LA SORCIÈRE
C'e'tait en i8l3; Is France était couverîe da soldats qu'on envoyait se faire tner eu Allemagne ou en Espagne; on parlait encore d'une leve'e de 35o mille liornnies, et ma mère ne cessait de pl( luer. Dcjà trois de >es enfans avaient pcri victimes de l'ambition et de l'avarice de Napoléon et de ses salellites ; mais ces gens-là étaient insatiables, Tun de puissance, les autres d'argent et de distinctions. Aussi , chaque foisq^ela pauvre femuie me regai'dait , ses yeux se remplissaient de larmes. «Peux -tu bien grandir si vite ? me disait -elle avec un tendre reproche ; les enl'ans d'aiilrelois n'avaient pas si tôt la taille. » Je re'pondais, en me redre sant de mon mieux , que je serais grenadier , ce qui achevait de la mettre au de'sespoir. Je crois qu'elle eût prélërc me voir devenir bossu que le plus beau grenadier de Fr.'ince ; usais si quelqu'un voulait lui faire grand plaisir, il lui parlait de la paix. Oh! avec quelle joie el'e accueillait cette idée de la paix !! ! « Oui , la paix à tous prix ! » di.-ait-elle. Su;- ce point, elle pensait comme pense aujourd'hui M. Casimir, qui alors n'était pas i\\\ grand homme. ^
Un jour donc que ma mère était plus triste qu'à l'ordinaire, vu que le Monitsur n'était plein que de combats et de victoires , entra chez elle, clopin dopant , une vieille femme toute contrefaite, qui , sans autre préambule, s'écria d'une voix trembloltante : «Voici ia paix que je vous apporte ! » Nous partîmes d'un grand éclat de lire; mais la vieille, sans prendre garde à notre irrévérence, prit un siège, se plaça devant une table, et nor.s invita à faire cercle autour d'elle. «Si vous me prenez pour une folle, nous dit-e!!e, je n'en serai pas surprise; si vous me traite:^ de vieille aveiituiière, je vous le pardonne de bon cœur: c'est la faute de votre siècle, et non la vôtre; siècle d'illusion et de mensonge, qiu pèse sur vous de tout son poids, et vous captive sous sa maligne influence. Mais retenez bien ce que je vais vous dire. Rien d'imprévu n'arrive sur la terre! tout est calculé; chaque chose a son temps, soa heure, sa minute... L'heure delà paix va sonner ! je vais vous en donner la preuve. » La vieille sortit alors de sa poche uii petit tableau magique, sur le^juel elle écrivit d'un coup de baguette, en caractères gothiques, RETOUR. DE LA PAIX. «Comptez maintenant, nous dit-elle, le nomhie des lettres (jui entrent dans la comjiosition de ces mots , retour de la paix ; si je ne me trompe , il y en a quatorze. Or, nous louchons à la quatorzième année du. dixneuvième siècle , autrement dit 1814 > rencontre complexe des nombres sybillins; c'est le letour de la paix.»
Ma mère, ne se sentant pas d'aise, lit un mouvement pour
embrasser la vieille. « Un moment , un moment , reprit celle-ci, modérez vos transports; celte paix ne sera pas longue, elle ne durera que quatorze ans , ainsi que le prouve l'opération suivante : I
t4 Après ces quatorze ans, le sang coulera de nouveau , et ce sera d'abord du sang français; les levées d'hommes recommenceront jusqu'à ce qu'enfin le retour du nombre sacre' r4 ait ramené' les mcmes chances de bonheur, et remis de'finitivement toute chose dans son véritable équilibre ; < e qui n'aura lieu qu'en 1 832 , comme le prouve encore l'opération suivante : i
A ces mots, la vieille disparut, nous laissant tous dans un e'tonnement difficile à de'crire.
Des paris sont ouverts sur la pairie. Va -t -elle signer ellemême son billet d'enterrement, ou se laissera -t- elle enterrer sans cette Ibrmalite' ?
Les pairs anglais , attaques avec chaleur, se de'fendent avec courage; s'ils périssent , ce sera les armes à la main. Nos pairs français, turlupines par les journaux, pelottes par les avocats de la Chambre des députes , et cependant pleins de re'signation , se laissent paisiblement étouffer dans la boue. Tant de longanimité' finira par e'mouvoir leurs perse'cuteurs , et la pitié' fera en leur faveur ce qu'ils ne peuvent demander à l'estime.
On augmente d'un million la liste civile de tous les re'volte's de 1 Europe re'fugie's en France. Nous sommes si riches, nos pauvres sont si bien pourvus , le budget est si léger, qu'on peut être généreux.
Beaucoup de députés parlent d'un ton haut , M. Madier préfère le bas ton. Il prétend que la place de députe' ne vaudrait rien sans le tour de bâton.
Il a vu le bonheur de la France, il en est resié frappé.
M. Madier se conduit de manière à n'avoir pas d'envieux.
La pairie s'est vainement adressée à M. Dupin , il a refusé de la sauver ; mais elle a eu la consolation de mourir sous ses drapeaux.
M. de St'monville dit que la France sera malheureuse tant que les fonds ne reviendront pas au pair.
Enfin, voilà M. Vigier député. Il faut avouer qu'il a joliment conduit sa barque.
Avec sa loi sur le divorce, M. de ScLonen ne craint pas la Sainte-Alliance.
Il n'y a guère que le juste-milieu et les chevaux de fiacre qui soient coutens de la re'volution de juillet. Voyez les pauvres bêles , comme elles s'engraissent à ne rien faire J
Un. journal dit qu'au lieu du lion, les Belges vont prendre pour armes un ccre'visse, avec cette légende : En avant, niar-
chonsi
Lord Grey, le fameux champion de la re'forme , ne veut abandonner ni le roi ni le peuple; savez-vous pourquoi? C'est qu'un certain c'vêque d'Angleterre est très-malade, et que lord Grey, en restant au minis^tère jusqu'à sa mort, pourra disposer de son sic'ge e'piscopal en faveur d'un sien neveu pour lequel il a des entrailles de père. Déjà , en plaçant neveux , cousins , arrière-neveux , etc. , il a fait entrer plus de deux millions dans sa famille. Admirez le dévouement des hommes d'Etat de ce siècle !
Le fossé qui enloiu'e le château des Tuileries est d'une grande profondeur... d'idée! Au bout du fossé, ia