‹ [Les Cancans]Chapitre 125 sur 297 · LA PIÉTÉ FILIALE · texte numérisé non relu

LA PIÉTÉ FILIALE

Envoyez donc vos enfans chez le maître d'école de votre village [)0ur en faire des savans ! Epwsez-vous pour eux , économisez sur le produit de vos sueurs pour leur faire apprendre à lire, à écrire, et les quatre règles, et puis un jour ils vous tourneront le dos, ils rougiront devons, lisseront pbilo><oplies, ou niarcbatjds d huile , ou héros! Tel hille sort du malheureux père Gis vigneron d'Arnaville; un jour il lut dans un journal que ses deux fils avaient fait fortune à Paris.

Le bonhomme! les larmes lui en vinrent aux yeux, car son avoir à lui s'étoit beaucoup amoindri, vu les mémoires du maître d école, et aussi parce que les pots de vin ne réussissent pas à Arnaville comme ailleurs; il écrivit donc à ses deux fils pour leur remémorer leur père, et les féliciter de leur prompte élévation. La réponse fut satisfaisante , on lui assurait cent écus de rente viagère, et, en post-scriptum , on le priait d'envoyer son consentement au mariage de François Gis — , qui convoitait un parti avantageux. A cette nouvelle, le papa Gis.... sentit remuer ses entrailles Il ne délibère pas ; son parti est

pris ; il ira lui-même porter le consentement désiré ; c est une surprise qu'il prépare , c'est ua-e satisfaction qu'il accorde à sa tendresse. .. Le voilà parti en veste de bure, en bonnet de laine, en sabots, en vigneron.

C'était le jour des fiançailles; il y avait fêle, réunion, gala, à l'hôtel des parvenus. On y stipulait les intérêts des conjoints ; la future, belle blonde, issue d'un magavsin acbalandé , promettait de faire honneur à la famille. Le futur était dans livrcsse. Tout à coup, la porte du salon s'ébranle, toute l'antichambre est en rumeur, les valets repoussent un petit vieillard qui veut à toute force pénétrer, en criant qu'il est de la famille; c'était le vigneron d'Arnaville : les deiix frères pâlissent... ; ils ont entendu la voix de leur père. La nature et l'orgueil sont aux prises dans leurs cœurs ; mais 1 orgueil l'emporte. Comment, en eilet, reconnaître son père , en bonnet de laine, en

sabots, avec des mains calleuses et une barbe de huit jours?

Ils se précipitent au devant du malencontreux paysan. Celuici , qui a reconnu sa chère géniture, prend leur empressement pour l'élan d'une tendresse filiale, et veut leur sauter au cou; «c'est toij Jacques, c'est loi: François! » impossible, ce n'est

plus ni Jacques ni François ; il se (rompe. Le pauvre homme

est stupéfait; on le repousse avec dédain, en présence des valets, qui sourient malicieusement. Ah ! s'il savait comprendre les

coups d'œil significatifs qu'on lui jette, il veiTait à quoi l'étiquette l'oblige; mais ha perspicacité du vigneron cchoue devant ce langage raffine de l'orgueil.

Entin , forre' de repasser le seuil de l'hôlel sans avoir pu donner cours à ses cpanchemens paternels, on le conduit dans une petite maison de la rue Bleue. Là, seulemement, là on coiîsent à le reconnaître, à condition qu'il restera en charte-privée jusnu au jour où il devra revoir le clocher d'Arnavilie. ^ , [Ilistcrique.)

VEILLÉES ÉCOSSAISES, PAR M. Albert de Calvimont (i).

Si ^J. de Calvimont , qr.i nous a fait l'honneur de nous adresser un exemplaire de ses Veiliées écossaises, a voulu, par la lecture de son joli ouvi âge , adoucir qi.elfjuesinstans les rigueurs d'une ennuyeuse captivité, il a complèlement réussi. Dès les premières jinges, les grilles, les verroux et jusqu'aux ^ordiens de Sainte-Pclagie avaient disparu ; nous étions transportés en Ecos>e, nous assistions, ravis et à demi consolés, aux touchans entretiens des augustes exilés d'îïolv-llood , à ces scènes naïves qu'il a décrites avec des couleurs si vraies, des expressions si harmonieuses; surtout la voix de l'enfaMl chéri , de l'enfant du ciel, répétée par l'édio des montagnes, arrivait juscpi'à notre cœur. jVous l'avons entendu, après un songe pénible, dire à sa sœur : a Louise, ta as raison, allons prier pour notre père et pour la France. «

Non , M. de Calvimont , vo!»s aurez beau nous recommander, dans votre lettre, d'oublier l'auteur des Veillées écossaises, en faveur du f>ut de soti ouvri-jge, vous ne serez obéi ni de nous, ni de ceux qui vous liront.

Dc'jà , dans le charmant journal le Rei>enant, dont vous êtes lui des propriétaires fondateurs, ou avait pu admirer votre plume spirituelle et facile. Mais vos Veillées écossaises nc\ihveront de vous gagner tous les suffrages." En recommandant cet intéressant recueil à nos lecteurs, nous croyons noas acipiérir des droits à leur reconnaissance.

BIGARRURES

^*^ Les testamens de Louis XVI et de Marie-Antoinette, cette phrase sublime do duc de Eerry mourant, « Grâce pour l'homme, » puis le testament du prince de Coudé , puis l'abdication de Charles X, tout cela ferait un joli iivreàollrir eu cadeau à Chose.

^*^ On ne saisissait pas le rôle de certain personnage, fjui , dans la mascarade de Grenoble, se tenait ieul , assis mu- un banc, coiffé d'un chapeau gi is et portant un rifflard à la main, mais dès que \e jusic-milieu eut as.saisonnc ;a scène de quelques coups de baïonnettes, on le reconnut bien ià.

(i) Clicz Urhaiii Cancl , rue du Bac, ii» lo^iCt Adolphe Guyot, place du Louvre, n» 18.

Page 1