LES CRIMES DU CURÉ DE «AINT-GERMAIN- L'AUXERROIS
Vous vous souvenez du Mardi-Grns de i83i , de son beau soleil qui éclairait à la lois les impiétés de rArclievèché , les pBomenadcs burlesques des masques et les descentes de croix de toutes nos éf^liscs? Vous n'oublierez de lonj^-temps cette journée mémorable où Dieu a voulu réunir en un seul monicnt toutes les folies, tous les scan-^'ales que l'enfer peut conseiller.
Ce jour-là . j'étais revêtu de mon uniforme, et, comme tant de gardes nationaux qui, ainsi que M. Dupin, ne veulent, pas ({ue la liberté soit une conquête faite au jirofit des forçats libéi es et des voleurs, j'avais été commandé pour surveiller de près cette meute furieuse j j'attendais à la mairie du 4® arrondissement le retour d'une patrouille partie depuis long-tejiips pour aller protéger Saint-Germain-l'Auxerrois, lorsqu'un des grenadiers qui en faisait partie arriva seul au corps-de-garde , et, d'un air tuut joyeux , nous annonça qu'il avait trouvé chez le curé une très-grande c^antité de lettres et de papiers; que cette correspondance ne devait évidemment contenir que des scandales d'amour, des secrets licencieux dont la lecture promettait un grand plaisir. Les comtesses du faubourg Saint-Germain, les illustres dévotes du voisinage se trouvaient naturellement compromises. Tous nos gardes nationaux riaient d'avance en calculant les avantages de cette précieuse découverte ; les jésuites, les carlistes étaient maudits de nouveau ^ ou comptait tout ce qu'ils avaient dévoré de budgets pendant quinze ans: enlin, on procède à l'examen des pièces d'accusation. Nos soldats citoyens, rangés autour de la table , écoutent avec avidité; le sourire est sur toutes les lèvres: une cpigramme va sortir de chaque bouche.
Le lecteur commence :
« Monsieur le curé ,
« Recevez , au nom de toute ma famille, les remerciec( mens de nos cœurs reconnaissans- J'ai reçu les cent francs « que vous m'avez envoyés pour les couches de ma pauvre « femme. Vous êtes notre providence et notre sauveur ; « nous prierons Dieu pour vous, et nous vous demandons <i vos bénédictions. »
Toutes les figures reprirent leur sérieux après la lecture de cette lettre.
On eu ouvrit une autre qui était à moitié déchirée :
« Monsieur le curé, « J'étais détenu pour dettes à Sainte-Pélagie ; je supporte tais mon sort sans prévoir la (in de ma misère, quand t( j'ai appris que vous aviez donné trois cents francs pour
( à ) « me faire sortir. Ma vie entière ne suffira pas pour recon- .< naître votre bienfait : vous sauvez mon épouse et mes << enfans en leur rendant leur unique soutien. -.
En marge était écrit : « Enjjager cet homme à venir me <> voir pour que je lui procure de l'ouvrage. »
Celte seconde lettre fit faire de sérieuses réflexions: on en parcourut une troisième , une (juatrième ; elles étaient toutes du même style. Les discours changèrent alors de motif et de but; une impression profonde était restée dans tous les e.'sprits. Le tambour battait; en un instant on se trouva sous les armes; on partit pour défendre l'Archevêché^ et l'on fit plus de vingt prisonniers, qui , cette fois, ne furent pas relâchés, si ce n'est à la Préfecture de police, parce qu'il n'y avait plus de place. [Historique.)