‹ Les Canadiens de l'Ouest [microforme]Chapitre 8 sur 49 · HAL · texte numérisé non relu

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« M. J. Lefranc, de la Compagnie de Jésus. Témoins : Charles Langlade, Charlotte Bourassa, Langlade (Augustin de) *, Bourassa, N. Blondeau, Bourassa, fils, Volant, Anne Villeneuve, Agathe Villeneuve, Gonneville, Nanette Chevalier Bourassa, D’Ailleboust Demantelet, René de Couagne, fils, L. Biscarot, D’Aïlleboust Lamadelaine, Herbin, commandant du lieu. »

René Bourassa naquit à Laprairie, près de Montréal, le vingt et un décembre 1688. Il épousa, en premières noces, Agnès Gagné, le vingt-trois octobre 1710, et en secondes noces, Catherine Lerigée, le vingt-cinq septembre 1721. Il eut de son premier mariage un fils, René, qui s’allia à Anne-Charlotte- Véronique Chevalier. Nous ignorons si Mme Langlade est née du premier ou du second mariage. 11 est probable dans tous les cas qu’elle fût élevée à Laprairie, et qu’elle y reçut une certaine somme d'instruction.

Mme Langlade semble avoir demeuré à Michillimakinac presque sans interruption jusque vers 1763. Ce n’est pas sans regret qu’elle quitta ce poste pour aller habiter la Baïe-Verte, qui était alors une solitude complète, tandis que Michillimakinac était comparativement civilisé et occupé par une garnison assez nombreuse, ayant souvent des officiers dis-

1 Fac-simile de ces signatures.

CHARLES DE LANGLADH 93

tingués comme MM. de Beaujeu, Louis de la Corne, Duplessis Faber, le chevalier de Repentigny, Herbin et autres. Le poste comprenait aussi un certain nombre de traiteurs canadiens, avec lesquels la famille Langlade avait noué d’agréables relations.

Quoique Mme Langlade ne fût pas tout à fait étrangère à la vie solitaire qui lui était réservée à la Baie-Verte, elle s’y accoutuma difficilement. Elle avait, par exemple, une peur terrible des Sauvages, qu'il était probablement moins facile de contrôler à ce poste qu’à celui de Michillimakinac. A leur vue, elle éprouvait souvent de véritables crispations de nerfs, ne pouvant maîtriser l'émotion profonde qui la dominait.

Quelqu'un ayant, un jour, répandu la nouvelle que les Sauvages étaient sur le point d'arriver, dans un but hostile, elle se rendit en un instant ehez ses voisins pour leur donner l'éveil, puis alla se cacher sous une pile de planches. Les Indiens ne firent même pas leur apparition, etlorsqu’on la trouva en ce lieu, elle respirait à peine et semblait plutôt morte que vive, tant la peur l’avait surexeitée.

Une autre fois, à la vue de plusieurs Ménomonis, qui pénétrèrent dans la maison, elle s'enfuit dans sa chambre à coucher, où elle se verrouilla soigneusement. Mais la curiosité l’emportant un moment sur l’épouvante, elle entre-bâilla la porte et aperçut tous les Sauvages assis à l’entour de la salle voisine. Seul, Pak-Kau-Chäâ, l’un d’eux, se tenait debout, et elle en conclut qu’il épiait la chance de la tuer. Prise d’un accès soudain de frénésie, elle s’empara d’un long couteau, saisit Pak-Kau-Chäâ au collet, et, faisant un effort suprême pour le poignarder, elle s’écria: « Pak-Kau-Chä, vous êtes un vau-

rien et un homme mort !» Les Indiens s’aperçurent qu’elle était en proie à une profonde terreur, et tous de rire à cœur joie, puis de la rassurer sur leurs intentions pacifiques. Pendant cette scène, Langlade se contentait de dire tranquillement à sa femme : « Que faites-vous, ma femme ? Retournez à votre chambre et ne venez pas nous déranger. »

Dans les premiers mois de son séjour à la Baie- Verte, s’il arrivait à Mme Langlade d’apercevoir un canot qui semblait se diriger vers le rivage, elle ouvrait la porte et s’écriait d’un ton désespéré : « Ils viennent! Ils viennent !! Nous serons tous massacrés !» Il lui fallut bien du temps pour se familiariser avec cette étrange vie, et faire bonne contenance devant l'enfant des bois.

Mme Langlade était remarquablement belle; sa taille était élancée, ses traits réguliers, et ses yeux très-noirs. Ces dons physiques s’alliaient à de rares qualités morales, qui lui valurent le respect général à la Baïe-Verte. Elle est-morte en cet endroit, en 1818, âgée d’environ soixante-quinze ans.

Langlade eut de son union avec Mlle Bourassa deux filles. L’aînée, Charlotte-Catherine, née en 1756, se maria à un nommé Barcelou, et mourut un an après son mariage sans laisser d'enfant; l’autre, Louise-Domitilde, épousa en 1776, à l’âge de dix-sept ans, Pierre Grignon, puis en secondes noces, Jean-Baptiste Langevin. ?

2 Voici les certificats de baptôme des deux filles de Charles de Langlade :

« Aujourd’hui agtaut avril mil sept cent Shiguanteraix, j'ai, soussigné, suppléé les cérémonies du saint baptôme à Charlotte-Catherine de l’Anglade, fille de Mr. Charles de lAnglade, écuier, et ofticier dans les troupes de la marine, et de

harlotte-Ambroisine Bourassa, ses péro et mère, que j'avais ondoyée le vingt-neuvième janvier dernier à la Grande Rivière,

Bien avant son mariage avec Mlle Bourassa, Langlade avait eu, d’une Outaouaise, un fils, Charles, qu'il fit instruire avec soin à Montréal. Celui-ci alla se fixer ensuite à la Baie-Verte, puis à Michillimakinac, et il prit part à la capture de ce dernier poste, en 1812, sous le commandement du capitaine Roberts. Il avait épousé une Outaouaise, qui lui donna deux filles et deux fils: Charles et Louis de Langlade. Louis prit une part active à la dernière guerre avec les Etats-Unis, et obtint par sa conduite courageuse le grade de lieutenant. Bibaud, dans le Panthéon Canadien, et l’auteur des Grandes Familles du Canada l'ont confondu avec son aïeul, Charles de Langlade.

Langlade conserva jusqu’à la fin de sa vie sa place d’agent des Sauvages, qui lui donnait un assez bon revenu. Ses services à la cause anglaise durant la guerre de la Révolution avaient été suffisamment appréciés pour lui valoir une annuité viagère de huit cents piastres, en sus d’une concession de trois où elle est née. Ont été parrain, Mr. de l’Anglade, père, et Mlle

Bourassa, marraine. À ichillimakina au jour et an que dessus.

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