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ETAT DE L'ŒUVRE DES MISSIONNAIRES

Il me semble maintenant vous entendre me dire. Nous comprenons limportance de cette œuvre. Mais où donc en est-elle, quelles sont vos espérances ? Mes frères, le Grand Pie IX luiméme, le bon Pére, le Saint Pontif qui aime et bénit les Zouaves du Canada a été le premier à encourager cette œuvre. De tous côtés, depuis longtemps, des prières sont offertes à Dieu pour son heureux succès, L’archévéèque de Québec avait fait plus: il avait demandé et recommandé des prières pour les Canadiens émigrés. Cette, œuvre c’est l'œuvre de Dieu qui ne veut pas que les âmes périssent, c'est l’œuvre de Jesus Christ qui est venu chercher les brebis égarées. Nous vous disons les cœur rempli d'espérance: Oui, il faut qu'elle réussisse, et aujourd’hui je crois pouvoir vous annoncer sans témérité quelle à commencé sous d’heureux auspices.

& C’est dans la ville de Rutland, dans l'État du Vermont, que l’on peut dire que Pœuvre est comme.cée, I fallait un point cen-

tral d’où les Missionnaires pussent sans trop d’inconvénients, se

rendre là où les évéques les demanderaient.

[1 fallait un point pas trop éloigné du Canada que Dieu appelle à fournir les Missionnaires, La ville de East Rutland réunit ces conditions. Elle est située à distance presque égale de Québec, New York et Boston, C’est un centre, auquel vont aboutir sept chemins de fer. C’est de plus une ville florrissante, qui a de l'avenir et aux environs de laquelle se trouvent au moins 300 familles Canadiennes, Une retraite de quinze jours prechée par le Père Sassville a rendu le bonheur à ces chers émigrés en leur rendant la graee que plussieurs sans doute avaient perdue. IIS n'ont pas encore d'église. C’est dans une salle et au troisième étage d’un magasin que la retraite a été donnée et c'est là que désormais ils auront le bonhenr d’avoir la messe et un sermonen francais tous les Dimanches, jusqu’à ce qu'ils aient pu se construire se procurer une église.

“ Mais des pretres, de missionnaires pour les Canadiens en aurez-vous / Mes frères, s'il vous était permis dans ce moment de lire les sentiments qu'animent les cœurs des Prétres du Canada, vous vérriez qu'ils brülent du désir de se dévouer, vous y verriez écrites les Paroles de St, Paul: “Je dis la vérité en Jesus-Christ, je ne mens point, m'a conscience me rendant ce témoignage dans le Saint Esprit: je suis sous le poids d’une grande tristesse, mais mon cœur est dans une douleur continuelle & cause de mes freres, pro fratibus meis, qui sunt cognati met secundum carnem. Ks sont tristes, vos bons prètres du Canada, parceque ces frères émigrés, sont les enfant de Dieu par adoption, par la foi, par l'espérance des biens éternels, et qu'ils sont semblables à des brebis sans pasteurs. Oui, mes frères, le nombre des prétres qui désirent se dévouer aux missions des émigrés est considérable et soyez assurés que les Évèques du Canada feront leur devoir à l'égard de ceux qui sont toujours leurs enfants,

“ La Providence nous à déjà donné un prétre canadien, qui sans doute, dans les desseins Ge Dieu sera un des principaux instruments de cette œuvre. Poussé dans cette voie par Pattrait intérieur et l'inspiration de l'évéque de Montréal, le Rév, Père Gagnier sembie avoir été préparé d’une manicre spéciale pour cette œuvre, car Dieu lui a donné la force, Pexpérience et les talents nécessaires pour réussir, Avec la permission des autorités de Montréal, FEvéque de

Burlington lui a donné la charge des Canadiens de East Rutland,

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“ Ilest déjà aidé de deux bons jeunes prêtres des diocèses de Québec et de Montréal. Plusieurs autres demandent à se dévouer et pourront sans doute venir plus tard. Voici done un plan tout simple que lon se propose de suivre dans les commencements : Deux missionnaires ou plus, iraient là où les Evèques voudront bien les inviter pour visiter les Canadiens. Ils y donneront une retraite avec le consentement et le concours du prétre résident, S'il y en a un. Durant la retraite on aura lieu de s'assurer du nombre de la population canadienne et de leurs ressources ; et la retraite finie, on y laisserait un missionnaire pour les desservir, et pour leur contruire une église. Puis les missionnaires iraient dans une autre localité et tàächeraient d’y faire la même chose. Les missionnaires quoique séparès pourraient se voir de temps à autre et s'entretenir dans la ferveur par des regles ou exercices convenables à leur position. Il semble qu'il y à donc ici le commencement d'une belle œuvre, Ilest vrai que Za moisson est grande et les ouvriers peu nombreux. Mais au moins nous voyons un centre de réunion, lequel est encore peu connu, mais qui le deviendra bientôt. Désormais les émigrés Canadiens sauront qu’à East Rutland ils ont quelques compatriotes, quelques prètres Canadiens auxquel ils pourront avoir recours. Les vénérables Evéques des Etats-Unis ne seront que trop heureux de pouvoir s’addresser au chef de la mission pour lui demander des missions, mais surtout des missionnaires ; et enfin les Evèéques du Canada donneront une abondante bénédiction à cette œuvre, et addresseront au chef de la mission les prètres qui se sentiront attirés vers cette œuvre, et qu'ils céderont si voluntiers toutes les fois que les besoins de leurs diocèses Ie leur permettront. Peut-être, et nous osons l’espérer de la bonté de Dieu, peut-être qu'après ces humbles commencement: il voudra bien susciter un homme suivant son cœur pour fonder au milieu de nous un collége pour alimenter les missions canadiennes: er les émigrés et leurs de prêtres parlant leur langue, C’est ainsi que le vénérable Père Hand, secondé de Mgr. Moriarty, du Rév. Pere Woodlock et d’autres ont fondé à Dublin le collége de AI Hallows, qui fournit

descendants demandent sans doute le ministère permanent

en abondance des missionnaires pour les Trlandais qui émigrent en

Angleterre, en Amérique, en Australie,

“Je finis, M. F., en vous priant, en vous suppliant, d’addresser à Dieu, par Marie Jmmaculée, les prieres les plus ferventes pour la réussite de cette œuvre. Nous aurions le cœur bien dur si nous ne le faisions pas. Il ne s’agit pas d'étrangers, mais de nos frères, de nos sœurs, de nos amis, de nos parents. Za moisson est grande mais les ouvriers en petit nombre, prie: donc le maître de la moisson qu'il y envoie des ouvriers,

‘ Comment refuser de prier lorsque le Fils de Dieu lui-même nous-le commande, comment ne pas espérer lorsqu'il nous y invite ?

# Dieu, M. C. F. demande de vous autre chose. Les missionnaires de Rutland n'ont pas encore d'église. Ce sera aux Canadiens de cette ville à tâcher de S'en procurer une. Mais ils n’ont pas encore de maison et c'est à vous, oui à vous à leur en procurer une.

“Les RR. Péres Gagnier, Boissounault et Pelletier devront demeurer pour le présent à six lieues de Rutland chez un confrére. Mais cet ordre de choses ne peut pas durer. Il faut qu'ils aient sans tarder, à Rutland mème, une maison assez grande pour les loger eux mêmes et quelques missionnaires de plus.

“Nous n'avons pas trouver de mais on à louer pour les missionnaires, mais on leur offre à acheter un magnifique terrain, où ils pourraient avoir maison, é.ise, école. Ils ont besoin de %25,000 pour acheter le terrain et y construire une maison assez vaste. Cette maison devrait se bâtir immédiatement. Car le temps presse, Pœuvre ne saurait marcher aussi longtemps qu'il n'existera pas un établissement convenable ; d’un autre côté je dois aller bientôt à Rome et je voudrais pouvoir bénir la maison avant mon départ. Eh bien! M. F, n’allez-vous pas m'aider? Ah! j'en ai la douce confiance, vous le ferez et vous le ferez largement, sans vous faire prier, pour Pamour de Dieu, pour l’amour de vos compatriotes, pour lFhonneur du Canada. Ah! j'irais volontiers de porte en porte soliciter des secours pour une œuvre que jai tant à cœur, Elle est si belle, si

pieine d’un glorieux avenir.

EU: mais une moisson plus abondante, plus facile à récolter? | 500,000 3 abandonnées qui soupirent aprés les secours de la religion! C’est ici une œuvre Canadienne et catholique ! je vous parle en faveur d'hommes, de femimes et d'enfants qui portent votre nom,

qui sont nés dans vos maisons et vivifiés par le méme sang que celui

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qui coule dans vos veines. Je vous parle de nous aider à procurer leur bonheur dans le temps et leur bonheur dans l'éternité.

‘Jen ai dit assez. J'attends avec une sincère confiance que Îles aumônes des pauvres et les offrandes des riches seront assez nombreuses pour autoriser les missionnaires Canadiens à acheter un ter-

rain et à y construire une maison sans plus de délai.”

t LOUIS, Zreque de Burlington, Vt.

11 Mai 1869,

Le numéro du Protecteur Canadien du 13 Mai 1869, qui contenait le compte rendu des discours prononcés par Mer. DeGoesbriand au Canada, en faveur des missions Canadiennes, contenait aussi extrait suivant :

Nous lisons dans le Courrier du Canada de Québec:

“Mgr. de Burlington a exposé hier dans deux sermons, prechés, le premier à la cathédrale pendant la grand'messe, le second à l’église de St. Roch pendant les exercices du mois de Marie, les tristes conséquences de cette disette de missionnaires. Sa Grandeur a trouvé dans son coœur de prélat de paroles éloquentes pour faire ressortir l'obligation morale dans laquelle se trouvent les Canadiens français de venir en aide à leurs compatriotes et de contribuer dans la mesure de leurs forces à leur assurer la conservation de leurs traditions religieuses et de leur foi.

“Les catholiques de Québec ne resteront pas sourds à ce second appel de l'ami dévoué de nos compatriotes. Nous pouvons donner, dés aujourd’hui, une preuve de leur désir de s'associer à la grande œuvre dont Mer, de Goësbriand s'est fait lapôtre; cette preuve, c’est la généreuse offrande que lui ont faite hier les citoyens de Saint-Roch. La collecte faite dans l’église, à l'issue des exercices du mois de Marie‘ a rapporté la fort jolie somme de #160, Une collecte dans le méme but aura lieu Dimanche à la cathédrale: nous esperons que les Catholique de la Haute-Ville se feront un point d'honneur de ne pas rester en arriére de ceux de St, Roch,

Un trait de générosité qui mérite d’étre rendu public.

“ Les élèves du couvent de St, Roch ont voulu, elles aussi, donner

leur obole à Mer, DeGocsbriand. A la recommandation du digne

patron de linstitution, M. le eusé de St, Roch, elles ont fait gaie-

ment le sacrifice des prix qui devaient leur étre distribués à la fin de l’année scolaire et en ont remis la valeur, $100, à Mer. DeGoesbriand.

“ Depuis le retour de Mgr. de Burlington nous apprenons que dimanche dernier dans la Cathédrale de Quèbec, a lieu une collecte pour le méme but. Nous espérons que Montréal suivra ce bon example et que les paroles de Mgr. produiront les mêmes fruits.”

Répètons que c’est surtout depuis cette époque que la grande émigration a commencé et s’est continuée, Le Rev, Pére Hamon, SE dans un travail utile et interessant quoique nécessairement incomplet, l'Æqglise Canadienne dans les etats de la Nouvelle Angleterre (1886), mentionne 99 paroisses Canadiennes fondées depuis 1870, d’ont la population dans chacune n'est pas de moins de mille âmes, et d’ont la plupart comptent deux milles Canadiens, plusieurs ayant une population de trois, voir mème jusqu'à cinq milles ames. Durant la même époque une trentaine de communautés de sœurs venant du Canada ont été fondées dans les mémes diocéses, Or ceci prouve non seulement lPétendue extraordinaire de l’émigration, mais aussi le zèle des Canadiens pour leur religion, et la direction intelligente qui leur a été donnée par leur pasteurs, prétres et évéques,

À partir de cette même époque le nombre des missionnaires de langue francaise s'est beaucoup accru. TS ont beaucoup et bien travaillé, et leur mémoire cera bénie.

Mais les Evéques n'ont pas fait leur devoir. C’est ce qu'on ne se gène pas pour le dire, car, dit-on, tout le monde s'en apperçoit; le nombre des prétres Canadiens n’est pas en proportion du nombre des immigrès de cette nation. Ceci veut dire que les évèques de la Nouvelle Angleterre n'ont point de conscience; qu'ils ne connaissent pas les besoins de leur troupeaux. Or, voici 35 ans passés que nous sommes Evèque. Depuis 1853 jusqu'en 1875 nous étions suffragant de larch-évèque de New York, et depuis 1875 jusqu'à aujourd’hui suffragant de Parch-évéque de Boston. Durant cette longue période de 35 ans nous avons eu l'honneur d'assister à plusieurs synodes, à plusieurs assemblées d'Evèéques. I s'agissait dans ces assemblées de la création de nouveaux diocèses, de Pélection de prêtres dignes de

la dignité épiscopale d'ont les noms devaient étre présentes à Rome.

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Or je sais que jamais les intérèts des Canadiens n'ont été oubliés dans les délibérations des Evéques, et qu'on y a taché d'y pourvoir de son mieux, Qu'on me permette de citer un fait, Voici ce que je

trouve dans mes archives à la date du 23 Septembre, 1880 :

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