DL4L0GUE
LA JlÈr.E , LE FILS ET LA FILLE. LA MÈRE.
C'est vous! je vous retrouve enfin I mon fils... ma fille ! cbers enfans — je ne puis m'arracher de leurs bras!
LA FILLK.'
0 que tues restée long-temps loin de nous!
LE FILS
Et tu reviens de France!!...
LA AlÈRK.
Encore des baisers! encore des caresses!
LA FILLE
îlatnan , nous t'aimons tant!
. L/V MiîRr;.
Oui ce sont eux.... les voilà ! réunis sur mon cœuri
pauvres enfant' si jeunes, si beaux! et penser f[ue j'ai
risqué de ne plus jamais les revoir; Mon fils, rejjardeinoi ! — c'est à toi que j'ai sacrifié ce bonheur que me l'ont .goûter vos rejjards, vos caresses à tous deux!.... tu vois com'rjien il est grand ce bonheur : jujje combien je t'aime î
LE l'ILS.
Et tu reviens de France!!!
LA riLLE.
Pauvre mère! vois, Henri, quel air de fatigue! ses bras sont maigris ses joues sont halées
LE flLS.
Par le soleil de France ! Oh , laisse-les moi baiser encore !
LA FILLE
Que de périls, de travaux pour toi! que d'inquiétudes pour no'js !.. . La nuit, quand le vent battait les croisées du vieux château, quand le tonnerre grondait sur la cîme des mon^agnes hospitalières: Mon frère, entends-tu, disaisje hélas! où est notre pauvre mère!
LK FILS
Et je te répondais: En France, ma sœur! sous la garde
de Dieu et de ses fidèles Bretons en France ! Ah I toutes
lesnuitsy sontbeiles on dort si bien sur la bruyère!
Je m'y suis essayé... oui, mère... pour que tu m'emmènes avec toi quand tu repartiras. Après une nuit dans les montagnes, le matin, en me réveillant enveloppé de mon manteau, je ii'y pensais pas et pourtant je n'entendais point au loin pour me refaire une cloche de France, ou la diane d'un régiment de France
LA MÈRE
Regarde-moi! quelfeu dans ses yeux — mon fils!., c'est
un homme déjà La France tu l'aimes donc bien,
Henri!... aimes-la, mon fils, l'on y souffre avec coutagé pour toi ; car par toi, l'on espère encore î
LE FILS
Espérance! Henri! oui, ces deux mots vont bien
ensemble! l'un n'ira jamais sans l'autre — Un jour.... je pourrai peut-être donner aussi ! Je veux que le pauvre surtout ne les sépare jamais!
LA FILLE
Embrasse-moi aussi, mon frère... N'est-ce pas, maman, qu'il mérite qu'on l'aime !
LE FiLS.
pis-moi, mère, dis-moi qu'ils m'aiment on France.... Tu
en arrives, . . tu dois bien le savoir. . .ils la'ctimcut n'esl-ce pas? Pauvre enfant!... qu'ai-je fait, moi, depui tleux ans pour qu'ils ne m'aiment plus..? 0 mes rêves, mes rêves de chaque nuit ! Ma légère voiture glisse encore au milieu des cris d'amour c'uu peuple heureux et charmé... et je vois des bouquets qui se balancent sur moi, des drapeaux qui me saluent, et je ris à des femmes en pleurs qui me montrent à leurs enfaus.., Avec eux un jour j'aurais battu l'ennenù... El puis je me retrouve avec mes vieux grenadiers... la voilà ma brave garde royalel.. C'est moi mes vieux amis... c'est votre fils, votre élève... c'est moi, ce petit enfant quia reçu le baptême sous vos drapeaux... Ici mes lanciers, nous verrez cooin.<<e je guiderai vosbrillans escadrons... Donnez ■un fusil , mes troupiers! croisez bayonnette ! un! deux! n'est-ce pas bien ainsi! el n'ai-je pas bien étudié ce mouvcnîént ([ui devant vous a si souvent fait pâlir l'ennemi?... A moi gardes-du-corps, cuirassiers, hussards, chasseurs... li'dgatelle maintenant c'est le bivouac avec vous!
LA FILLE
Et tu te réveilles dans l'exil^, pauvre Henri! l'exil!.... pour moi aussi il est bien triste! Je ne rêve pas de soldats,
de bivouacs mais je pense à ces jours si beaux et si
bien occupés par nos courses dans l'atelier de l'artiste, par nos visites dans le niagasin du marchand! Ou'd était doux d'assister à la création de tant de merveilles, de saluer les travaux de ces hommes auxquels notre patrie doit tant d'éclat et de richesses! qu'il était doux dépenser ([u'un mot, qn'un sourire de maman, étaient déjà une récompense.... Et ils n'ont pas oublié c[u'<jlle ne s'arrêtait pas là !
LE FILS
Ventre-Sainl-Gris! c'est parce qu'on peut donner (ju'oa est lieureux d'être prince!... Un roi avare c'est un roi voleur, puisqu'il retient pour lui Targenl que le pays lui donne seulement pour le distribuer selon le mérite, les services et les besoins de ses autres enfans!