‹ [Les Cancans]Chapitre 275 sur 297 · JOURNAL DU PEUPLE · texte numérisé non relu

JOURNAL DU PEUPLE

Bruxelles, décembre i832.

MADAME A BLAYE. — LODIS-PIIILIPPE AUX TUILERIES.

Et comme autour de moi sont tous ses vrais appuis, Rome n'est plus dans Rome; elle tst toute où je suis ! (Corneille, Sertorius.)

Elle est a Blaye, la noble, la royale laplivo! arracliéc à l'amour (le sa fiilèlo Vendée, elle est là, reléguée dans un fort inabordable ! séparée de tous ceux qui portent un cœur français; elle i-st là , n'ayant pour toute compagnie que les (onfidenls intimes de Tignoble milieu I M. Thiers et sou digne maîtie auraient-ils donc eu l'au.lace de rroire qu'au milieu d'un pareil enlouiage, Madame pourrait un seul instant oublier sa dignité, son caractère .de mère, ses droits de régente dé-

f)ossédée par le crime ? Les misérables 1 ils ne savent doue pas que ni eur bassesse, ni eelle de leuis valets , ne peut atteindre de son rontact impur une grandeur comme celle-là 1 Ils ignorent doiic, babitnés qu'ils sont à lignominie el aux bumilialions de toute espère , qu'il y a des caractères qui ne savent pactiser qu'avec l'iioiineur, qui s'indignent et s'éloignent avec borreur de tout ce qui n'est pas grand et généreux, que ces caractères commandent aux circonstances, et que l'infortune même les grandit et les élève!

Tel est le caractère de Madahe. Forte de la conscience de son droit, résolue à mourir plutôt que de manquer à son devoir de Française et de mère, elle est venue sur le sol de sa patrie adoptive braver les cacbots et la bacbe révolutionnaire pour préserver notre France d'une troisième invasion, pour arraclier a l'usurpateur de juillet une couronne qu'il a ramassée dans le sang, et que sa lâcheté couvre de boue chaque jour. Pendant sept mois entiers elle a été protégée par la fi- «lélité des sympathies vendéennes : elle avait choisi celte terre de l'héroïsme pour le siège de sou empire. Là elle a partagé les dangers des serviteurs fidèles qui se sont levés pour soutenir sa noble cause ; les bois étaient son palais, le pain noir du paysan sa nourriture. Le jour et la nuit la trouvaient à son poste, et sou poste à elle, c'était là où était le danger, là où il y avait des malheureux à secourir. Et cette femme d'une Ame plus que virile, ne serait pas à la hauteur de son infortune ! Ahl que celui que l'ou appelle roi des Français le croie , si tel est son bon plaisir, il le peut ; car en fait de courage et d'héroïsme, il est si mauvais juge, celui qui uc se tient sur le trône qu'à force de couardise î

Docteur-ès crimes, il sera notre maître à tous quand il faudra di-riger le poignard d'un Louvpl et aller quatre heures après arroser de larmes hypocrites le lit funèbre de la victime; quand il faudra chercher, par un affreux attentat, à éteindre dans le sein de sa mère le précieux reste du sang de Henri ; il sera notre maître à tous, quand nous voudrons apprendre comment il faut capter des successions , comment une espagnolette nous les donne, si elles sont près de nous échapper; il saura uous enseigner, aussi bien qu"a la baronf« de Feu-

chères, commciil se forment ces nœuds' avec lesquels on 5a/ctVtf lia vicilJaici de -oixaute-quiiize ans. Doctcnr-ès peur, il nous donnera des leçons miles pour nous luimilicr avec f^'râre devant les cours étrangères ; il nous dira comment, ap;ès avoir jeté les peuples dam les révolutions, on les abandonne aux vengeances de leurs souvenins légitimes ; il jurera de maintenir la nationalité polonaise, et la Pologne n'est puisqu'une province russe. Et le malheureux, ne parlera-t-il pas aussi d'honneur et de gloire pour le drapeau fianrais ! sa bouche impure a-t-clle bien ose prononrer ces noms sacrés pour tous les Français de toutes les époques ? La république était sanglante, mais du moins elle ctail respectée au t'o ors : l'empire ne lég'iait que par le despotisme, mais nos ctendanis flottaicnl victorieux sur toutes les capitales. Et Philippe, qu'^a-t-il fait? rien pour nous, tout contre nous : avec lui plus de con)merce, plus d'industrie, plus de paix ni au dehors ni au dedans* plus de liberté, plus de loi : des flots (Ut sang ont inondé la capitale et les provinces î S'il a donné peu de victimes à l'éehafaud, il en a donné une multitude nu poignard des sergens-dcville , à la mitraille de juin et au fer merrenaire de ces espions égorgeurs de 1 Ouest que l'on couvre de Puuiforme français pour pousser au crime, les soldats entraînés par leur coupable exemple. Philippe a lancé sur la France tous les fléaux qui semblent ôti e son fidèle cortège : avec lui sont venus fondre sur nous la misère , la guerre civile, le choléra, le déficit dans nos finances et quinze cents indiions d'impôts. Ce n'est pas tout encore : la charge la plus insupportable pour des Fiançais, c'est la honte : il nous en a donné, il nous en réserve encore une ample moisson. A genoux devant toutes hs puissances , il a très humblement demandé grâce pour son usurpation : la Russie ne lui a répondu que par le mépris; la Prusse et l'Autriche ont vu avec pitié l'ignoble rôle delà Fiance. Les trois souverains se sont imis pour se séparer de celui qui avilit la dignité royale; ils ne pouvaient traiter d'égal à égal avec un lâche, avec un soi-disant roi, qui ne savait que trembler de peur, sans savoir être ni monarque , ni révolutionnaire. Et déjà les bords du Rhin et de la Meuse sont noirs de leur bataillons : i5o,ooo Prussiens sont Ih, à l'avaut-garde , prêts à fondre sur nous : ils seront appuyés pir les armées inn(nïibral)les de la Russie et de l'Autriche. Et Philippe vient nous parler de paix, quand le canon a déjà grondé', de gloire , quand il ne nous épargne aucune humiliation ! Arrière donc, tyran parjure et lâche, arrière! Les faits ne sont-ils pas là pour démentir tes paroles mensongères? Si , après deux ans d hésitaiion, tu es entré en Belgique, tu ne l'as fait que sur un laisser-aller de l'Angleterre ; et cette guerre , qu'elle est-eile , grand Dieu ! cetle guerre faite pour le compte d'un préfet anglais, cette guerre où les étapes de nos soldats étaient fixées par lord Grey, et nou par le général de notre armée ! Vraiment, il est beau de voir ces 4o,ooo guerriers pleins d'ardeur et d'enthousiasme, soumis humblement au moindre caprice du commissaire anglais, le colonel Cradock, chargé de réprimer des velléités de courage et de gloire, et pouvant dire au besoin : Soldats, je l'ordonne , repassez la frontière. Voilà Li paix que tu nous donnes, Philippe, voilà les assurances pacifiques de tes alliés! Tu Youdi ais la paix , tu la demande.^ avec supplication ! pour l'obtenir tu donnerais tout l'or que l'on exigerait : tu es pourtant si passionné pour l'or ! Ta cupidité ne dément pas ta b^sse origine. S'il le fallait, lu donnerais bien encoi-c nos provinces : fils de g; ôlier italien , une t'importe le territoire de la France ? Mais non, malgré tes humbles prières, malgré toutes tes concessious, la paix te sera refusée. Tu aura 1 a guerre, mais la guerre sans gloire î La inort au milieu de la mêlée

éiais ta c5 trop îàdie pouf Satolr mourir BoLIeinenI; il n'y a ^u*^^» lâcheté qui puisse égaler trs crimes ! Et c'est un hommç pareil qui s'établit le juge de S. A. R. Madvme ! cet lutime de Gisquel le hauquerotitier, de Vidoeq le forçat, de Thierslc voleur, déverse à pli iiics mains Toutrage et la calouiûie sur Madame, dont sa l)a-;scsse ne peut coin prendre le dévoiieineul héroïque ! il n'a de dévouement , lui, que pour sou or : la dignité nationale pour lui, c'est la couseivatiou d<^ la couronne et de ses tré-ors; a son or, a sou inté êl p; i'5onnel il sacrifiera parctis, amis, bienfaiteurs, honneur et patrie.

A la vue de tant de bassesse, de tant de crimes, de Lint de turpitudes qui entouient le trône de; Tuihries , nos yeux se détournent et se baissent de honte : nous avon< besoin de reposer notre vue sur le fort de notre auguste prisonnière. C est a sa cour (car la cour de Fr.mce est au cliâtcau de Blayc, pour nous qui avons le cœur haut placé; pour nous qui avons la conscience de la «iiguilé nationale), oui, c'est à Sa cour que nous retrouverons cet honneur fr.mrais si piôné dans no^ annales; cet honneur dont nos pères étaient si fiers; cet honneur qui cousiUe à sacrifier sa fortune et sa vie pour défendre le droit et combattre le crime.

Si la dignité, lecoiirage, l'énergie et une libéialïié sans bornes sont le type de cet honneur français, eu qni tronverons-nons mieu< ces vertus réunies que dans S. A. R. RUd^mk, duchesse de Berri ? La France entière se souvient encore des largesses qu'elle répandait parmi les pauvres avec cette grâce qui double le prix du bienfait. Avec auel em-

f)rcssement n'eucoiirageait-elle pas toutes les industries! Les théâtres, es étnblisscmens de couinïerce, les magasins étaient sans cesse visités par elle, et son passage était toujours niflrquc par quelque nouvelle générosité. La population parisienne n'a pas oublié qu'une somme de 12,000 fr. fut envoyée par cette princesse pour être répartie entre les familles pauvres de la capitale, lorsque le choléra les décimait ; on n'« pas oublié non plus avec quelle inhumanité le roi des barricades fit repousser l'aumùne delà veuve. Inrapablc d'être généreux, la vue d'une générosité l'indigne et l'irrite. Si phis grande générosité , a lui, est d'avoir promis , lors d i choléra , 1 00,000 fr. pour tocs les départemcns de la France. Une libéralité en promesse !!.... Passe encore pour ceb. Son ftvaricp lui pardornc une ostentat on de bienfaisance qui ne coule rien h sa cassette; mais le pauvre peuple a bien le temps de mourir de f:iim, s'il attend un seul liard de res 100,000 fr. ; le roi des Français ne donne rien, il amasse. Avec lui, les largesses iiromises deviennent une vérité comme le programme de l'Hôtel-de-VilIe. .Mai^ ?tI\DAME,... , ah. file ne faisait pas tant de bruit de ses bienfaits; elle n'annonçait pas a son de trouip> que sa caisse s'épaisalt pour secourir les indigens; elle ne pr. mettait rien , elle donnait tout. Même qur n I l'exil et la proscription l'ont frappée, elle n'a pas oublié ses pauvres qu'elle aime tantj les privations ne lui ont jamais coûté pour avoir de quoi suffire h ses 'auuioues'. La patrie et surtout ses malheurs ont loujours été presensa s« sollicitude. L'idée de France et de la honte qui pèse sur elle, lo souvenir de sa ploire , de sa prospérité passée, e( le tableau de sa misère, de son humiliation présente, voila de quoi déchirer le noble cœur de <]laroIine. En donnant naissance a un fils, clic rendit l'espoir a la patrie éploréo ; sa constance et son éuergie de mère feront le reste. Elle vicn^ dra encore une fois sécher nos larmes, consoler notre «leuil : elle la juré; la parole de Caroline n'est pas une vaine pirolc. Oui, comme elle l'a dit, une prison en France vaut mille fols mieux pour elle que la liberté et le repos cliez l'élraugcr; sa rapti ilé et >oii courage lui donneront plus d'amit dtTCHicfi qœ h fortune 9t ja pi<»péiï*»1>*^P^"^* i^tîcî^ rktuidr. "

Noble princesse ! votre rcsolulioii généreuse portera ses fruits; oui, votre héroïsme produira des héros pour défendre Jes droits de Henri, notre roi, de Henri, notre sauveur. Fiers d'avoir une leinuie pour chef, nous saurons, nous aussi, pousser U: cri de sntMTe et d'enlhousiasme des fiers Hoîig.ois ; Mourons pour notie roi Marie-Caroline! et comme eux uo:is sauions couquérir Ja vicloire ; nous briserons le sceptre ensan:;laulé de ce fantôme de roi qui pë-sn sur nous; no;:s reudrons enfla à Cf-^n' ce (/ni csL à César, a Dieu ce qui est à Dieu. Entendez - vous déjà ce cri un;i!iime d'admiration et de sympalliie s'él( ver de tous les points de la France pour protcsier contre i'ignolde attentat de vos persécutciiisl Tous 1rs véi:!ablcs Français sont fiers ck vous payer le tribut de vénération qu'ils vous doivent comme h leur reine : î'affluence des courtisans qui se piesscia autour de votre prison ne d(nt-elle pas faire honte ii la soliturlc des Tuileries? A la cour de; Philippe il n'y a que des nialiicureux qui aspirent a devenir Ijs prcuiivis valets de celui qui lui-même est le plus /?/rtf v>«/e; des étrangers et de ceux qu'il appelle ses sujets : à la cour deBlaye, c'est h; dévouement désintéressé qui heurte à la porte d'une pri.sin. Ce dévouement n'est pas celui qui veut la misère du peuple, la honte au dehors, l'oppression au dedans; c'est celui qui proclame i:ne liberté sage et modérée, qui favorise l'industrie et les arts, t[ui désire, avant tout, le bien-être des classes pauvres , le maintien de la paix lant qu'elle est honorable , mais la guerre , si l'honneur 1 exige; mais alors une guerre toute nationale, et non pas une guerre de petits intérêts, une giuM-re faite au profit des Anglais et sous la surveillance di s Anglais.

Franraisl le principe qui nous donnera ce bonheur, cette gloire, il est au fort de lilaye. A Blaye donc'. Fraurais braves et i^énéreux, à Blayeî car c'est lii qu'est désormais notre drapeau; car la France n'est

})lus là où est Philippe, l'ennemi le plu-» irrée )nciliable de la nation, e plus méprisé , le plus abiiorré du pays. La France, elle est toute li» où se trouve Marie-Caroline, duchesse de Beiri !

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