‹ Les Canadiens des Etats-Unis [microforme]Chapitre 20 sur 22 · C'EST LA SUPRÈMR DOULEUR DE L'ÉMIGRÉ · texte numérisé non relu

C'EST LA SUPRÈMR DOULEUR DE L'ÉMIGRÉ

de voir ses enfants ou ses petits-enfants renier son sang et sa langue, se moquer de ses traditions et de sa religion.

Je n’oublierai jamais la simple histoire que me contait, il y a quelques années, un vieux Canadien établi dans un des villages de l’intérieur du Michigan. On a pu voir par les chiffres et les faits qui précèdent combien elle peut s'appliquer à la masse des émigrés.

“J'ai été,” me disait ce vieillard, “un des premiers à partir de Varennes pour les Etats-Unis. (C'était en 1845. J'avais alors 26 ans; mon père venait de mourir, me laissant une bonne terre; mais il s'était endetté pour rebâtir en neuf, Avec un peu d'économie j'aurais pu payer cette dette sans me déranger; mais j'avais envie de voyager, de voir cette grande république dont j'avais entendu faire tant d’éloges par les orateurs politiques de 1837. Le long du lac Champlain, il y avait déjà plusieurs Canadiens. Je trouvai de l'ouvrage d’abord à Whitehall, et au bout de quelques mois j'allai m'établir à Cohoes. J'avais de grandes difficultés à me placer parce que je ne savais pas encore l'anglais, de sorte que je ne gagnais guère plus qu’il ne me fallait pour vivre. Les années se passaient. Au bout de quatre ans je retournai à Varennes pour faire nn paiement et régler quelques affaires. Je trouvai ma terre mal entretenue par le fermier auquel je l'avais louée, les bâtiments fort endommagés, et je me décidai à vendre. Je revins à Cohoes avec $1500 et je me lançai dans le commerce. D’abord les aflaires n’allaient pas mal, mais la crise de 1857

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