RÊVE FANTASTIQUE
La terre s'en ëmeut, l'air en est infecté , Le flot qui l'apporta recule épouvante.
(Bi.CIKB.)
« Que me veut donc ce peuple an teint hâve, au regard farouche? Pourquoi vient-il e'taler sa misère et ses haillons sons mes yeux repus d'or? Quels cris ai-je entendus? «Du pain! du Ira- « vail! plus de fausses promesses!» Les prisons sont-elles donc si pleines qu'on ne puisse y trouver encore pour eux un asile? Et , d'ailleurs , les hôpitaux et les dépôts de mendicité ne sontils pas ouverts à touri venans? De quoi manque-t-il , de quoi se
plaint-il , le peuple? Que vois -je là-bas sur celte place?...
C'est un tombeau, c'est un échafaud... Un homme y monte, calme, résigne; il prie pour ses juges, pour ses bourreaux; il prie pour mon père, pour mon père Ahî c'est lui, je le reconnais, c'est Louis XVI... Mes gens, retirez- vous... Pourquoi cette livrée rouge?... Du sang, du sang, toujours du sang autour de moi!... Par quelle fatalité, par quelle prc'destinalion cette couleur sanglante s'est -elle attachée à notre maison?... Quel est ce vieilbrd aux cheveux blancs qui se débat contre les angoisses d'une mort violente? Pourquoi son ombre accusatrice m'apparaît-elle chaque nuit?... Que me vcident ces deux orphelins? que me veut leur mère? Pourquoi, tantôt suppiians , tantôt terribles , viennent-ils si souvent troubler mon sommeil?... Et cette ligtire pâle et sombre, toujours empreinte sur le drapeau de la colonne, et cet aigle qui plane sans cesse aufoiu" de ce glorieux monument, qu'il semble revendiquer ; j'entends souvent le battement elfrayant de ses ailes se mêler au chant craintif du coq Mais le bruit redouble... Où suis-je? oii est m.i
cassette?... C'est le peuple en armes, ce sont tous les mallieu-
reux que la faim pousse au de'sespoir, ce sont tous les prisonniers politiques; ils s'avancent par mi7//'c'r.v... Oui, les voilà, je les aperçois... Où fuir?... Oh! si j'avais une garde (idèle, une armée dcvouce! si l'artillerie était prête!... Cent mille hommes du peuple seraient bientôt foudroyés; une Bastille engloutirait
le reste des mccoti»ens, si elle pouvait les contenir tous
A moi! à moi ! sa\ivez-moi! sauvez mon or! je suis perdu! ils ont franchi le fossé, ils vont m'atleindre dans un instant... Ah! les voilà... Grâce! grsce! Quel est cet homme pâle, furieux, échevelé, au regard ter/ibie, aux traits contractés? Il est blanc comme un l'autôme, son corps est chargé de chaînes, il fond sur moi, un poignard à la main... Au secours! au secours!...
— ^ Calmez-vous, ce n'est encore qu'un rêve, un songe pénible...
— N'importe! qu'on fasse une ronde... , là surtout, là, devant cette fenêtre. »
On fit une ronde, ou chercha; la lune était brillante et pure; on découvrit sin- la terre rombred'nn poignard qui allait s'appuyer siu" la balustrade du fossé... Ou leva les yeux, c'était la statue de Sparlacus , pâle, muel , immobile, elbayant
Après deux coups de Romanée , Je n\aperçois plus d'oppresseui's , La presse n'est plus entliainee....
Béranger.
Ne sont-ce pas eux qui l'on!: voulu les premiers , cette liberté de la piesse, qui anjourd'hi'i les iaccreet les cruciiie? Eh bien, qu'ils ia subissent; c'c~,t trop jusle.
Tu as soif d'or, disait ie i\Iexicain au soldat espagnol; tu en boiras. Et il lui en coulait du bouillant dans la gorge....
S'étaieiiî-ils donc flatiés, ces prédicateurs de mensonges, que nous contiendrions noire inuignalion à la vue de leurs jongleries n)iiii>îérielies? que notre bouche resterait clo^e sur leurs déprcilations? Pen^aicnt-ils , qu'ébahis du bel aii de leurs seigneuries boLîîgeoises, nous couibcrions servilement la tète et .sîibuions, sans nous regimber, la prison, la misère et la honie dont ils nous accablent? JN'on !
Ah ! vous allez voir comme au premier signal ils vont évacuer Ancône ; ils ne se le feront pas dire deux fo;^; ils n'ont de cœur que contre les so.dals du pape , ou contre les lemme^ et les enlans de nos villes. Déjà plus de deux cents victimes sont tom-
bt'es so(!s le fer de leur prétendu ordre public! voilà la î^Ioire qu'ils nous donnent. Elle !('ssemj)le à l'oconomiedu Irône bourgeois ; elle coiilo clier à i:> France !
Qni donc, cette fois, ira pnnser les plaies de Grenoble? qni sera chargé de balayer tout ce san/2; qni gît sur ses pavés V Le jusic-niiiicii ^ en IhonnoîM' de (pii il n cîé versé, n'y [ern-t-il paK luire son arc-en-ciei , bis aux i)!onds cheveux , pâle et vapnreuM' njipnrilicn, q".i suit la îemprti* e' ne snil pas la pr^.'venu' ? Et la [ rcs-e ne tonniiai^ pa.s à la vne de pareilles infunies! et mille voix géncVeuscs ne re!tntiraii:nt pas poiu' averiir la France qu'il e:^!; te;!!p> cpi'cllc veille à >a propre conicrvalion, que i'iieure de son sal it est .>>onnée î
Fianchcnicnl i est-il jM^s>ible que ces liomnics se persuadent qu'ils sont appelés, par le vœu général , à gaspiller ainsi l'or du peuple, à se jouer des destinées d'ine grande nation? Non, cette erreur leur est impossible; ils voient bien (jne la France se soulève contre eux; )ls entendent les reproches ontragéans qu'on leur adresse; ils savent que tons les partis se donne/it la main, que toutes les nuance- doninions se fondent, qiie toutes les voix se rcnnissent pour les accuser
Mil.'e clameurs s'élèvent ^1 la fois i\n milieu de nos cités pour leur reproclier, d'une part, la niisèie qui les tonsnme; de l'autre, l'insurrection qui les menace. Lyon, Grenoble, Marseille, Carcassoniie, tout le Midi a du sang qui crie vengeance La Bretagne, la Vendée les maudissent, et semblent prêles à secouer leur jong.
Les pijsons retentissent des plaintes de leurs victimes. Les tribunaux ne suffisent pas à la usultitude des coupables. L'humanité frémit au récit des attentats dont ils sont ie.> auteurs ; la religion pleure les outrages quelle en a reçus; et tandis qu'ils b;'ilis>ent des prisons, négiadcnt des chels-d'œuvre, laissent dérober de ricb.cs antiquités, élèvent des monumens en plâtre, donuenl des bals et dea-fètes, le commerce,' se délabre, le de'couragement et l'esprit d'indiscipline étendent partout leurs ravages et menacent la société d'une prochaine désorganisation.
Non, la presse ne saurait garder le silence; non, dût leur fureur s'i.ccroîtrc encore contre elle , rien ne pourra l'empêcher de crier plus haut (pie jamais : «Allez, l'opinion publique vous repousse, on ne veut pas de vous! »
Et ici ce n'est pas la France seide , c'est l'Europe, c'est le monde entier qui les rejette comme ôiL'i arli^-ans de mensonges tit de perlitlie, comme des fauteurs d'anarcbe tt de désordre! De (piel Iront o>ent-ils condamner la révolte, eux qui se sont révoltés les premiers? Eh quoi! à peine éckappés des ventes de carbouaris , ils viendront , en habit de cour , nous prêcher le
respect du trône, l'obéissance aux lois qu'ils ont faites, el la soumission à leiu" bon plaisir ! Non , itfur conversion est trop prompte, trop scandaleuse, trop intTcsse'e surtout; nous n'y
croyons pas!