‹ [Les Cancans]Chapitre 233 sur 297 · VOILA CELUI QU'ILS ONT CHASSÉ · texte numérisé non relu

VOILA CELUI QU'ILS ONT CHASSÉ

Mon fiis, donnez beaucoup, si vous aveu beaucoup , donnez peu, si vous avez peu; mais au moins que ce soit de bon cœur.

TOEÎE.

« Charles X, voulant de bonne heure former îc cœur du jeune Henri , le rendre sensible à toutes les infortunes, et donner à une vertu héréditaire toute l'extension po>;sible , l'associa , dès qu'il eût atteint l'âge de trois ajis , à des œuvres de charité; et l'on peut dire qu'à peine entré dans la vie, le duc de Bordeaux compte déjà des années de bienfaisance. L'œuvre de Saint Joseph fut une des premières à laquelle le nom de Henri prêta sa douce iufluence : cet établissement était formé dans le but de procurer de l'ouvrage aux ouvriers, de les perfectionner dans leurs métiers, et de les placer chez des îuaîtres où ils recevaient l'exemple de toutes les vertus. Là maison de Saint-Joseph accueillait les ouvriers envoyés par les provinces , et c{ui , munis de bons certilicats, venaient à Paris réclamer les droits de l'hospitalité, accordée jusqu'au moment, où ils entraient dans lej ateliers choisis avec une sollicitude toute pateinelie. Grâce à la puissante, à l'au-juste protection de monseigneur le duc de Bordeaux, l'établissement offrait aux ouvrieis ia facilité de suivre des cours gratuits de grammaire et d'arithmétique , de chimie, de dessin linéaire, de sculpture et de dessin d'ornement; chaque soir, au retour du travail, les ouvriers pouvaient se livrera ces difiérentes études ilans des salles échautlées et bien éclairées, L'exer-^ cice du gymnaste avait aussi ses élèves; la uuisique était enseignée de même à ceux qui se sentaient des dispositions naturelles pour cet art. Le dimanche, les ouvriers trouvaient iiiillejeux divers , disposés dans des salles in; menses.

où ils pouvaient se livrer à d'honnêtes récréations. . . .

• • En cas de maladie, les ouvriers

s'accordaient mutuellement les soins d'une tendre affection. Plus tard, on établit une nouvelle association, dite de Saint-IIcnri, dont le but était d'accorder quarante sous par jour à chaque ouvrier malade, moyennant une cotisation mensuelle d'un franc. Lorsque les ouvriers de Saint- Joseph partaient pour ce qu'ils nomment leur tour de France, plusieurs vdles leur offraient les mêmes ressources

dans dts succursales de la maison-mère Les mères

pouvaient alors donner à leurs fils le dernier baiser d'adieu, sans avoir à frémir sur les dnn{;ers qui allaient entourer leur jeunesse; confiée à la religion, ellft était soignée comme un trésor appartenant au ciel.

« Afin d'encourager la bonne conduite de ces jeunes gens, et pour récompenser leurs progrès, monseigneur le duc de Boic-Joaux avait institué une solennelle distribution de prix, qui consistaient en outils d'honneur et autres objets d'arts. Ah! ils les montreront à leurs enfans, ces prix de bonne conduite que leur avait décernés un jeune prince qui voulait le bonheur de la France ; et ces prix, institués par l'innocence , deviendront un puissant moyen de régénérer la société: les enfans voudront marcher sur les traces de leurs pères.

«Le prince, dont les sentimens se développaient avec l'âge, avait voulu que la jeunesse française participât à ses bienfaisans plaisirs; il avait choisi dans les familles distinguées de chaque département des enfans d'un âge rapproché du sien, qui, en quahté de trésoiiers de Saint-Josfph, faisaient des quêtes en faveur des ouvriers

« La collecte destrésoriers se montait chaque année à la somme de cinquante à soixante mille francs. Les dépenses annuelles de rétablissement étaient fixées à trente nulle francs, conformément à un budget dont tout le monde avait connaissance f les fonds étaient placés chez un notaire, qui ne les délivrait que sur un mandat de monseigneur ie duc de Bordeaux, et lorsque les comptes antérieurs étaient arrêtés.»

Ces détails intéressans sont empruntés cà un petit ouvrage (i) dans lequel M. l'abbé de B , après avoir fait

(i) Anecdotes historiques concernaut Henri duc de Bordeaux, rapportées par l'abbé deB , ancien directeur des

établisseinens de Saiut-Joseph , Saint-Henri et Saint-Nicolas 5 prix : qo centimes , au profit des ouvriers sans travail. Chez Dentu , Palais-B.oyal , \\° i3, et au bureau de la Fou^dre , rue Ri'.hepanse, n° i .

( 3 ) coanaîlre une de ces iustilullons dont la religion seule peut doler l'Iiumariitéj apprend à ces ouvriers, aujourd'hui orphelins, quel était l'ange que le ciel avait envoyé à leur aide, et que des méchans leur ont ravi , sans songer à coulinuer le bien qu'il faisait. Ces pac;es, fraîches et naïves comme les joies de l'enfance, sont destinées à être arrosées de bien des larmes Elles feront pleurer d'attendrissement, de reconnaissance, de repentir peut-être Oui,

parmi ces ouvriers qui ont prêté leurs bras et leur courage aux démolisseurs du trône , en est-il encore un qui ignore que chaque balle de juillet a détruit une œuvre de charité , desséché un fruit de rauu.ône , frappé au cfpur une espérance du pauvre, et le tout au profit du Mont-de- Piétéjde la cour d'assises et de laMorgue. « Il faut bien tra- « vailler pour mes Tpanvres pauires , « disait le royal enfanta celui qui signe aujourd'hui la Fondre. — Oui, Monseigneur, nous travaillons encore pour eux. Mais , depuis votre départ, ils sont encore \)]iis pauvres L'hiver vient, et vous

n'êtes plus là pour leur donner des couvertures, sur le prix de vos leçons bien prises, comme on nous l'apprend dans l'anecdote suivante :

» A l'époque des grands froids de Thiver de 1829 , M. le baron de Damas m'ayant demandé combien d'ouvriers sans travail couchaient à Saint-Joseph , je lui appris que j'avais près de cent lits d'occupés , et que ces pauvres ouvriers souffraient beaucoup du froid, manquant du nombre nécessaire de couvertures; le due de Bordeaux, présent à cette conversation , parut vivement touché, et s'informa aussitôt da prix des couvertures et du nombre qui en manquait à Saint-Joseph. Puis il se retira sans rien ajouter; mais il revint bientôt, tenant un petit calcul écrit , et, s'adressant à son gouverneur : « Eu travaillant bien pendant « irois mois, je puis gagner ces couvertures sans nuire à mes '< autres eugagemens, si vous voulez, Monsieur le baron, « v const«itir. » Le gouverneur, enchanté des sentimens de son élève, voulut partager la bonne œuvre, et offrit d'y entrer pour la moitié. La joie brilla dans les yeux de Henri, qui alors adressa une seconde requête : « Monsieur le ba- « ron, avez-YOus confiance dans ma parole? — Oui , Mon- << seigneur. — Eh bien ', dans trois mois les froids seront « passés, si vous voulez m'avancer 3oo fi'ancs, vous êtes « sûr que jg les gagnerai. »

L'ouvrage de M. de B est rempli de traits semlîlables:

c'cMt une iectxiire (jui fait du bien et du n^al ; on s'attendrit d'abord ; on s'indigne ensuite^ on maudirait même, si Ton n'avait pas Je bonheur d'appartenir à cotte religion qui a fait deux vertus de la charité et de l'espérance!

La Foudre, qui , aujourd'hui , s'est fait conteuse, voulait citer beaucoup : c'est la seule manière de faire counaîuc urv

ouvrage «le ce genre ; mai* ce n'est pas un pctiî enibairas <jiie celui du choix ! Elle en fera t une secomle édition , si on la laissait faire ; il faut donc se borner ; niais, après une histoire fjui piouve l<j bon cœur de Henri, il en faut une qui donne une idée de son esprit. Laissons parler notre conteur :

<< Sesjcux favoris soiU Tcxc^rcice militaire et tout ce qui a rapport au noble métier des ariîies. 11 avait un {^rand cheval de bois , toujours prêt à ijarlir ; le jeune prince se choi"{',eaiL seul de sa toilette de guerre , et s'en acquittait à merveille : cepeudani. un jour ii hésitait un peu dans la nianièic de poser le porte-manteau , je lui oil'iis de venir à son aide ; il fut vivement piqué de ce qu'un abbé se mêlât d'une chose que lui , militaire , devait assurément mieux savoir ; il dissimula pourtant st.n indignation, mais s'écria : .< Je .le veux bien, îuonsieur l'abbé, à condition que vous « me permettrez ensuite de vous montrer à dire la messe. »

Voyez -vous la bonne foi, la véracité des journaux révolutionnaires qui nous peignent notre enfant toujours tremblant devant les prêtres , ne sachant que servir leur messe , ou n'osant ouvrir sa bouche devant eux que pour se confesser... J'aime tant à leur donner un démenti, que je vais prier M. l'abbé de nous raconter encore une de ces belles histoires qu'il dit si bien.

« Le jeune Louis de Rivière avait confié nn secret au duc de Bordeaux , et l'avait prié instamment de n'en parler à personne. J'arrivai au moment où le jeune prince recevait la confidence avec un air des plus mvstérienx : qu;iques momeus après, je ui'itvisai de dire : « Aiiî Louis, je suis

bien aise de savoir » Il crut qu'Henri m'avait révélé

son secret , et lui en fit des reproches. Le duc de Bordeaux dit avec indignation : « Comment! monsieur l'abbé a osé « dire qu'il le savait? il m'en répondra les armes à la main!» Et sans réfléchu' davantage , il vint à moi avec deux sabres. " Comnientl Monseigneur, deu.K sabres contre quelqu'un « sans défense? » Cette observation ne fit cjue l'irriter davaniage. « H y en a un pour vous j allons, en garde. ...» Et bientôt je m'aperçus que c'était plus qu'une simple plaisanterie j j'eus mdle peines à parer ses coups; enfin il se fendit sur moi avec une telle impétuosité que, son sabre glissant le long du mien, il s'en frappa contre la garde, et je sentis par le contre-coup qu'il dut se iaire très mal; je craiguis même qu'il se fût coupé le tloig,t. La douleur le fit sauter en l'air j il alla se jeter dans les bras de M. de Maupas. Comme ces messieurs travaillent à lui donner une éducation mâle, bien loin de le plaindre, on lui dit: « Monseigneur, si vous faites ainsi, personne ne voudra << plus jouer avec vous. » 3'adressant ensuite à moi, M. de Maupas me demanda de ne pas répéter que monseigneur

( 5 ) avait pleuré comnie isn enfant. ...» Jo ne l'ai pas vu pieu- « rcr : tout ce que je sais , c'est qu'il s'est battu comme un « brave. >■ A ce mol Henri vint à moi , les yeux briJlans de fifrosses larmes qu'il sefî'orçait de retenir, et cherchant à sourire, il me tendit la main : ses petits doijjts étaient tous meurtris... Le prince avait neuf ans. »

Que vous en semble? JN'y a-t-il pas dans cet enfant un avenir d'homme et de vol I

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