‹ Les canadiens-français de la Nouvelle-Angleterre [microforme]Chapitre 40 sur 190 · VUES D’AVENIR : INDÉPENDANCE OU ANNEXION · texte numérisé non relu

VUES D’AVENIR : INDÉPENDANCE OU ANNEXION

Quelles chances de stabilité offrent-elles anx émigrés ? — Justice aux Canadiens des Etats ! — Ce qu’en pensent leurs ennemis. — Le Romanisme, voilà le danger!

Des bouleversements politiques, des remaniements territoriaux, affecteraient-ils la situation religieuse ou sociale des Canadiens émigrés ?

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Deux suppositions semblent possibles : ou la province de Québec aura un jour son autonomie, et deviendra un peuple indépendant ; ou bien elle s'annexera aux États-Unis. Indépendance ou annexion, voilà deux hypothèses possibles, mais dans l’un ou l’autre cas, les Canadiens ne peuvent, me semble-t-il, qu'y trouver une force nouvelle contre l’assimilation.

Indépendante, la province de Québec aurait toute la flerté et l'ambition d'un jeune peuple ardent, hardi, fier d'être entin le maître de ses destinées. Le sentiment national, si vivace dans le cœur des émigrés, n’en recevrait-il pas un élan nouveau, une confiance plus assurée dans le programme patriotique qu'il s’est donné de garder la langue, la religion, les mœurs des ancêtres ?

L'annexion aux États-Unis souderait immédiatement ensemble deux fractions d’un même peuple, séparées seulement aujourd’hui par les frontières politiques.

Au lieu d'être 400,000, les Canadiens-Français formeraient un tout compact de deux millions d’âmes.

Leur importance deviendrait considérable.

L'annexion les constituant de fait citoyens américains, ils domineraient immédiatement par leur vote un bon nombre de centres manufacturiers de l'Est, et exerceraient une influence prépondérante sur la législature de quatre ou cinq États de la Nouvelle-Angleterre. Les Américains le savent bien, et c’est là précisément ce qui

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refroidit leur zèle pour l'annexion du Canada, Ils ne se soucient guère de s’incorporer cet élément catholique et français, qui pourrait aisément modifier, au profit de ses idées religieuses, certaines lois peu favorables à l'esprit catholique.

Allons plus loin. Supposons que des circonstances regrettables, nécessitent un jour cette annexion. Même dans ce cus, les Canadiens courraient-ils le danger de se voir absorbés par l'élément américain, comme le sont en partie les Français de la Louisiane ?

Au dire de M. Tujague, il a fallu trois générations, c'est-à-dire plus d’un siècle, pour opérer cette fusion partielle des Louisianais dans la masse américaine. Pour le Canada, fortement organisé et pénétré comme il l’est de l’idée patriotique, il faudrait à coup sûr un laps de temps encore plus considérable.

La position géographique des Canadiens est excellente.

Adossés au Nord, la limite du monde habitable, ils ne peuvent pas être tournés par une émigration hostile. Il faudrait nécessairement les attaquer de front, et ce ne serait que par l’infiltration d'éléments étrangers qu’on pourrait à la longue espérer de les désagréger comme peuple.

Pareille opération réussirait-elle après l'annexion ?

La tendance ordinaire des peuples est de descendre vers les chaudes régions du Sud, plutôt que de remonter vers les pays du Nord. D'ailleurs, un siècle d'expérience a déjà prouvé que le Canada est dur à entamer. La ténacité des Anglo-Saxons, s’est avouée vaincue en face

de la ténacité canadienne-française ; l’habileté américaine aurait-elle plus de succès ?

Il est bien permis d'en douter.

En tout cas, ce serait au moins le travail d’un siècle ; or dans un siècle, bien des événements peuvent se produire. Les États-Unis qui compteront alors une population bien au delà de cent millions d'hommes, ne courent-ils done aucun risque comme toute autre agglomération politique dépassant certaines proportions, de se fractionner en plusieurs républiques indépendantes ?

Dans cette hypothèse, le Canada français qui, lui aussi, aurait alors des millions d'habitants, ne se montrera-t-il pas plus amlitieux que jamais de former un peuple indépendant, catholique et français ?

Mais laissons cet avenir à la Providence. Pour le moment, une seule cause serait capable de disperser pour un temps, une partie de la colonie française et de la forcer de se replier vers la mère-patrie. Ce serait la ruine complète et irrémediable de toutes les grandes industries des États de l'Est. Or ce désastre, on en conviendra, est peu probable,

La situation religieuse et sociale des Canadiens- Français établis dans la Nouvelle-Angleterre, mérite, on le voit, de fixer l'attention de ceux qui s'intéressent aux progrès de la religion dans la Grande République.

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