‹ [Les Cancans]Chapitre 179 sur 297 · FAUSSE NOUVELLE · texte numérisé non relu

FAUSSE NOUVELLE

Un ouvrier, barrière Popincourt, était d'une ressemblance si frappante avec S. M., qu'on l'appelait Louis- Philippe. Cet nomme avait l'habitude de boire beaucoup. Dimanche dernier il n'y avait pas manqué. Lundi il se sentit indisposé, et il mourut presque subitement. Ses compagnons de travail ont dit à ce sujet, dans tous les ateliers, que Louis-Philippe était mort. Ce propos a été recuiilli par les passans et accrédité dans Paris.

[La Tribune.)

OBAîSON FUNÈBRE.

Louis-Philippe est mort ! nous ne verrons plus ce maître des maçons^ ce roi des gâcheurs pointu* de tête , gros de

veiUrc, plat lie figure, pendant déjoues et riche Je favoris I Qu'il était beau , quand sifflant la Parisienne ou jjrouiclant la Marseillaise , la truelle en main et sur sa tèle le chapeau jjris <.\m jamais ne quitta sa tricolore fidelle , il re plâtrait quelque vieille bicoque, effaçant avec un sourire malin sur les murs délabrés les traces des balles de juillet ou les lettres séditieuses d'un vive l'a liberté ! ou d'un vive Henri FI

Qu'il était beau les jours de ripaille, le dos au feu, îe ventre à table, buvant sans se faire prier à la santé de ceux

qui payaient l'écot Il payait le vin , le compère , en récits

belliqueux, en contes à dormir debout ; et quand il fallait régler la carte, comme il trouvait bien le moyen de s'exqui ver! Comme il disait avec une naïve bonhomie : « Mon Dieu, mes chers amis, désespéré... j'ai oublié ma b:)ursc I » Pauvre Lo-Io î qu'il était libéral quand il ne lui en coi*tait rien... » Mes cliers camarades, mes cbers concitoyens!... » Sa bourbe ne s'ouvrait que pour ces douces paroles... Sa main ne s'ouvrait que pour serrer celle du premier venu, dans la journée s'entend j car on dit que le soir, à la sourdine, et quand il était renfermé chez, lui , elle

serrait autre chose Quoi? L'ar-^jent de ses pratiques qui

payaient bien cber un mauvais ouvrage; car il faut bien le dire, Louis-Philippe housiUait. Des parties de son métier, celle qu'il entendait le mieux était le recouvrement • mais il s'était perdu dans les ravaleinens, et n'avait jamais compris les fondations. Il n'employait dans ses constructions que de mauvaises pierres de grès, comme qui dirait des pavés ; sa chaux était troo éteinte, et personne ne voulait des mortiers dont il avait fait usage.

Quoiqu'il n'ait réussi que dans les escaliers dérobés , quoique toutes ses cheminées fassent fumer, et que tout le monde se plaigne de se>^ mauvaises niches, on l'a vu, le gros père, mener sa barque à bien. N'a-t-il pas troqué sa boutique contre une superbe maison dont le jeune propriétaire est absent. Il aurait pu y venir comme tuteur, il aurait pu craintire le nom que l'on donne aux détenteurs du bien des autres... Ah bien , oui ! vous connaissiez l'ien noire liomme... 11 y entra en maître, il s'y gobergea, il y tenassa, il s'y arrondit... C'est que Louis-Philqipe était philosopha et courageux; c'était en outre, avouons-le tous, un bien bon parent. Courageux qui dit le contraire ?de méchantes langues de la petite Pologne, ou des bavards du boulevarl des Italiens peut-être. Laissons-les dire , il nous a légué, à nous ses admirateurs, des noms fameux à jeter au nez des médisans... Il y en a peu à citer, c'est vrai; deux, n'importe, moins on a d'armes, plus il est nécessaire d'eu faire bon usage. Ne craignons p:is les répétitions, et «i notre liéro^ es»

mort, le souvenir de ses exploits, quoique bien usé, grùces à nous, n'est pas encore enterré.

Adieu , bon Français , bon patriote ; adieu , charmant Jioué, qui fis tes affaires avant les nôtres; c'est en vain que l'on ritde tes 772«/îo?i:n're,9, nous, tesadmirateurs,nousgarderons le souvenir de tes traits si chers, tu seras toujours sous nos yeux, quoiqu'on plaire, et nous crierons aujourd'hui avec M. de Jouy : « que la terre te soit légère , à toi qui pesas sur les épaules de tant de gens ! Adieu, nous graverons sur ta tombe arrosée de nos larmes :

Ici, dort un eros inacon

Qui replâtra sans construire;

Pour trône il prit un moellon,

Et fit moins trembler que rire.

Ah ! plaignez le pauvre sire ,

Il n'eut de roi que le nom.

NOUS NE LEUPt FAISONS PAS DIRE .'

On lit dans le Temps , journal dévoué à la révolution de juillet :

« Qui a gagné à la révolution de juillet? Ce n'est pas le peuple , dont la misère s'est accrue , et que les aumônes du gouvernement n'ont pas toujours sauvé de l'oisiveté et de la faim; ce n'est pas le commerce, à qui les débouchés sont fermés par l'anarchie et par l'attitude menaçante de l'étranger; ce n'est pas l'industrie, qui produit peu ou ne produit plus; ce n'est pas le crédit, découragé dans son essor ; ce ne sont pas les arts, qui mendient ou meurent dans les convulsions : ce n'est pas la liberté, également poursuivie parles excès des partis'et par ceux du pouvoir j ce n'est pas la presse, qui vient d'essuyer plus de mille procès en deux ans,- ce ne sont pas les chambres, annulées par le ministère et fatiguées de débats scandaleux; ce n'est pas le roi, qni se trouve peut-être plus riche, mais qui certes, n'est ni plus considéré , ni plus heureux que le duc dOrléans; enfin, ce n'est pas la France, déchirée au-dedans par les factions, insultée ou jouée au dehors par la Sainte-Alliance. " Ministres du juste- milieu, quoi! vous proclamez glorieuse une révolution qui , de l'aveu de ses partisans de bonne foi, ne fait que du jnal et eu fait à tout le monde! Mais cela est d'une déraison inconcevable; une telle révolution n'est^ au contraire, qu'humiliante et honteuse pour la nation qui en souffre,

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