Les canadiens de France
X ai souvenance, par une belle matinée de juillet, d'être descendu dans mon jardin au moment ou V aurore, de ses premier s feux, dorait les cimes ondoyantes des grands pins.
Au milieu d un parterre était un vieux pommier couvert de jruits et de feuilles et cher à mes enfants, pour avoir contenu le nid de plusieurs générations de rouges- gorges. Un couple de ces aimables oiseaux, en avaient, à ce moment, choisi la fourche hospitalière^ pour y placer le berceau de leur jeune famille ; là, sur du fin foin, reposait l'espoir de la future couvée, quatre émeraudes. Iles yeux s'y ^fixèrent d'abord. La femelle était à son poste, Vœil vigilant; le mâle, perché sur la plus haute branched'un orme voisin, V orgueil de mon enclos, roucoulait à sa compagne l'hymne matinal.
Près du pommier, croissait un tournesol, doyit la corolle,
(1) Extrait du Foyer canadien; Québec, 1863, t. I'^^
amoureusement penchée vers V astre du jour, laissait voir, au milieu d'un feston de verdure, une vaste fleur d'acanthe; à V extrémité de chaque feuille, étincelaient, saphirs vivants, d'innombrables gouttelettes de rosée, au centre dit tournesol était posée une ravissante petite créature, dont les ailes azurées, se détachant de V acanthe et du vert tendre^ miroitaient aux rayons du soleil : elle salua de quelques notes inélodieuses , puis s'envola. J'étais ravi de tant de splendeurs...
Ce spectacle^ que peut-être il ne me sera jamais donné de revoir, avec de tels accompagnements, m^ ébloitit par son éclat, par la vivacité de ses nuances. Etait-ce la réalité, ou quelque scène féerique des Mille et une Nuits? C'était simplement l'Oiseau bleu du Canada, que j'avais vu dans toute la pompe de son costume nuptial.