PHILIPPIQUE
Ci"oyez-le bien ! ce n'est pas !à un tonnerre d'opéra , ce n'est pas la plaque de tôle mise en mouvement dans les coulisses par des mains payées depuis trente ans pour faire la pluie ou le beau temps, et qui après deux éclairs de poixvésine annonce l'arrivée des dieux en oripeaux et des déesses fardées.
Nc«i : c'est un cri de vérité, une clameur d'indignation, un rire de mépris, de désespoir peut-être, lancé dans l'espace par des bouches jeunes et pures qui n'ont jamais menti à leur conscience , qui jamais ne se sont approchées des banquets ministériels, qui n'ont jamais donné aux rois ou aux peuples des baisers de Judas , pour prononcer ensuite avec un souris de contentement : Jlle sitm qui iradicUt . c'est moi qui l'ai livré.
Ah! sur ce chaos ([ui remplace l'ordre et la création, sur ce cadavre qui fut la Fiance, sur ce cadavre où se traînent comme des vers immondes l'ambition , l'envie, la sottise et la cupidité, sur ce champ de bataille honteux où l'esprit des faux systèmes, l'égoïsmc et la peur ont triomphé de la vérité, de l'honneur et du courage, où le libéralisme a tué la liberté, l'industrie le commerce, le patriotisme la patrie, n'avez-vous pas désiré quelquefois entendre gronder un tonnerre vengeur, qui fasse pâlir les méchans, ouvrir l'œil aux disciples assoupis, et dire aux bons : Le ciel n est donc pas désarmé !
Eh bien! ce tonnerre, puisque le ciel nous le refuse, puisque la justice a conservé son pied boiteux, puisque sa vengeance s'exerce lentement et en détail, nous remprunterons à l'opinion publique... Il gronde déjà ce tonnerre sur ces pygmées qui se fout hauts pour faire croire qu'ils sont grands , sur ces Titans ridicules qui ne voient dans toutes nos institutions, dans toutes nos croyances, dasiJ tous nos souvenirs d'amour et de respect, dans
toute notre expéiitruce du mallieur et du passé, que des ruines à laiie pour les eu tasser sur les ruines déjà faites , et arriver ainsi par surprise et par escalade , celui-ci à ia fortune qu'il vole^ cet autre au trône qu'il usurpe, les uns à la croix qu'ils abattent, les autres aux réverbères qu'ils soufflent par amour pour les luaiiètes et pour la liberté— des poches.
Ce tonnerre , nous irons le réveiller dans les mains, où il dort ! Nous l'armerons de carreaux écrasans pour le crime, l'usurpation, l'impiété 5 nous l'armerons de traits déchirans pour la sottise, l'égoisme, la crédulité! nous lui donnerons des éclairs qui perceront la double taie sur les yeux de l'aveujjle , des éclats qui feront entendre lu sourd !
Peuple que la révolution a trompé, déshonoré, ruiné, décimé ! peuple quela révolution veut décimer, tromper, ruiner, déshonorer encore, à toi notre cri foudroyant! Le tonnerre n'a qu'une explosion : il ne menace , ne gronde que par les échos qu'il va réveiller dans les profondeurs du ciel ; à nous les échos de la terre ! A nous, peuple , ta voix pour retentissement quand nous crierons p,uerre aux traîtres , aux menteurs, aux brouillons, aux liloux ! guerre aux usurpateurs révolutionnaires d'hier et d'aujourd'hui , et à ceux qui croient légitimer leur escalade en en empêchant une nouvelle , et à ceux qui reprennent haleine pour en tenter une seconde. Oui... nous ferons la guerre! oui notre fouilre , qui sera la tienne, grondera sans relâche^ sans pitié jusqu'à ce que le ciel épuré revoie le signe d'alliance et de pardon , jusqu'à ce que la terre, délivrée du limon des révolutions, se couvre de lis, jusqu'à ce que nos vieillards s'écrient en6n : « J'ai vu le salut d'Israël, et je meurs eu paix ! »