NE SONT PAS PLUS RICHES
que le jour où ils sont arrivés ; ils continuent à travailler dans les chantiers et vivent au jour le jour alentour des scieries, dans le pays le plus ennuyant du monde. Ils ont, dans les centres les plus importants, réussi à se bâtir une église et une école française, — preuve qu'ils n'oublient ni leur Dieu ni leur pays, et que, s'ils ne réussissent pas mieux, ce n'est pas à cause de leurs vices. Et, cependant, sur cent cinquante mille, il y en a à peine une poignée qui se soient acquis une honnête aisance ; ceux qui sont indépendants de fortune sont encore plus rares ; il n'y en a pas un seul qui ait seulement la réputation d'être millionnaire. Il n'y a rien dans ce tableau qui puisse engager personne à quitter la province de Québec. Il est pourtant rigoureusement fidèle. M. l'abbé Roch Magnan, qui, depuis dix ans, exerce le ministère parmi les Canadiens du Michigan, qui est devenu citoyen américain et qui venait de faire un discours dans lequel il engageait fortement les Canadiens des Etats-Unis à se faire naturaliser, me disait à la convention de Chicago : " Je ne voudrais pas avoir été compris comme encourageant l'émigration du Canada. Mon expérience personnelle m'oblige de dire que les Canadiens qui sont venus de la province de Québec au Michigan n'ont pas amélioré leur position." Le Dr David, de Willimantic, Connecticut, qui avait aussi parlé en faveur de la naturalisation, me faisait la même remarque.
Aujourd'hui le bois commence à manquer dans plusieurs parties du Michigan et du Wisconsin ; il faut absolument aller chercher de l'ouvrage ailleurs. Nos compatriotes, qui n'ont pas eu le temps de faire fortune, sont souvent trop fiers pour revenir au Canada sans le sou. Ils préfèrent s'enfoncer plus avant dans l'Ouest. Il y en a même qui partent directement de la province de Québec pour se rendre dans le Kansas, le Dakota et au-delà. Pourtant il me semble que la lumière devrait être faite depuis longtemps sur cette région. Chaque année les journaux américains sont remplis de longs récits, qui prouvent combien est difficile la position du fermier de l'Ouest, combien il est chargé de dettes, et combien il est exposé à des fléaux de toutes espèces. C'est à tel point que dans le Kanf as, qui est ouvert à la colonisation depuis moins de quarante ans, la population a diminué de cent mille âmes de 1888 à 1890, et elle diminue encore. Des villes nouvelles, capables de loger dix mille personnes, y sont complètement abandonnées. I^a province de Québec, exploitée
depuis plus de deux cents ans. n'en est pas encore rendue là, malgré tout le mal qu'on en die I
L'espace manque pour donner la preuve de tous ces faits. Je me hâte de citer la