‹ [Les Cancans]Chapitre 19 sur 297 · LE CARLISME · texte numérisé non relu

LE CARLISME

La mode dit que le carlisme esl un animal. Si j'étais ministre ou de'putè, je lui dirais qu'elle en a menti ; mais, comme je n'ai pas cet honneur, et que je ne jouis pas de leur pre'rogalive , je me contente de lui dire que je crois qu'elle se trompe.

Je pre'tends, moi, que le carlisme, autrement dit légitimiste, royaliste, henriquinquiste, comme il vous plaira de l'appeler, est un homme comme im autre, mais un homme attaque d'une maladie incurable, suivant l'opinion d'tme ca^j^aczVt/ qui a assui ë, en pleine tribune, que le carliste e'tait beaucoup plus dangereux que le choiera ; donc il y a épidémie, contagion, peste !

Que nos médecins politiques passent quatre jours à se dire des sottises ou des vcritc's , finissent même par se prendre aux cheveux et laissent raoïîrir leur malade faute de soins, je le conçois.

Que M. D(i[)in vole des gendarmes, que M. Lamarque demande des lois exceptionnelles, un autre un supple'ment d'agens de polite, chacun son système.

Pour moi, j étudierai ia nature du mal, j'en déterminerai les progrès, j'en signalerai les symptômes, et je lui opposerai des remèdes. Je comm Dce.

S^'m/j tomes. Quant], -pcnclr 6, avec M. d'Argout, du malaise profond qui mine ia France, tout ce que vous verrez vous degoiUera ; uuand vous vous croirez milheureux parce que vos affaires vont de mal en pis ; quand vous éprouverez des lassitudes dans les doigts eu payant vos ijnpôts; quand, coiffé de la cocarde tricolore, vous sentirez un poids e'noiuie s(U" la tête ; (|uand vous sourirez en voyant (pie le rouge et le bleu du drapeau de votre village s'effacent petit à petit; quand vous regretterez le bien-être dont vous jouissiez, et les places f>i e vous avez perdues, ijuand les gens qui vous remplacent vous feront poufler de rire par leiu-s balourdises; quand vous vous plaindrez du peu de liberté qu'on vous donne; quand vous sentiiez

çn TOUS l'honneur national se révolter en voyant !a façon dont les étrangers nous traitent; quand enfin la rougeur vous montera au front en pensant que vous ête-. Français , il n'en faudra plus douter, vous serez attaque' de carlismc.

Remèdes. Vous prendrez sur le champ le Journal des Débats; sovm, le lirez attentivement, avec cre'dulite', et sans vous endormir, si cela est possible. Vous pourrez y ajouter les discours de M.Thiers et les assurances que nos ministres, re'pe'ie's par leurs orateurs et leurs journaux stipendies, nous donnent chaque jour de la bonne intelligence et de l'harmonie parfaite qui régnent avec toutes les puissances. Quand ces remèdes auront opcre', vous irez avec M. Madier de Montjau à la première émeute vous faire administrer une ou plusieurs douches de coups de plat de; sabre; si après cette opcration vous vous sentez heureux, content, joyeux ec satisfait ; si vous ne voyez plus, comme le gene'ral Lnmarque, que nous faisons halle dans la boue ; si vous trouvez le budget mesquin, Montalivet orateur, Sébastiani profond politique et ia France grande et florissante, alors le danger j-era passe ; de ce jour et pendant le temps de la convalescence, nae'ditez siu- les <:ouceursde l'ordre Icgai, de la paix à tout prix, et dès que la peur vous prendra, vous serez un homme sauve', vous ferez partie du juste-milieu.

Dans un duel, un gentilhomme normand nommé Briqueville, qui se faisait aussi appeler de La Luzerne, du nom d'une terre dont il était l'acque'reiir, profita lâchement d'un instant où son adversaire avait le dos tourne pour le frapper.

Briqueville, déshonore par cette action infâme, reçut, dit-on, du chtif de la véritable famille de La Luzerne, l'injonction de retrancher de son nom celui de La Luzerne, que jusque-là il avait porté sans réclamation.

Quelques personnes frappées de l'acharnement avec lequel un autre Briqueville poursuit des exilés qui, par leur position, lui tournent bien aussi le dos, se demandent s'il ne descendrait pas du sieur de Briqueville dont il est parlé plus haut?

L'INGBATITUDE.

L'autre jour, je vis venir à moi une jeune fille toute éçlopee- EUe avait perdu un œil, un bras, et elle se traînait à peine sur une jambe de bois : je cherchais dans ma mémoire à me rappeler ses traits. «Begarde donc, me dit-elle en pleurant, comme ds m'ont arrangée ! N'est-ce pas (jue tu ne me reconnais plus? Non, lui dis-je. — Oh! ça ne m'étonne pas; eh bien! je suis la Charte... — Est-il possible? El qui donc vous a mise dans ce malheureux état?

Ah ! ne m'en parle pas ; ce sont tous ceux qui m'aimaient

tant, mes iiius fidèles terviteurs en apparence, ceux qui avaient jure de me défendre.

(Extrait d'un article delà Gazette de Bourgogne.)

Quel drôle de temps que celui-ci. mon voisin.

Plus nous avons de héros, et plus l'Europe se moque de nous ; plus nous sommes libres, et moins nous osons parler ; plus notre gouvernement est à bon marchd, et plus il nous coûte; plus nous avons de capacités , et plus nous faisons de bêtises ; plus nous avons de lumières , et moins nous y voyons. Singulière pfïanière de faire des progrès.

« L'argent en honnête homme érige un scélérat! »

M. Thiers, dans son discours du 3 octobre, dit que les électeurs sont les honnêtes gens du pays.

Voulez-vous être honnête.^ payez 200 francs d'imposition.

Et vous avez cru que ce pauvre Casimir, harcelé' de toutes parts , perdrait courage; vous ne connaissez pas i'homme ; les diflficultés l'irritent , les cchecs l'enflamment. Vainement lui crie-t-on qu'on ne veut pas de lui , il n'entend pas de cette oreille-là; sa vocation est de faire votre bonheur, et il le fera quand même : la preuve, entre raille de même nature, c'est qu'il avait fait appeler à Paris quatre nouveaux régimens de cavalerie. Ces braves soldats, en recevant l'ordre d'un de'part .si précipite, crurent qu'il s'agissait des Prussiens ou des Hollandais, comme si l'on avait le temps de s'occuper du saltit et de la gloire de la France! Arrive» sur la place Louis XV, on leur a commande iaZre en main, el^tuis au galop, chargez... Ils n'osaient pas. « Allez, allez, frappez sans pitié cette canaille, qui veut se mêler d'autre chose que de payer ses impôts — » O peuple souverain ! quand tu criais guerre aux rois, lu prononçais donc ton arrêt, car si l'on te sabre impitoyablement, c'est pour t'apprendre à faire le roi. Cependant Casimir, convaincu qu'un nnni-.lre qui a juré de rendre le peuple heureux bon grc malgré, ne doit pas se borner à le corriger, mais qu'il doit encore l'instruire, plaçait sur les épaules de son libraire un immense manuscrit, et lui ordonnait de le faire imprimer et vendre sur le champ. «C'est donc Ihisloiredes martyrs de la liberté, ou la lormule d'un spécifique contre le choléra morbus? demanda le libraire — Mieux que cela, dit Casimir, c'est un extrait des œuvres du roi-citoyen; recueil précieux, dont la France raffolera... Je vous avertis qu'on se battra vingt-quatie heures à vor tre porte pour en avoir plus vile, mais n'en soyez pas étonné; dans ce diable de pays, on se hat toujours pour avoir les bonnes choses. )» Voilà un terrible ouvrage! «lit le libraire en s'en al-

laiit : du moins le^ (*{>teures ne me donneront f)as graod'peine à corriger; les compositeurs de l'imprimerie royale savent à merveille l'orthographe à^Jcmmapcs el Valmy,

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