‹ Les Canadiens-Fran{rcedil}cais de la Nouvelle-Angleterre [microform]Chapitre 27 sur 129 · PREMIÈRE ÉMIGRATION CANADIENNE AUX ÉTATS · texte numérisé non relu

PREMIÈRE ÉMIGRATION CANADIENNE AUX ÉTATS

Dès avant la guerre d'Indépendance en 1776, bon nombre de Canadiens-Français, avaient émigré dans la Nouvelle-Angleterre. Quand éclata la révolution américaine, beaucoup d'entre eux combattirent dans les armées de Washington. Â la conclusion de la paix^ le Congrès américain, pour les récon^>eoser de leurs services, donna à ces vétérans, des terres sur les bords • du lac Champlain. Ce fut l'origine du Corbeau et autres paroisses Canadiennes qui s'établirent dès lors près du grand lac. ^

Après les troubles de 1837, l'émigration prit un nouvel élan. Nombre de Canadiens se réfugièrent dans les montagnes et les vallées du Vermont. Là^ dispersés sur les. terres, au sein des forêts, ils gagnaient leur vie comme bûcherons ou comme travailleurs au seryioe d)»».

fermiers américains. Leur situation matérielle était tnste, mais bien plus déplorable encore était leur état moral et religieux Ces pauvres malheureux n'avaient pas de prêtres pour les desservir. Quelques rares missionnaires français, comme MM. le Barbanchon et Néron, le premier, curé du Corbeau* l'autre de Keesville, parcouraient bien, il est vrai, de temps à autre, ces groupes isolés, pour baptiser les enfants et tâcher de garder la foi dans le cœur des parents, mais que pouvaient ces visites éloignées, contre les influences du protestantisme et les exemples d'immoralité que ces catholiques avaient si souvent sous les yeux ? Dans ces conditions, il est vraiment étonnant qu'il y en ait eu relativent si peu, à perdre complètement la foi de leurs ancêtres.

" Parmi ceux qui se dévouèrent alors à l'évangélisation des Canadiens émigrés, dit Mgr de Goëdbriand dans une brochure, à laquelle je compte faire de nombreux emprunts, l il est un nom que je ne prononce qu'avec respect et reconnaissance, c'est celui du Rév. Père Mignaultde Chambly, qui avait un vrai cœur de père pour les Canadiens immigrés, et qui vers cette époque venait les visiter, leur a<lministrer les sacrements. Il est bien connu que nos Evêques Hughe:î, Piizpatrick, McClokey entretenaient envers ce bon prêtre des sentiments d'une profonde vénération. Aussi il fut nommé par eux Grand Vicaire d'Albany et de Boston, et par Dons-même Grand Vicaire de Burlington."

" Ce fut le P. Mignault qui procura à Burlington en 1851, le Rév. Jos. Quévillon, que nous pouvons considérer comme le premier prêtre Canadien ré^iident de la Nouvel le- Angleterre, car

L Les Canadiens des Etats-Unis par Ls de Goëabriand, évoque de Burington, Vt.

depuis lui, laparoigeede Sl-Joseph de cette ville n'a jamais été sans pasteur de langue française. Nous pensons que c'est aussi le P. Mignault qui fll venir le P. Drolet à Montpellier et qui contribua à commencer une 6gli?e à Brandon, où se trouvaient quelques familles Canadiennes, et je pense quelques autres églises dans le nord de New-York."

Mgr de Goesbrianp et les Canadiens

En 1853 Mgr Louis de Goësbriand fut nommé premier Evêque du Vermont. No à St-Uil)ain, dans la vieille Bretagne, en l'année 181G il fut d abord vicaire-gonéral de Mgr kapp à Cleveland, puis en 1853 il quitta ce poJte pour venir prendre possession de son siège à Burlington. La connaissance qu'il avait de la langue françai^se, les sympathies de cœur qui l'attiraient déjà vers les enfants du Canada, ses vertus apostoliques, son zèle ardent secondé par une santé vigoureuse, tout l'avait préparé à merveille, pour la rude mais fructueuse mission qu'il allait entreprendre.

Disons le de suite, avec profonde reconnaissance, c'est à Mcrr de Goësbriand, que les Canadiens du Vermont doivent d'avoir conservé leur foi, et de posséder aujourd'hui de belles et nombreuses paroisses. C'est à lui encore, que les autres Etats de l'Est où se trouvent maintenant les Canadiens par centaines de mille, doivent, en grande partie, l'avantage d'avoir eu enfin des prêtres de leur pays pour les desservir.

Avec une ardeur infatigable, il fit au Canada voyage sur voyage pour plaider la cause de ces pauvres émigrés. Il parla, il écrivit, il argumenta sans relâche, afin de procurer à ces catholiques, les secours spirituels, dont îl avaient un besoin si pressant. Sans se laisser rebuter ni par les obstacles qu'il rencontrait sur sa route, ni par les préjugés qu'il lui fallait combattre, ni même par les refus qu'il avait à essuyer ; son zèle, soutenu par une ténacité toute bretonne, lui fit enfin remporter une victoire glorieuse et définitive.

Oublier ce que Mgr de Goësbriaud a fait pendant plus de 37 ans pour la cause des Canadiens aux Etats-Unis serait se rendre coupable d'une ingratitude que rien ne pouvait excuser.

Un an après avoir été sacré Evêque, Algr de Burlington restait avec deux prêtres seulement pour desservir son nouveau diocèse. Il fit un voyage en Canada afin d'y trouver des auxiliaires, mais ses démarches furent infructueuses.

Alors il songea à sa vieille mère-patrie, la Bretagne, la terre féconde en vocations ecclésiastiques> qui donne sans compter, ses enfants à rEglise,pour être, n'impcrt^ où dans le monde, dés soldats du Christ, et des apôtres de l'Evangile, et TEvêque cette fois, ne fut pas déçu dans ses espérances.

En 1865, il revînt de Bretagne avec une bande de vaillants auxiliaires qui allaient l'aider à sauver les

pauvres catholiques du Vermont. C'étaient MH. Salin, Picard, Daniélou/ Dugué, Cloarec, Cam et Clavier.

Aussitôt ces hommes dévoués se mirent à parcourir les vallées et les montagnes du Vermont, rassemblant les catholiques dans les granges, dans les maisons, n'importe où, baptisant, catéchisant, confessant, ranimant partout la foi à demi morte dans les cœurs, et organisant des centres qui, depuis, sont devenus des paroisses florissantes. L'Evêque était à leur tête, travaillant comme eux, parfois même plus qu'eux, car son zèle était sans limites. Puis, après ces courses apostoliques, Mgr de Goësbriand revenait prendre quelque repos dans son palais épiscopal à Burlington.

Ce palais n était guère confortable, parait-il, car plus d'une fois, pendant l'hiver, en plein cœur de nuit, l'évêque breton, dut quitter sa chambre, et aller battre la sevieUe dans les rues de la ville, pour s'empêcher de geler. Dieu seul connaît les sacrifices qu'il s'imposa durant ces rudes auLécs d'apostolat.

Mgr de Goësbriand parle volontiers des travaux de ses collaborateurs, mais il garde sur les siens un silence absolu, et il est peu probable qu'il nous en laisse un jour le récit détaillé dans ses mémoires.

Au prix de ces travaux incessants et de ces efforts héroïques, il parvint enfin à fonder des paroisses catholiques et a créer un diocèse florissant. Quand il corn- ^ mença, il n'y avait rien, tout était à faire, aujourd'hui

I^JUaJ^ />vW^ "^ ^ le diocèse de Burlington compte 76 églises 46,000 catholiques et 50 prêtres pour les destorvir.

Voilà, certes, une belle et glorieuse couronne pour TEvêque missionnaire.

DE LA HOUTZLLE-ANQLKTERKE 1G9

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APPEL AUX ÉVÊQUES ET AUX COLLÈGES DU CANADA EN FAVEUR DES CANADIENS ÉMIGRÉS

La grande émigration canadienne aux Ëtats, ne date que de la fin de la guerre civile (1864).

Alors surgirent de toutes parts ces industries diverses qui couvrirent bientôt les États de l'Est de manufactuies gigantesques, et les Canadiens vinrent en grand nombre, s'ofiKr comme ouvriers dans ces fabriques.

En 1869, voyant ces milliers de Catholiques envahir la Nouvelle - Angleterre, sans que les prêtres de leur pays songeassent encore à les accompagner, Mgr de Qoësbriand résolut de recommencer, une fois de plus, la campagne apostolique qu'il avait déjà tentée, au début de son épiscopat. Il s en alla au Canada demander des prêtres pour les pauvres émigrés.

Ecoutons le nous expliquer lui-même les motifs qu'il fit valoir en faveur de sa cause.

Depuis ce temps, orateurs et journalistes ont bien ' souvent traité les mêmes questions, mais aucun d'eux, je croîs, n'a rien trouvé à dire qui n'eût déjà été dit avant lui par l'Evêque de Burlington dans cet Appel dont nous allons parler. Jamais on n'exposa avec plus de franchise, comme aussi avec plus de charité, les obstacles que les émigrés rencontraient à la pratique de leur religion, en arrivant aux États. Jamais on ne démontra avec plus de clarté et de force la nécessité de donner aux Canadiens - Français des prêtres de leur

propre pays. Dans ces pages d'une simplicité toute apostolique, l'on sent passer le cœur d'un grand évêque, et vibrer l'âme d'un patriote et d'un français. *

** Obligé par les devoirs de noire charge, de voyager beaucoup, dit Mgr de Goêsbriand, Nous otionR surpris et attri.<té de voir lea chars remplis de familles Canadiennes se dirigeant vers quelqu'une des nombreuses manufactures vers lesquelles elles étaient attirées par IVpoir d'améliorer leur condition. Nous étions attristé en Nous demandant, ou vont-elles ? que vont devenir leurs enfanta T Noms éiions attristé, et nous étions attendri, car elles avaient l'air bien bonnes, leurs enfants étaient bien élevés, pleins de respect et d'affection pour leurs parents.

Comme St Al ban s était un des principaux artères par lequel s'éi-oitlait la population du Canada, le très Rev. Z. DruO'>, pasteur de cette paroisse, conçut Vidée de publier un journal Canadien. Teilt' fut l'origine et l'occasion du Protecteur Canadien, fondé en 1HG8. Si je ne me trompe ce fut le premier journal écrit en français dans cette partie de l'Amérique, et son nom indique les fientimenls de .'•on rédacteur envers la population Canadienne.

Nous crûmes Nous-même devoir faire quelque chose de plus que d'approuver cette publication. Il nous sembla qu'en vue d'une immigration toujour croissante il fallait faire appel aux Evêques et Collèges du Canada en faveur des immigrants qui ne pouvaient trouver en Amérique que fort peu de prêtres parlant leur langue. Il nous sembla qu'on aurait pu former, dans un lieu central, une maison de missionnaires, qui aurait pu non seulement desservir une paroisse, mais donne*- des retraites dans les centres Canadiens, et aider à fonder des paroisses aussitôt qu'un groupe serait devenu assez nombreux pour construire une église et entretenir un prêtre.

Les démarches que nous Ames dans ce but sont rapportées dans le Protecteur Canadien du 13 Mai, 18^)9 :

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