‹ Les canadiens-français de la Nouvelle-Angleterre [microforme]Chapitre 56 sur 190 · PLANTÉ · texte numérisé non relu

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parmi mes auditeurs, qui n’aient point quelques-uns de leurs membres aux États-Unis? Demandez plutôt aux agents des chemins de fer, qui vendent des billets par milliers aux émigrants. Demandez aux voyageurs dans les États-Unis s’ils n’ont pas vu des Canadiens partout, dane les villes et dans les campagnes ? Je sais, quant à moi, que la population Canadienne a plus que doublé dans Notre diocèse depuis trois ans. Je sais d’après le témoignage d’Evêques voisins qu’il en est de même dans leur: diocèses : et je suis convaincu, d’après des données positives, que lorsque l’on répète qu’il y a 500,000 Canadiens dans les Étate-Unis, le chitfre est de beaucoup en dessous de la vérité. Quand on vous parle de l'Œuvre de Missionnaires pour les Canadiens on vous parle donc d’une grande œuvre, puisqu'il s’agit du salut éternel de 500,000 âmes.

‘€ Il s’agit aussi de leur bonheur temporel. Tous les jours, mes frères, je suis en contact avec ces pauvres émigrants, je les rencontre sur les chemins de fer, je les rencontre dans nos campagnes, dans nos bourgades, dans nos manufactures. S'ils voyagent, demandez-leur où ils vont, ils vous répondent que dans telle place ils ont ouï dire qu’il y a beaucoup d’ouvrage et des gages très élevés. Suivez-les en esprit. Arrivés à l’endroit voulu, il n’y a plus d'ouvrage à donner : les prix sont si modiques qu’ils penvent à peine vivre. On s’en revient dans le Canada après avoir perdu du temps, dépensé son argent.

“ Ou bien, voici que des émigrés ont trouvé de l'emploi, mais que faire les jours de dimanche ? Ils n’ont point de prêtres, point de cérémonies religieuses. On remplace ces cérémonies par des danses, par des fêtes, par des voyages inutiles. Les émigrés, trop souvent. demeurent dans leur état d’indigence et se font mépriser eux-mêmes, et avec eux le peuple dont on les croit représentents. Eh bien! mes frères, des Missionnaires Canadiens pourraient diriger l’immigration, s’ils ne pouvaient pas l’arrêter, ils pourraient corriger l'instabilité, la manie des voyages, mettre fin à des dépenses inutiles, et en introduisant l’économie et l’amour du travail, procurer le bonheur aux familles et réhabiliter le caractère des émigrés du Canada.

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‘ On dira peut-être : mais ces émigrés reviendront dans leur patrie, à quoi bon s’en occuper ? quelques-uns d’entre eux reviennent, en effet, au Canada et y restent, mais leur nombre est bien limité. D’autres, plusieurs autres, reviennent, puis repartent encore, et finissent par ne plus revenir. D’autres, une fois partis, ne reviennent jamais au Canada ; puis des milliers de ces émigrés sont attachés à un sol étranger par les liens de la propriété, par les mariages qu’ils y ont contractés, par les emplois qu’ils y exercent. Des milliers d’enfants sont nés de parents Canadiens éloignés de la patrie. Puis encore, si la population Américaine du Nord tend elle-même à émigrer au Midi, comment s’imaginer que la

masse de la population Canadienne émigrée reviendra dans le pays du Canada ?

‘ La Providence qui gouverne le monde a, dans cette émigration qui nous étonne, des vues qui nous sont inconnues. Laissons-la faire. Elle saura tirer le bien de ce qui nous semble un ma!.

‘€ Ces émigrés. nous le croyons, sont appelés de Dieu à coopérer à la conversion de l'Amérique comme leurs ancêtres furent appelés à planter la foi sur les bord du St Laurent. Quoiqu'il en soit des vues de la Providence, il faut voler au secours de nos chers émigrés puisqu'il s’agit d’un peuple nombreux, établi hors de sa patrie.

‘ Les émigrés Canadiens ont-ils besoin de Missionnaires ?

À cette question, mes frères, je suis à même de répondre d’une manière satisfaisante. Depuis bientôt 16 ans je vis à Burlington, dans l’Etat du Vermont, sur les limites du Canada. Pendant tout ce temps, j'ai été et je suis encore en rapport constant avec Îles émigrés ou leurs descendants. Eh bien! par”:i ces hommes qu’on appelle Canadiens, il y en a beaucoup qui n’ont jamais vu le Canada. Iis aiment pourtant ce Canada, parce que leurs parents leur en parlent. Mais ils sont venus au monde aux Etats-Unis,

voilà 20, 25, 30 ans. Où étaient alors les paroisses Canadiennes ? Il n’y en avait pas. D'’églises catholiques même il y en avait fort peu. Ainsi ces milliers de descendants des premiers émigrés ont été élevés dans une ignorance complète de la religion ; et quand nous les interrogeons, nous apprenons avec douleur qu’ils n’ont jamais été à confesse, n’ont point fait leur première communion, ont été mariés par les ministres souvent d’une manière invalide, heureux s’ils ne se sont point séparés de leurs épouses légitimes. Je vous demande si cette classe très nombreuse, si ces pauvres gens plus malheureux que coupables, n’ont pas besoin du ministère d’un bon missionnaire qui saura sympathiser avec eux, les traiter avec bonté ?

‘ Dieu dans sa Providence, veut que les nations soient évangélisées au moins généralement, par des apôtres qui parlent leur langue, qui connaissent leurs habitudes, leurs dispositions ; que les nations soient évangélisées par des prêtres de leur nation.

‘“ Eh bien ! nous disions tout-à-l’heure qu’il y avait hors du Canada plus de 500,000 émigrés. Ouvrez maintenant l’almanach catholique imprimé à Baltimore, et voyez combien de noms Canadiens vous verrez sur la liste du Clergé.

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Mais ces émigrés, vous me direz, vont se diriger sur des localités ou il y a déjà des églises catholiques ?

‘“ Je réponds, pas toujours, il s’en faut. Plusieurs vont ge placer au milieu des terres, chez les habitants où ils ne verront jamais de prêtres, ou duns de petits villages qui n’ont pas d'église. Oui, mes frères, à faudrait aller chercher les brebis égarées loin du bercail.

‘Mais, je le veux bien :: voici deux, vingt familles qui se dirigent vers une grande ville, et le premier objet qui frappe leurs yeux en sortant des chars, c’est la croix qui domine le clocher catholique, car maintenant, Dieu merci, nous Voyons presque partout briller

le signe du salut! eh bien ! je vous le dis après une longue et triste expérience : Si l’on ne vole au secours deces Emigrés, même à

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