LE MARIAGE
Faut-il se talonner, se battre les flancs pour saper l'œuvre de nos Lilliputiens? Non, rien qu'en y songeant, la verve s'éveille, le feu sacré s'allume, l'indignation commande, et les faits vieoneot en foule s'olfrir à votre esprit; les reproches se pressent sous votre plume, et jettent l'affront à leurs visages ignobles.
Voyez, c'est comme une émeute qui travaille ma tête; je ne sais auquel entendre de leurs méfaili, ni quel choix faire entre
les mille et un objets qui tn'apparalssent souilles de leur contact. Là, les tours de Notre-Dame s'cbraulent ; ici , la nuit des Prouvaires gionde; plus loin, c'est une ëraeute qui hurle; un cabriolet qui mystilie une souTcrainctt de coin de rue ; un bateau à vapeur qui enfunie l'horizon de jtjillet, et fait mentir le tele'graphe ministériel. Entendez-vou-. les imprécations de celte fille joyeuse à cau-^e d'une tèle qu'on promet à sa fureur? Entendez-vous ces ge'uîisseraen-. de vicliraes qu'on égorge , ce bruit de verroux qu'on agile, ces juges qui condamnent, ces soldats qui sabrent, ces coffres pleins d'or qui font un vide si affreux à notre piopric'té, et puis cette fête de roi qui tombe dans l'oclavc de la peste, et passe silencieuse comme un convoi? Oh Diôd !
Cerri, Condé, ombres sanglantes, que me demandez-vous?
Non , c'est à coups de tonnerre que vous devez être venges; et moi je n'ai que des grelots à secouer à l'oreille des coupables î... Ah! j'aperçois Le'opoid qui s'avance vers Compiègne. Deux souverains nés d'hier vont s'embrasser aujourd nui. Jeunes cdiircnnes , fleuries sur des paves sanglans,ccngratniez-vous! Jeuries cours en habits neufs, mariez vos gloires, fiancez vos renommces! La letraite de Lonvain doit faire bon ménage avec \i pri:e d'Ancône, et, sans de'roger, le lion belge peut s'allier au coq gaiilois! Majestc's parvenues, illustrations de barricades , toutes deux n'ont reçu que l'onction de la place publique, et le satre populaire di> poignées de main ! Toutes deux devaient se rechercher entre tous , s'accoupler en dehors des vieilles souches monarchiques; il y avait parité' de puissarjce, homoge'ne'ite d'origifiC. Le'opold , roi marron, en épousant la jeune bourgeoise à son premier (juartier de royauté' , Ta provigner des souverains remplaçans pour tontes les barricades de la terre ; et c'est l'Angleterre, celle vieille enlremetleuse , qui se chargera de les pourvoir! Oh! dans quelle joie cette alliance Va jeter les deux nations! Quelle aubaine pour la Belgique si elle parvient à nous faire entser de moitié' dans ses protocoles, et à nous rendre solidaires dans ses dëfailes! Et la France' d'oili lui viendra sa
joie?.... Elle? ah! en payant ge'ncreutement les violoijsde la noœ!
Non, ce n'est pas le bonheur de la patrie, le bonlieiu* de tous, c'est de l'or, et de l'or pour eux seuls qu'ils ont voulu, ceux qui, en ibSo, disaient : les barricades sont admirables , et aujourd'hui n'en veulent plus; ceux qui trouvaient la hb<;rte divine, et aujourd'hui la pourchassent comme une bêle fauve; ceux qui trouvaient les biographies , les pamphlets , les caricatures, les chansons, les charivaris délicieux, et aujourd'hui les dénoncent aux fureurs de la police; ceux pour qui la rcvolle c'tait alors le plus saint des devoirs, et qui la ccndamnent aujourd'hui, parce qu'ils la craignent; ceux qui maudissaient les gendarmes et les agens d'une force prolectrice, el aujourd hui
s'entourent d'un triple rang de mouchards; ceux qui pleuraient comme des femmes sur rcnormitc des impôts, et les ont doublés à leur profit ; ceux qui suaient sang et eau pour défendre la liberté' de la presse , et dont fous les efforts tendent maintenant à l'e'touffer dans nos mains; ceux qui souscriraient en fa- \eur de tous le; me'confens , et font sabrer aujourdhui ceux qui t;e plaignent ; ceux qui conspiraient , s'associaient , jetaient (eu et flamme contre le pouvoir, et aujourd'hui , qu'ils s'en sont empare's , le font peser comme un joug de fer sur le peuple ; ceux qui ge'missaient sur la perte de notre gloire militaire, et aujourd'hui la re'sillent au be'nc'fice de l'Angleterre.
Ont-ils voulu le bonheur ge'ne'ral , ceux par qui le commerce est ane'anti? ont-ils voulu la gloire de la patrie, ceux qui ont abandonné la Pologne et refuse la Belgique? ont-ils voulu la tranquillité, ceux qui font fusiller la Vendée, la Bretagne, Lyon, Grenoble, Marseille, Béziers? etc., etc.
Ont-ils voulu la liberté , ceux qui retiennent plus de huit cents citoyens dans les fers? ont-ils voulu l'abondance , ceux qui ont vote deux milliards d'impôts? Répondez, Français; et jugez vous-mêmes les hommes qui vous gouvernent.
II y a plusieurs années, à une époque de funeste me'moire, il existait un homme qui ne portait de l'espèce humaine que le nom. Véritable type de tous les vices, c'était dans la plus sale débauche qu'il avait passé les premières années de sa vie; il se préparait ainsi , en abrutissant tous les seolimens qu'il avait reçus de la nature , aux forfaits inouïs qui devaient eu faire pour tous les siècles un objet d'horreur.
Plein d'ambition, et cependant incapable de profiter des circonstances qu'il rencontra , par ses soms d'horribles massacres avaient déjà eu lieu, la famine avait ravagé la France, et une populace égarée avait commis des attentats dont l'idée seule fait frémir....
Tout cela ne lui suffisait pas cependant , la vue du sang semblait réjouir son âme ; il lui fallait encore une tête !..
Cette tête était celle de son bienfaiteur!., celle... enfin une tête de roi !...
Le crime triompha , le sang qu'il demandait lui fut accordé.... il allait jouir encore d'un nouveau triomphe.
Le sacrifice va être consommé ; déjà la fatale charrelle roule vers le lieu fueste... Mais il voulait jouir des derniers momens de sa victime , se repaître de son agonie ,... et , à la vue de son sang, sourire d'un rire infernal....
Il se trouve donc sur le chemin de la mort ; il sera témoin du supplice du juste.
Mais quel est ce jeune homme qui raccompagne? aimerail-il déjà, cDm:nc son père, le crime et le meurtre?
Oui , ce jeune homme est son fils ; il est du même sang que
son père.
C'est lui qui demandait à une troupe de scélérats de nouvelles lanleines, et s'endurcissait aux forfaits qu'il devait commettre j)Iustard.
Ouoi , danî un âge si tendre , à l'c'poque où le cœur est ouvert à tous les senlimens ge'ne'reux!..
Il est des élres qui n'ont reçu de la nature que des vices, et celui-là est un de ces êtres pre'desline's.
Anéions-nous ici, ne retraçons pas une scène d'e'chafaud , laissons-les à leur joie satanique... la victime a succombe' ! !
Après l'exc'culion ils se retii'èrent tranquillement , une fêle les allendait !
De ces deux hommes, l'un mourut quelque temps après sur la place de la lléi'olution , mais l'autre...
L'autre , le Ciel a , jusqu'à présent , relarde' sa punition.... [Gazette du Nivernais.)