‹ [Les Cancans]Chapitre 116 sur 297 · QUI PEUT SAVOIR OU DIEU NOUS CONDUIRA · texte numérisé non relu

QUI PEUT SAVOIR OU DIEU NOUS CONDUIRA

Que de gens se sont trorap<?s de chemin dans la vie! Bailly et Barnave , faisant roule en charrette pour la place delà Révolution , ne comptaient guère arriver au Pan'heon. Bonaparte, partant pour Moscou , ne se croyait pas sur le chemin de Sainte- He'icnc; et si j'avais demande aux patriotes de i83o où ils allaient dans les trois jours, ils m'eussent repondu, sans doute avec fierté' : « Parbleu, citoyen , nous allons à la gloire et à la liberté. » Et voilà qu'ils allaient tout droit dans les prisoui du juste-milieu.

Oh! le refrain de Bc'ranger est vrai : « Qui peut savoir oh Dieu nous conduiiia ? »

Cela me rappelle ce bon paysan de Neuilly, qui , le 27 juillet, voyant Louis-Philippe mon fer prëcipitamtnent en calùche, crut bonnement que S. A. R. allait coBiplinienler Charles X sur ses ordonnances , et l'inviter, par suite, à ime fêle de famille. Telle était peut-ctre au fond , l'intention de Louis-Philippe luimême ; qui sait? Mais la vue du drajieau de Jemmapes , le chaud baiser de Lafayette , la force conjoiiclive des poignées de main , et quelque diable aussi le poussant , il se plaça , sans façon, sur le trône du cousin. C'est lace que beaucoupde gens appellent du dévouement ; moi , j'appelle <p. de la destinée, c Qui peut savoir où Dieu nous conduira ? »

Quand, d'une main peu sûre, j'ai écrit mon premier Cancan, quand je l'ai timidement présenté au public, croyais-je avoir l'honneur de vingt mille exemplaires? pouvais-je prévoir qu'on se battrait sur les places publiques pour en avoir? imaginais-je que je serais lithographie sur papier de Chine, et vendu chez Boblet h plus liaul prix que le portrait du roi-citoyen lui-même? Si ce n'est pas là de la destinée, je ue m'y connais plus. « Qui peut savoT où Dieu nous conduira ? »

Le géne'ral Lobau àait , mieux que personne , avec quelle rapidité la gloire vous coule des mains*

Lafayette vous dira qu'il n'est si bon cheval qui ne bronche, et que le sien s'est couronné sur les barricades.

Laffitle a culbuté, sur la route du triomphe, avec le char qui l'avait si rapidement conduit à la fortune. El Sébasliani lui-même, après aroir long-tem^js sucé le lait de la doctrine, est venu expirer sur le sein de sa uotirrioc. Qiîe d'airtres

gkjires, qui paraissaient solides , se sont édifiées au premier coup de sifflet d'une opposition naissante!

Que sont devenus les Dupin, les Thiers, les Persil? Qui reconnaîtrait nos capacités con:itituliorinelIes sous le court manteau de Scapin ; taloue'es par la caricature , conspuées par l'épigramme, jetées à la dérision des boulevards; héros des charivaris; l'or du budget est-il de poids pour les consoler de tant d'avanies? C'étaient eux pourtant qui chantaient les premiers : « Qui peut savoir où Dieu nous conduira?»

Après cela , affligez-vous donc d'un revers , osez vous applaudir d'un triomphe passager! Non, la prison a toujours une porte secrète qui vous conduit aux. dignités , et l'exil vous amène tout droit au trône. C'est un axiome politique. «Qui peut savoir où Dieu nous conduira? »

BIGARRURES

j^*^ La baronne de Feuch... est, dit-on, autorisée à prendre les armes du roi-citoyen. N'importe , je ne voudrais pas avoir son cachet.

^*^ Depuis que la baronne est à Londres , elle fréquente assidueraenî iord Slrangfort.

^*^ Le Cuisinier bourgeois a été saisi chez plusieurs libraires, pour avoir mis le cornichon en hors-d'œuvre, et placé la poire sur un plat.

^^ L'entrée de nos troupes à Ancône est une terrible sortie pour le juste-milieu.

j*'^ Hier, à la Chambre, M. Madier Monjau s'étant tout à coup écrié : c Très-bien I a Tout le monde crut qu'il recevait un coup de crosse.

j*^ La conspiration du cabriolet roule le monde. M. Berthier doit regretter de n'être pas sorti de; préférence en tape....

^j^ La peur de chose se conçoit quand on pense qu'il a pris le cabriolet pour la fatale charrette.

^*^ On a remarque que chose , en admirant la molle f'paisseur du bœuf gras, y meltait de raraonr-propre.

^\ Ecole mutuelle tous les jours, de neuf heuies du matin à j^ept heures du soir, teriue par M. Poultier, pour l'instruction de la jeunesse, au Palaîî-de-Justice.

^*^ J'entends tous bs jours dire : « La France fera ci , la France fera çà ; » moi , je suis persuade que la France ne peut rien faire de son chef.

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