‹ [Les Cancans]Chapitre 183 sur 297 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

L", laurier seul piv.'crw i!e la foudre.

L'HOTËL-DE -VILLE.

Quaiul le présent attriste, quand l'avenir eiTiaie, pour occuper sou rej^aivl qui se détourne avec pitié ou peur^ ri)0!uine s'adresse au passé. Il ne veut point du présent qu'on lui a g-^té , et pour pouvoir espérer encore , il n'interroge plus que le souvenir.

Nous aussi , nous avons reculé dans le temps. Dans ce voyajje en arrière , arrêtés près des nijnumens de la ville sauvés par Sainte-Geneviève, nourrie par Plenri IV, embellie par Louis XIV, nous avons chefclié quelle avait été la fin de malheurs semblables à ceux c{ui rafrîi^enl en ce moment.

Suivez-nous au pied de l'Hôtel-de-Ville ! c'est un édifice d'un aspect bizarre , sombre et tragique. A sa singulière position, à la couleur sale de ses murs dédiirés par les balles, on dirait du géant populaire qui, acculé sur cette place de Grève, est allé s'accoter à son fa'ubourg Saint- Antoine , et reste là la face tournée contre le Louvre c[u'il regarde de ses cent yeux. Son arcade semble une bouche toute ouverte pour vomir contre luiles légions* c{u'il tient derrière en réserve , et ses flancs de pierre ont des retentissemens terribles pour ses joies ou ses colères , soit que la foule mugisse autour de l'échafaud qu'il garde pour ses bons jours, soit c[ue le bourdon voisin tinte la guerre civile. C'est là que sont les souvenirs de toiîtes les insurrections depuis la journée des M.iillots, en 1J82, c|ui lit donner aux Parisiens le surnom de Hlaillotiiis , ju:>i\un.ux jours de juillet j85o c[ui les décorèrent du titre plus pompeux de Ju'roi ; c'est là qu'on lit les iioius do tous ceux (|ui leur ouvrirent la carrière des séditions depuis Marcel jusqu'à Lafayette , et à ce propos \oyez si l'hisloire d'hier n'est pas celle d'aujourd'iiui !

« Quand le roy Jean fut conduit prisonniei- à Londres, quand fust cstablie la régence du dauphin, les Parisiens, dit un de nos vieux historiens, qui se veulent attribuer à tort la gloire cVélre les plus reconimandables entre les Français , et qui ont toujours prétendu sen'ir eux autres de modèle, voulaient que les affaires di* royaume fussent régies par eux, et que le dauphin ne fit et n'entreprit aucune chose sans leur advis et consentement. Et' les échauffait fort à cela JEstienne Marcel, prévôt àes marchands..., lequel ayant vieillj avec la même et constante idée de haine contre V autorité légitime , la voulait servir à tout prix! — >■

Le dauphin s'était éloif^né de Paris après avoir étéforcé, pour se sauver, de prendre le chaperon de Marcel « mipartie de rouge et de vert, qui estait la livrée de ceux de Paris Aussi a-t-onveu quelquefois, ajoute notre chroniqueur, que les bigarrures de couleur ont suscité grandes occasions de discorde.

« Mais bientôt, ajoute-t-il, les Parisiens s'ennuyèrent de ces guerres et troubles , de !a perte de leurs hommes , de l'intermission de leurr gain et trafic, de la famine qui se mettait chez eux , de leurs fatigues et travaux , et de leu«"s veilles aux remparts. Cet ennuy fut suivy de la mauvaise opinion • qu ils commencèrent à prendre du roi qu'ils s'étaient pour ainsi dire choisy, disant que c estait un brouillon, un perfide ^ un ambitieux, un doimeur de parole*s sans ejféct; il y en avait même qui V appelaient

traitre pour n avoir voulu seconder leurs fureurs et sur

ce mécontentement ils résolurent de faire leur accord avec le régent. Mais le méchant Marcel prévoyant l'ordinaire fin de ces sortes d'entreprises, pour la prévenir voulut livrer Paris au Navarrois, et ordonna à ceux qui avaient les clés de la porte de les livrer au trésorier du roy de Navarre ; mais respondant qu'ils n'en feraient rien , un débat sémeut entre eux. Un nommé Jean Maillard, qui gardait un quartier des murailles de la ville près des portes, profite de celte

auerelle. Il se précipite sur le prévôt, et le tue d'un coup e hache d'armes. Après quoi il prit une bannière aux armes du roy de France, et courant par la ville criant: Mont-Joie , Saint-Denis — il attira à sa suite une grande partie du peuple qui répétait : Paris au roi! Paris au roi! Ainsi les Parisiens , dit encore notre chroniqueur, ne pouvant souffrir l'insolence du prévôt, il ne faut s'étonner si d'une folle sédition ils firent naître une équitable justice, punissant cet homme téméraire par qui ils s'étaient révoltés contre le fils de leur roj- légitime héritier du rojraume. »

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