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PAROISSE DE LA NATIVITÉ DE LA STE VIERGE

Curé fondateur JRév. P. Cam (1856 ;

Sur 240 familles catholiques, Swanton en compte aujourd'hui 230 d'origine canadienne-française. Nous pouvons donc ranger cette paroisse parmi celles dont nous faisons l'histoire.

Le Rév. J. Cam, l'un de ces vaillants missionnaires que Mgr de Goesbriand alla chercher ^en 1855 au fond de la Bretagne, fut le fondateur de la paroisse de Swanton Falls. Là il a passé sa vie, et de là aussi il veut absolument partir pour le ciel.

Le P. Cam. est l'un des prêtres les mieux connus et des plus vénérés de tout le Vermont. Sa grande piété.

sa charité sans bornes, son dévouement apostolique poussé maintes fois jusqu'à Théroïsme, tout, jusqu'à la délicatesse de conscience qui donna si souvent à ses confrères, l'occasion d'admirer son humilité et sa mortification peu commune, contribue à faire du P. Cam une sorte de personnage légendaire, destiné à vivre longr temps dans le souvenir des prêtres et des fidèles du Vermont.

Qu'il ne lise pas ces lignes consacrées à son œuvre, autrement il court grand risque d'avoir plus d'une visite à faire aux confrères du voisinage.

Appartenant à une famille riche du Finistère, en arrivant parmi les pauvres catholiques de Swanton, le P. Cam avait justement tout ce qu'il fallait pour établir une bonne paroisse : un cceur d'apôtre et une fortune considérable qu'il mit généreusement à leur service. Il fournît, en, grande partie, les fonds nécessaires pour bâtir la jolie église de Swanton Après l'église vint le couvent. Le P. Cam donnait, donnait toujours, et si libéralement qu'il fallut enfin fixer des limites à cette générosité qui ne voulait pas en connaître.

Après avoir organisé sa paroisse il se chargea encore, en vrai missionnaire, de desservir Alburg et Highgate à 13 milles de distance. Maintenant que les catholiques de ces deux localités ont refait leur réputation en soutenant des curés résidents, on peut bien le dire franchement, ils laissèrent au P. Cam le champ libre pour se fatiguer et se mortifier tout à son aise, à leur service.

Hiver comme été, après avoir dit sa messe de paroisse à Swanton, il s'en allait à pied célébrer le saint Sacrifice à Alburg ou à Highgate. Comme un humble ouvrier, il emportait avec lui la petite chaudière qui contenait son dîner, puis, après avoir prêché, confessé, fait le cathéchisme aux enfants, il s'en revenait chez lui encore à pied.

Voilà ce que le P. Cam a fait durant de longues années pour les catholiques de Highgate et d'Alburg.

Jamais, bien entendu, l'intrépide marcheur n'a songé à avoir à lui ni cheval, ni voiture. Bien plus, jusqu'à ces dernières années, il ne voulait pas même consentir à tenir maison. A l'heure des repas il se rendait chez une vieille canadienne qui lui apprêtait ce qu'elle voulait, puis il rentrait dans son petit presbytère où il n'y avait ni meubles, ni tapis, ni poêle, ni lit. Le soir venu, le P. Cam enveloppé dans son manteau, s'étendait dans son grand fauteuil et dormtiit comme il pouvait.

Ses confrères cependant, par «harité, et afin de pouvoir au moins le visiter de temps à autre, le décidèrent enfin à meubler sa maison et à se pourvoir d'une ménagère. La bonne vieille canadienne, d'un âge très canonique, vint avec son vieux s'installer chez le P. Cam.

C'était déjà une amélioration considérable. La Providence lui en imposa bientôt une autre, bien plus radicale encore. Durant l'hiver de 1887, en se

rendant à Téglise le matin, le P. Cam tomba lourdement sur la glace, et se froissa tout le côté. On le rapporta à la maison, mais, avec une opiniâtreté toute bretonne, il ne voulut jamais consentir à se laisser soigner par un médecin. I^s résultats furent d'abord des douleurs atroces pendeoit plusieurs semaines, puis une infirmité qu'il gardera le reste de ses jours.

Or, durant ce repos forcé, les paroissiens de Swanton qui aiment et vénèrent leur digne pasteur, s'entendirent entr eux pour renouveler l'intérieur du presbytère. Ils envahissent la maison, et, sans demander permission à personne, les voilà qui se m:îttent à tapisser les murailles, à installer un poêle, à étendre des tapis dans les appartements. Le P. Cam était tout ahuri. Il protestait de toutes ses forces, il criait, il menaçait de se fâcher, ii commandait d'arrêter les travaux ; mais comme eii somme, il lui était impossible de bouger de son fauteuil, on le laissa crier tout à son aise et Ton continua la besogne.

Aujourd'hui logé dans un bon 4)otit presbytère, le Père a recouvré sa gaieté accoutumée. Il continue aussi avec vigueur d'aller de ci de là, clopin-clopant, partout où l'appelle l'exercice de son ministère.

Nombreuses sont les histoires dont le P. Cam est le héros. Il les entend de belle humour, et rit de bon cœur avec ses confrères. Quelques unes de ces histoires, lui laissent pourtant une saveur un pou acre an goût,

ÎM PABOISSES CAKADIEKKES

«riir'aiitres celle que Mgr de Qoësbriand conte avee uim iKmhomie charmante. La voici :

L'Evêque devait confirmer dans la paroisse de Swanton, et, selon sa coutume, il allait questionner les enfants sur la religion. Le P. Cam tout radieux, lui présenta une petite canadienne, à l'œil vif, à la figure très intelligente : " Monseigneur, lui dit-il, voici une enfant qui sait " son catéchisme à merveille, vous pouvez Tinterrogcr, " vous verrez comme elle saura vous répondre. " — " Eh " bien, mon enfant, dit l'évêquo, si tu voyais une petite " fille sur le point de mourir, et qui n'aurait pas encore

" été baptisée, que ferais-tu ? " — " Je braillerais, repritr

" aussitôt la fillette. "

Depuis cette réponse fameuse, le P. Cam n'a plus îamais vanté la science de ses enfaiits à Tévêque.

Que le Père me pardonne ces détails intimes.

Ils mettent en relief une figure remarquable de missionnaire dévoué, de prêtre esclave de son devoir jusqu'au scrupule, de bon et fidèle serviteur du divin maitre, je ne dirai pas de saint, car pour le coup le P. Cam se fâcherait tout rouge, et je tiens à rester toujours son ami.

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