LE PRÉSENT ET L'AVENIR
Mission de l’émigration Canadienne —Les deux fractions du peuple Canadien doivent-elles se réunir un jour.— Théorie de colonisation du P Lacasse.—Le Nord Canadien.—Le Sud Canadien.—La rencontre.—Qu’arrivera-t-il ?—Nationalite Canadienne-Francaise.
CONCLUSION
Dès l'année 1869 Mgr de Gæsbriant, dans son appel pathétique aux évêques du Canada, entrevoyait une grande mission pour le peuple canadien aux États-Unis,
“ La Providenre, qui gouverne le monde, disait-il a dans cette émigration qui nous étonne des vues qui nous sont inconnues. Laïissons-la faire, elle saura tirer le bien de ce qui nous semble un mal.
‘ Ces émigrés, nous le croyons, sont appelés de Dieu à coopérer à la conversion de l'Amérique, comme leurs ancêtres furent appelés à planter la foi sur les bords du Saint-Laurent, ”
Cette mission se dessine assez nettement à l'heure qu'il est, Les Canadiens offrent aux Américains le spec-
tacle d'un peuple profondément religieux dans sa vie privée et sociale, uni dans une même foi, fidèle aux lois
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de Dieu, surtout à celles qui assurent la stabilité du mariage et la fécondité des familles. Il est vrai que cet exemple reste sans influence appréciable sur l'Américain protestant, orgueilleux et jouisseur. Ce peuple de l’Est, déchristianisé à la longue, sans croyances arrêtées, esclave de l'égoïsme et de la sensualité qui lui imposent la pratique désastreuse du divorce et, ce qui est pire encore, la révolte ouverte contre les lois providentielles qui garantissent la conservation et la propagation de la famille, ee peuple, dis-je, voit l'Église catholique à l'œuvre ; il s'étonne et s'inquiète, admire même parfois ; mais, retranché dans son orgueil, son dédain et son scepticisme, l'Américain, en règle générale, ne se convertit pas.
Pourtant le châtiment approche, le cours naturel des choses venge la loi divine méconnue Déjà le tiers, au moins, des fermes de la Nouvelle-Angleterre est abandonné. On les cède à qui veut les prendre; on va même jusqu'à inviter les protestants de Norvège à venir occuper ce sol qu'une race au sang appauvri est impuissante à Conserver plus longtemps.
Les véritables héritiers des puritains, qui s’éteignent et disparaissent, sont vraisemblablement plus près d'eux qu'ils ne pensent,
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‘Donnons à cette considération tout le développement qu’elle mérite.
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Me: plaçant. exclusivement au point: de. vue religieux et national, je. pense qu'avant longtemps, les deux. fraok tions.du, peuple Canadien, celle qui habite la terre des ancêtres et celle qui a déjà franchi la frontière américaine se rejoindront et pourront alors se donner. la main pour ne plus former qu'un seul peuple.
Cette assertion surprendra sans doute, plusieurs de nos lecteurs. Les uns la trouveront paradoxale, d'autres la traiteront carrément d'extravagante. Pourtant qu'ils veuillent. bien examiner avec soin les considérations que je vais leur soumettre. Ils finiront, je l'espère, par avouer que cette opinion a pour elle des chances de possibilité fort sérieuses.
Avant d'entrer dans l'examen de cette théorie, je tiens à déclarer tout d’abord, que je me mets entièrement en dehors de tout système et de toute aspiration politique. Ces questions ne sont ni de mon ressor, ni de ma compétence. Je n'ai rien à en dire.
Mon seul désir ést d'exposer les raisons qui me font croire à une union future des Canadiens du Canada et des États-Unis de l'Est, dans ce que la nationalité a de plus élévé, et de plus indépendant : la relij.on et la langue.
Que faut-il, en effet, pour que, dans un avenir plus ou moins rapproché, cette union s'opère, malgré des institutions politiques différentes ?
Simplement ceci : que ces deux fractions d'une même race, gardent fidèlement, chacune de son côté, certuins éléments essentiels qui, le temps venu, puissent former
un tout homogène, une véritable nationalité ; c’est-à-dire la religion, la l'uingue et des traditions communes.
En Canada, ces éléments sont désormais hors de tout , danger, ils resteront.
Dans les États-Unis de l’Est, nous l'avons vu déjà, et nous le verrons mieux encore dans la seconde partie de ce travail, les 400,000 Canadiens émigrés font des efforts énergiques et heureux, pour conserver, eux aussi, les mêmes avantages.
Quand donc la réserve des Canadiens du Canada rejoindra les corps d'armée nombreux et déjà compacts
qui lui ont servi d'avant garde aux Étuts ; quand ces hommes, issus d’une même race, parlant la même langue, adorant le même Dieu, se rencontreront face à face, à la frontière américaine, qui les empêchera de se reconnaître comme frères, de se donner la main et de s'unir pour ne plus former qu’un seul et même peuple ?
Et cette rencontre se fera avant longtemps. Elle est inévitable.
La marche de la colonisation vers les Etats-Unis, est commencée, rien ne l’arrêtera, désormais. La création des diocèses de St Hyacinthe et de Sherbruok a donné naissance à des paroisses nouvelles qui toutes se dirigent vers le Sud. Même phénomène encore dans la Beauce dans le diocèse de Rimouski et dans le Nouveau- Brunswick.
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C'est l'application de la théorie si bien exposée par le R. P. Lacasse, dans son livre plein de bon sens et de conseils pratiques : “ Une mine à exploiter.”
Pour être efficace, la colonisation doit se faire d'une manière naturelle, c'est-à-dire, que lu vicille paroisse doit, autant que possible, servir de base à la colonie nouvelle, pour l'encourager, l'aider, et lui assurer le succès. Plus cette base sera rapprochée, plus aussi les jeunes colons auront chance de réussir. Il ne faudrait songer à les transplanter dans des régions lointaines que quand les terres à coloniser manqueront entièrement aux environs de leurs paroisses natales,
Des patriotes zélés, des prêtres dévoués à leur pays ont réussi, je le sais, à jeter en masse plusieurs milliers d'hommes dans les régions du Nord et la vallée du lac St-Jean. Ils ont donné une impulsion vigoureuse au mouvement de la colonisation.
Mais ces entreprises heureuses, loin de détruire la théorie que nous exposons, la confirment au contraire et la fortifient.
Pour créer cet élan, il a fallu des hommes extraordinaires comme le Révérend M. Hébert curé de Kamouraska et surtout l’apôtre de la colonisation, connu également aujourd'hui dans la vieille France et dans la France nouvelle, le Curé de St-Jérôme, Mais l'extraordinaire est une exception dans la marche naturelle des choses, et le Canada ne peut pas espérer d’avoir en permanence à son service, une éloquence aussi entraînante, ni des dévouements aussi héroïques.
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