‹ Les Canadiens des Etats-UnisChapitre 6 sur 14 · MIEUX VALU NE JAMAIS QUITTER LA TERRE NATALE · texte numérisé non relu

MIEUX VALU NE JAMAIS QUITTER LA TERRE NATALE

"Si ceux qui émigrent voulaient seulement mettre de côté les préjugés et la vanité qui ruinent notre pays, pour vivre et travailler comme ils le font là-bas, je suis certain que la majorité d'entre-eux réussiraient mieux ici, au milieu de leurs amis et de leurs parents, qu'ils ne le peuvent sur la terre étrangère."

Les chiffres indiscutables que nous venons de citer prouvent que ces conclusions étaient bien modérées. Les Canadiens ne sont pas plus riches aux Etats-Unis qu'en Canada; et cependant ils s'abaissent bien plus, ils se donnent beaucoup plus de peine pour faire de l'argent. Que de Canadiens en proie à un embarras passager quittent le paj-s simplement parce qu'ils ont honte de faire tel ou tel ouvrage, parce que leurs filles sont trop fières pour aller travailler, parce qu'ils ne veulent pas prendre un train de vie plus modeste, sous les yeux de leurs anciens amis. Mais là-bas on met tous les préjugés de côté. Hommes, femmes et enfants font tout ce qui se présente pour de l'argent, on se loge à l'.étroit, on n'est pas fier pour le mobilier, enfin on ruine sa santé et on fait des sacrifices

dont la moitié, bien souvent, aurait suffi pour permettre de vivre en Canada. Certes il n'y a pas de sot métier, et personne ne blâmera nos pauvres compatriotes qui se sont laissés prendre par de faux rapports, de faire ce qu'ils peuvent pour gagner leur vie une fois rendus à l'étranger. Que ce soit seulement une leçon pour ceux qui seraient portés à suivre leur exemple- Mais, dira-t-on, comment se fait-il que ces émigrés écrivent si souvent à leurs amis du Canada pour vanter leur position là-bas ? comment se fait-il que lorsqu'ils reviennent au pays pour voir leurs parents, ils puissent dépenser si largement leur argent ? — Mon Dieu, n'est-ce pas là un effet bien commun de la vanité humaine ? Nul n'aime à confesser qu'il s'est trompé; nul n'aime à faire parade de sa misère- S'il fallait juger nos compatriotes par

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