‹ Les canadiens des États-Unis; ce qu'on perd a émigrerChapitre 6 sur 9 · LE RAPPORT RELIGIEUX ET PATRIOTIQUE · texte numérisé non relu

LE RAPPORT RELIGIEUX ET PATRIOTIQUE

la position des émigrés est toujours dangereuse. Et les Canadiens émigrés ne doivent pas prendre cette vérité pour une insulte, ni pour un reproche. Ils ont fait des sacrifices immenses pour fonder sur la terre étrangère les institutions religieuses et les écoles françaises essentielles pour la préservation de leur langue et de leur foi ; ils ont raison d'être fiers de ce qu'ils ont accompli avec le peu de moyens qu'ils avaient. Mais ces sacrifices, en grande partie, n'eussent pas été nécessaires, sans l'émigration. Et même après tous ces sacrifices, il n'en est pas moins vrai qu'un grand nombre de Canadiens sont exposés à perdre leur langue et leur foi dans un avenir prochain.

Il y a peut-être cent localités où nos compatriotes se sont trouvés assez nombreux pour se grouper en paroisses, se bâtir des écoles et se former en sociétés. C'est de ces localités-là que l'on parle continuellement dans les journaux, en assurant que notre nationalité n'est plus en danger aux Etats-Unis. Mais pour les cent grands centres il y en a un millier de plus petits, mais qui cependant réunis forment la masse des émigrés; là souvent il n'y a pas d'église, et encore plus souvent pas d'école catholique ou française. C'est par là que

l'élément anglo-saxon absorbe nos COMPATRIOTES.

Il est bien difficile de donner des chiffres précis sur ces Canadiens qui

deviennent rapidement des Américains. Ils ne figurent pas dans les rapports de nos sociétés nationales ; ils ne font pas parler d'eux dans nos journaux. Ils sont noyés dans la mer d'hommes de toutes les nations avec lesquelles ils sont mêlés.

Mais nous trouvons dans le Guide Français de la Nouvelle-Angleterre un fait qui fera refléchir tous les hommes sérieux. Sur une population de 323,000 âmes, il n'y a que 40,242 enfants qui fréquentent les écoles paroissaies. Qu'on remarque bien qu'il s'agit ici des centres les mieux organisés et que le chiffre même est certainement au-dessus de la vérité. En effet les renseignements contenus dans le Guide Français sont basés sur les rapports de personnes poussées par un sentiment de fierté naturelle à porter aussi haut que possible l'importance de leurs écoles.

Ce chiff"re de 40,000 comprend 14,000 élèves des couvents, et presque tous ces couvents reçoivent les élèves sans acception de nationalité. Or, malgré tout, il se trouve que d'après le Guide Français, il n'y a que douze pour cent de la population canadienne de la Nouvelle-Angleterre qui fréquentent les écoles paroissiales. D'après les statistiques othcielles, les enfants de sept à quatorze ans forment vingt-deux pour cent de la population. Il est donc évident que dans les centres canadiens les mieux organisés, la moitié des enfants entre sept et quatorze ne vont pas aux éco es ou

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