INTRODUCTION XI
Si l'on ajoute que cette contrée est clouée des ressources naturelles les plus diverses, et qu'elle est déjà habitée par une population de plusieurs millions d'âmes, on peut imaginer la perte incalculable que fit notre ancienne mère-patrie en ne prenant pas les moyens de conserver ces quelques arpents de neige, dans lesquels elle aurait pu se tailler im empire d'une inépuisable richesse, une France d'outre-mer, qui eût perpétué ses traditions et imprimé le sceau de son génie sur ce continent.,
Quand tout ce pays passa sous le drapeau de l'Angleterre — après la défense la plus héroïque que puisse offrir un petit peuple écrasé par le nombre — les établissements français de l'Ouest les plus populeux étaient ceux des Llinois.
Un historien américain x dit que Kaskaskia — Notre-Dame de Cascasquias — comptait, en 1763, deux ou trois mille habitants ; mais nous croyons que ce chiffre est exagéré. Les jésuites avaient là un collège, que Charlevoix visita en 1720. Cahokia — Sainte-Famille de Kaoquia — était un village important ; les sulpiciens y dirigeaient une mission qu'ils abandonnèrent, l'année suivante, pour retourner en France. Le fort Chartres, Saint-Philippe et la Prairie-du-Rocher contenaient aussi un bon nombre de familles françaises. Tous ces établissements étaient situés sur la rive est du Mississipi, au sud de l'Etat actuel de l'Illinois.
La plupart des colons s'étaient d'abord adonnés activement à la pèche et à la chasse, mais, dans la
» The Pioneer HUtory of Illinois, by John Keynolds, p. 47.
in INTRODUCTION
suite, lorsque le gibier fut moins abondant, ils tournèrent leur attention à la culture de leurs champs, qui étaient d'une rare fertilité.
Quoique le gouvernement anglais se fût solennellement engagé à respecter tous leurs droits et privilèges, beaucoup de familles, ne voulant pas rester sous sa domination, émigrèrent du côté ouest du Mississipi, croyant que cette contrée appartenait encore à la France, qui l'avait malheureusement cédée à l'Espagne par le traité de 1763. Là elles fondèrent successivement Sain^Louis, Saint- Ferdinand, Garondelet, Saint-Charles, Sainte-Geneviève, Nouvelle-Madrid et Gasconnade.
Plus de la moitié de la population dut passer ainsi de l'autre côté du fleuve; lorsque le recensement de 1768 fut fait, tous les aaciens établissements français étaient dépeuplés. Le fort Chartres, qui comptait trois cents habitants, en 1764, n'en avait plus que quinze, et Saint-Philippe avait vu sa population diminuer de cent cinquante âmes à ce même chiffre. Kaskaskia avait neuf cent trois habitants ; Cahokia, trois cents ; Prairie-du-Rocher, cent vingtcinq : soit un total de treize cent cinquante-huit Français, restés sujets anglais dans ces cinq villages. Il y avait de plus quatre cent vingt-sept Français à Vincennes et cent vingt-six à Ouatanon, deux établissements situés sur la rivière Ouabache ; et quatrevingt-dix au poste de Saint-Joseph, au nord-est du lac Michigan.
Après les colonies des Illinois, celle tle Détroit était la plus nombreuse et la plus prospère. Le major Robert Rogers, qui en prit possession en