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LE PROTECTEUR CANADIEN

ST. ALBANS, 13 Mat, 1869.

Mgr. de Goësbriand, Evéque de Burlington nous fait l'honneur

| de nous communquer la lettre suivante, que tous nos lecteurs s’em- | presseront de lire et dans laquelle ils trouveront des notions justes et | exactes sur l’œuvre de Missions Canadiennes dans les États-Unis. | LETTRE DE MGR. DE GOËSBRIAND ÉVÊQUE DE BURLINGTON, VT. M. le Reducteur :

En lisant dans les journaux du Canada les compte-rendus, tout pleins de bienveillance, de mes visites à Québec et Montréal, j'ai remarqué des inexactitudes où omissions regrettables, Désirant î

: que la position des Emigrés Canadiens soit bien connue, je vous

prie de publier dans le Procteur Canadien les lignes suivantes, qui

contiennent assez exactement ce que j'ai dit à Québec et Montréal.

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En lisant ces remarqges, que je serais heureux de voir copiées dans leur entier par les journaux catholiques du Canada, on verra qu’il ne s'agit point d'encourager l’émigration: (je voudrais pouvoir l’arrèter). Jai täché de parler et d'agir comme Évèque dans une matière d’une importance immense. I s'agit du salut et du bienétre matériel d’un demi million de Canadiens.

Voici ces remarques:

“Sont-ils donc bien nombreux ces Enfants du Canada pour lesquels on demande des Missionaires ? Eh bien ! voilà une question à laquelle vous pouvez répondre vous-mêémes, Y a-til des familles, parmi mes auditeurs, qui n'ont point quelques-uns de leur membres aux Etats-Unis? Demandez plutôt aux agents des chemins de fer, qui vendent de billets par milliers aux émigrants. : Demandez aux voyageurs dans les Etats-Unis s'ils n’ont pas vu des Canadiens partout, dans les villes et dans les compagnes ? Je sais, quant à moi, que la population Canadienne à plus que doublé dans Notre diocèse depuis trois ans. Je sais d’après le témoignage d'Evéques voisins qu'il en est de même dans leurs diocèses; et je suis convaineu, d’après des données positives, que lorsque lon répète qu'il y a 500,000 Canadiens dans les Etats-Unis, le chiffre est de beaucoup en dessous de la vérité. Quand on vous parle de PŒuvre de Missionnaires pour les Canadiens on vous parle done d'une grande œuvre, puis-qu'il s'agit du salut éternel de 500,000 âmes.

[Il sagit aussi de leur bonheur temporel. Tous les jours, mes frères, je suis en contact avec ces pauvres émigrants, je les rencontre sur les chemins de fer, je les rencontre dans nos campagnes, dans nos bourgades, dans nos manufactures. S'ils voyagent, demandez-leur où ils vont. Ils vous repondent que danstelle place ils ont oui dire qu’il y à beaucoup d'ouvrage et des gages très élevés. Suivez-les en esprit. Arrivés à l'endroit voulu, il n°v a plus d'ouvrage à donner: les prix sont si modiques qu'ils peuvent à peine vivre, On s’en revient dans le Canada après avoir perdu du temps, désensé son argent.

‘Ou bien, voici que des émigrés ont trouvé de Pemploi, mais que faire les Jours de Dimanche? Ils n’ont point de prètres, point de

cérémonies religieuses. On remplace ces céremonies par des dances,

par des fêtes, par des voyages inutiles. Les émigrés, trop souvent,

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demeurent dans leur état d’indigence et se font mépriser eux-mêmes, et avec eux le peuple dont on les croit représentants. Eh bien ! mes frères, des Missionnaires Canadiens pourraient diriger limmigration, s'ils ne pouvaient pas l'arrêter, ils pourraient corriger linstabilité, la manie des voyages, mettre fin à des dépenses inutiles, et en introduisant l’économie et l’amour du travail, procurer le bonheur aux familles et réhabiliter le caractère des émigrés du Canada.

‘“ On dira peut-étre: mais ces émigrés reviendront dans leur patrie, à quoi bon s’en occuper ? quelques-uns d’entre eux reviennent, en effet, au Canada et y restent, mais leur nombre est bien limité. D’autres, plusieurs autres, reviennent, puis repartent encore, et finissent par ne plus revenir. D’autres, une fois partis, ne reviennent jamais au Canada; puis des milliers de ces émigrés sont attachés à ur sol étranger par les liens de la propriété, par les mariages qu'ils y ont contractés, par les emplois qu’ils y exercent, Des milliers d’enfants sont nés de parents Canadiens éloignés de la patrie. Puis encore, si la population Américaine du Nord tend elle méme à émigrer au Midi, comment s'imaginer que la masse de la population Canadienne émigrée reviendra dans le pays du Canada ?

“ La Providence qui gouverne le monde a, dans cette émigration qui nous étonne, des vues qui nous sont inconnues. Laïissons-la faire, Elle saura tirer le bien de ce qui nous semble un mal.

“ Ces émigrés, nous le croyons, sont appelés de Dieu à coopérer à la conversion de l'Amérique comme leurs ancètres furent appelés à planter la foi sur les bord du St. Laurent, Quoiqu'il en soit des vues de la Providence, il faut voler au secours de nos chers émigrés puisqu'il agit d’un peuple nombreux, établi hors de sa patrie.

‘ Les emigres Canadiens ont-ils besoin de Missionnaires ? A cette question, mes frères, je suis à méme de répondre d’une manière satisfaisante. Depuis bientôt 16 ans je vis à Burlington, dans l’État du Vermont, sur les limites du Canada. Pendant tout ce temps, j'ai été et je suis encore en rapport constant avec les émigrés ou leurs descendants. Eh bien! parmi ces hommes qu’on appelle Canadiens, il y en a beaucoup qui n’ont jamais vu le Canada. Ils aiment pourtant ce Canada, parce que leurs parents leur en parlent. Mais ils sont venus au monde aux États-Unis, voilà 20, 25, 30 ans. Où étaient alors les paroisses Canadiennes ? Il n’y en avait

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“ Dieu, dans sa Providence, veut que les nations soient évangélisées au moins généralement, par des apôtres qui parlent leur langue, qui connaissent leurs habitudes, leurs dispositions ; que les nations soient évangélisées par des prètres de leur nation.

“ Eh bien ! nous disions tout-à-l'heure qu’il y avait hors du Canada plus de 500,000 émigrés. Ouvrez maintenant l’almanach catholique imprimé à Baltimore, et voyez combien de noms Canadiens vous verrez sur la liste du Clergé.

Mais ces emigres, vous me le direz, vont se diriger sur des localites ou il y a deja des eglises catholiques ?

‘Je réponds, pas toujours, il s’en faut. Plusieurs vont se placer au milieu des terres, chez les habitants où ils ne verront jamais de prétres, ou dans de petits villages qui n’ont pas d'église. Oui, mes frères, à faudrait aller chercher les brebis egarees loin du bercail.

“ Mais, je le veux bien : voici une, 2, 20 familles qui se dirigent vers une grande ville, et le premier objet qui frappe leurs yeux en sortant des chars, c’est la croix qui domine le clocher catholique, car maintenant, Dieu merci, nous voyons presque partout briller le signe du salut ! eh bien! je vous le dis après une longue et triste expérience : Si l'on ne vole au secours de ces Emigres, meme a l'ombre de la croix, ils vont perdre la foi et deshonorer leur nation. En voici la raison : L'église catholique avait été construite, mais il y a déjà plusieurs années ; les Canadiens n'avaient pas contribué à cette construction ; ils ne s’y trouvaient pas alors. De plus cette église est souvent trop petite pour ceux qui l’ont construite. Le prêtre qui la dessert ne peut pas parler leur langue, et quand même il le pourrait on ne saurait attendre qu’il incommoderait ses anciens

paroissiens pour des nouveaux venus qui ne les ont pas aidés. Les émigrés canadiens ne trouvent pas de bancs à louer : on se fatigue à rester debout à Ja porte de l’église. Ils finissent par ne jamais assister aux offices excepté lorsque vient un Evèque, ou à l'occasion de quelqu’autre grande cérémonie. Les Canadiens ont besoin de missionnaires de leur nation, ils ont besoin d’églises séparées.

“ Ah! mes frères, vous seriez remplis de douleur si vous aviez connu comme moi l’étendne des misères spirituelles des émigrés, Comment peut il en étre autrement, puisqu'ils n’entendent point la parole de Dieu, puisqu'ils ne reçoivent pas le pain encore plus nécessaire des Sacrements de Jésus-Christ, qui purifient lame et la fortifient contre toutes les tentations.

Qu'il est triste de voir un peuple de 500,000 hommes vivre ainsi exposé à oublier son Créateur, Et pourtant ces àmes ont recu le ‘aractère du Baptème. Ces hommes sont ies enfants de Ia foi.

“ N’accusez pas de négligence les Evéques et les Prètres des Etats-Unis. Ce serait injuste. Nous faisons ce que nous pouvons pour les aider. Mais plutôt en vue de cette détresse spirituelle qui, j'espère, ne sera que temporaire, je m'adresse à moi-même et j'adresse au peuple et au clergé la parole de mon maitre : Pleurez sur vous memes el sur vos enfants.

“La Providence a voulu, mes frères, que j'aie été souvent en rapport depuis bientôt 29 ans avec beaucoup de Catholiques, qui depuis longtemps avaient été privés des Sacrements. Jai toujours remarqué parmi eux une grande avidité d'entendre la parole de Dieu et de profiter du ministére du prêtre quand ils recoivent sa visite; et puisque je vous parle ici des Canadiens émigres, ce n’est pas sans une emotion profonde que je me rappelle combien de fois et à quel degré ils m'ont touché par le zèle qu'ils mettaient à profiter de mon ministère. Apprennent-ils qu'un prètre Canadien où Français ou Irlandais va leur précher dans leur langue, ils laissent là leur ouvrage, et font les plus grands sacrifices pour venir entendre la parole de Dieu. Rien de plus édifiant que leur conduite durant les retraites surtout, quand on peut leur en donner ; et ici si mon témoignage ne suffisait pas je vous dirais: Questionnez donc les

Pères Oblats, les Jésuites, les Prètres Séculiers qui ont travaille

parmi eux, On a dit quelques fois que les émigrés Canadiens

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n'étaient point généreux pour construire des églises et pour entretenir leurs Pasteurs. Mes frères, s'ils ont autrefois mérité ce reproche, je puis vous dire que ce temps est passé. Je connais trop d'exemples, et des faits trop remarquables, pour ne pas reconnaitre la fausseté de cette accusation. Qu'on donne des missionnaires canadiens aux Canadiens, et vous serez vous-mémes étonnés de la libéralité de ces pauvres émigrés. En effet, comment pourrait-il être autrement, Ces bons Canadiens qui croient devoir émigrer, ce sont vos frères, vos sœurs, vos enfants, nourris comme vous pendant plusieurs années dans les exercices de la piété, dans le pieux pays du Canada. Ils ne se rappellent que trop vivement le bonheur qu'ils trouvaient en approchant de la Sainte Fable, en ettendant la parole de leurs vénérables pasteurs.

“ Leur absence forcée loin du Canada n’a pas tout d’un coup changé leurs dispositions. Voulons-nous les rendre heureux, donnonsleur des Missionaires Canadiens pour leur procurer les secours de la religion et leur prècher dans la langue de leurs pères et la religion

deviendra parmi eux aussi florrissante que dans le Canada.

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