‹ Les Canadiens des Etats-Unis [microforme]Chapitre 21 sur 22 · RES · texte numérisé non relu

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arriva, et je me trouva, aans une position financièr, très embarrassée. Des idées de me remettre sur une terre me reprirent. A dire franchement je n’avais jamais été heureux depuis mon départ du pays. Ma femme voulait retourner en Canada pour faire instruire nos eufants ; mais je ne me trouvais pas assez riche, je ne voulais pas recommencer à travailler comme autrefois, sous les yeux de ceux qui m’avaient connu. Je m'en vins donc dans le Michigan et je pris une terre nouvelle. Depuis, vous le voyez, un village s’est élevé sur ma ter:e qui vaut aujourd’hui bien cher; mais je n'avais pas prévu cela; j'avais vendu à des spéculateurs lorsque le chemin de fer est venu ici et a amené le commerce. Enfin, je suis encore pauvre, je suis vieux, et je me trouve, après avoir travaiHé toute ma vie pour établir ma famille, comme si j'étais seul su monde.

“Ma femme est morte il y a douze ans; mon fils, avec lequel je vis, a épousé une Allemande; mes petits-enfants se moquent de mon mauvais anglais, et on leur enseigne à l’école que j'appartiens à une race dégénérée, qui a été conquise et qui re parle plus qu'un patois. Ah, il y a des fois que je me fâche; mais je pense ensuite que ce n’est pas leur faute à ces enfants. C’est moi qui l’ai voulu et je m'en trouve encore plus malheureux. Je me demande mêmo si Dieu ne me punira pas d’avo': résisté au conseil de ma femme, par orgueil; car mon garçon ne fait plus de religion et sa femme emmène les enfants à son église. J'avais aussi trois autres garçons; mais ils ont vouln voyager comme moi. Ils sont partis pour l'Ouest et je n’en ai plus entendu parler. Quand je pense qu’il y a de mes anciens voisins de Varennes qui ont passé leur vie tranquillement sur leurs terres, qui ont élevé leurs enfants dans la religion et qui sont

morts chez eux....!?”

Et mon vieil ami éclata en sanglots. Il gst mort depuis, presque subitement. Quand son fils a trouvé qu'il était temps de faire venir an prêtre, il était trop tard ! Lorsque j’appris cette nouvelle je pensai aux vers de Crémazie :—

Loin de son lieu natal, l’insensé qui s’exile, € Traîne son existence à lui-même inutile,

Son cœur est sans amour, sa vie est sans plaisirs,

Jamais pour consoler sa morne râverie

Il n’a devant les yeux le ciel de la patrie

Et le sol sous ses pas n’a point de souvenirs.

Au nom de vos aïeux qui moururent pour elle, Au nom de votre Dieu, qui pour vous la fit belle, Restez dans la patrie où vous prites le jour! Gardez pour ses combats votre ardeur énivrante, Gardez pour ses besoins votre force puissante, Pour ses saintes beautés gardez tout votre amour t

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