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l'ombre de la croix, ils vont perdre la foi et déshonorer leur nation. En voici la raison : L'église catholique avait été construite, mais il y a déjà plusieurs années ; les Canadiens n’avaient pas contribué à cette construc'ion ; ils ne s’y trouvaient pas alors. De plus cette église est souvent trop petite pour ceux qui l'ont construite. Le prêtre qui la dessert ne peut pas parler leur langue, et quand même il le pourrait on ne saurait attendre qu’ilincommoderait ses anciens paroissiens pour des nouveaux-venus qui ne les ont pas aidés. Les émigrés canadiens ne trouvent pas de bancs à louer : on re fatigue à rester debout à la porte de l’église. Iis finissent par ne jamais assister aux offices excepté lorsque vient un Evêque, ou à l’occasion dé quelqu’autre grande cérémonie. Les Cunadiens ont besoin de missionnaires de leur nation, ils ont besoin d’églises séparées.
‘ Ah! mes frères, vous seriez remplis de douleur si vous aviez connu comme moi l'étendue des misères spirituelles des émigrés. Comment peut-il en être autrement, puisqu'ils n’entendent point la parole de Dieu, puisqu'ils ne reçoivent pas le pain encore plus nécessaire des Sacrements de Jésus-Christ, qui purifient l’âme et la fortifient contre toutes les tentations.
Qu'il est triste de voir un peuple de 500,000% Fhommes “vivre ainsi exposé à oublier son Créateur. Et pourtant ces âmes ont reçu le caractère du Baptême. Ces hommes sont les enfants de la foi.
‘“ N'accusez pas de négligence les Evêques et les Prêtres des Etats-Unis. (Ce serait injuste. Nous faisons ce que nous pouvons pour les aider. Mais plutôt en vue de cette détresse spirituelle qui, j'espère, ne sera que tempornire, je m’adresse à moi-même et j'adresse au peuple et au clergé la parole de mon maître : Pleurez sur vous-mêmes el sur vos enfants.
‘“ La Providence a voulu, mes frères, que j’ai été souvent en rapport depuis’ bientôt 29 ans avec beaucoup de Catholiques, qui depuis longtemps avaient 616 privés des Sacrements. J’ai toujours
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remarqué parmi eux une grande avidité d’entendre la parole de Dieu et de profiter du ministère du prêtre quand ils reçoivent sa visite ; et puisque je vous parle ici de: Canadiens émigrés, ce n’est pas sans une émotion profonde que je me rappelle combien de fois et à quel degré ils m’ont touché par le zèle qu’ils mettaient à profiter de mon ministère. Apprennent-ils qu’un prêtre Canadien ou Français ou Irlandais va leur prêcher dane leur langue, ils laissent là leur ouvrage, et font les plus grands sacrifices pour venir entendre la parole de Dieu. Rien de plus édifiant que leur conduite durant les retraites surtout, quand on peut leur en donner ; et ici si mon témoignage ne suffisait pas je vous dirais : Questionnez donc les Pères Oblats, les Jésuites, les Prêtres Séculiers qui ont travaillé parmi eux. On a dit quelques fois que les émigrés Canadiens n’étaient point généreux pour constr'iire des églises et pour entretenir leurs Pasteurs. Mes frères, s’ils ont autrefois mérité ce reproche, je puis vous dire que ce temps est passé. Je connais trop d'exemples, et des faits trop remarquables, pour ne pas reconnaitre la fiusseté de cette accusation. Qu’on donne des missionnaires canadiens aux Canadiens; et vous serez vous-mêmes
élonnés de la libéralité de ces pauvres émigrés. En effet, comment
pourrait-il être autrement. Ces bons Canadiens qui croient devoir émigrer, ce sont vos frères, vos sœurs, vos enfants, nourris comme vous pendant plusieurs années dans les exercices de la piété, dans le pieux pays du Canada. Ils ne se rappellent que trop vivement le bonheur qu’ils trouvaient en approchant de la Sainte Table, en attendant la parole de leurs vénérables pasteurs.
ff Leur absence forcée loin du Canada n’a pas tout d’un coup changé leurs dispositions. Voulons-nous les rend-e heureux, donnons-leur des Missionnaires Canadiens pour leur procurer les secours de la religion et leur prêcher dans la langue de leurs pères et la religion deviendra parmi eux aussi florissante que dans le Canala.
t LOUIS, Evêque de Burlington, Vt.
11 Mai 1869.
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Mgr exposait ensuite plus en détail, l'œuvre dont il est question au comméncement de cet Appel. Sa parole trouva un écho sympathique en Canada. Québec et Montréal firent à Mgr de Goësbriand, de généreuses aumôûnes ; des personnes charitables lui envoyèrent de France 85,000 (25,000 francs) pour son projet apostolique, enfin Mgr Bourget lui donna des missionnaires.
La maison fut fondée à Rutland en 1868, avec le
Rév. Ls Gagnier comme Supérieur. Le projet ne réussit
pas, au moins tel que l'évêque de Burlington l'avait conçu, mais dans les choses de Dieu, ce qui semble être aux yeux des hommes un insuccès, n’est souvent pour la Providence qu'un moyen de donner à une œuvre plus d’ampleur et de lui faire produire des fruits plus abondants. Ce fut ce qui arriva au dessein de Mgr de Goësbriand, comme nous le verrons plus loin.
La mission de l'Evêque en Canada avait eu un plein succès. Sa parole émue, chaleureuse, exempte de toute exagération retentit profondément dans tout le pays, L'on connut enfin, d’une manière précise, la triste situation religieuse des émigrés Canadiens, et partout des cœurs généreux s'offrirent pour leur venir en aide.
A partir de cette époque (1869) Evêques et prêtres rivalisèrent de zèle pour voler au secours de leurs compatriotes émigrés, et bientôt, nombre de paroisses canadiennes avec des prêtres Canadiens à leur tête furent établies dans les diocèses de la Nouvelle-Angleterre.
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