LA PRESSE CANADIENNE ET LES SOCIÉTÉS DE SAINT-JEAN-BAPTISTE
Union et réhabilitation. — Ferdinand Gagnon. — Le Travailleur. — lère Convention nationale à Montréal. — Le programme patriotique. — Les Sociétés Saint-Jean-Baptiste. — La presse canadienne-française aux Etats.
Au nombre des forces sociales qui ont aidé les Canadiens émigrés à se grouper et à former, en peu d'années, un peuple distinct, avec un programme patriotique bien arrêté, il faut placer les Sociétés de Saint-Jean-Baptiste, et le journalisme français.
Ils étaient déjà des milliers de travailleurs dispersés dans les villes et villages de la Nouvelle-Angleterre, et personne ne semblait faire attention à eux, personne ni; au Canada, ni aux Etats, ne songeait à se demander si ces émigrés avaient quelques chances de faire souche dans leur nouvelle patrie. Bien plus, l'opinion généralement admise en Canada, était que, à bien peu d’exception près, tout ce qui passait aux Etats, serait perdu pour la nationalité et même pour la religion.
Il fallait donc, tout d'abord, unir ces groupes isolés qui se connaissaient à peine, puis démontrer aux Américains et aux Canadiens du Canada que les émigrés n'étaient pas un ramassis de vagabonds chassés de leur
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pays par l'inconduite ou l’imprévoyance, mais bien un peuple énergique et religieux, décidé à se faire une place au soleil et à réclamer de ses anciens comme de ses nouveaux compatriotes, la part d'estime à laquelle il avait droit.
Pour cette campagne d'union et de réhabilitation, la Providence donna aux Canadiens l’homme dont ils avaient besoin. Cet homme fut Ferdinand Gagnon.
Chrétien fervent et éclairé, ardent patriote, orateur plein de fougue et de bonne humeur, écrivain puissant, logique, doué d’une riche imagination mise au service d’une belle intelligence et d’un bon cœur, Ferdinand
Gagnon commença son œuvre avec un entrain et un courage que rien ne devait dompter.
Son plan était largement conçu.
Créer aux Etats-Unis une presse canadienne-française qui ranimerait Je patriotisme des émigrés, et servirait d'organe à leurs réclamations légitimes, organiser partout des sociétés de Saint-Jean-Baptiste qui grouperaient les Canadiens dispersés et leur donneraient de la consistance ; réunir dans des assemblées nationales, les hommes de tête et d'action pour leur faire adopter un programme commun et aviser ensemble aux moyens de le mettre à exécution : telles étaient les grandes lignes de l’entreprise I] fallait, à coup sûr, une intelligence peu com-
mune pour concevoir un pareil projet, et une intrépidité de cœur que rien ne saurait abattre, pour en assurer le succès. |
Ferdinand Gagnon se mit à l’œuvre et fonda le Travailleur.
En 1874, lu Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal invita les sociétés sœurs des Etats de l’Est, à venir célébrer avec elle la fête de leur patron commun. Ce fut un immense succès. Des milliers de Canadiens émigrés répondirent à cette invitation, et par un magnifique jour du mois de juin, ces hommes revêtus des riches insignes de leur société, parcoururent en procession les principales rues de Montréal. Tout le monde admira la bonne tenue de ces émigrés, l’air d’aisance et de confort qui brillait en leur personne,
Le soir, les sociétés se réunissaient en grande convention nationale dans la salle académique du Collège Ste Marie. Les orateurs américains furent très remarqués, entre autres Ferd. Gagnon, Ferd. Houde et le Major Mallet. Ils firent connaître la situation de leurs compatriotes dans la Nouvelle - Angleterre, leurs forces actuelles, leurs chances de stabilité pour l'avenir. Ce fut toute une révélation. Elle mit fin à bien des préjugés sans fondement et gagna à la cause des émigrés des sympathies précieuses et durables.
En 1880, la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec, invitait, elle aussi, les émigrés à venir fraterniser avec leurs anciens compatriotes.
L'on se rappelle encore l'éclat de cette grande dénonstration : Messe solennelle sur les plaines d'Abraham,
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magnifique procession avec chars allégoriques, et surtout congrès solennel à l’Université Laval où l’on discuta les grandes questions religieuses et sociales qui intéressaient le Canada, comme aussi la situation des Canadiens aux Etats, et les moyens à prendre pour sauver leur nationalité.
Là encore, Ferdinand Gagnon, se fit l'avocat éloquent de la cause des Canadiens émigrés.
Il exposa leur situation matérielle et religieuse avec
impartialité ; il fit connaître leurs efforts pour conserver
la religion et la langue ; il plaida la cause des émigrés près de la presse canadienne pour en obtenir des appréciations à a fois plus sympathiques et plus justes, près des hommes publics, pour les intéresser à cette fraction déjà si importante de la nationalité canadienne, près de l’Episcopat pour le supplier de seconder la bonne volonté de ces émigrés, en leur envoyant de plus en plus des prêtres canadiens français.
Enfin il terminait par ces éloquentes paroles :
“ Canadiens des deux pays, formons une alliance “ patriotique, durable, invincible. Forts des bénédictions “ du vicaire de Jésus-Christ, forts de la foi qui sauve, “ de l'espérance qui fortifie, de la charité qui unit, “ rallions nous ; sachons nous apprécier, nous entr’aider, “ nous protéger.” (Congrès de 1880, page 130.)
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