‹ [Les Cancans]Chapitre 20 sur 297 · LES PRISONNIERS EN VOYAGE · texte numérisé non relu

LES PRISONNIERS EN VOYAGE

« Parbleu ! dit un malin M. de Polignjc, je serais bien dupe de rester ici à m'ennuyer, tandis qu'il m'est si facile de faire un petit voyage à Paris. Pour le coup, M. le gnuveineur serait par trop ricliciile s'il me refusait celle légère satisfaction. D'ailleurs, ai-je besoin de sa permission? ne suis-je pas libre comme tous les Fiauç:iis, en vertu de la Chartc-veritL- ? » Et aussitôt il tire de son étui un excellent télescope, et le braque sur la capitale.

Mais, à peine eut-il apiiliquc son œil sur la lunette, qu'il recule en poussant un cri d'effroi — « Grand Dieu! que vois-je? encore une émeute, une re'volulion ! Oh ! non....; c'est ma tête, ma pauvre tête qui m'en forge partout, la nuit, le jour, et jusque dans ma limette! » Et il marchait à grands pas en se frappant le front.

« Qu'est-ce donc, mon ami? dit en entrant M. de Peyronnet ; vous paraissez bien e'mu. Comme vous êtes pâleet de'compose'!... — Ce n'est lien; oh! rien. Une illusion, un éblouissement; que sais-je? J'ai cru voir une e'meule dans mon te'lescope. — Une émeute! Vous m'effrayez. Mais ce n'est pas possible; i!s sont -si forts, disent-ils... Voyons, cependant. Eh ! mais, vous ne vous êtes pas trompe'; c'e^t bien une émeute, un soulèvement, une quasi-révolte.,.. Diable! des charges de cavaleiie, des blessiîs, des morts.... ; un commencement de barricades. Avertissons le gouverneur; il est urgent «ju'il pre'pare un logement commode pour nos chers confrères : ils ne tarderont pas à nous arriver. Attendez doue... Non... je crois que cela ne sera pas nécessaire.... Voyez vous-même; il me semble que !e peuple les tient sur la place Vendôme... »

En ce moment un nuage épais couvrit l'horizon. Les prisonniers ne voyant plus rien, recommencèrent leur paitie d'échecs, qu'ils interrompaient de temps en temps pour faire quelques réflexions sur l'inconstance des peuples et les vicissitudes des choses humaines ; car rien n'apprend à philosopher comme l'ambition déçue.... Oh! quand donc euverra-t-on faire un cours de philosophie à Péricr, Soult, SébasLiani , Barthe et compagnie? Je ne parle pas de Monlalivet ; il est d'âge et de force a aller étudier chez les frères ignorantins.

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