‹ [Les Cancans]Chapitre 265 sur 297 · JOURNAL OU PEUPLE · texte numérisé non relu

JOURNAL OU PEUPLE

Bruxeîies, novembre iS3j.

^Irrii'ée à Blayc de S. A. 7?. Mvdimk, tlitxhes.se fie Dcrri, le i:') ncyeatbre j à six hriiiys et cli§/tue du scir.

Ai'HÉs r.epl jours à'iir.i.' li-nv.-! sé(.' [)<^iiilj!c et >iiflicili;, Sou Aîlc-.^c Royale MADA.MK, est ai rivée a Blnye : la popilaîion lui a d mué une pretiv'; trintérèt et cl';:tl;ich(;inent bien remarquable. Il pleuvait, lorsque Madvme a débarqué, et, maigre la pluie, toute la population de la ville et des enviroirs , était réunie sur la plage ; I:i tristesse était peinte sur tous les visages; î\I\d\me a été vivement émue de cet imposant tableau de la douleur publique et de l'attarhcuient général.

Pendant le voyage , sa présence d'esprit, le calme et la dignité de sou maintien, l'anilriiilé de ses paroles, ses attentions pour les gens de l'équipage, lui ont concilié tous les cœurs; on peut dire que Madame était à bord , comme la soui'eraine de tous, et l'on cite d elle des réparties pleines de tact et de délicatesse.

Au moment de son départ de Nantes , M. le maire , croyant sans doute l'intimider, lui annonce qu'a î>laye, die sera gardée par trois mille liommes : Tant mieux , répond tranquillement Madame, j'aime Jurt la compagnie.

Pendant le trajet , elle adressait la parole a tous ceux qui l'entouraient de la manière li plus alTcctucuse ; et lorsque le mal de mer lui faisait ressentir de plus vives douleurs , elle prenait avec bonté le bias de son plus prorbe voisin , en disant : Aidez-moi , s'il vous plaît , à me promener un p. u. La princesse a voulu goûter la^soupc du matelot; aussi l'équipage lui ténioigi;ait-il le plus vif iutéiêt, et a-t-il accepté avec transport looo francs que Madame lui a fait offrir en quittant le bâtiment. A sou débarquement , apprenant que le colonel Cbousserie était nommé commamlant de la cita(!;lle, Madame lui dit en souriant: Comment, Chousserie , vous êtes commandant? } en suis bien aise. II paraît que cet officier avait eu pour elle les attentions les plus délicates pendant le voyag'.^. Le général Jauin, qui commande la division militai c, ayant dit a ÀIadame qu'il remplirait fiJèlement tous scsidcvoirs : J'y compte, gcnéral , lui dit - elle , après comme avant;, elljc a réclamé, et on lui a remis le portrait rie son fils, qui se trouvait dans y\n sac h bord : clic craignait rru'il n'eût élé endommagé par le rpulis; il était intact, et elle en fut très - joyeuse.* Elle avait soyvçrit prouon.cé le nom de Henri pendant la traversée, pieu-, e qu'elle çs^, bien moins occupée d'elle-même que de l'avenir et du bonbeur de la Fi:ance- , Le général Janin ayant dit ;i Son Altesse Royale, ,qi!e pour mettre 'a forteresse en étal , il avait dû faire -déguerpir un mcnnier et sa ft^millç: «J'en ai bien du regret pour ces pauvres gens, lui dit MADA,'flE. i,,n>.iis « n'aurait-on pu faire autrement':' — Non, Madame, car ils auraient eu «•«'f/esur les apparif mens. — Et qu'^in|^of;te,!, repri,^ Mada>iEj jeuç.veux u pas que personne soit dciangé poi|,r mo^ ; il nnijl),,.... Mais j ç^u^^çis « [josition , j'allais donner des ordres!. ..»> ,, .^fc. '

Le leniJcmain, i6 , à sept hpurcs (lii ipaliu^cllo éla!W|keç', et î^ yi^^lu ouvrir les pcrsicnncs d.uynaiijes ,,(i\\ ^^on ,>» c^w Ip lîarba^iyîjde uvi;c po^^er aux croisée; de son appi^r'tv'iiîjcntj, P'>p,i'Jiî,l)|>^>T S'.V l^:^'IJi ^^^J? '"i^lV""^ i ' elle s'est vîtc aper^uq, dtj^^U,^|^'7,nAV. , cl, «'< dcnvTuJe !|u,o:i j.u^titfjâ^ u

CCS pcisicuncs , dis barreaux de fer, rjci laissent au moins laisse;- pciic'.itr cl ciicuaT l'jiir qui Ii:i csl si iiccc>àaire, cl permissent à Li vuu lie s'clcn.ire iUi-.'k'i)o:s : se i oudra-l-on ;i sa prière , ccia est doiil'ux. r<i»iis }ivoi;s dit qv!!,' ies popiilaiioris (iivirouuaiiles témi)iç;i;;iieiil déjà de Il lii- Yii" iijiérêl p.inr r. île liéroï-ruc piincesse. Les daiU' s de Ja Ua'Ac de i^dde'.u'i, au noiuhre d- 207, viciiiienl d'adiesse!' i;:)e ie.]>;èle p )iir (;•.;«• qiieîqires-iiiics (j'entre elles lussent adui.ses h l'ijoniuitr de servir S Ml AUt;.s:;e îljyoîe d.ius sa p isou. NoviS no (iciutous pas que le incuic iuiéiêt lie se luaiiifeste paît ut daus les piovinces oivi uuiianles. IN'ous CM iiiSl!"» :M!i-; ,':-.s r;)v.tîis'.cs.

A l'iiiSlant nous parviennent de Nantes, quelques délai!-; noiivenux et inléressans sur le voyage de S. A. K. M\.DiM£; on Ks lira avec plaisir.

cependant la roule, on lui deinandail qi\e!s niolirs l'avaient portée a venir en Fi'ance : ce Je n'ai fait en C; la cpic remplir mon devoir de Française et de mère, a dit Madame avec feu; oui , lorsque je songe h l'abandon de l'iarie-Louisc et ii l'oubli des droits que pouvait avoir son fils au irùne, je suis portée h douter qu'elle fût sa mère. Quanta moi , je redoutais pour la France l'invasion étrangère , et c'est pour lui éviter re malheur que je suis accourue : J'aime la France , a-l-elle ajouté avec feu, et je préfcre y vivre prisonnière à en être éloignée. »

c' Pendant le tiansbordeuient , qui se fil a\ec des canuts très-petits de la Capricieuse a bord du lateau a vapeu.' le Bordelais , Madame courut le plus gr;;nd danger. Le temps était couvert , le vent violent, la mer houleuse, le canot n'avait pu contenir qiie Sju Altesse Pioyale , M""^ de Kersabiec, et le capitaine Leblanc : la lame ujenaçait ïx chaque miuiile d'engloutir la frêle embarcation. M'*« Kersabicc, saisie d'ellVoi bien moins pour elle que pof.r sa roy^de maîtresse, jetait des ciis, et couvniit la voiK.hi capitaine, Madame seule étaitcalme etrésignée : «Taisezvous, mademoistlle , dit le capitaine, et prenez exemple sur >Lvdam£. » Le capitaine avoua 'f)!us tard, qu'ils avaient couru le plus grand danger, mais que -vi\D\ME avait conservé tout son sang-froid.

ce A peine arrivée a bin'd, M\d\me voulut lire des journaux; on voulait les lui cacher pu- délicatesse, ce Messieurs, dit-elle, je veux savoir tout ce qu Ou dit, tout ce cpi'on pense de moi. «

ce L'infàmc commissaire Jolv est iescu! homme pourlequel clleaitmontré de l'aversion. Un jour, on parlait devant elle de la possibilité qu'il y aurait d'être jetée par la tempête sur les côtes du Portugal, ce Si c'est a Porto, ceîa ne changerait rien a mon s irt, dit M\dame. î> — Mais si c'était a Lisbonne, reprit-on. ce Alors, dit la princesse, j'intercéderais pour vous auprès de don 3Iifcuel; seulement je serais curieuse de voir la mine que ferait M. Joly.îîEt en disantces mots, son œil malin s'attachait sur le couunl-isaire, qui fut tout déconcerté.

« On vint H parler de la révolution probable que prépare en Espagne la conduite de la reine , sœur de la duchesse de Bt-rri. « Ma sœur se perd, dit 3I\dame; mal conseillée, elle se jette dans une fausse voie, et je crains bien pour elle une catastrophe. 3> Madame jouit toujours de la meilleure santé. «

• Voici le signalement du monstre qui a livié sa bienfaitrice. II faut 'que tous les traîtres soient connus et bie/t connus. Le Judas de notre époque s'apaj|||e Etienne - Hyacinthe Gonzague Deutz; il est âgé de trente -un ans, et natif de Cologne. C'est un homme d'une taille moyenne, d'un teint bazaué ; il a les cheveux uoirs et crépus; s£S yeux vifs sont petits cl 'cid'oncés ; il a la bouche giande, et les lèvres extrêmement épaisses^ sou nez est ordinaire, sa main est fort belle, et

il la montre avec affectation ; on sait que c'cil un Juif converti , et bipti5;c a Rome en i83i. «.

Voici maintciinrl le domicile du traître a Paris : il demeure cliez sou père, rue de la Croix, n" 19; il sort peu , et il est probable f(ii'il lu- s'exposerait pas a resler chez sou i)ère , s'il avait reçu le prix iritép;raf de sa trahison; niais sur les 800,000 francs convenus entre lui et -M. i'hiers, il î;'a encore tourbe nw'n peu près la moitié, et il n'attend po ir quitter Paris et sans donte îa Fiance, que la remise «les 400,000 fr. restants. Or, il est présumable que le nouveau crédit de un mi/lion, ouvert a M. Thiers il y a quelques jours, est destiné a compléter cette somme. Hàiez-vous donc, royalistes parisiens, d'aller faire votre visite a Hyacinthe Conzague Deutz, le traître, \c Juif, le l'enégat qui a livré votre jeuuc et bouu(||Puclussc.

— On nous écrit de l'nris, pour no>!S signaler un ai, Ire Iraîti'e nommé Eléonor de Geld d' Argent, Belj^e de nation. Cet homme , qui a joué le royaliste malluurcux, pour mieux tromper ses bienfaiteurs, est (le taille moyenne , le nez petit, les yeux p;tit<5 et rouges , la vue faible, le vidage pâle, et k'gcremci t cmperosé ou bourgeonné; il est un peu sourd ; sa voix est j,'rê!e et faible ; ses manières sont humbles et lampantes; il est adonné ii l'ivroç-ncric ; il s'est vendu a la police , du i^"^ au 8 septembre dirnier, et a f.iit des doiiouciations qui ont amené l'arrestation de six personnes , fjuanîilé de visites domiciliaires , et la mise en surveillance de beaucoup d'hoî:i:ètes f;eiis. Celui qui l'a fait vivre pendant un an , également c]énonec par lui , ne s'est so-istrail qu'avec peine , et a été forcé de s'expatrier. On noi;s promet de plus amples renseignemcns , que nous nous empresserons de dmncr dans un prochain numéro.

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