‹ Les Canadiens-Fran{rcedil}cais de la Nouvelle-Angleterre [microform]Chapitre 28 sur 129 · LE PROTECTEUR CANADIEN · texte numérisé non relu

LE PROTECTEUR CANADIEN

St Albans, 13 Mai, 1869.

Mgr de GuésbriaTid, Evêque de Burlington nous fait l'honDeur de nous communiquer la lettre suivante, que tous nos lecteurs s'empresseront de lire et dans laquelle ils trouveront des nolioos Jnsies et exactes sur Tœuvre de Mis^ioas Canadiennes dans les États-Unis.

Lettre de Mgr. de Goesbriand Évêque de Borlington, Vt.- M. le Rédacteur :

£n lisant dans les journaux du Canada les compte-rendus, tout pleins de bienveillance, de mes visiies à Québec et Montréal, j'ai remarqué des inexactitudes ou omissions regrettables. Désirant que la posi iou des Emigrés Canadiens soit bien connue, je vous prie de publier dans le Protecteur Canadien les lignes suivantes, qui contiennent assez exactement ce que j*ai dit à Québec et Montréal. En lisant cea remarques, que je serais heureux de voir copiées dans leur entier par les journaux catholiques du Canada» on verra qu'il ne s'agit point d'encourager l'émigration : (je voudrais pouvoir l'arrêier). J'ai tâché de parler et d'agir comme Évèque dans une matière d'une importance immense. Il s'agit da salut et du bien-être matériel d'un demi million de Canadiens.

Voici ces remarques :

" Sont-ils donc bien nombreux ces Enfants du Canada pour lûsqaels on demande des Missionaires ? Ehl voilà une question & laquelle vous pouvez répondre vous-mêmes. Y a-t-il des familles,

parmi mes anditeurs, qui n'aient point quelques-uns de leurs muinbres aux États -Unis? Demandez plutôt aux agents des chemins de fer, qui vendent des billets par milliers aux émîgrants. Demandez aux voyageurs dans les États-Unis s'ils n'ont pas vu des Canadiens partout, dans les villes et dans les campagnes 7 Je saipy quant à moi, que la population Canadienne a plus que doublé dans Notre diocèse depuis trois ans. Je sais d après le témoignage d'Evêqnes voisins qu'il en est de même dans leurs diocèses ; et je suis convaincu, d'aprè? des données positives, que lorsque l'on répète qu'il y a ôOO,OrO Canadiens danh les États-Unie, le chitfre est de beaucoup en de.-jsous de la vérité. Quand on vous parle de l'Œuvre de Missionnaires pour les Canadiens on vous parle donc d'une grande œuvre, puisqu'il s'agit du palut éternel de 60*^,000 &mes.

** Il s'agit aussi de leur bonheur iemporeL Tous les jours, mes frères, je suis en contact avec ces pauvres énngrants, je les rencontre sur les chemins de fer, je les rencontre dans nos campagnes, dans nos bourgades, dans nos maiiufactures. S'ils voyagent, demandez-leur où ils vont, ils vous répondent que dans telle place ils ont ouï dire qu'il y a beaucoup d'ouvrage et des gages très élevés. Suivez-les en esprit. Arrivés à l'endroit voulu, il n'y a plu** d'ouvrage à donner : les prix sont si modiques qu'ils peuvent à peine vivre. On s'en revient dans le Canada après avoir perdu du temps, dépensé son argent.

" Ou bien, voici que des émigrés ont trouvé de Temploi, mais que faire les jours de dimanche ? Ils n'ont point de prêtres, point de cérémonies religieuFCâ. On remplace ces cérémonies par des danses, par des fêtes, par des voyages inutiles. Les émigrép, trop souvent, demeurent dans leur état d'indigence et se font mépriser eux-mêmes, et avec eux le peuple dont on les croit rcprépentants. Eh bien ! mes frères, des Mispionnaîres Canadiens pourraient diriger l'immigration, s'ils ne pouvaient pas l'arrêter, ils pourraient corriger l'instabilité, la manie des voyages, mettre fin à des dépenses inutiles, et en introduisant l'économie et l'amour du travail, procurer le bonheur aux familles et réhabiliter le caractère des émigrés du Canada.

DS LA NOUVELLE-ANaLETSBRS 173

" Od dira peut-être : mais ces émigrés reviendront dans leur patrie^ à quoi bon s'en occuper 7 quelques-uns d'entre eux reviennent^ en effet, au Canada et j restent, mais leur nombre est bien limité. D^autres, plusieurs autres, reviennent, puis repartent encore, et finissent par ne plus revenir. D'autre?, une foîp partis, ne reviennent jamais au Canada ; puis des milliers de ces émigrés sont attachés à un sol étranger par les liens de la propriété, par les mariages qu'ils y ont contraciép, par les emplois qu'il? y ej^ercent. Des milliers d'enfants sont nés de parents Canadiens éloignés de la patrie. Puis encore, si la population Américaine du Nord tend elle-même à émîgrer au Midi, comment s'imaginer que la masse de la population Cunadicnne émigrée reviendra dans le pays du Canada ?

" La Provihnce qui gouverne le monde a, dans cette émigration qui nous étonne, des vues qui nous sont inconnues. Laissons-la faire. Elle saura tirer le bien de ce qui nous semble un mal.

" Ces émigrés, nous le croyons, sont appelés de Dieu à coopérer à la conversion de l'Amérique comme leurs ancêtres furent appelés à planter la foi sur les bord du St Laurent. Quoiqu'il en noit des vues de la Providence, il faut voler au secours de nos chers émigrés puisqu'il s'agit d'un peuple nomtireux, établi hors de sa patrie.

*' Les émigrés Canadiens ont-ils besoin de Missionnaires f A cette question, mes frères, je suis à même de répondre d'une manière satisfaisante. Depuis bientôt 16 ans je vis à Burlington, dans l'Etat du Vermont, sur les limite'^ du Canada. Pendant tout ce temp?, j'ai été et je suis encore en rapport constant avec les émigrés ou leurs descendants. Eh bien ! parmi ces hommes qu'on appelle Canadiens, il y en a beaucoup qui n'ont jamais vu le Canada. Ils aiment pourtant ce Canada, parce que leurs parents leur en parlent. Mais ils sont venus au monde aux Etats-Unis,

X74 LSB CANADI£NS-PBANÇAI9

voilà 20» 25, 30 ans. Où étaient alors les paroisses Canadiennes 7 Il n'y en avait pas. D'églii^es catholiques même il 7 en avait fart peu. Ainsi ces milliers de descendants des premiers émigrés ont été élevés dans une ignorance complète de la religion ; et quaad nous les interrogeons, nous apprenons avec douleur qu'ils n'oat jamais été à confesse, n'ont point fait leur première communion, ont été mariés par les minir^tres souvent d'une manière invalide, heureux s'ils ne se sont point séparés de leurs épouses légitimes. Je vous demande si cette clas&e très nombreuse, si ces pauvres gens plus malheureux que coupable.*», n'ont pas besoin du minis* tère d'un bon missionnaire qui saura sympathiser avec eux, les traiter avec bonté ? «

" Dieu dans sa Providence^ veut que les nations soient évangéUsées au moins <jénéralement, par des apôtres qui parlent leur langue, qui connaissent leurs habitudes, leurs dispositions ; que les nations soient évangélisées par des prêtres de leur nation,

" Eh bien I nous disions (out-à-1 'heure qu'il y avait hors du Canada plus de 500,000 émigrés. Ouvrez maintenant l'almanach. catholique imprimé à Baltimore, et voyez combien de noms Canadiens vous verrez sur la liste du Clergé.

Mais ces émigrés, vous me direz, vont se diriger sur des tocalités ou il y a déjà des églises catholiques î

" Je réponds, pas toujours, il s'en faut. Plusieurs vont se placer au milieu des terre?, chez les habitants où ils ne verront jamais de prêtre?, ou dans de petits ti liages qui n'ont pas d'église. Oui, mes frère?, il faudrait aller chercher les brebis égarées loin du bercail.

" Mais, je le veux bien 1 voici deux, vingt familles qui se dirigent vers une grande ville, et le premier objet qui frappe leurs yeux en sortant des chars, c'est la croix qui domine le clocher catholique, car roaintenanti Dieu merci, nous voyons presque partout briller le signe du salut ! eh bien I je vous le dis après une. longue et triste e^EpéiieQce : Si Fon ne vole au secours de ces Emigrés, même à

Vomhre de la croix, ils vont perdre la foi ei déshonorer leur nali/m* En voici la raison : L'église caiholique avait été construite, mais il y a déjà plusieurs années ; les Canadiens n'avaient pas contribué à celte construc ion ; ils ne s'y trouvaient pas alors. De plus cette église est souvent trop petite pour ceux qui Pont construite. Le prêtre qui la dessert ne peut pas parler leur langue, et quand même il le pourrait on ne saurait attendre qu'il incommoderait ses anciens paroissiens pour des nouveaux venus qiii ne les ont pas aidés. Les émigrés canadiens ne trouvent pas de bancs à louer : on Fe fatigue à rester debout à la i^orte de l'église. I:s finisse) t par ne jamais assister aux offices excepté lorsque vient un Evoque, ou à l'occasion de quelqu'autre grande cérémonie. Les Canadiens ont besoin de missionnaires de leur nation, ils ont besoin d'églises séparées.

" Ah ! mes frères, vous seriez remplis de douleur si vous aviez connu comme moi l'étendue des misères spirituelles des émigrés. Comment peut-il en être autrement, puisqu'ils n'entendent point la pjirole de Dieu, puisqu'ils ne reçoivent pas le pain encore plus nécessaire des Sacrements de Jésus-Christ, qui purifient l'âme et la fortifient contre toutes les tentations.

" Qu'il est triste de voir un peuple de 5U0,000rhommes vivre ainsi exposé à oublier son Créaieur. Et pourtant ces âmes ont reçu le caractère du Baptême. Ces hommes sont les enfants de la foi.

" N'accusez pas de négligence les Evêques et les Prêtres des Etats-Unis. Ce serait injuste. Nous faisons ce que nous pouvons pour les aider. Mais plutôt en vue de celte détresse spirituelle qui, j'espère, ne sera que temporaire, je m'adresse à moi-même et j'adresse au peuple et au clergé la parole de mon maître : Pleurez sur vous-mêmes et sur vos enfants,

"La Providence a vou'u, mes frères, que j'ai été souvent en rapport depuis bientôt 29 ans avec beaucoup de Catholiques, qui depuis longtemps avaient été privés des Sacrements. J'ai toujours

176 LES CINADIENS-FRÀNÇAIS

remarqué parmi eux une grande avidité d'entendre la parole de Dieu et de profiler du ministère du prêtre quand ils reçoivent sa visite ; et puisque je vous parle ici de? Canadiens émigré?, ce n^ept pas sans une émotion profonde que je me rappelle combien de foia et à quel degré ils m'ont touché par le zèle qu'ils mettaient à profiter de mon ministère. Apprennent-ils qu'un prêtre Canadien ou Français ou Irlandais va leur prêcher dans leur langue, ils laissent là leur ouvrage, et font les plus grands sacrifices pour venir entendre la parole de Dieu. Rien de plus édifiant que leur conduite durant les retraites surtout, quand on peut leur en donner ; et ici si mon témoignage ne suflisait pas je vous dirais : Questionnez donc les Pères Oblats, les Jésuites, les Prêtres Séculiers qui ont travaillé parmi eux. On a dit quelques fois que les émigrés Canadiens n'étaient point généreux pour consiriire des églises et pour entretenir leurs Pasteurs. Mes frères, s'ils ont autrefois mérité ce reproche, je puis vous dire que ce temps est passé. Je connais trop d'exemples, et des faits trop remarqnables, pour ne pas reconnaître la f lusseté de cette accusation. Qu'on donne des missionnaires canadiens aux Canadiens, et vous serez vous-mêmes étonnés de la libéralité de ces pauvres émigrés. En effet, comment pourrait-il être autrement. Ces bons Canadiens qui croient devoir émigrer, ce sont vos frères, vos sœurs, vos enfants, nourri*» comme vous pendant plusieurs années dans les exercices de la piété, dans le pieux pays du Canada. Ils ne se rappellent que trop vivement le bonheur qu'ils trouvaient en approchant de la Sainte Table, en attendant la parole de leurs vénérab'es pasteurs.

" Leur ab?ence forcée loin du Canada n'a pas tout d'un coup changé leurs dispo>iiions. VouIôns-nous les rendre heureux, donnons-leur des Missionnaires Canadiens pour leur procurer lea secours de la religion et leur prêcher dans la langue de leurs pères et la religion deviendra parmi eux aussi florissante que dans le Canala.

t LOUIS, Eoîque de Burlington, VU Il Mai 1869.

Mgr exposait ensuite plus en détail, Tœuvre dont il est question au commencement de cet Appel, Sa parole trouva un écho sympathique en Canada. Québec et Montréal firent à Mgr de Goësbriand, de généreuses aumônes ; des personnes charitables lui envoyèrent de France $5,000 (25,000 francs) pour son projet apostolique, enfin Mgr Bourget lui donna des missionnaires.

La maison fut fondée à Rutland en 1868, avec le Rév. Ls Gagnîer comme Supérieur. Le projet ne réussit pas, au moins tel que lëvêque de Burlington lavait conçu, mais dans les choses de Dieu, ce qui semble être aux yeux des hommes un insuccès, n'est souvent pour la Providence qu'un moyen de donner à une œuvre plus d'ampleur et de lui faire produire des fruits plus abondants. Ce fut ce qui arriva au dessein de Mgr de Goësbriand, comme nous le verrons plus loin.

La mission de TEvêque en Canada avait eu un plein succès. Sa parole émue, chaleureuse, exempte de toute excLgération retentît profondément dans tout le pays. L'on connut enfin, d'une manière précise, la triste situation religieuse des émigrés Canadiens, et partout des cœurs généreux s'oflrirent pour leur venir en aide.

A partir de cette époque (1869) Evêques et prêtres rivalisèrent de zèle pour voler au secours de leurs compatriotes émigrés, et bientôt, nombre de paroisses canadiennes avec des prêtres Canadiens à leur tête, furent établies dans les diocèses de la Nouvelle-Angleterre.

178 LES CANADIÉKS-FRANÇAÎS

Avant d'entrer dans l'histoire détaillée de ces paroisses canadiennes, qu'il me soit permis de faire deux observations importantes.

1° En racontant les origines de ces églises, le récit nous amènera parfois à parler d'incidents assez vifs, de luttes assez acerbes, qui laissèrent, pendant un temps, des souvenirs pénibles dans des cœurs catholiques.

La charité, je le sais, a ses douces lois de mansuétude et de pardon, mais la vérité, elle aussi, à ses droits imprescriptibles.

A l'une et à l'autre, je tâcherai donc de faire une part à la fois équitable et juste.

11° Je ne m'occuperai, pour le présent, que des paroisses canadiennes des Etats du Vermont, du New- Hampshire du Maine, du Massachussetts et du Rhode- Island.

L'État du Connecticut possède déjà, je le sais, bon nombre do. belles paroisses canadiennes. Dans l'État de New- York, surtout au Nord, se trouvent aussi de nombreuses et florissantes congrégations de Canadiens Français, mais, je l'avoue, je n'ai pas maintenant les renseignements nécessaires pour leur donner place dans ce travail.

Je ne veux parler que de ce que j'ai vu, ou connu d'une manière certaine.

A plus tard donc " les Origines des paroisses canadiennes de l'État de New- York et même du Grand Ouest Américain.

ETAT DU VERMONT

Paroisses Canadiennes S

Paroisses ruixles — la. plupart avec une forte majorité Canadienne 18

Prêtres Canadiens ou français ^0

Couvents Camadiens , 6

Ligues du Sacré-Cœur pour les Hommes 7

Population Catholique du diocèse IfiflOO

Population Canadienne 32^04.

DIOCÈSE DE BURLINaTON (1851^1890)

Date de fondation,

1 — Bwlington (1850)

e — Swanton (1856)

S — Winooski (1868)

4 — Laat Rxbtland (1869)

5 — Fair-Haven ' (1869)

6—St AlbuTis (1871)

7 — Alharg — Ile Lamoike (187^2)

8 — Montgomery (1890)

St Johnnbury

Newport

DIOCÈSE DE BUrLINQTON

BURLINGTON, Pop. 14,460

PA^ROISSE ST-JOSEPH (1851

CvAré fondateur : Rév. Jos: QuéviUon. (J 85 1-1854)

Sème Curé: RR PP.Oaudet etCauvin OJi.L( 185^-1857)

Sème Curé: Rév, H. Cardinal .(1857-1859)

4èmeCaré: Rév, J, M. Cloarec (1859- )

St Joseph de Barlin^n'fnt' là première paroisse distincte que lés Canadiens établirent dans les États de la Kouveile-Ângleterre.

Jusqtz'en 1887, Canadien» et' Irlàrid&iâ'ii'avaient eu qi/nne Mole é^Aé dans'la vilfë'tié Biirlington. Les

Knoivnothinga l'ayant brûlée cette année ; les Canadiens résolurent alors de se séparer des Irlandais. Tout près de remplacement de l'ancienne église, ils élevèrent une modeste chapelle, qui fut successivement desservie par deux prêtres français, MM. Pctithomme et Ancé. Mais vers 1^45, M. Ancé ayant quitté Burlington, tout© l'entreprise s'en alla en ruine. La petite chapelle vendue à un M. Baxter fut convertie en magasin et les Canadiens se réunirent de nouveau aux Irlandais dans Téglise Ste Marie.

Pourtant cet essai infructueux ne les avait pas découragés. Aussi quand, en 1850, le Rév. Jos. Quévillon, le premier prêtre Canadien qui ait exercé le ministère d'une manière permanente aux États-Unis, vint leur offrir de les former en paroisse, ils acceptèrent avec empressement, et tout de suite Ion se mit à Tœuvre.

Le 28 avril 1850, une assemblée de 300 Canadiens présidée par M. Mignault, curé de Chambly et vicaire général du diocèse de Boston, décida de demandera l'Evêque une église séparée.

Les considérants sur lesquels on appuya cette pétition furent :

" l"* Qu'il est expédient d'avoir un temple pour y cé- " lébrer les offices divins pour le plus grand avantage " de la congrégation f rançaise<i£m9,dieanQ. ". .,. ... ,

" 2* Qu'un bon nombre parmi eux, ignorant la langue ** anglaise, se trouvent gênés, et pour mieux dire inca- ^' pables de remplir leurs devoirs religieux, dans une

" langue différente de la langue de leur mère, la langue " française. En conséquence, ils se voient obligés d'aviser " aux moyens de se séparer de la c jngrégation des *• Irlandais, pour remplir plus facilement et plus avan- :** tageusement les devoirs que leur prescrit notre sainte " religion et notre sainte Mère l'Eglise romaine. "

On nomma donc un comité composé de MM, Frs. Lapointe, Ed. Paradis, J.-B. Denys, Aug. Beauregard, Capitaine Tucker, M. Clark, Frs. Leclaire, Chs. Lafontaîne, Jos. Niquette, Ls Ledoux et J.-B. Pépin, pour choisir un terrain et bâtir une église.

" Le même jour, M. Mignault et les syndics se trans- " portèrent sur l'ancien terrain donné à la congrégation " catholique de Burlington, par le Colonnel Hyde pour " y construire Eglise, sacristie, couvent et écoles, et là, " sur le lieu, Messire Mignault, en sa qualité de grand " vicaire, a désigné et marqué la place où devait s'ériger " le nouveau temple, c'est-à-dire, près de l'ancienne " église catholique française dont on voit encore les

" ruines"

" Signé, Jos. Que VILLON, Ptre,

*' Missionnaire desservant la congrégation française

" de Burlington."

(Extrait des registres de la paroisse St Joseph.)

Tout-à-coup, l'on se trouva en face d'un obstacle fort inattendu. Les Irlandais catholiques s'opposaient et à la séparation des Canadiens, et à la cession du te]:irain qu'on avait choisi pour y bâtir la nouvelle église. Que faire ?

186 9A»S^iSSiE» CANADIEVjNpi^

Le capitaine Tueker, ua américain converti, témoignait beaucoup de sympathie aux Canadiens. De plus» c'était un ami personnel de TEvêque de Boston, Mg^ Fitzpatrick. Il s'offrit pour aller plaider la cause des Canadiens, et quelques mois plus tard, il rapportait de Boston la permission de fonder une nouvelle paroisse. Quant au choix du terrain, TEvêque n'avait rien voulu décider.

Le premier obstacle surmonté, les Canadiens se mirent bravement à attaquer le second.

Le 21 juillet 1850, nouvelle assemblée.

Il y fut résolu que " vu l'opposition des Irlandais de " cette ville aux Canadiens de bâtir sur l'ancien terrain " donné à la congrégation catholique romaine pour^la " bâtisse d'une église, par le colonnel Hyde, il était expé- " dient pour le maintien de la paix entre les deux con- " grégations, de céder ce droit, à la vérité bien dû, mais " qui pouvait être plus tard un sujet de désordre et de " scandale pour la Religion et pour nos frères séparés. . . ."

" En conséquence, il fallait aviser aux moyens d'acquérir un nouveau terrain pour y bâtir l'église."

Signé, Jos. QuÉviLLON, Ptre.

(Extrait des Registres de la paroisse St Joseph.)

Un peu en dehors de la viile, à mi-c}iemin eoi^ Burlington et Winooski, où se trouvaient bon nomfNQD

mOCÈSE DE BURLINGTON 1»7

de Oanadiens, Ton acheta sur une colline un vas(te terrain et Ton résolut d'y élever la nouvelle paroisse, sous le vocable de St Jo'seph, le patron de la Nouvelle- France.

" La bénédiction de la première pierre eût lieu le 22 août 1850 en présence de MM. J. Gravel, Ptré, B. J. Leclaire, Gédéôn Huberdault, J. Larocque, Jos. Quévillon «t. P. M. Mignault, curé de Chambly et vic-gén. de Boston." (Extrait des Registres.)

Le 1er juin 1851, l'église St Joseph était bénite. Les Canadiens-Français prenaient possession de la pi^emière paroisse établie par eux dans la Nouvelle- Angleterre.

Nous venons de le voir, ce fut par la lutte, au sein de la tempête, et non pas sous l'influence d'un soleil bienfaisant que naquit la première paroisse Canadienne aux Etats-Unis. La chose se renouvellera plus d une fois dans l'avenir.

Faut-il s'en étonner ? Nullement.

Dans les entreprises les plus louables, l'on doit toujours s'attendre à voir l'élément humain jouer son rôle et susciter des obstacles plus ou moins sérieux. L'opposition d'ailleurs a ses avantages. Bien ne stimule plus sûrement l'énergie des hommes et ne les dispose mieux h la générosité que de chercher à les contrecarrer dans des desseins bien arrêtés. Nombre de paroisses Canadiennes ont aujourd'hui à se féliciter de la lutte ^|fi'oD leur fit à l'époque de leur naissance. Biles aocom-

tô8 PAKOISSES CANADIENNES

plirent en temps de guerre, des œuvres qui, durant la paix, eussent déconcerté leur courage, et semblé complètement au-dessus de leurs forces.

Le 5 novembre 1853, Mgr Louis de Qoësbriand fut installé premier évêque de Burlington. Après avoir célébré la messe dans Téglise Ste Marie, il s'en alla» dans l'après-midi, chanter les vêpres à St Joseph. Le jour de Noël, il officiait pontificalement chez les Canadiens et administrait la confirmation à ISO personnes.

L'année suivante (1854) le Rév. J. Quévillon quittait Bnrlîngton et les RR. PP. Oblats Qaudet et Cauvin prenaient la desserte de St Joseph qu'ils gardèrent pendant trois ans (1854-12 janvier 1857).

Mgr de Goësbrîand remplit alors lui-même les fonctions de desservant à St Joseph, du 12 janvier au 22 octobre 1857, jusqu'à l'arrivée de M. H. Cardinal, qui fut nommé Curé des Canadiens de Burlington.

« « LE Rév. HERVÉ CARDINAL

Sème Curé de St Joseph (1867^1869)

Le Rév. H. Cardinal était un bon prêtre breton, venu

en Amérique avec rintentioh bien arrêtée d'y avoir une

vraie vie de missionnaire, et de ne travailler que pour

la gloirft de Dieu. D'une grande charité, d'un dévoue-

. ment infatigable, il se fit bien vite aimer de tous ses

DIOCÈSE de^'burlington 189

paroissiena Non content de les aider dans les besoins de l'âme, il voulut encore les soulager dans les souffrances du corps. Il se mit donc à soigner et à donner des remèdes.

Un prêtre guérisseur est toujours sûr d'avoir, en peu de temps, une clientèle considérable parmi les Canadiens; mais ce sera, bien entendu, au prix de son repos d'abord, puis souvent aussi au détriment do ses occupations d'office, sans parler des autres inconvénients qui accompagnent le métier de docteur sans license. Bref, le bon P. Cardinal ne sut bientôt plus où donner de la tête, son presbytère ne désemplissait pas du matin au soir, et, malgré cela, les bonnes sœui's s'avisèrent encore d'agrandir la sphère d'action du curé guérisseur.

Un de leurs moutons s'étant, un jour, cassé la patte, on l'apporta au P. Cardinal, qui, hélas, en voulant

remettre la patte en souffi'ance, cassa l'autre. Cette

aventure fit un accroc considérable à la réputation du bon curé breton, et, depuis lors, il ne donna plus ses soins qu'aux Canadiens de sa paroisse.

Une source de scrupules pour le P. Cardinal, c'était,, (le croira-t-on ?) l'offrande qu'on lui faisait à l'occasion des baptêmes et mariages. Pourtant cette offrande n'avait, certes, rien d'extravagant.

Quand après un baptême, on lui présentait une piastre, le brave homme disait souvent avec bonhomie : " Ecoute " donc, un tel, c'est trop pour toi, et moi, je n'ai pas " besoin de tant d'argent que ça Tiens cassons la piastre

190 PABOIS8ES CAKADTEKNES

" en deux, j'en garderai la moitié, et toi tu mettras l'aubre " moitié dans ta poche."

Les Canadiens trouvèrent vite le moyen de faire cesser les scrupules du bon Père Cardinal.

En 1869 il quitta St Joseph de Burlington et fut remplacé comme curé par le Rév. Jér. Cloarec.

RÉV. JÉRÔME CLOAREC

iè7ne Cvré de St Joseph (1869 ;

La population de la paroisse St Joseph avait considérablement augmenté. L'église était trop petite et trop éloignée pour nombre de familles, il fallait rebâtir. Dans cette prévision. M. Cloarec, dès 1873, acheta un grand terrain, au centre morne de la ville.

Le 5 septembre 1883 les travaux de la nouvelle église commencèrent.

La Providence vint en aide aux Canadiens d'une façon tout à fait imprévue. Un Américain nommé W. Root possédait une magnifique carrière tout près de la ville. Il offrit à M. Cloarec de lui donner la pierre nécessaire pour sa nouvelle église ; et Toffi'e fut acceptée avec reconnaissance.

A mois d avril 1887, la nouvelle église St Joseph était ouverte au cuJte. Les PP. Hamon et Neault y donnèrent une grande mission de 15 jours pour établir la Ligue des Hommes. Ce fut la première Ligue fondée dan» le

Page 1