‹ Les canadiens-français de la Nouvelle-Angleterre [microforme]Chapitre 18 sur 190 · CAPITAL ET TRAVAIL · texte numérisé non relu

CAPITAL ET TRAVAIL

L’ouvrier canadien et la machine. — Rôle des agents dans les fabriques. — Exploitation et abus. — Les Unions ouvrières et les Chevaliers du Travail. — Leur attitude vis-à-vis les Ca nadiens. — Grêve de Spencer. — Les Canadiens ouvrent les yeux.

Bien que les Canadiens ne puissent pas compter sur la bienveillanc: des capitalistes américains, il est juste dire ceendant que l’habilité qu'ils montrent à toutes

sortes leur fo leurs d

L'ou tranqu joyeux Améri cient « diens ] entre une qi n'ya lité ni

La :

ductio on le orphe pas.

produ

La de VE Sprin direc la se de ce subo

bu 1'ééri-

leçon sour'qu'ils leurs gion Aux dir ils êmes.

ix, ils quer

es faères et es Ca ivrent

* sur juste utes

sortes de besognes, aussi bien que leurs qualités sociales, leur font souvent donner la préférence sur les travailleurs de nationalités différentes.

L'ouvrier canadien en effet est d'un caractère doux et tranquille. Il est généralement sobre, bon compagnon, joyeux d’humeur et respectueux envers ses chefs. Les Américains, en hommes clairvoyants et pratiques, apprécient ces qualités, et volontiers ils ouvrent aux Canudiens les portes de leurs manufactures ; mais les rapports entre patrons et employés, se bornent uniquement à une question de travail et de salaire, rien de plus. Il n'y a entre eux aucun lien ni de religion, ni de nationalité ni même de simple philanthropie

La fabrique n’a pas d’âme, c'est une machine à production, voilà tout. Tant que l’ouvrier pourra travailler on le payera, s’il tombe malad:, s’il meurt laissant des orphelins dans la misère, la fabrique ne s’en occupera pas. Le producteur tombé sera remplacé par un autre producteur, et la machine ira son train.

La plupart des propriétaites de ces immenses usines de l'Est, vivent dans de somptueux hotels, à Boston, Springfield et autres grandes villes. Ils laissent la direction de leurs établissements à des agents qui sont

da seule autorité que l’ouvrier connaisse. Or le salaire,

de ces agents ainsi que leur avancement est souvent subordonné aux profits réalisés à la fin de l’année. L'on

42 LES C'ANADIENS-FRANÇAIS

comprend dès lors que ces agents s’appliqueront avant tout à résoudre le problème difficile d'obtenir la plus grande somme de travail possible au plus bas prix possible. De là à l'exploitation systématique des travailleurs il n’y a qu'un pas, et ce pas, malheureusement, on le franchit assez souvent. L'agent dresse l'échelle des prix d'après ce qu’il affime être les cours du marché. Il change à son gré, élève quelquefois, rabaisse le plus souvent, selon les fluctuations des affaires ou les intérêts temporaires de ses patrons. Les ouvriers n'ayant aucun moyen pratique de contrôler ces variations, se trouvent ainsi presqu'entièrement à la merci des agents.

Dans ces conditions, est-il étonnant qu'il y ait eu parfois des exploitations vraiment cruelles de l’ouvrier au profit du capitaliste ? Ainsi telle grande compagnie de l'Est il y a quelques années, ne payait ses employés que tous les trois mois, et encore, en partie, avec des billets qui n'étaient acceptés qu'au magasin général de la compagnie. Elle même fixait le prix des denrées alimentaires que les ouvriers devaient se procurer. Ainsi, outre l'intérêt de cet argent pendant trois mois, la compagnie trouvait encore moyen de reprendre d’une main ce qu'elle donnait de l’autre.

D'autres agents font commener l'ouvrage à 6 heures moins un quart, été comme hiver. Le travail est suspendu à midi pour une heure, puis il reprend jusqu’à 6 heures- De plus, deux ou trois jours la semaine, on réclame

encore libre, di on lui d

près de femmes La loi d les usin cette lo envoien cache le ils repr déclare

Diso tendrai esclaves ne sont isolés o toujour Les gr:

employ les mê associai parts, t duite n

Les ainsi 6 gèrent

encore deux heures de veillée eœtra. Cette veillée est libre, dit-on, mais l'ouvrier sait très bien que s’il refuse, on lui donnera son congé le mois suivant, C'est donc près de 15 heures de travail qu’on demande à de faibles femmes ct à des enfants dé 12 ans et même de 10 ans. La loi défend, il est vrai, d'employer les enfants dans les usines avant l'âge de 14 ans, mais qui s'occupe de cette loi ? Quand les visiteurs officiels doivent venir, îls envoient complaisamment dire un mot à l'agent, l’on cache les enfants dans les coins, puis, l’inspection finie, ils reprennent leur besogne, et tout est dit. Le rapport déclare que dans cette manufacture tout est all right.

Disons le cependant, ces exactions inhumaines qui tendraient à faire des pauvres émigrés, de véritables esclaves blancs, deviennent rares aujourd’hui. Elles ne sont plus guère possibles que dans les petits centres isolés où les ouvriers n’ont pas de protection et doivent toujours courber la tête devant la volonté des agents Les grandes compagnies traitent généralement leurs employés avec équité, et les salaires se maintiennent les mêmes presque partout. La crainte salutaire des associations ouvrières qui se sont formées de toutes parts, n’a peut-être pas été sans influence sur cette conduite modérée.

Fa

Les ouvriers, en effet, fatigués énfin de se trouver ainsi entièrement à la merci des agents de fabrique, songèrent à se protéger eux-mêmes. [Hs formèrent partout

mie 2 are terr ere a Av LS

des sociétés coopératrices, des Unions de métier, puis une association puissante, connue sous le nom de Chevaliers du travail, vint réunir toutes ces forces, en une armée compacte, capable de protéger et, au besoin, de revondiquer les droits des travaillants.

Disons un mot de cette société dont l'influence s'est

fait sentir et se fait sentir encore profondément aux États-Unis.

Elle a été, depuis son origine, l’objet de jugements divers, souvent même contradictoires. Ses admirateurs affirment que cette société, malgré des erreurs inévitubles dans toute association humaine a réussi, en somme, à améliorer notablement la condition matérielle des ouvriers, en bridant les convoitises insatiables des capitalistes, et en les forçant à traiter leurs employés avec plus de bienveillance et de justice.

D'autres sont moins enthousiastes. Tout en reconnaissant aux ouvriers le droit de se protéger, ils prétendent que les méthodes employés par les Chevaliers du travail, ont, en définitive fait plus de mal que de bien. Ils reprochent à la société d'admettre dans son sein des éléments fort disparates, parfois même décidément mauvais, d'encourager, sans raison des grèves souvent désastreuses pour les ouvriers, d'entretenir enfin, entre le Capital et le Travail, un antagonisme dangereux qui pourrait conduire à des catastrophes.

Une troisième opinion-qui, tenant eompte de ce qu'il

plus de christianisme dans cette grande association ouvrière, serait probablement plus près de la vérité.

y a de vrai dans ces assertions, mettrait en même temps

diffici

S'il diens sants c'est ( été di

On al ra tion.

dans insuf et qu

Po liers l'Est, dien, sont

Ne socié ouvr

Je laisse à de plus habiles à résoudre cette question difficile.

S'il faut en croire les journaux américains, les Canadiens n'auraient pas lieu du reste, d’être fort reconnaissants envers cette société des Chevaliers du travail, car c'est contre eux que la plupart de ses résolutions ont été dirigées, paraît-il,

On les accusait de faire baisser jes prix en travaillant a1 rabais, Il y a certainement du vrai dans cette assertion. Un Canadien, avec trois ou quatre de ses enfants dans les fabriques, peut accepter un salaire qui ‘erait insuffisant pour un homme habitué au comfort ais icain et qui de plus, devrait nourrir une famill: en bas-âge.

Pour diminuer cette concurrence ruineuse, :es Chevaliers du travail inspirèrent dit-on aux Législatures de l'Est, diverses mesures, pour restreindre le travail canadien, mais ces mesures, grâce à la connivence des agents sont toujours restées à l’état de lettre morte.

Ne pouvant donc arrêter le travail canadien, la société voulut du moins le contrôler, en forçant les ouvriers à s'unir aux Chevaliers du travail.

Durant les dernières anne:s«, nombre d’émissaires se mirent à parcourir les centres industriels de l'Est, et par menaces autant que par arguments, ils forcèrent partout les Canadiens, hommes &t femmes, à entrer dans la

société. Les prêtres canadiens, sentant les difficultés de la situation prirent le parti de rester neutres et d’attendre les résultats de ce mouvement.

Bientôt l'agitation commença. Les grèves se déclarèrent, grèves imposées par des inconnus, au nom de comités centraux ou les Canadiens n'avaient ni représentant, ni autorité. Des individus masqués passaient de maison en maison, comme ils l'ont fait l’an dernier à North-Adams, ils annonçaient aux ouvriers que, par ordre des Chevaliers du travail, la grève commencerait le lendemain. Bon gré, mal gré, les Canadiens devaient obéir. Or dans nombre de cas, ces grèves furent pour eux de véritables désastres.

À Spencer par exemple, beaucoup d'ouvriers canadiens avaient emprunté aux banques de l'argent pour se bâtir des cottages. En 1888, ordre leur fut donné par les Chevaliers du travail de se mettre en grève. Cette grève durait déjà depuis quatre mois, quand un beau matin, les Canadiens apprirent que les autres ouvriers, oubliant leurs alliés de la veille, avaïent conclu des arrangements particuliers avec les patrons, et que le lendemain, ils reprendraient la besogne Les Canadiens, à bout de ressources, sans espoir désormais d’être employés dans les fabriques de Spencer, durent se résigner en bon nombre, à aller chercher fortune ailleurs,

Leurs cottages furent saisis et vendus.

s de l’at-

Cette expérience qui, du reste, se renouvela en divers autres endroits, finit par leur ouvrir les yeux. Ils comprirent qu'on se servait d’eux pour tirer les marrons du feu, mais qu'ils devraient se résigner à les laisser croquer par d’autres. Refusant de se prêter plus longtemps à ce métier de dupes, ils quittèrent en masse la société des Chevaliers du travail. :

Les relations entre patrons et employés, laissent donc, on le voit, beaucoup à désirer aux Etats-Unis, comme en Europe.

Si quelque prêtre influent, aidé par des Canadiens d'expérience, pouvait élaborer un projet de corporation catholique qui s’appliquerait aux milliers d'ouvriers, employés dans les manufactures, et donnerait une part plus large à la bienveillance, c'est-à-dire, à la charité chrétienne, ce prêtre rendrait un immense service à ces braves ouvriers aussi bien qu'aux capitalistes qui les emploient.

Puisse cet homme paraître bientôt. Il aura une magnifique mission à remplir.

ELA SRE ERT Ea SNCNE Le PATIENTS A EEE IE VTT

Page 1