussé Bertrand et Oudinot au delà du ruisseau et enlevé Baschutz. Russes et Prussiens se retirèrent promptement sur C.orlitz, après avoir perdu 15,000 hommes. Les hésitations de Ney les avaient sauvés de la destruction. Comme à Lutzen, Napoléon ne put les poursuivre faute de cavalerie ; comme à Lutzen, les alliés cédaient le champ de bataille, mais ils n'étaient point exterminés.

La retraite des Russes et des Prussiens continua vers la Sdésie. Napoléon les suivit, les chassa de Gorlitz et de Liegnitz (23-27 mai) ; il débloqua Glogau ; il arriva à une marche de Breslau, la capitale de la Silésie. Encore une victoire et quelques marches, et les coalisés étaient rejetés en Pologne. Partout les f flaires de Napoléon se relevaient. Déjà ordre était donné à Oudinot de marcher avec 25,000 hommes sur Berlin ; sur le bas Elbe, Davout rentrait à Hambourg (29 mai). L'Autriche s'interposa pour faire accepter un armistice aux belligérants. Les Russes et les Prussiens avaient tout intérêt à l'écouter. Napoléon n'en avait aucun, car à moins d'être résolu à faire la paix, ce qui n'était pas, il accordait à ses ennemis, par un armistice, tout le temps de se refaire et de se donner l'avantage du nombre. Lui aussi devait se renforcer dans cet intervalle, mais dans des proportions infiniment moindres, puisque dans son empire, la matière du recrutement était épuisée par ses longues guerres. Il se trompa donc en signant l'armistice de Pleiswitz (4 juin) : le temps travailla pour la coalition ; le temps de l'armistice, à lui seul, annula les efTets de Lutzen et Bautzen. Les Français gardèrent, par les conventions de Pleiswitz, VVAhc inférieur, toute la Saxe et le pays jusqu'à la Katzbach et à l'Oder. Bientôt commencèrent des néo-ociations de paix qui échouèrent par la faute de Napoléon et dont le seul résultat fut la prolongation de l'armistice jusqu'au 16 août. Lorsque cette trêve expira,

LES CAMPAGNES DES ARMÉES I UANCAISES

l'Autriclie se joignit à la coalition, qui dès lors posséda une supériorité numérique écrasante.

Cette aggravation de périls ne troubla pas Napoléon: il y était préparé. 11 avait employé avec une fiévreuse activité les deux mois écoulés à augmenter son armée et à fortifier sa position sur TEIbe contre une attaque venant soit de la Silésie, soit de la r>oliéme. La grande armée comprenait de nouveaux corps, ceux de Victor, de Vandamme et de Gouvion Saint-Cyr, sans compter' les Polonais de Ponialowski, qui la rejoignirent sous Dresde, et le corps d'Augereau laissé provisoirement en observation dans la Bavière. C'étaient en tout 350,000 combattants. Ils s'appuyaient sur la ligne de LKlbe foimidablement armée, avec le fort de Kœnigstein et le camp de Pirna pour fermer les débouchés de Bohème vers Dresde, la place de Dresde, celles de Torgau, de Wittemberg, de Magdebourget de Hambourg. Napoléon médita un vaste plan pour écraser ses ennemis et reconquérir d'un coup rAllemagne du nord. Il voulut lancer trois corps d'armée sur Berlin pour enlever cette capitale, sous les ordres d'Oudinot, chargé de combiner ses mouvements avec ceux de Davout, qui sortirait de Hambourg. Le corps de Saint-Cyr et celui de Vandamme devaient garder les débouchés delà Bohème, le premier sur la rive gauche, le second sur la rive droite de LLlbe. Quatre corps placés sur la Bober, sous le commandement de Ney, devaient manœuvrer contre les coalisés refoulés en Silésie. Napoléon lui-même, placé avec sa garde à Bautzen, serait h portée de secourir soit les corps d'observation de la Bohème, soit Tarmée de Ney, suivant les événements. Ces vues ét;iient aussi imprudentes que colossah's : elles tenaient à la même idée première que réparpijlement de garnisons dans toutes les places d'Allemagne et de Pologne ; TEmpereur comptait ressaisir tout son prestige et toute sa puissance par quelque coup foudroyant; il pratiquait la politique du « tout ou rien ».

Malheureusement, il avait allaire à des ennemis aussi

résolus que nombreux, soutenus par le soulèvement national de l'Allemagne et instruits par les leçons mêmes que Napoléon leur avait données.

Depuis la dénonciation de l'armistice, la coalition disposa d'une masse formidable de troupes. En Bohème se constituait une armée surtout autrichienne de 250,000 hommes, commandée par Schwarzeml)erg. Les Prussiens et les Busses de Silésie formèrent Larmée de Silésie, forte de 120,000 hommes sous les ordres de Bliicher. Bernadotte, enfin arrivé en Allemagne, commanda à Berlin une armée dite du Nord, composée de Prussiens, de Russes, de Suédois, troupes de valeur très diverse, mais fortes aussi par leur masse de 130,000 hommes. Ces trois armées menaçaient la position centrale occupée en Saxe par Napoléon. Mais les souverains et les généraux alliés, instruits par les échecs terribles qu'ils avaient essuyés, convinrent de ne point s'attaquer à Napoléon lui-même, dont la présence valait bien 100,000 hommes sur le champ de bataille ; ils décidèrent de ne s'attaquer qu'à ses lieutenants, de d«îtruire en détail les forces de la grande armée, tout en battant en retraite à la première apparition de l'Empereur, ce qui leur était facile, car ils étaient parfaitement instruits par les habitants et les espions de tout ce qui se passait chez les Français. Certes, un pareil plan n'avait rien de génial ; le « va-et vient » décidé par les alliés ne prouvait que la crainte ({u'ils avaient des coups de Napoléon. Cependant il n'en fallait pas davantage pour assurer à la longue le triomphe des plus fortes masses, et les masses, déjà très fortes chez les alliés, grossissaient de jour en jour, tandis que celles dont Napoléon disposait ne faisaient que s'amoindrir.

A l'ouverture des hostilités, Napoléon, tout en pensant que l'armée de Bohême ne tarderait pas à déboucher en Saxe, commença par se porter vivement sur Bliicher pour l'écraser, car il comptait que les retranchements de Pirna et de Dresde retiendraient assez longtemps Schwarzemberg devant leurs fossés pour permettre d'en

LES CAMPACNES DKS AUMÊ es l HANÇAtSES

finir avec Blùcher. Celui-ci menaçait déjà les troupes de Nev entre la Katzhach et la Bober. Le 20 août, Napoléon

Carte n" 15. — La Saxo, Lulzcn et Leip/ig, Bautzen, Waterloo.

quittait Goilit/ pour joindre son lieutenant, et le lendemain, il présentait à Blucher un front de 130,000 homniet. De suite, Blucher se déroba, poursuivi par TEnipe-

CAMPA(îNE D'ALLEMAGNE (lsi;j)

reur, qui écharpa son arrière-garde jusqu'au delà de la Katzbach (21-22 août). Blucher fut rejeté en Silésie, où Napoléon l'aurait poursuivi encore, pour joindre enfin les Prussiens et les anéantir, si les nouvelles qu'il reçut de Dresde ne l'avaient décidé à y revenir en lui donnant l'espoir d'écraser l'armée de Bohème. H remit à Macdonald le commandement des troupes de Silésie, et rebroussa chemin sur Dresde.

Confiante en sa supériorité numérique, l'armée de Bohême avait traversé sur quatre colonnes les défilés de l'Erzgebirge. Ses divisions convergeaient sur Dresde, où se repliait le corps de Saint-Cyr, très menacé au camp de Pirna. L'Empereur lui recommanda de tenir ferme à Dresde ; Napoléon voulait se porter avec ses autres forces à Kœnigstein sur l'Elbe supérieur, pour y traverser le fleuve et tomber sur les communications des coalisés, qui, serrés comme dans un étau entre l'Elbe et les Français, ne pourraient éviter la défaite. Pour que ce plan réussît, il fallait que Saint-Cyr tînt ferme à Dresde : mais Saint-Cyr n'en répondit pas, arguant que cette ville n'avait que des ouvrages de défense élevés à la hâte, incapables de résister à la poussée de 200,000 hommes. Napoléon prit alors le parti de se rendre à Dresde (20 août) pour y attaquer de front l'armée de Bohême, en confiant au corps de Vandamme le soin de fermer derrière cette armée la route de Peterswalde, la principale de l'Erzgebirge. Lorsque Napoléon arriva à Dresde, les alliés occupaient les collines qui forment un demi-cercle autour de la ville, et menaçaient de toutes parts le corps de Saint- (]yr. Ils furent sur le point d'abandonner cette attitude belliqueuse. A la nouvelle que l'Empereur était là, tous, Schwarzemberg, Alexandre, le roi de Prusse, délibéraient et parlaient de reculer. Pourtant, dans l'aprèsmidi, Autrichiens et Prussiens attaquèrent sans ordre les f^uibourgs de Dresde. A toutes les barrières, ils subirent de rudes pertes. Les Français, arrivant de la rive droite à flots pressés dans Dresde, rejetèrent l'ennemi sur ses

Vallaux. 18

LÈS C.\MPA(iNF.S DÈS ARMÉES l UANÇAlSÈS

hiuiteurs. Mais ce n'était pas assez de se défendre : il fallait vaincre. Napoléon fit son plan pour la journée du lendemain (27 aoùt^ Ayant remarqué que le ravin de Plauen, où coule la \V(Msseritz, coupait complètement les communications entre le gros des alliés et leur aile gauche, il résolut d'accabler cette aile en entretenant sur le reste de la ligne un combat de front. Cette manœuvre devait rejeter les alliés en grande partie sur la route de Peterswalde, où Yandamme les guettait. Au lever du jour, sous un brouillard qui s'abattit en pluie intense, le maréchal Xev commença une lutte audacieuse dans la plaine de Dresde contre le gros de l'armée alliée. Celle ci espéra le punir de son audace. Ney n'avait que 36,000 hommes contre 150,000. Mais il était soutenu par Napoléon et par la garde : il ne se laissa pas rejeter dans Dresde. Pendant ce temps, à la droite des P^rançais, Victor et Murât exécutaient la manœuvre décisive. Ils écrasèrent à Corbitz et h Rosthal la gauche dos Autrichiens, tuèrent ou blessèrent 5,000 hommes, en prirent 12,000 autres et dispersèrent le reste. Cette défaite totale de leur gauche força les alliés à la retraite. Ils reculèrent vers les montagnes de Bohème. Ils avaient fait de fortes pertes ; le général Moreau, le vainqueur de Ilohenlinden, avait été tué d'un boulet au milieu de Tétat-major d'Alexandre.

Cette lois, Napoléon espérait comj)léter sa victoire. Il ordonna à ses maréchaux une poursuite énergique : il comptait que Vandamme, |)lacé sur la route de Peterswalde, recueilleiait une bonne part des Autrichiens débandés. Les biançais suivirent ix la piste 1 armée de Bohème. Soudain Napoléon s'arrêta et retourna à Dresde (28 août) : l'impulsion s'allaiblit, la poursuite se ralentit et dégénéra en marches décousues. Une subite défaillance phvsique rendit, pour quelques jours, l'Kmpereur incapable du moindre effort. Ce ne lurent pas les désastres subis par Macdonald et Oudinot qui le firent retourner a Dresde : car ces nouveaux dangers n'étaient pas assez proches pour le faire renoncer à sa proie. Mais Napoléon

avait abusé de ses forces comme il avait abusé de celles de la France : son organisme n'était plus en état de soutenir la tension extrême à laquelle il prétendait le

soumettre.

La cessation brusque de la poursuite eut des conséquences déplorables. Au lieu de se retirer ou plutôt de s'enfuir, les alliés reprirent courage dès qu'ils 'ne se sentirent plus talonnés. Vandamme, qui n'avait pu les arrêter sur la route de Peterswalde, continuait l\ courir après eux sans trop regarder s'il était suivi. Avec ses 40,000 hommes, il arriva jusqu'au revers des montagnes de Bohème, à Kulm, d'où il menaçait Teplitz, centre de routes nécessaires aux alliés pour leur retraite. Ceux-ci, se rendant compte que Vandamme était isolé, l'attaquèrent avec toutes leurs forces (30 août). Un corps prussien, qui cherchait son chemin dans les rochers, vint par hasard couper la retraite à Vandamme. Ce général fut pris avec la plus grande partie de ses troupes ; le reste se dispersa dans la montagne. Ce fut pour les alliés une revanche morale de leur défaite.

Dans le même temps, le plan trop étendu de Napoléon subissait des échecs partout où l'Lmpereur n'était pas. Les généraux de la coalition appliquaient avec zèle les vues adoptées en commun : leurs coups adroitement portés détruisaient la grande armée en détail.

Au nord, Napoléon avait porté Oudinot sur Berlin avec 65,000 hommes. Persuadé que l'armée de Bernadotte n'était qu'un « ramassis », il ne doutait pas du succès. Mais cette armée de Bernadotte était déjà de 90,000 hommes et devait grossir jusqu'à 130,000 ; elle comprenait des éléments excellents. Oudinot en fit l'épreuve douloureuse. Parvenu aux portes de Berlin, à Gross- Beeren, il fut battu et rejeté sur l'Elbe (23 août). Les Saxons, douteux alliés des Français, avaient fui les premiers. Oudinot revint à Wittemberg, Davout, placé beaucoup trop loin, à Hambourg, n'avait pu le soutenir.

LFS CAMPAGNES DES ARMl'ES FRAXCATSES

Un malheur aussi imprévu arriva sur les frontières de Silésie. Macdonald avait continué la marche en avant commencée par Napoléon. Disposant de 80,000 hommes, il s'était avancé sur la Katzbach. Mais Hliichci', de son coté, apprenant le départ de IKnipereur, revint sur la Katzbach, et surprit ia première division de Macdonald au moment oii elle traversait le torrent grossi par les pluies (20 août). Cet échec eut sa répercussion d'un bout h l'autie de la colonne. Le général français n avait que des conscrits qui s'émurent et se débandèrent: la retraite sur la Bober se changea bientôt en une déroute plus désastreuse que le combat de la Katzbach. Kn peu de jours, Macdonald était rejeté sur Gorlitz, et de Gorlitz sur Bautzen.

('es défaites firent comprendre à Napoléon le jeu des alliés à son égard, ainsi que la cause de la stérilité de ses manœuvres. Kvidemment hi coalition, (jui ne comptait pas les hommes, voubiit épuiser la grande armée en courses et combats parti<ds, jusqu'au jour où celle-ci serait assez atFaiblie pour que l'écrasement définitif ne fût qu'une (fuestion de coups de canon, même avec un chef comme Napoléon.

Malgré cette évidence accablante, rpmpereur chercha encore à joindre quehjues-uns de ses ennemis. Le plus proche et le plus menaçant semblait être IMiicher. Le 3 septembre. Napoléon marcha sur liautzen pour s'y réunir avec Macdonald, en avant soin de dissimuler sa présence autant que possible. Vaine précaution : l'ennemi avait des espions partout ; Bliicher s'empressa de quitter Ciorlitz et de reculer au delii de la Neisse (5 septembre. Bientôt il fut hors de portée, dépendant l'armée de Bohème profitait du départ de Napoléon pour se montrer dans les défilés de iieterswalde. Napoléon, de retour au camp de Pirna, l'observa quelque temps sans croire à une olïensive sérieuse ; et de fait, dès qu'il essava une émonstration, comme par acquit de conscience, les Autrichiens rentrèrent en Bohème ^9 septembre). (]e n'était

que du « va-et-vient », avec des fatigues inutiles et des pertes irréparables pour les Français.

Une nouvelle catastrophe amdblit encore la grande armée en démontrant que l'Kmpereur ne pouvait pins se 1er, m a ses lieutenants, ni à ses auxiliaires allemands hn marchant contre Bliicher, Napoléon avait ordonné au maréchal Ney, successeur d'Oudinot, de recommencer le mouvement olFensif sur Berlin et de passer par Baruth ou 1 hmpereur espérait le joindre après avoir écrasé Bliicher. Rappelé ailleurs, Napoléon ne se rendit pas au rendez-vous et :\ey lui-même ne put y arriver. Les trois corps de Ney marchaient assez distancés de Wittemberg sur Baruth, lorsqu'ils furent attaqués de fianc h Dennewitz par toute 1 armée de Bernadotte (6 septembre). Ney ne put engager ses forces que par petits paquets ; ses prétendus allies, les Saxons, se débandèrent; il perdit G. 000 hommes et se rejeta sur Torgau. Le découragement, qui jusqu a Dennewitz n'avait eu aucune prise sur Ney, l'envahit alors comme les autres maréchaux. •

Après tant de malheurs, la grande armée était réduite a 2o0,000 hommes, et les vastes plans formés par Napoléon étaient anéantis pour toujours. L'Empereur sentait que par la force des choses il passait de l'ofiensive ix la delensive. Pour lui, le problème était désormais, non de conquérir Berlin et les places de la Vistule ou d'envahir a Bohême, mais de se maintenir en Saxe. Contraint par es événements, il commença à ce se pelotonner » suivant 1 expression de Saint-Cyr. Après avoir repoussé encore une feinte de Schwarzemberg dans le défilé de Peterswalde (15 septembre), il concentra ses corps autour de J)resde, dans une sorte de quadrilatère formé par Tor(r;ui Stolpen, Pirna et Freyberg. Il ne commandait plu^les événements, il les attendait. 11 était condamné à assister aux manœuvres de ses ennemis et à la décomposition de son armée: celle-ci, n'étant pas endurcie, se rebutait de sa misère; dès le début de la campagne, elle était réduite à la demi-ration ; en septembre, le pain même

manquait. Les corps fondaient dans les mains de leurs chefs.

Cependant les coalisés recevaient des renforts continuels et se préparaient à l'action décisive, l^e 23 septembre, ils étaient encore rejoints en Bohême par les 50,000 Russes de Benningsen. Us arrêtèrent un plan de campagne que l'écrasante supériorité de leurs (brces rendait peu dangereux pour eux. Au lieu d'attaquei* directement les positions de Napoléon à Dresde, ils décidèrent de couper ses communications avec la Frauce et de faire leur propre concentration en prenant comme objectii' Leipzig. L'armée de Bohême devait y marcher par Commottau et Chemnitz. L'armée de Silésie devait, en masquant ses mouvements, descendre la rive droite de l'Elbe pour se joindre à l'armée du Nord, passer l'Klbe entre Uoshiu et AVittemberg et remonter par hi Mulda sur Leipzig. Chacun des deux groupes serait assez fort pour combattre isolément toutes les forces de Napoléon, et on comptait l'écraser entre les deux réunis.

Le 25 septembre, les têtes de colonne de Schwarzemberg se montrèrent dans l'Erzgebirge du coté de Zwickau et de Chemnitz, et Blucher commença à descendre la rive droite de TLlbe. Les P>ançais s'aperçurent bientôt de ces mouvements, qui n'avaient rien de surprenant pour l'Empereur, car il regardait comme probable le projet d'attaque sur Leipzig auquel les alliés s'étaient arrêtés. Napoléon ne pouvait se proposer d'autre but que d'empêcher leur jonction. Il fit occuper Leipzig par 12,000 hommes ; il envoya Ney vers le Nord pour surveiller les mouvements de Bernadotte et de Bliicher, et lui adjoignit Marmont ; il réunit de même quatre corps à Freyberg pour surveiller l'armée de Bohême ; lui-même resta à Dresde, prêt h se porter suivant les circonstances vers l'un ou l'autre de ces deux groupes. Blucher et Bernadotte passèrent TElbe, le premier au-dessus de Wittemberg, le second à Dessau (2-3 octobre). Ney recula devant ces deux masses. Le plan des alliés se dessinait

'il

d'une manière menaçante. Napoléon voulut courir au plus pressé, battre Bernadotte et Blucher avec le gros de ses forces, en laissant devant Schwarzemberg un corps commandé par ^lurat, avec mission de reculer pas à pas sur T^eipzig. H quitta Dresde et en ordonna l'évacuation (7 octobre). 11 marcha surDuben par les deux rives de la Mulda. A son approche, Blucher passa cette rivière pour rejoindre Bernadotte.

Cette reculade nouvelle laissa Napoléon dans une grande obscurité sur les mouvements des armées du Nord et de Silésie. Cependant il s'attacha d'abord à les suivre. Prévoyant qu'il serait obligé de les pourchasser assez loin, et sans doute au delà de l'h^lbe, il projeta de passer ce fleuve à leur suite, de les battre, de remonter par la live droite jusqu'cà Dresde et de revenir sur Schwarzemberg. Ce plan colossal comportait la rupture de toutes les communications de l'Elbe, sauf celle de Dresde. Aussi Napoléon contre manda-t-il l'évacuation de Dresde (1 l octobre), décision malheureuse qui le priva d'un corps d'armée.

Mais le nouveau projet de l'Empeieur ne s'exécuta pas plus que les précédents. Loin de se dérober au delà de l'Elbe, l'année de Silésie remontait sur Leipzig en faisant un crochet prudent par Halle, pour éviter Napoléon, et l'armée de Bernadotte la suivait d'assez loin. La concentration sur Leipzig se faisait d'une manière lente et irrésistible. Schwarzemberg de son côté s'avançait en poussant Murât devant lui. Il ne restait plus à l'Empereur, pour empêcher la jonction des coalisés, qu'à se hâter vers Leipzig, avec toutes ses forces ; il s'y résigna (12 octobre). Le 13 et le 14, les corps d'armée français convergèrent vers Leipzig. Comme l'armée de Bohême était fort près de cette ville. Napoléon espéra avoir le tenq^s de l'écraser avant que les forces jointes des armées du Nord et de Silésie ne fussent arrivées. Le 15 octobre, arrivé à Leipzig, il dirigea le gros de ses forces au sud de la ville pour joindre ^lurat, installé sur le plateau de Liebert-

LES CAMPAGNES DES ARM!^:ES FliANCAISES

Volkowitz et de Wnchaii. Il établit sur la rive gauche de TKlster le corps de Maroaron pour garder les ponts de Lindenau et la route de France. Au nord, Marmont, placé à Mokern avec 20,000 hommes seulement, dut soutenir les efïorts de Blucher. La jonction entre les corps du nord et du sud était assurée à travers la plaine, à l'est de Leipzig, par Xey et Macdonald. Les positions françaises formaient un vaste demi-cercle. L'infanterie, pour offrir un front plus imposant, était placée sur deux rano-s au lieu de trois. Napoléon voulait un résultat décisif contre Schwarzemberg ; il voulait peser sur sa droite, la pousser vers la Pleisse, et Vy jeter. C'est seulement au prix d'une dispersion complète de l'armée de Bohême, qu'il pouvait espérer avoir raison ensuite de Blucher et de Bernadotte. On était en tout 190,000 hommes contre 300,000.

De son coté, l'armée de Bohême était placée, partie entre la Pleisse et rh:ister pour attaquer le pont de Dolitz, partie sur la rive droite de la Pleisse pour attaquer Wachau et Liebert-Volkowitz. [.es alliés étaient déterminés à ne pas reculer, dussent-ils laisser par terre les trois quarts de leurs soldats. Sur la rive gauche de l'Elster, un corps autrichien devait assaillir Lindenau. Au nord, Blucher arrivait en face de Mokern, suivi à un jour de distance par Bernadotte.

C'est dans ces conditions que s'engagea, le 16 octobre 1813, la plus terrible bataille des temps modernes. Au milieu du feu extrêmement vif de douze cents pièces de canon, l'armée de Bohême assaillit sur quatre colonnes les positions françaises. Une colonne emporta Mark Kleeberg sur la Pleisse malgré les efforts désespérés de Poniatowski : mais les autres colonnes se consumèrenten efforts contre Liebert-Volkowitz etWachau, où les Français défièrent toutes les attaques. Wachau surtout, pris et repris cinq fois, haché par la mitraille et les obus, devenu un monceau de ruines et de cadavres, resta quand même aux mains du maréchal Victor. Un mouve-

ment esquissé par le général Klenau sur la gauche française tourna aussi mal pour les alliés. La bataille s'étendait entre la Pleisse et l'Elster vers le pont de Dolitz, auquel se heurtaient vainement les Autrichiens, puis vers Lindenau, où Margaron se maintint toute la journée, puis à midi, vers Mokern, où Blucher assaillit avec 60,000 hommes le maréchal Marmont qui n'en avait que 20,000.

Napoléon, pour qui la bataille était toute à Liebert- Volkowitz et à Wachau, voyant les ennemis désorganisés par leurs premières et vaines attaques, résolut de tenter sur la droite de Schwarzemberg le mouvement qui devait décider de la journée. Des colonnes sorties de Liebert-Volkowitz et de Wachau refoulèrent vigoureusement les alliés sur Gulden Gossa. Une autre colonne, commandée par Macdonald, rejeta les troupes de Klenau dans le bois de l'Université. Pour achever la déroute de l'ennemi, Napoléon le fit charger par la cavalerie de Murat. Ce n'était plus la cavalerie d'Eylau et de Borodino : pourtant elle écrasait bataillons sur bataillons, prenait des bouches à feu et fondait sur Gulden Gossa, lorsque l'arrivée de la réserve autrichienne l'arrêta court. Le soir tombait; une nouvelle tentative fut faite sur Gulden Gossa par les soldats de Maison ; ils se firent tuer devant le village sans résultat. Ce fut la borne qui arrêta les succès des Français. Le massacre avait été effrayant dans l'éti'oit espace compris entre Liebert-Volkowitz, Gulden Gossa et Wachau ; là étaient étendus plus de 40,000 morts et blessés.

Au nord de Leipzig, Blucher avait profité de son écrasante supériorité numérique pour accabler Marmont. Celui-ci, sans se laisser rompre, recula pas h pas de Mokern sur la Partha, et le soir, il était établi sur ce ruisseau, entre son embouchure dans l'Elster et le village de Schonfeld.

La bataille du 16 octobre n'avait donné aucun résultat décisif. Mais du nToment où elle n'était pas une éclatante

victoire française, elle équivalait à une défaite, puisque les alliés gardaient leurs positions, bien résolus à recommencer. Leur tactique ne consistant ([u'à tuer à Napoléon le plus de monde possible, ils étaient sûrs qu'à ce jeu ils finiraient par triompher en raison de leur écrasante supériorité numérique, (^ette supériorité devint plus accablante encore le 17, jour de l'arrivée de Bernadotte et de renforts amenés par Bennint^^sen. Aussi, le 1 7, les alliés donnèrent du repos à leurs soldats, pour recommencer la lutte le 18 avec toutes leurs forces. Malgré leurs pertes, ils devaient disposer de 300,000 hommes, auxquels les Français n'opposèrent que 105,000 soldats.

La retraite était inévitable. La grande armée pliait sous le nombre. Le 17, Napoléon, se rendant compte de cette situation, se refusait pourtant à s avouer que la meilleure solution était de partir tout de suite, afin d'éviter une action meurtrière et inutile. Il se flatta de pouvoir opérer une retraite lente et fière devant les alliés immobiles. Au lieu d'évacuer Leipzig, il se contenta de resserrer ses positions autour de la ville, en leur faisant faire un demi-cercle plus petit que celui du 16. Il négligea même de jeter plusieurs ponts sur LElster, ce qui aurait assuré une évacuation rapide : Larmée ne disposait que du long et étroit débouché de la route de Mayence, de Leipzig à Lindenau.

Le 18 octobre, à deux heures du matin, les Français s'établirent dans leurs nouvelles positions, sur lesquelles leurs arrière-gardes se replièrent au lever du jour, en disputant le terrain pas à pas. La nouvelle ligne s'étendait au sud-est de Leipzig, de Dolitz à Probstheyda et Stotteritz ; au nord, Marmont était toujours derrière la Partlia et à Schonfeld ; à l'est, la jonction se faisait par Melckau et Paunsdorf.

Probstheyda était dans cette ligne un point saillant que les alliés attaquèrent avec autant de fureur que Wachau l'avant-veille. Dès le matin, \vs attaques commencèrent contre ce villacfe. Les divisions de Victor et

de Lauriston le défendirent opiniâtrement. Mais sur la Pleisse, partie vulnérable comme le 16, les alliés s'emparèrent de Dolitz, et il fallut replier la ligne française de ce coté jusqu'à Connewitz. Probstheyda n'en devint que plus saillant par sa position, et les attaques redoublèrent sur ce point et sur le bourg voisin de Stotteritz. Les Prussiens et les Autrichiens, qui s'y précipitèrent avec fureur, v laissèrent en vain des milliers de morts. Près de dix mille hommes tombèrent devant Probstheyda. Jusqu'au soir, la vieille et la jeune garde s'y défendirent avec succès. Schwarzemberg dut se contenter de les cribler d'obus.

Pendant que les Français se maintenaient ainsi au sudest de Leipzig, ils cédaient du terrain à l'est. L'armée de Bernadotte passa dans la matinée la Partha à Taucha, et s'avança vers Paunsdorf. De ce côté étaient les Saxons, qui firent défection aussitôt que Bernadotte approcha, passèrent de son côté et tirèrent de suite sur les Français, à côté desquels ils combattaient cinq minutes auparavant. Un trou énorme se creusa dans la ligne française. La cavalerie et l'artillerie de la garde accoururent avec Napoléon lui-même pour empêcher l'ennemi d'y pénétrer. On dut pourtant céder Paunsdorf, puis Sellerhausen ; enfin Marmont, mitraillé de son côté par Bliicher, abandonna Schonfeld. De ce côté, comme vers Probstheyda, la lutte se termina par un feu épouvantable d'artillerie, auquel prenaient part à la fin de la journée plus de 2,000 pièces de canon.

Cette retraite que Napoléon n'avait pas voulu faire dans la nuit du 17 au 18, il fallut la faire dans la nuit du 18 au 19, au milieu d'une horrible confusion, dans les rues étroites et encombrées de Leipzig et sur l'unique pont de Lindenau, où se pressaient les canons, les voitures, les chevaux, les hommes armés ou désarmés. Le 19 octobre, dès que le brouillard se leva, l'ennemi assaillit de tous côtés les faubourgs de Leipzig. Les corps de Macdonald, de Marmont, de Poiiiato>vski et de Lauriston

LES CAMPAGNES DES AUMÉES FUAN<:AISES

luttèrent encore avec énergie pour assurer la retraite de l'armée. Puis ils se replièrent lentement vers le pont de Lindonau. 20,000 hommes étaient encore dans Leipzig, lorsque, par suite d'une consigne mal comprise, les sapeurs, croyant voir lennemi, tirent sauter le pont de l'Elster. Tout ce qui était dans Leipzig demeura prisonnier. Poniatowski voulut se sauver à la nage et se noya; Macdonald parvint à traverser la rivière. Après cette bataille de quatre jours, les alliés étaient enfin maîtres de ces champs de Leipzig, où l'empire de Napoléon était tombé avec sa dernière grande armée. Plus de 100,000 hommes avaient succombé dans cette lutte suprême, dont 40,000 Français.

Napoléon se retirait avec les débris de son armée sur Erfurt et Mayence. H laissait environ 170,000 Français dans les places d'Alleniîigne. C'étaient des garnisons qu'il y avait jetées imprudemment au commencement de la campagne, dans l'espoir de reconquérir d'un coup d'épée le pays entre le Rhin et la Vistule. Les deux plus fortes garnisons étaient de vrais corps d'armée : l'une à Hambourg, sous Davout, résista jusqu'à la fin de la guerre ; l'autre à Dresde, sous Gouvion Saint-(.yr, capitula le 1 l novembre, laute de vivres, l\ condition d'être renvoyée en France ; mais, au mépris de tout droit des gens, les coalisés la retinrent prisonnière de guérie. Toutes ces troupes sacrifiées manquèrent il Napoléon pour la défense du sol français; dernière et funeste conséquence de la politique du (( tout ou rien ».

Les restes de la grande armée, réduite îi 100,000 hommes dont 50,000 combattants, furent poursuivis assez mollement par les alliés sur la route de Mayence. En revanche, les Bavarois, qui venaient de faire défection, essavèrent de barrer le chemin aux Français. Le s^énéral de Wrède se plaça avec 60,000 hommes li Ilanau. L artillerie de Drouot écrasa complètement les Bavarois (30 octobre ; ils furent refoulés dans la forêt de Lambov ou jetés dans la Kinzig. La route de Mayence était libre. Le

4 novembre, l'armée française repassa le Rhin. Elle était dans un état déplorable : la retraite de Leipzig était presque au«si funeste que celle de Moscou ; le typhus enlevait les soldats par milliers ; les hommes désarmés et les traînards regagnaient l'intérieur. Quelques débris encore organisés furent répartis sur la fiontière du Rhin, sous les ordres de Victor, de Marmont et de Macdonald : mais ces trois chétifs corps d'armée étaient incapables de la moindre résistance. Napoléon regagna Paris (9 novembre) pour y préparer un dernier effort. Les Pyrénées étaient déjà menacées ; le Rhin et le Jura allaient l'être. Sur toutes les frontières s'annonçait l'invasion.

Vallaux.

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