‹ Les Canadiens de l'Ouest [microforme]Chapitre 5 sur 49 · JOHN COATS · texte numérisé non relu

JOHN COATS

éclata, Charles de Langlade avait quarante-six ans, qu'il portait fort lestement. Sur les instances du capitaine de Peyster +, commandant de Michillima kinac, il résolut de prendre une part active à la guerre, ce qui, selon cet officier, «assurait à nos intérêts tous les Sauvages de l'Ouest. 2» IL reçut bientôt l’ordre, en effet, de lever un corps sauvage « et d’assaillir les rebelles chaque fois qu’il les ren

contrerait. »

Les Indiens étaient si bien disposés à suivre Langlade au combat, que l’on crut pendant quelque

4 Arent Schuyler de Peyster uit, à New-York, le vingth entra, en 1755, dons le Sème régi

sept juin 173%.

temps que leur ardeur militaire serait une cause de

ent de ligne

dit du Roi, servit en différentes parties de l'Amérique du Nord,

sous les ordr

es de son oncle, le colonel Peter Schuyler, puis

commanda à Détroit, à Michillimakinac, et dans quelques endroits du Haut-Canada. Le capitaine de Peyster ne contribua pas peu par son ascendant sur les Sauvages à les rallier à la

cause anglaise

dürant la guerre de la révolution américaine.

Après avoir atteint le rang de colonel, et avoir commandé son

régiment Ecosse, o

mois ds novembre 1882.

2 Miscellanies by an officer.

ndant plusieurs années, il se retira à Dumfries, en il est mort à l’âge de soixante-dix-sept ans, au

sérieux embarras. On avait ordre de n’enrôler qu’un certain nombre de guerriers, et il était à craindre que ceux dont on refuserait les services ne témoignassent hautement leur mécontentement,

Nous avons pu obtenir du bureau des archives, à Londres, une série de lettres que le capitaine de Peyster écrivit au gouverneur du Canada, sir Guy Carleton, afin de lui faire connaître le mouvement qui se faisait parmi les Sauvages, sous l’active impulsion de Langlade. L'une de ces lettres, en date du douze avril 1777,.est ainsi conçue: «Je suis heureux de vous informer que la saison me fournit de bonne heure l’occasion d'informer Votre Excellence que j’ai envoyé des provisions à la Baie (la Baie- Verte) pour les Sauvages de Monsieur Langlade. J'ai vu un grand nombre d’Indiens durant l'hiver, et ils sont tous bien disposés. Mon unique crainte maintenant est que je ne puisse empêcher la population tout entière de descendre. Ceux dont je refuserai le concours seront mécontents. Il faut cependant qu’il en soit ainsi. »

Dans une lettre en date du quatre juin 1777, Peyster annonce le prochain départ de Langlade pour Montréal, à la tête d’un nombreux parti de Sauvages : «M. Langlade est arrivé ici (Michillimakinac) avec soixante fndiens de la Baye. Il dit qu’il en attend un plus grand nombre, mais je crains qu'ils v’arrivent trop tard. Je lui ai fourni le nombre nécessaire d’Indiens pour compléter le contingent que doit donner ce poste. Les Indiens ici ont appris que des agents espagnols ont visité leurs voisins. Si cela est vrai, je suppose qu’ils veulent profiter de nos troubles pour attirer vers eux le commerce. Cette nouvelle est cause qu’il est plus difficile maintenant

C'IARLES DE LANGLADE 69

de faire agir les Indiens, tant est grande leur crainte comme leur curiosité ; mais je puis affirmer, je crois, qu'ils sont tous bien disposés. Tout est prêt pour le départ qui va se faire immédiatement. De plus amples détails vous seront donnés par M. Langlade.»

Après le départ de Langlade pour l’île de Michilli makinac, lieu de réunion de tous les guerriers sauvages qui devaient former partie de son expédition, le capitaine de Peyster reçut une communication de M. Laurent Ducharme, agent des Sauvages, à Milwaukee, en date du quinze mai. Elle lui appre nait que les agents espagnols avaient reçu ordre d’armner tous les Indiens entre le Mississipi et le petit

détroit de La Baye, mais qu'ils semblaient plutôt favoriser les traiteurs anglais que les Américains.

Le capitaine de Peyster s’empressa de faire con naître à sir Guy Carleton les agissements des Espaguols, et il profita de la circonstance pour lui com muniquer ses vues sur la conduite de Langlade à l'égard des Sauvages. « Monsieur Langlade, écrivait-il le six juin 1777, m’a laissé ses papiers. Lorsqu'on pourra établir un compte régulier, je vous le transmettrai. J’ai donné ordre à un marchand de lui payer les 2776 livres que je devais lui remettre, conformément aux instructions de Votre Excellence, vu qu’il m'a dit en avoir un pressant besoin. Je crois m’apercevoir qu’il lui faut un peu de surveillance. Je le crois strictement honnête et très-désintéressé, mais il conserve toutes les habitudes françaises. Rien ne lui est aussi facile que de donner un bon à-compte du Roy. Bref, il ne peut rien refuser aux Sauvages de ce qu’ils demandent, et ils savent ne rien perdre en ne demandant rien.

« M. Langlade croit que les présents destinés aux

Ménomonis ont été pillés avant son départ de Montréal, alors qu’il était malade. Je les ferai examiner à la première occasion, et je lui enverrai la facture. Que ces présents aient été volés ou non, je pense que ces Sauvages auront encore plus qu'ils ne méritent après avoir honteusement ahandonné Langlade, hiér, comme un si grand nombre l'ont fait. Ils m’avaient demandé un permis d'absence, autrement je les aurais forcés de le suivre, comme j'ai fait pour ses Ouinibagons. Le vent étant très-fort, j'espère que cette dépêche lui parviendra à temps dans l’île. »

Gaultier de Vierville, neveu de Langlade, lui rendit de grands services dans l’organisation de son expédition, et ce fut surtout lui qui décida les Sacs et les Renards d’aller combattre sous le drapeau anglais. Cette tâche fut rien moins que facile, car ces Sauvages, travaillés par l'influence américaine d’un côté et par l'influence espagnole de l’autre, hésitaient beaucoup sur le parti à prendre. «Je vous ai déjà dit,» écrivait le capitaine de Peyster à sir Guy Carleton, le dix-sept juin 1777, «que les Sacs et les Renards, ou Outagamis, sont arrivés sous la conduite de M. Gaultier, que M. Langlade a employé dans le dessein deles rallier à notre cause. 11 appert d’après le rapport de tous les traiteurs dignes de foi et même des ennemis de Gaultier, qu’il était le seul homme qui pût obtenir ce résultat, dans la condition critique des choses sur le Mississipi. L'activité infatigable qu’il a déployée pour arrêter le collier des rebelles et éloigner celui des Espagnols, démontre que, s’il a pu commettre une imprudence, c’est encore un bon sujet, ce qui sera mon excuse pour le laisser descendre. En agissant ainsi, je me rends aux instantes demandes des Indiens, qui déclarent qu’ils ne peuvent

s’en passer, parce qu’il parle leur langue, et qu’il connaît parfaitement leurs mœurs et coutumes. On m'a dit que Gaultier, en apprenant qu'il avait été censuré, a vendu immédiatement toutes ses marchandises au rabais pour se consacrer tout entier ‘au service, et que Langlade en a acheté une partie pour les Indiens.

« Le collier des rebelles a été transmis de Détroit par le chef outaouais Ouaguichiki, et le collier espagnol était entre les mains de M. Hurbert, citoyen de la Nouvelle-Orléans, ci-devant au service de la France. La véritable nature du dernier collier est peut-être encore un secret. Hurbert a dit qu’il avait pour but d'inviter les chefs des différentes tribus à se réunir au fort espagnol, pour entendre ce que leur Père aurait à leur communiquer. Gaultier a dit là-dessus à M. Hurbert que les Indiens de ce côté de la rivière ne connaissaient qu’un seul Père, et qu’ilsne devaient pas en conséquence prêter attention à son message. Plusieurs traiteurs se joignirent à lui pour combattre Hurbert, qui dut se retireren conséquence. Les Espa. gnols veulent peut-être établir un traité de paix entre nos Indiens et les leurs, mais toute conférence avec eux à présent causera beaucoup d’alarme parmi les Indiens de cette contrée, vu que les rebelles ont fait leur apparition peu de temps avant les Espagnols dans leurs domaines. »

Après avoir réuni un corps nombreux de Sioux, Sacs, Renards, Ménomonis, Ouinibagons, Outaouais et Sauteux, Langlade marcha sur Montréal.

A leur arrivée en cette ville, un grand conseil fut tenu avec le cérémonial si cher aux Indiens. Laroc-

que, l'interprète des Sioux, n'ayant pu remplir ses fonctions, Langlade traduisit les discours des chefs de cette tribu dans le dialecte sauteux, familier à presque tous les Indiens du Nord-Ouest, interprétant ensuite en français tout ce qui avait 6t6 dit en sauteux.

On sait qu’un banquet de guerre précédait la plupart des expéditions chez les Sauvages, et on se garda bien de manquer, en cette occasion, à cet usage antique et solennel. Au festin qui fut donné, un bœuf entier fut rôti et servi à ces voraces convives, qui l’engloutirent promptement. Ce banquet était cependant peu de chose comparé au célèbre festin des Hurons, décrit par le P. de Brebœuf, et où vingt cerfs et quatre ours furent dévorés.

Le mémoire de Grignon ? ne signale aucun des services particuliers que rendit Langlade à la tête de ses guerriers. Il dit seulement qu'il prit part à quelques engagements, sous les ordres du major Campbell, dans l’armée anglaise commandée par le général Burgoyne, sur les bords du lac Champlain, et qu’il se rendit plusieurs fois au Canada durant la guerre avec de nouvelles troupes.

L'armée du général Burgoyne, forte d’environ huit mille cinq cents soldats et de cinq cents Sauvages, avait pour but d’envahir la Nouvelle-Yorket d'opérer sa jonction avec le général Howe à Albany. Elle se réunit à Crowun-Point, le trente juin 1777, et se mit en marche au commencement de juillet. Il avait été : question d'y joindre un grand nombre de Cana: diens ; mais Burgoyne ne put se faire suivre que par cent cinquante habitants.

Langlade rejoignit l’armée de Burgoyne avec ses

2 Seventy-two years’ Recollections of Wisconsin.

Sauvages à Skenesborough (aujourd’hui Whitchall) à la fin de juillet 1777. Il était accompagné de son vieilet brave ami, le chevalier Luc de La Corne St- Luc, ?, qui, quoique âgé de soixante-six ans, n'avait pas hésité, à la demande du gouverneur du Canada, sir Guy Carleton, de prendre la direction des bandes sauvages, qui étaient venues prêter main-forte à l'armée anglaise.

Si l’on en croit Burgoyne, ces-enfants du désert ne donnèrent pas toute l'assistance que l’on attendait d'eux. Îls ne se complurent que dans le pillage et le vol et se rendirent coupables de meurtres affreux. Lorsqu'on eut le plus besoin de leurs services, ils commencèrent à se débander, et bientôt il n’en resta pas un seul au camp.

Ecoutons à ce sujet Anbury, officier de l’armée angl se, dont le récit est calqué absolument sur celui de Burgoyne : « Le général ayant voulu mettre des obstacles à ce que les Sauvages pussent commettre par la suite d’autres atrocités, nous aperçûmes depuis cette époque un grand changement dans leur manière d’être : leur mutinerie et leur mécontentement éclataient ouvertement quand on les empêchait de

4 Luc de La Corne St-Luc, chevalier de St-Louis, est l’un des Canadiens qui ont exercé la plus grande influence sur les Sauvages. L'un de ses premiers exploits fut la capture du fort Clinton en 1747. Il se distingua à la bataille de Carillon, où il enleva un convoi de cent cinquante chariotsau général Abercrombie. Il prit part à la bataille des plaines d'Abraham, pais à la victoire de Sainte-Foye, où il fut blessé. Il voulut passor en France après la conquête, mais le vaisseau l’ Auguste, qui dovait l'y transporter, ayant péri sur la côte du Cap-Breton, le quinze novembre 1761, à la suite d’un naufrage tristement célèbre, où sept passagers seulement sur cent vingt et un échappèrent à la mort, il revint au Canada, après une marohe excessivement longue et pénible à travers les bois, et s’y établit permanemment. Aprèslaguerreaméricaine, M. deSt- ue fut fait conseiller législatil et défendit vaillamment les droits politiques des Canadiens, à une époque où ils n’étaient pas toujours respectés. Il s’éteignit à un âge avancé.

piller ; leurs interprètes, qui avaient une part dans Je butin et qui se voyaient frustrés de ce profit, ne faisaient que les exciter à la désertion et à la révolte.

« M. de St-Luc n’entrait pas dans ces mutineries : il paraissait même très-sensible à des choses auxquelles il devait être accoutumé, et les Sauvages paraissaient supporter impatiemment son pouvoir comme tous les autres. Cependant l’orgueil et l'amour de l'autorité, et plus encore peut-être l'attachement qu’il portait à son vieil associé, lui faisaient déguiser les motifs réels de ses plaintes sous des prétextes frivoles.

« On allait tenir conseil, d’après les demandes de M. de St-Luc, lorsque les nations qu'il commandait déclarèrent leur intention de s’en retourner chez elles, et demandèrent la permission et l’assistance du général. La circonstance était embarrassante ; leur départ nous privait d’une force que le gouvernement s'était procurée avec de grandes dépenses, et la reconciliation ne pouvait s’opérer qu’en souffrant leurs excès de cruauté et de rapine. Cependant, il fallait que le général répondit sur-le-champ. Il refusa formellement leur proposition, et insista sur l’obéissance aux défenses qu’il avait faites ; en même temps il leur représenta avec douceur leur engagement de fidélité ; enfin, il n’oublia rien pour leur persuader de continuer leur service.

« Cette réponse parut faire impression sur eux ; quelques tribus voisines seulement demandèrent qu'il fût permis à quelques-uns de leurs guerriers de retourner à leurs maisons, ce qu’on leur accorda. Les tribus les plus éloignées parurent retirer leur demande, et témoignèrent à l'instant un grand zèle pour le service. Cependant, au grand étonnement

du général et de l’armée, la désertion commença le

lendemain ; ils partaient par bandes de vingt, chargés de tout ce qu'ils avaient pu piller, et cela continua jusqu’à ce qu’il ne restât plus un seul de ceux qui nous avaient joints à Skenesborough 1.»

Si Burgoyne n’a pu obtenir un concours plus eff. cace de la part des Sauvages, il ne doit, paraît-il, s’en prendre qu’à lui-même. Car, au rapport de leur principal commandant, M. de St-Luc, Burgoyne serait tombé dans les erreurs fatales à plus d'un de ses devanciers, et n’aurait pas agi de manière à capter la confiance des tribus indiennes, venues de plusieurs centaines de lieues pour combattre sous le drapeau anglais.

On sait que Burgoyne, après avoir remporté quelques triomphes faciles, subit plusieurs échecs, puis finalement fut ignominieusement battu à Saratoga, le quatorze octobre 1777, où il dut capituler avec toute son armée. Ce désastre causa une immense sensation en Angleterre, et l'opinion publique blâma presque unanimement le malheureux général de l’incapacité et de l’imprévoyance dont ilavait fait preuve.

Burgoyne tenta de justifier sa conduite par des brochures et des discours à la Chambre des Communes, où il comptait des amis puissants. Désireux de rejeter la responsabilité de ses revers un peu sur tout le monde, il attaqua sévèrement la conduite des Canadiens et des Sauvages, se plaignit amèrement de leur indifférence ou de leur abandon, enveloppant dans un même blâme leur intrépide commandant.

Nous avons sous les yeux un discours que Burgoyne prononça à la Chambre des Communes, le

3 Journal in the Interior of North America, vol. I, p. 329-332.

vingt-six mai 1778, et dans lequel il porta les accusations les plus injurieuses contre le caractère de M. de St-Luc. Ge dernier avait passé une partie de l’hiver à Londres, et ne s'était pas gôné de déclarer que Burgoyne ne lui avait pas paru à la hauteur du commandement qu’on lui avait confié: de là le ressentiment du malheureux général contre cet officier canadien :

«Il y a un gentilhomme. disait Burgoyne en cette circonstance, qui a p286 une grande partie de l’hiver à Londres, et que j'iur'uis désiré voir interrogé à la barre de cette chambre. C’est dans l'intérêt de la vérité seulement, car il n’est certainement pas mon ami; son nom est de La Corne St-Luc, un partisan distingué de la cause française dans la dernière guerre ; il est maintenant au service de l'Angleterre comme l’un des commandants des Sauvages. Il nous doit bien quelque reconnaissance, car il a beaucoup contribué, par le passé, à faire scalper plusieurs centaines de soldats anglais sur les lieux même où il a été employé cette année avec des pouvoirs bien différents. Il est par nature, par son éducation et par ses habitudes, plein d'artifices, ambitieux et courtisan. Comme je ne lui ai pas permis de se servir librement de la hache de guerre et du couteau à scalper, il était naturel qu’il recherchôt les faveurs ministérielles en jetant tout le blâme possible sur un cénéral qui n’est plus de mode. Il a eu de fréquentes erntrevres avec un noble lord ici présent (lord George Lernat,1et, maigré tous les désavantages de ma position, je désire, comme il n’a pas été interrogé ici, que l’honorable lord fasse connaître à la chambre ce que cet homme lui a dit de ma conduite envers les Sauvages. Je sais qu’il a déclaré, dans des cercles

privés, que les Indiens auraient pu rendre de grands services s'ils n'avaient pas été licenciés. Si le fait de s'opposer aux meurtres qu'ils ont commis a pu ame: ner leur licenciement, j'accepte avec orgueil le blâme de leur renvoi du service. À part cela, je dois afirmer que les Indiens, et M. de St-Lue, à leur tête, ont déserté. 1 »

A cette interpellation, lord Germenn répondit qu'il avait eu, en effet, des entrevues avee M. de St-Luc, dans lesquelles ce dernier avait : Sclaré que le général

Burgoyne était un bon officier + : milieu des troupes régulières, mais qu'il n'avait pas paru mer les Sau vages, ni avoir pris les mesurés voulues pour conserver leurs bonnes grâces. En soi , lui aurait dit M. de St-Luc : “Le général Buræ 1e est un brave homme, mais il est lourd comme un : demand %.»

Lorsque le discours de Burgoyme vint à la connaissance de M. de St-Luc, il lw répondit par une lettre très-vigoureuse, en date :e Québec, le vingt-trois octobre 1778, laquelle pan: en français dans les journaux de Londres. Elle fi loin de pro: duire une impression favorable à son aseusateur.

Dans cette lettre, M. de St-Luc dit au général Burgoyne qu’il n’a pas le droit de le traiter #lissi lestement; que son origine vaut bien la siemne—son adversaire était enfant naturel ; —que ses cinquante années de service démontrent amplement qu’il n’a jamais craint les dangers de la guerre, et qu’il a pu se faire connaître longtemps avant qu’il (Burgoyne) ait eu la chance de détruire l’une des plus belles armes qui soient jamais venues dans le pays. Il ajoute que s1 les Sauvages avaient peu à peu déserté

2 Parliamentary History of England, vol, XIX, p. 11°! » Ibid, np. 1195.

l’armée anglaise, c’est que Burgoyne ne leur avait pas porté assez d'attention et n’en avait pas pris un soin suffisant. Dans l’affaire de Bennington, du seize août 1777, où plusieurs centaines d’Anglais furent tués ou faits prisonniers, avec bon nombre de Sauvages, ces derniers ne virent pas sans étonnement, par exemple, que Burgoyne n’envoya aucun détachement pour rassembler les débris du corps vaincu, ou pour secourir les blessés, dont beaucoup étaient mourants. «Cette conduite, dit M. de St. Luc, ne leur donna pas une très-haute idée du soin que vous prendriez de ceux qui combattraient sous vos ordres. L'indifférence que vous manifestâtes sur le sort des Indiens qui prirent part à cette expédition, au nombre de cent cinquante, les dégoûta au plus haut point du service, car bon nombre des leurs avaient péri sur le champ de bataille avec leur redoutable chef, et sur soixante etun Canadiens, quarante-cinq seulement avaient échappé à la mort 1.»

Dans le conseil qui fut tenu après cette malheureuse affaire, M. de St. Luc avertit Burgoyne du mécontentement des Sauvages, qui éclata bientôt d’une manière si ouverte qu'ils quittèrent tous le camp anglais, bien que Burgoyne leur eût refusé des provisions, des souliers, et les services d’un interprête.

« Quant à l’accusation d’avoir déserté l’armée, vous devriez vous rappeler, » dit M. de St. Luc à Burgoyne, « que c’est vous qui êtes la cause de mon départ. Car, deux jours après que les Sauvages vous eurent quitté, vous vites votre erreur, et le brigadier Fraser avait

Le capitaine F. Montagu, qui prit part à la csrapagne de Burgoyne, déclara, devant un comité de la Chambre des Communes, le ler juin 1779, que beaucoup de Sauvages quittèrent l’armée après la défaite de Bennington en différents temps, ce qui corrobore l’assertion de M. de St. Luc sur ce point. À Siate on the Expedition from Canada, etc., D. 75.

déià prévu les conséquences de votre conduite à l'égard des Sauvages. Vous me fites alors mander dans la tente du brigadier, et vous me demandâtes de retourner au Canada, pour porter des dépèches au général Carleton, afin detprier Son Excellence de traiter les Indiens avec bienveillance et de vous les renvoyer. C’est ce que je fis, et j'aurais rejoint l’armée, si les communications n’eussent pas ::5 interrompues..... Quoi qu’il en soit, malgré mon âge avancé (soixante.sept ans), je suis prêt à traverser la mer pour me justifier devant le Roi, mon maître, et devant mon pays, de vos accusations mal fondées, bien que je ne m'occupe guère de ce que vous pouvez penser personnellement de moi. »

Cette lettre pleine d’une noble fierté n’eut pas, que nous sachions, de réponse, et Burgoyne se contenta d’en faire mention en passant, dans un discours qu’il prononça à la Chambre des Communes, le quatorze décembre suivant.

En se justifiant d’une manière aussi complète, M. de St. Luc a par là même exposé, sous son véritable jour, la conduite de Langlade dans cette campagne, car liés tous deux par une étroite amitié, exerçant un commandement à peu près semblable, ils agirent sous une même inspiration, et n’eurent en vue que les intérêts véritables de la cause pour laquelle ils combattaient. Si l’un et l’autre ne furent pas mieux compris par le général Burgoyne, le résultat ne les vengea que trop de sa conduite maladroite et injuste à leur égard.

Les Sauvages alliés aux Anglais reçurent ordre, à la fin de l’année 1778, de se réunir à l’Arbre-Croche,

dans le Michigan, afin de renforcer les troupes du lieutenant-gouverneur Hamilton, qui marchait contre le général américain Clarke. Celui-ci venait de s’emparer de toute la région de l'Illinois, et il importait de s’opposer le plus tôt possible à de nouveaux envahissements. Son armée, qui était peu considérable, comprenait deux compagnies françaises : l’une d'elles était commandée par le capitaine Charleville.

Les Indiens ne semblaient pourtant guère se soucier de se sacrifier au profit de l’une ou de l’autre cause. Ni les Anglais ni les Américains n’avaient pris les moyens de se concilier leurs sympathies, et ils avaient raison de vouloir rester étrangers à une guerre qui ne pouvait avoir d’autre effet que de les décimer encore davantage.

Pierre Queret et Gaultier de Vierville, neveu de Langlade, se rendirent en vain à Milwaukee pour presser les Sauvages de se réunir à l’Arbre-Croche. Ils s’obstinèrent à ne pas vouloir lever la hache de guerre.

Langlade résolut alors de faire une tentative plus fructueuse. Ses arguments n’eurent aucun effet; mais familier avec tous les usages et superstitions des Sauvages, il voulut en tirer parti pour la circonstance. Il éleva une cabane au milieu du village de l’Arbre-Croche, pratiqua une ouverture de chaque côté, fit tuer plusieurs chiens, et plaça le cœur encore palpitant d’un de ces animaux sur un bâton à chaque porte. Cela fait, il convia les Sauvages à la fête du chien, qui est très en vogue parmi eux. Îl entonna ensuite le chant de guerre, visita tour à tour toutes les loges, et s’arrêta à la porte de chacune pour manger un morceau de cœur de chien. Cela signifiait que, s'ils sentaient battre en eux des

cœurs vaillants, ils suivraient son exemple et l’accompagneraïent à la guerre. Ils ne purent résister à ce pressant appel, et l’un après l’autre ils entonnèrent le vieux chant des combats, puis ils se dirigèrent en grand nombre vers l’Arbre-Croche.

Un grand conseil fut ensuite tenu, durant lequel de chaleureux discours furent prononcés. Le contingent commandé par Langlade et Gaultier de Vierville, s’'embarqua promptement dans de nombreux canots, sur le lac Michigan, pour aller prêter mainforte aux troupes anglaises. En arrivant à Saint- Joseph, Langlade apprit avec regret que son secours était inutile, car le lieutenant-gouverneur Henry Hamilton avait dû rendre Vincennes, le vingt-quatre février 1719, et avait été fait prisonnier par le général Clarke. Les Sauvages, à qui l’on avait fait espérer plus d’un riche trophée comme résultat de cette campagne, retournèrent fort mécontents à l’Arbre- Croche.

Comme cette expédition des Américains fut la dernière dans l'Ouest, Langlade ne prit pas d’autre part à la guerre, qui eut por dénouement l'indépendance des Etats-Unis.

Langlade fut toujours accompagné, dans ses différentes campagnes, de plusieurs lieutenants, qui partagèrent avec un rare courage sa bonne ou sa mauvaise fortune.

Le plus important de ces héros était son neveu, Gaultier de Vierville, dont il a été souvent question dans le cours de ce récit. Cet homme, d’un courage éprouvé, donna maintes preuves à Langlade d'un dé-

vouement absolu. Il assista, entre autres combats, à la terrible bataille des plaines d'Abraham, où il se battit comme un lion. Il prit part ensuite à la guerre de la Révolution, durant laquelle il mérita, par sa courageuse conduite, d’être promu au rang de capitaine. La paix faite, il alla demeurer à Michillimakinac, où il cultiva la terre, agissant de temps à autre comme interprète du gouvernement anglais auprès des Sauvages.

Gaultier de Vierville fut accusé, en 1793, de s’être approprié une partie des effets destinés aux tribus et confiés à sa garde à Michillimakinac. Il fut destitué de son emploi d’interprète sur cette accusation, et remplacé par le capitaine Lamothe, de Détroit. Plus tard, il futamené à Montréal pour y subir son procès, dont le résultat nous est inconnu.

Gaultier de Vierville avait épousé Mlie Chevalier, femme d’une rare beauté. Il eut de cette union deux filles, qui se marièrent fort avantageusement. L’ainée épousa le capitaine Henry Monroe Fisher, et l’autre, Michel Brisebois, tous deux de la Prairie-du-Chien.

Gaultier de Vierville quitta Michillimakinac, vers 1798, pour aller passer ses dernières années chez son gendre, Michel Brisebois, à la Prairie-du-Chien, où il mourut en 1803, âgé d’environ soixante-cinq ans ; sa femme le suivit dans la tombe quelques années après. Fisher et Brisebois comptaient à cette époque parmi les citoyens les plus importants de la Prairie-du-Chien, et tous deux y ont laissé de nombreux descendants.

Amable de Gère, plus connu sous le nom de Larose, naquit à Montréal et émigra dans son jeune âge à Michillimakinac. Après avoir pris part aux dernières batailles qui décidtrent du sort de la France au

Ps =.

Canada, il s’adonna au commerce des fourrures, tant pour son propre compte que pour celui d’autres trai-

teurs. Il séjourna à la Baie-Verte pendant plusieurs :

années, puis retourna à Montréal, où il fixa sa demeure. Il était alors très-âgé et célibataire.

Un autre vaillant compagnon d'armes de Langlade, Pierre Queret, était aussi natif de Montréal. Il s’occupade la traite pendant plusieurs années, et accom. pagna le colonel Robert Dickson, dans l’automne de 1812, lors d’une expédition qui faillit lui être fatale.

Le colonel Dickson, voulant rallier à la cause anglaise les Sauvages du Nord-Ouest, partit de Michillimakinac avec Pierre Queret, son interprète, pour distribuer des présents aux tribus disséminées dans les alentours de la Prairie-du-Chien. Le froid les ayant surpris plus tôt qu'ils ne s’y attendaient sur le lac Ouinébago, il leur fallut passer l’hiver dans l’île Garlick, entre Ochkoch et Nina. Au printemps, ils se rendirent à la Prairie-du-Chien, où, après avoir fait les présents d’usage, ils se mirent en marche pour retourner à Michillimakinac.

Un jour que les deux voyageurs campaient à l’embouchure de la rivière Monistique—maintenant Manisti—qui se décharge dans le lac Michigan, en amont de la baie Verte, Queret voulut profiter du vent contraire, qui s’opposait à leur départ, pour aller chasser le gibier qui abondaït dans les forêts voisines. Mal lui en prit, car son ardeur l'ayant emporté trop loin, il s’égara. Le colonel Dickson, ne sachant ce qui était advenu à son compagnon, se mit à sa recherche dans la solitude ; mais après deux jours de courses inutiles, il crut devoir l’'abandonner à son malheureux sort, et partit seul pour Michillimakinac.

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