‹ [Les Cancans]Chapitre 203 sur 297 · POTASSE, toujours à son affaire · texte numérisé non relu

POTASSE, toujours à son affaire

Poivre long.... cacao — cannelle!

MADAME POTASSE, CnCOrC à SCS souvcTiirs .

La sœur du maître de la maison était aimable et prévenante ce soir là....

M. POTASSE

.Sardines salées — ficelle en pelottes.

MADAME POTASSE

11 est pourtant bien agréable de se trouver avec ce qu'il y a de nrieux.... des banquiers , à.cs grands seigneurs..,

M. POTASSE

Cornichons... rats-de-cave...

MADAME POTASSE

C'était, on peut le dire, une société

M. POTASSE

Mélasse...

MADAME POTASSE

Et penser que ma toilette qui m'a coûté si cher ne m'aura servi qu'une fois!...

M. POTASSE

Et songer que sur toutes ces marchandises livrées, il ne me reviendra pas un sol !

MADAME POTASSE

Faites donc un i oiî

M. l'OTASSE-.

Faites donc une révolution !

MADAME POTASSE

Au second bal , quand je ne reçus pas mon invitation , je m'aperçus bien que la Charte ne serait pas une vérité I

M. POTASSE

A moi , qui vends des cierges, c'était beau vraiment d'aller criera bas les jésuites!... Je nie suis, ce qui s'appelle , brûlé à la chandelle; jusqu'à cet illuslre guerrier, à qui je p,ardais les plus ^ros. et qui ir.aintenant , de peur que je n'évente la mèche . a fait choix d'un autre pour éclairer le miiiislère... M. Potasse, vous étiez un sol avec vos cris...

UXE VO!\.

Vive la Charte! vive la liberté!

MADAMF. POTASSE, allant fermer la porte d'un cabinet. Maudite bête ! il prend bien .son temps.

A ce mot de bête , et comme pour rappeler cet autre pro- /erbe : Quand on parle du loup... la porte de la chambre s'entr'ouvre , et une figure en pain de sucre ( nous sommes chez un épicier, je dirais en poire si nous étions che.^ une fruitière ) passe par l'entiebaillure. On aj)erçoit une bouche dont le rire se perd dans de [\vo'i favoris , et des petits yeux qui clignotent en signe de malice ou de gaîté... C'est M. Du Fossé , et c'est avec M. Du Fossé (|ue commence notre seconde scène. On le reconnait, on s'écrie. Api'ès la double exclamation conjugale , il prend sans façon un siège à côté de la table de M. Potasse, ôte une pluche sur la manche de l'honnête épicier, qu'il force de s'asseoir, caresse le dos d'un carlin galeux , (|ui passe entre ses jambes, et quand le bon marchand , en donnant à son nom une majesté qu'il n'a guère sur sa figure , lui demande ce qui lui procure rhonneur de sa visite, il se hâte de lui répondre eu faisant le gentil...

M. nu FOSSÉ.

Mon camarade, mon concitoyen... je' ne suis pas autre chose que votre concitoyen..., nommez-moi de grâce votre concitoyen.

M. POTASSE

C'est bien de l'honneur assurément, mais saurai-je enfin, mon concitoyen , sous votre respect, ce qui vous ailiène chez

moi?

MADAME' POTASSE d'un air plqué.

La rue des Lombards est loin... avec çà que notre numéro est facile à oublier... dix ! çà sort facilement de la mémoire. {A part.) Attrappe.

M. DU FOSSÉ

Non , madame Potas: e , quand les grâces sont logées à ce même numéro , et c'est le cas écliéant.

(5) MADAME POTASSE Se: ravisant et ù purl.

Il est poli, il est doucereux — , il a besoin de nous.

M. DU rossé.

Mon cher camarade , mon cher concitoyen M. Potasse...

M. roTAUSE portant sa main à son Jurant. Présenti

M. DU FOSSÉ.'

Vous êtes bon Français ! 1^

M. POTASSE se redressant.

Mon concitoyen , mon nom , sur le carnet du serjjentmajor de ma lcj^;ion et sur le livre du percepteur des contril)utions, n'est marqué d'aucun sijjne de retard... Il est, comme moi , sans étoile sur la poitrine....

M. DU FOSSÉ

Ah ! c'est parblenu vrai... J'aurais dû le voir ; car on ne remarque plus que ceux qui n'en ont pas... mon Dieu! C'imment cela s'est-il fait?... Nous en avons tant donné I Madame potasse toujours sur le tun aigre.

• On aura encore oublié notre numéro.

M. DU FOSSÉ avec expansion et pleurant presque.

Mon cher camarade, c'est une erreur... Mon cher concitoyen, elle sera réparée... Mon cher ]M. Potasse , mettezmoi à même de récompenser un bon citoyen, et de faire cesser un oubli trop injuste...

LA VOIX dans le cabinet.

A bas les Jésuites I

M. DU FOSSÉ

C'est singulier.... Avez- vous entendu ?

M. POTASSE

Ce n'est rien... Vous disiez donc...

M. DU FOSSIÎ.

IM. Potasse , voulez-vous être pair?

MADA.ME POTASSE tres-étonnéc .

Père ! qu'il le veuille ou non , personne n'a à y mettre le nez

M. DU FOSSÉ

On netn'entend pas... ])air de France...

MADABIE POTASSE.

Ah I c'est une autre paire de manches!

M. roTA^SF. au comble de la surprise.

Pair de France, moil... mon concitoyen, vous voulei li re ...

M. DU FOSSÉ

Je vous réponds que je n'en ai point reuvie... Dites un mot, et je vous installe, vous Potasse, au palais du Luxembourg...

M. l'OTASSii commençant à a' clourdir .

Moi, au Luxeiubourjj !... vraiment.., écoutez donc

C'est tju'il y a une l'anieuse tiotte tl'ici au Luxéinbourj];.

MADAME i'OïASSis très- radoucic .

Mon ami , on parle de tricycles ([ui doivent faire ce trajet et qui passeront devant la boutique. ( A part. ) Je serais pairesse .'

M. POTASSE rappelant ses idées.

Les pairs... Tes tricycles... le Luxembourg;... Je serai là, moi , comme une troisième roue à un carosse! M. DU rossÉ.

Vous y serez , parce que vous en êtes digne. Comme dit notre dernière circulaire , pour maintenir l'ordre et la paix, je vous demande votre concours actif et éclairé... La liberté sera forte, parce qu'elle sera régulière... M. POTASSE s' enthousiasmant.

Bien dit cela, mon concitoyen î

M. DU rossÉ.

Elle- s'affermira parle respect des lois...

MADAME POTASSE s' écTiaiiJJant aussi.

Ahl que c'est beau I

U. Du fOSSÉ.

L'ordre au-dedans et la paix au-dehors : voilà le but de tous nos efforts. .. Venez nous aider.. .

M. POTASSE

Eh mais...

M. DU FOSSÉ

Vous soutiendrez les intérêts du commerce...

M. POTASSE attendri.

Et des drogues?...

M. DU FOSSÉ

N'aurez-vous pas les actes de mon ministère à défendre?

M. POTASSE se refroidissant.

Ah î il faudra...

M. DU FOSSÉ

L'état de siège à approuver

Madame potasse dégrisée.

Ah !... il faudra que M. Potasse approuve...

LA VOIX dans le cabinet.

La Charte sera une vérité ! la Charte sera une vérité !. . .

M. DU FOSSÉ

Ne faudra- t-il pas donner raison aux visites domiciliaires, aux gai'nisaires , aux saisies ?. . .

LA VOIX dans le cabinet.

La Charte... la Charte... une vérité! une vérité I

M. DU FOSSÉ

ISe faudra-t-il pas?... Mais qu'avez - vous , mon cher ♦ camarade;... vous êtes froid, inuet, insensible... Cette voix que nous venons d'entendre...

(7.) M. POTASSE se levant avec dignité.

Oui . je ne le cache pas,.., cette voix m'a fait revenir Je loin... Vos promesses m'avaient séduit... Cette voix m'a rappelé le compte qu'il faut en tenir...

M. DU FOSSÉ

Ah I bah I vous voulez rire... Attendez un instaiit ; ne me (juittez pas ainsi... Où allez-vous?

MADAME POTASSK.

A nos affaires, mon concitoyen; nous sommes de bons épiciers , nous ferions de pauvres pairs... Tâchez de profiter de l'avis :

Qui se mêle d'autrui métier

Trait sa vache dans un panier...

Quant à celui qui nous a enseignés à point, vous avez besoin d'un bavard, prenez-le si vous voulez... il répète ce que les autres ont dit... Ce ne sera pas îe se\\\ perroquet de la ménagerie... Votre servante, de tout mon cœuv! allez conter vos sornettes à d'autres, pour nous: ^

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