‹ [Les Cancans]Chapitre 189 sur 297 · LA GARDE ROYALE · texte numérisé non relu

LA GARDE ROYALE

Halte-là!

La garde royale est là.

Vive Dieu! comme eut dit notre roi Henri IV, ce sont là de braves f>ens, au cœur haut, au bras fort; de braves gens sans tache comme leur drapeau , que le boulet du Trocadéro et le vent de la Sierra a déjà effilé, aussi bien que celui qui revenait de Vienne ou de Berlin I

Ils nous sont restés dans le cœur et la mémoire ces'*)raves et yrands soldats avec leurs uniformes , qui rappelaient à la fois et ceux qu'on voyait à Fontenoy , à travers la fumée anglaise, et ceux que le soleil d'Austerlitz fit briller quand il se leva peur la victoire!

Jamais nous n'avons mieux compris ce que devrait être la France actuelle, qu'àTaspect de cesfières et nobles phalanges, fusion heureuse de toutes les glaires, et où l'ancien des Pyramides et de Marengo , après avoir parlé de la redingotte grise, se laissait raconter par le Vendéen comment M. de Lescure à Chollet se découvrait sous le feu, parce qu'il apercevait la croix au-dessus des halliers, comment Bonchamps sauvait les Bleus à Beaupréau.

Sans avoir vu cette armée républicaine où l'honneur s'était réfugié , et où la Convention le poursuivit encore à coups de guillotine, on se figure l'aspect de ses rangs qui se précipitaient en avant pour ne pas regarder derrière , car les bourreaux y étaient, qui mâchaient des cartouches pour oublier qu'ils manquaient de pain , qui se jetaient sur les étendards ennemis pour raccomoder les déchirures de leurs grossiers habits, et faisaient de leurs exploits, de Ifturs chants de victoire, de leurs tambours, de leurs armes, un bruit qui les étourdît, un bruit capable d'étoutfer à leui^s oreilles comme à celles de l'étranger les plaintes des viclimes, les coups de la hache , et les imprécations des massacreurs. Dans ce temps de passiun , où le crime, où la vertu, où la modération même ;, avaient un

ail de tléliie, ou penje (jue cet air ne manquait pas aiî courage , et je vous lo jure , nous avons vu dans nos rêves défiler ces bandes héroïques dont le pas ordinaire était un pas de charge, ce pèle- mêle glorieux qui n'obéissait qu'à celui qui criait le plus fort : eii avant j et ne se ralliait qu'en face de l'ennemi.

L'on a dit à tort que Napoléon était la révolution faite homme , mais on peut dire avec raison que la garde impériale était Napoléon fait troupe; il y avait des éclairs de son œil dans tous ces yeux , quand de loin on apercevait briller les dômes d'une vieille capitale à prendre , ou flotter les drapeaux d'une nouvelle ai-mée à vaincre. Tous ces vieux grenadiers étaient brusquement gais , ou brusquem-eut pensifs comme lui, grands enfanss'amusant d'un rien, vieux grognards murmurant toujours; comme lui ils avaient besoin de repos, et n'étaient à l'aise qu'au bivouac, soit qu'on le dressât dans la cour de l'Escurial, ou à l'entour du Kremlin ! comme lui poursuivis par d'étranges presscntimens , on les trouvait sombres et mornes après le triomphe, et l'on entendait dans leurs rançs : « Et demain ? » Non que ces braves gens s'effrayassent à l'aspect des dangers, des fatigues de l'heure suivante; mais ils voyaient dans l'avenir s'avancer un jour triste, fatal, dont chaque nouvelle victoire pressait l'a^urore sanglante.

Ainsi dans ces hommes de fer, muraille vavageuse aux brèches toujours réparées, sombres visiteurs de tous les palais de l'Europe , on devinait la présence de celui qui , ayant mis la force à défaut du droit, l'employait un peu farouche et encore brutale ; et l'on reconnaissait dans les soldats de notre g;irde royale l'influence de ceux qui ayant pour eux le droit, voulaient une force calme, réfléchie et pour ainsi dire plus civilisée.

Oh I oui , laissez-les dire ! elle était digne de la France cette noble réunion d'hommes qui lui gardaient son roi.... digne de la France d'alors, entendons-nous, de la France puissante par les leçons du passé, forte par le bonheur du présent, jeune encore pour la gloire à venir, de la Framce calme , confiante et se reposant sous des lauriers.

Oui I laissez-les dire , il y a un parfum de gloire , d'honneur, de loyauté dans le souveni-r de ce corps de braves. Son existence se rattache au temps le plus heureux dont ait joui»depuis long-temps notre pays. Poétique comme la naissance de l'enfant qui a joué à l'ombre de ses drapeaux , son existence a été glorieuse, car elle a fait respecter la France , car elle avait des représentans aux conquêtes de Cadix et d'Alger,, car plus d'une fois elle a fait pâlir les factieux, car elle a empêché pendant quinze ans le débordement des maux qui nous déchircTit depuis deux ans. Laissez-les direl Les véritables héros sont ceux qui

( 3 ) n'ont pas été les agresseurs, qui pendant trois jours au nombre de 4>200 bxunmes, sans pain, sans vin, sans commandement, et presque sans munitions, résistèrent à une population nombreuse animée par les écus des banquiers conspirateurs; grossie par des hommes d'expédition.... (nous ne dirons pas où on les avait trouvés) par des hommes depuis long-temps enrégimentés , bien armés et

tous prêts au coup qu'on préparait depuis quinze ans!

Laissez-les dire ! leur dernier jour est encore un triomphe, car la mort est une victoire lorsque l'on meurt pour la vertu.

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