TAXÉS POUE LE SOUTIEN' DES ÉCOLES ATHÉES
et il ne leur reste pas toujours le moyen ensuite de soutenir une école catholique et française.
La preuve conclusive de la rapidité avec laquelle se fait l'assimilation de nos compatriotes aux Etats-Unis se trouve au recensement des Etats- Unis. Les chiffres pour l^vto ne sont pas encore publiés, mais on peut voir par pelui de 1880, que dans l'état du Massachusetts on ne comptait que oo;2m enfants nés aux Etats-TInis de parents canadiens, tandis qu'on en comptait plus de 70,000 qui étaient nés d'un père canadien marié à une étrangère, ou d'une mère canadienne mariée à un étranger. Et il en était de même dans toute la Nouvelle-Angleterre. Dans l'Ouest
LES MARlACiES >UXTES
sont encore plus nombreux. Dans le Wisconsin, par exemple, tandis qu'on ne comptait que 12,86ô enfants nés aux Etats-Unis d'un père canadien et d'une mère canadienne, on en comptait 40,000 nés d'un parent canadien et d'un parent étranger.
Les enfants de ces mariages mixtes sont toujours perdus pour notre nationalité et bien souvent aus^i pour la religion.
c'est la suprême douleur de l'émigré
de voir ses enfants ou ses petits-enfants renier son sang et sa langue, se mofiuer de ses traditions et de sa religion.
Je n'oublierai jamais la simple histoire que me contait, il y a quelques années, un vieux Canadien établi dans un des villages de l'intérieur du Michigan. On a pu voir par les chiffres et les faits qui précèdent combien elle peut s'appliquer à la masse des émigrés.
"J'ai été," me disait ce vieillard, "un des premiers à partir de Varennes pour les Etats-Unis. C'était en 1845. J'avais alors 26 ans ; mon père venait de mourrir, me laissant une bonne terre ; mais il s'était endetté pour rebâtir en neuf. Avec un peu d'économie j'aurais pu payer cette dette sans me déranger ; mais j'avais envie de voyager, de voir cette grande république dont j'avais entendu faire tant d'éloges par les orateurs pohtiques de 1S.37. Le long du lac Champlain, il y avait déjà plusieurs canadiens. Je trouvai de l'ouvrage d'abord à Whitehall, et au bout de quelques mois j'allai m'établir à Cohoes. J'avais de grandes difficultés à me placer parce que je ne savais pas encore l'anglais, de sorte que je ne gagnais guère plus qu'il ne me fallait pour vivre. Les années se passaient. Au bout de quatre ans je retournai à Varennes pour faire un paiement et régler quelques affaires. Je trouvai ma terre mal entretenue par le fermier auquel je l'avais louée, les bâtiments fort endommagés, et je me décidai à vendre. Je revins à Cohoes avec SlôOri et je me lançai dans le commerce. D'abord les affaires n'allaient pas mal, mais la crise de 1857
arriva, et je me trouvai dans une position financière très embarrassée. Des idées de me remettre sur une terre me reprirent. A dire franchement je n'avais jamais été heureux depuis mon départ du pays. Ma femme voulait retourner en Canada pour faire instruire nos enfants ; mais je ne me trouvais pas assez riche, je ne voulais pas recommencer à travailler comme autrefois, sous les yeux de ceux qui m'avaient connu. Je m'en vins donc dans le Michigan et je pris une terre nouvelle. Depuis, vous le voyez, un village s'est élevé sur ma terre qui vaut aujourd'hui bien cher; mais je n'avais pas prévu cela ; j'avais vendu à des spéculateurs lorsque le chemin de fer est venu ici et a amené le commerce. Enfin, je suis encore pauvre, je suis vieux, et je me trouve, après avoir travaillé toute ma vie à établir ma famille, comme si j'étais seul au monde.
" Ma femme est morte il y a douze ans ; mon filS; avec lequel je vis, a époust' une allemande ; mes petits enfants se moquent de mon mauvais anglais, et on leur enseigne à l'école que j'appartiens aune race dégénérée, qui a été conquise et qui ne parle plus qu'un patois. Ah, il y a des fois que je me fâche ; mais je pense ensuite que ce n'est pas leur faute à ces enfants. C'est moi qui l'ai voulu et je m'en trouve encore plus malheureux. Je me demande même si Dieu ne me punira pas d'avoir résisté au conseil de ma femme, par orgueil ; car mon garçon ne fait plus de religion et sa femme emmène les enfants à son église. J'avais aussi trois autres garçons ; mais ils ont voulu voyager comme moi- Ils sont partis pour l'Ouest et je n'en ai plus entendu parler. Quand je j>ense qu'il y a de mes anciens voisins de Varennes qui ont passé leur vie tranquillement sur leurs terres, qui ont élevé leurs enfants dans la religion et qui sont morts chez eux !"
Et mon vieill ami éclata en sanglots. Il est mort depuis, presque subitement. Quand son fils a trouvé qu'il était temps de faire venir un prêtre, il était trop tard ! Lorsque j'appris cette nouvelle je pensai aux vers de Crémazie :^
Loin de son lieu natal, l'insensé qui s'exile,
Traîne son existence à lui-même inutile,
Son cœur est sans amour, sa vie est sans plaisirs,
Jamais pour consoler sa morne rêverie
Il n'a devant les yeux le ciel de la patrie
Et le sol sous ses pas n'a point de souvenirs.
Au nom de vos aïeux qui moururent pour elle, Au nom de votre Dieu, qui pour vous la fit belle. Restez dans la patrie où vous prîtes le jour ! Gardez pour ses combats votre ardeur enivrante, Gardez pour ses besoins votre force puissante. Pour ses saintes beautés gardez tout votre amour !