LA LEGALITE
— Comment, monsieur, vous mettez les scellés sur les imprimeries î Y pensez- vous? Et la liberté de la presse?
— La liberté de la [iresse ! Ah ! ah ! ah ! pauvre dupe que vous êtes, vous avez joliment donné dans le panneau. Ne voyezvous pa> quec''était pour avoir l'argent et les places, voiià toat; allons n'y pensez plus.
— Mais, monsieur, ces arrestations arbitraires, sans motif, au mépris de la liberté individueilfî et de la Charte-vérité
— Oh! délicieux! délicieux! la Charte-vérité I Vous avez
donc cru à tout cela ?
— Eh! quoi, ce n'était
RÉUSSITE COIMPLtTE.
L'homme juste-milieu , sur le seuil de »a boutique, se croise les bras , se mord les lèvres , et se dit : « Les choses vont bien , très-bien , on ne peut pas mieux. Nous irons à la cour, aux revues, nous illuminerons; maiï je n'ai pas vendu une aune de ruban depuis deux jours. » Un équipage s'arrête à sa porte ; une belle dame en descend. « Qu'aurai-je rhonuetir de servir à madame? que veut madame? Nous avons un assorliniciat cotn-
piet de nouveaulc's, premier choix, au plus juste prix » La
dame ouvre de beaux yenx , rougit le'gèrement , balbutie une
excuse, et. eUe s'est trompée, cV.st à côte' qu'elle cro^'ait
entrer, dans le petit magasin du voisin le carliste. Elle a cependant toute une toilette de noce à acheter, des robes, des chemises, un trousseau, que sais-je! mais les écus sont carlistes; et l homme juste-milieu se remet .^ur sa porte pour voir entrer la dame chez le voisin; ensuite il regarrle en l'air, il (redonne la Parisienne avec négligence, comme s'il était content, et se dit : « Les choses vont bien, très-bien, eu ne peut pa.s mieux ; nous sommes des he'ros depuis que les a.Ures sont morts. » Au même insl.nnt un ji^une homme s'avan.-? au comptoir , et demande des gants. Dix boites sont acSiio. étalées sous ses yeux. « S; monsieur va demain à la revue du joi , voici ceux qui lui conviennent de prcfc'reuce ...» Le jeune homme lève la tête, lixe le boutiquier entre les deux yeux, reprend brusquement son chapeau et sort.... « C'est un fou , dit l'iiomme juste-milieu ,
laissons-le Au surplus, les choses vont bien, très-bien, on
ne peut pas mieux. J'aurai peut-être la croix. » Comme il allait h8 trotter les mains de satisfaction , on lui remet deux lettres. Dan, la première il lit :
u Monsieur, les derniers èvèneniens me de'lerminent à partir V pour la campagne, où j espère me fixer avec ma famille; en 0 conMc'(iuence, je vous renvoie les deux schalls que ma femme << avait choisis chez vous.
« Bien entendu que , par la même raison , je ne prendrai pas « le service de table damassé que je vous avais demande'.
« J'ai l'honneur, etc. ■
«C'est un noble, dit l'homme juste-milieu en froissant la lettre de dcpil ; je ne m'ctonue pas s'il e,t furieux de ce que les choses vont bien , très-bien , ou ne peut pas mieux. » Et il lit dans la seconde lettre :
d Vo> elTels ont clé protestes , je vous avertis que je lire à vue « sur vous pour fin coui'ant »
« Diable ! diable ! dit en se grattant l'oreille l'homme qui n'a pas vendu une aune de ruban depuis deux jours , je n'ai pas de
fonds ! !.,. Mais , bah ! après tout , les choses vont bien , trèsbien , on ne peut pas mieux ; nous dëfiierons au pas de charge devant Sa Majesté. »
Tel qui rit vendredi , dimanche pleurera.
Qtuind on a eu le bonheur d'avoir plusieurs poigue'es de maui, (Jeux leVolutious, une guerre civile et 'a pesle, Total de sic'ge est tout ce qu'il y a de mieux au mdnde pour un peuple libre ; c'est pourquoi , comme dit le Moniteur, Paris ne se sent pas de joie. L'eulhonàasme est si haut monte', que pour le peu que cela continue, on ne saura que faire de la pi ospc'rite'.
lïel.'ts ! quand le pauvre Lafayclle vit sa meilleure des re'publiques tIc'grJngoier à l'ctat de sie'ge, il eut envie de se convertir au despotiàme Ijoargeuis, et de jeter sa perruque au nez de Gisquet ; à cet effet, il ccrivit à son premier ne de juillet :
« J'ai eu raiile peines de regagner ma pauvre maison, tant la « vue des barricades cmoustillail encore mes vieilles 'acuités ho- « raériques. Toutefois, rassurez-vous; sprès avoir flairé les « pavés, je me suis convaincu qu'ils n'étaient pas purs de ci- « visme; et l'aspect de Vidocq en habits de colonel rural, ma « démontré claiiement q»ic l'intention de toute la France çiull « de s'arrêter au petit foïsé. Je puis donc vous affirmer qu'il « ne m'est pas venu la plus légère velléiié d'ac olei un nou- « veau candidat populaire. S'il s'en était ]rt'';seiilé, je lui refusais « tout net le saint baiser des deux mondes, seul et unique « sceau des dynastie pot-au-feu.
0 Salut el bénédiction. »
C'est ainsi <jue ces barricades gigantesques, dont la cînoe touchait aux cieux , et que raille jeunes héros défendaient, sont tombées sous la mitraille dictatoriale. Le soleil de juin a refusé son regard d'immortalité à cette jeunesse cou-lumière de gloire, et ai'dente à mourir. Le soleil de juin , felcn ei vendu , s'est tenu caché, abandonnant ia vie des braves au feu dessergens, et leurs corps à la Morgue. Ils sont morts entre dtux gloires, sans en recueillir une; entre deux jours, sans Icudenaain ; entie deux victoiies, sans couronnes. Mais il y a une voix qui parle aux siècles, qui porte les failsà l'avenir, purs decourtisannerieetde basses séductions; c'est elle qui venge le héros, réjouit sou ombre , en même l-«mps qu'elle flétrit ia mémoire du cot>aid et du traître; elle viendra dénoncer à une autre génération ces cendres oubliées : «t demander justice pour eilc'^.
LA NATION RÉCOMPENSE LE DÉNONCîATEUll.
Monsieur le préfet ,
J'ai l'honneur de vons de'nonccr mon père; c'est un sce'lërat de carliste qni refuse de me cider son fonds, parce que je suis pour la bonne cause- Monsieur le préfet, Plein d'oltachenient pour Lou;:5 - Philippe , et d'admiration pour ses verlus, jai riiouncur de vous dénoncer mon frère aîné comme rc[)uljlicain , horiune dangereux et ennemi du roicitoyen. Je me recommande à vos boutés pour une place de seigent do viiie.
Monsieur le prc'fet ,
Mon maître d'apprentissage a tenu, l'anlie jour, i\n proj)os contre Louis -Philippe, et a r<:fnsc de tirer sur !e j>euple. J)e |>his, monsieur le pic'fet, il veut me forcer a finir inon temps chez lui , tandis que je suis assez fort pour travailler à mon compte.
Monsieur le prc'fet,
Mon voisin , qui a aussi im commerce de brosses, est comme un crin depuis le 6 juin, vu que les héros de juillet n'ont pas Iriomphc : «e serait un grand bien pour les honnêtes gens d'en être délivres.
Monsieur le pre'fet,
Je connais un particulier qui a deux bie.-se's de cacliës chez lui ; si vous Voulez me donner une recompense honnête , je vous les li^'rerai.
Monsieur 1:^ p-re'fet,
Mon mari est le plus infâme des conspirateurs ; je le dcncnce à \o\ye j'uslice. Le jeune homme qui vous remettra celte lettre, est dierue de toutes vos bontés.
Souscription ouverte à Paris.
M. Deudé des Ormes , 2 fr. — Trois pompiers, a fr. — Une dame, qui déteste Chose, parce qu'il n'est pas à sa place : elle l;iit des vœux pour le retour d'Henri V et de sa mère , 5 fr. — Trois pompiers, qui naiment pas le juste-milieu , et qui sont trè>-vexés qu'on leur ait fiit jouer le rôle d'apothicaires, 2 fr. — Vu anonyme (nom illisible) , 5 fr. — M. le vicomte deTouchehœnf-Clermont , 5 fr. — M. Morvant , i 5 t'v. — M. L. -Henri de la B**"*^, ami des Cancans, détenu à Sainte -Pélagie par
l'infême juste- milieu, le liberticide, aS c. — Dellanger, VeadéeD-fcenriquinquii>te , i fr. — Un habitant du fieparlement de l'Aveyvon,. i fr. — Un brave , qui a reçu le baptême de feu à Alger, et qui se croit aussi bon chrétien que s'il l'eût reçu aux tccnes hydrauliques de la place Vendôme, 5 fr. — Un anonyme, 3 (r. — M*"*^ de H'*'**, qui raflole des Cancans, et qui appelle H. V de tous ses vœux, lo fr. — Un coiffeur de la banlieue, nomme' Leeg, 5o c — M. Vassas, lofr M. A. Jean,
propriétaire c'iecteur, iMinriquinquisle, cancaniste, qui donnerait de grand cœur la moitié de son revenu pour qu Henri V le dc'livràt d'un régime qui lui fait mal au cœur, i fr. 5o c. — Une dame de 70 ans, qui nourrit l'espe'rance de revoir le drapeau sous lequel elle est née, 5o c. — Une demoiselle, qui ne supporte le jitsie-milieu que dans le drapeau tricolore , 25 c. — M'^^ H. y. , qni désire , pour le salut de Chose , qu'il restitue le bien d'autrui, i5c. — Un artise, qui aen hon-eur l'athéisme, la révolte , le foulard , le poison et le poignard , 1 fr. — TNP''^ Cécile , qui aime autant son Henri V, que gros, gras et bête aime son argent, 5o c. — Une pâtissière, qui, depuis quarante ans qu'elle est établie, a fait moins de ùriochrs que le juste-milieu
depuis vingt mois, i fr. — IM"*^ veuve H , incurable,
carliste , Lenriquinquisle , qu; prend pour devise : Dieu et le roi légitime, i f r. — Une marchande mercière de la bonne ville de Paris, 2 fr. — Divers, 2 fr. — Un anonyme, 1 fr. — Idem, I fr. — Idem, 2 fr. — M""' Jolimont, qui restera toujours attachée à une famille aussi respectable par ses vertus fjue par ses malheurs, i fr. — Théodore D. P. , i fr. — B. , royaliste jusqu'à la mort, i fr. — Une dame légitimiste, 5 fr.
Souscription ouverte à Poitiers , au bureau de la Gazelle de l'Ouest.
M^^^ Chenebauet , invariable légitimiste, 5o c. — M. le baron deMortemer, 3 fr. — M. de Morineau, chevalier de Saint- Louis, henriquinquiste prononcé , 2 fr. — M. A.-A. de La-' tousche de Bonneuilmatours , 2 fr. — Un légitimiste dcRoulet (Charente) , 3 fr.
^% On est bien sûr aujourd'hui que Louis-Philippe n'es! pas roi par la grâce de Dieu.
^t% Cliose a dit au choléra: «Ote-toi de là que je m'y
mette. »
^•^ Montalivet a mis la France en état de siëge perce , chacun le sent bien.
^*^ On dit qu'on a tne dans les deux jours de juin pour plus de deux millions 5oo mille francs d'hommes , et qu'il a ctë crie' pour i5oo raille francs de vivats.
^% On écrit de Marseille : «En entrant dans notre ville, Poulot fit un effort pour imiter Aiesandre-le-Grand à son entrée dans Babylonne. Il roussit au-delà de ses souhaits. »
^*^ L'action rétroactive des conseils de guerre s'e'tendra , dit-on, jusqu'à la re'volle de juillet i83o; de façon que les deux glorieuses seront jugées en même temps.