LA GUERRE
Il ne s'agit plus d'examiner si le juste-milieu pouira se îaneer dans 1 arène, s'iloseia ouvrir les jîortes du temple de Belioue. La guerre est commencée, le canon gronde; les hommes de la doctrine mettent a exécution le programme qu'ils avaient rédigé un mois d'avance; seulement ils ont hérité pendant dix jours, et cette hésitation a tenu bien plus a l'espérance il in arrangement amiable, qy a un manque de gabions et de fascines. Le ministère, malgré son ajtparcute assurauce, aurait voulu conserver l'état de paix, et d espérait, k l'aide d'énergiques démonstrations, ébranler la fermeté du roi-Guillaume, etobtenir, sans combat, l'évacuation de la citadelle d'Anvers; voiià tout le secret des dix jours perdus au-dela du terme fixé par le programme : mais le roi Guillaume s'est montré inflexible, et le juste -mdieu, trop avancé pour reculer avec iionneur, s'est vu contraint "a sauter \c fossé, au risque d'y faire la culbute.
Maintenant il s'agit d'examiner s'il pourra réaliser son programme jusqu'à la fin , c'est- -dire enlever la citadelle d'Anvers, la mettre entre les maiiiS de Léjpold, évacuer ensuite la Belgique, et rentrer tranquillemei.t en Frar;ce; et en admettant cette réalisation du programme , cet accomplissement de la convention an Jy cidres, il s'agit eijcore d'examiner si par-là seront terminés tous les différends entre la Belgique et la Hollande, et si la paix générale sera plusassurée eu Europe. Pour nous, nous n'en croyons rien; nous ne croyons pas que tout s'exécute à point nommé comme les doctrinaires affectent de le dire ; mais examinons. On dit partout que rien u'cst plus facile que d'enlever la citadelle d'Anvers,
que toute placeassiégce dansles règles doit tomber dans un temps donné, et l'on dit vrai, mais seulement pour toute plare qui ne sera pas secourue. Eu sera-t-il ainsi de la citadelle d'Anvers? Non ; cela n'est pas présumahlel Peut-on croire, en effet, qu'en présence d'une armée i'ormidable, fiere de ses succès d(; l'année dernière, il sera loisible au\ rranraisde met- Ire leur entreprise "a exécution sans être imiuiélés? qu'ils auioiit pu s'avancer, prendre une place et se retirer sans cuup-iérir? Mais de quoi s'agit-il donc? Est-ce d'une simple promenade niililajre pour exercer nos soldats? Mettre uu embargo sur des bàtimens, ce n'est donc pas un acte d'hostilité? Réduire une forteresse a coups de canon , ce n'est doue pas un acte d'hostilité? Et celui envers qui sont commis as actes d'hostilité n'aurait pas de son côté le droit de se défendre et celui d'attaquer il son tour ?
Or, que faisons-nous donc en cçi moment, si ce n'est pas la guerre, la guerre a la Hollande? Oui, < 'est la guerre; et vous avez beau prétendre n'accomplir qu'un traité, ministres du ii oclobr' , c'est la giierre que vous faites, et c'est vous (jui avez eu le tort de l'agression. L'embargo mis sur les navires hollaudai-, celait une décla ation de guerre a la Hollande, c'était un premier acte d'hostilité, acte non autorisé par le traité du i5 novembre : toute disliuc'ào;i que vous voudriez établir a ce sujet, aujourd'hui serait puérile et misérable. La H )llandc, attaquée eu-dehors des stipulations de ce traité, reprend tous ses droits ; elle est libre de vous combattre par tous les moyens en son pouvoir; et il n'est pasdouteuK qu'elle ie fera : il n'est donc pas ])résainable qu'elle laissera enlevei- la citadelle sans lui porter secours. Avec qualre-vin^t mille liommes disponibles, elle peut ou livrer bataille, ou faire une diversion sur les flar.cs de notre armée, qui la force h lever le siège : repo'.Fsée, elle se réfugie dans ses marais, rendus inabordables paries jnondilions; et la, ellealtend \^m occasion plus favorable: victorieuse, en deux jours elle occup'.: Bruxc'hs, chasse Léopold , et fait sa restauration en Belgique : mais dans tous Jes cas , victorieuse on vaincue, elle sait que la guerre générale cs\ au bnut de notre téméraire entreprise; et celte pensée l'encourage, la soutient, et la fait persévérer dans sa noble résistance. Et il est digne de remarque que toutes h s éventualités de cette guérie sont contre nôiis , et eufiveurdela Hollande; nous sommes enchaînés par la lonvenlion de Londres, et la Hollande n'est liée pa • rien. La citadelle d'ylnvcrs, voila le nec plus ultra de notre entreprise ; voila la limite posée a nos exploits; et ce succès atteint , lien n'est décidé, cl l'armée française ne peut pas même occuper la B. Igiquo [îour assurer sa conquête!... Que la position de la Hollande est bien diiTérente! On peut dire que c'est quand notre armée sera rentrée en France, que la guerre comn)cncera pour elle. Alors l'armée hollandiise rentre en Belgique, bat larniée de Léopold, et vient a Bruxelles dicter les conditions de la paix. En un mot, notre entreprise restreinte à ia prise de la citadelle, est sans résultat; le succès est sans proSt ron;i:!c sans gloire, et \n\ seul revers aurait des suites incalculables. Pour la Hollande, au contraire , qui n'a pas eu le tort de l'aggre^sion , Je champ est libre pour la défense comme; pour l'attaque, cl ce champ est fécond pour elle en résultats avantageux; car, soit que '^^on armée lasse ui;e diversion ou attaque la nôtre en baîaillc rangée , soit qu'elle attende notre départ pour attaquer à son tour, l'avenir e:t pour elle plein de chances favorables.
Ainsi il reste établi que le sucrés mémo de notre opéraliou ne mène a rien et ne termine rien, pas même la giuure, comme on voudrait le faire croire ; ainsi , le /irogrummc réalise , la Citadelle prise, et mise aux maius de Léopold, la Belgique évacuée par notre armée y tout cela ne donne pas la paix, caries questions litigieuses l'csleut pen»
dénies, les causes de roUision subsistent toujours : au contraire, la guerre, finie pour la France, ne Tait que commencer pour la Hollanrle; et alors la Belgique, abandonnée à '^os propres forces, venait jM'obabliment s'effectuer une r<statnaiioii ; et si la Fiance voulait oncore intervenir, ce serait le signal d'u le guerre générale; ces prévisions sont celles de tous Its hommes politiqties , ei l'on d .it s'clonner qu'elles n'aient pas été celles des nouveaux niiijistre« de Louis-Philippe; ou ne peut en vérité comprendre quel mauvais tjénie a pu les pousser à courir les chances d'une entreprise aussi ridicule; les doctrinaires ne sont cependant pas assez, stupides pour n'en pas avoir prévu toutes les ■conséquences; comuient donc croire que de gaieté de cœur, pour se maintenir au pouvoir, ou par orgueil peut-être, ils aient osé lancer le cliar de la révolution de juillet dans une carrière "^l remplie d'écucils, et cil, à chaque pas, tout deviemlra périls pour elle? Ils ont ouvert les portes du temple de la guerre, sans être as-iurés de pouvoir les refermer pli. s tard; celle qu'ils entreprennent est non seulement sans ;jrofits poiu' la France, mais on peut dire qu'elle est sans honneur pour t.'ile ; la honte peut être encore a côté du succès; car notre jirmée est sous la tutelle d'un cotumissaire anglais ; et ce n'est pas , après to it , pour la patrie que le sang français vq couler. Quoi qu'il en soit , le sort eu est jeté; ils ont IVanciii le Rubicon, et sans s'en douter ils ont brisé peut-être les chaînes qui retenaient deux restaurations : celle de Belgique nous paraît désormais inévitable, celle de France ue saurait se laire attendie 1 1
Royalistes des deux pnys, soyez attentifs; la révolution e\ Vvsuri pation touchent a leur ternie; nu avenir meilleur s'avance a grands pas; sachez le hâter et le conquérir; ralliez-vous, vos drapea x réclament votre présence. Belges, vous trouverez le vôtre dans la citadelle d'Anvers; Francaii, il faut délivrer le vôtre, il es\ captif àinis la forteresse de Blaye î
PERSIL - FOUQUÏER - TINYILLE.
Quel est donc cet homme au teint blafard, à la mine toujours renfrognée , a l'air sonilue et farouche, a la figure de tigre, au ton aigre et tranciiant; cet homme dont les yeux, dont la bouche demandent du sang, toujours du sang; dont on redoute l'approche , qu'on craint plus qu'o n'aime même dans l'inlimilé?... — • Crt homme, c'est Péril, le procureur -généra! , le Fouquier - Tinville de nos jours. — Maïs cet nomnie si sévère pour les autres, qui semble haïr le crime, qu'il poursuit chez les autres, qu'esl-il d aie? quelle est sa vie?
Elle doit êl'e bien morale, h,ien exemplaire, cette vie. Sans doute il n'a jam-iis trahi ses sermens, ses ûeyo'ws à' honnête homme , d'(i<.'Ocat, (VamiP — Ses <;ermens? il en avait prêté, et il les a trahis. Ses devo rs d'avocal? allez demander a ses cliens les nombreuses exactions qu'ils ont a lui reprocluu'. Ses devoirs d honnête homme? sans conscience, sans pitié , sans honneur, i\ eût vendu son père comme il a trahi sou roi. Ses devou-s à'amitiéP il vit depuis quelques aimées en concubinage avec la femme d'un avoiie, de ?es amis, qu'il a débauchée. Ses moeurs? il n'en a pas; il affiche le libcrlinage le plus eff-onté. Homiue san« foi, sai'S !)oruieur, sans religion, sans cous. dération antre que celle de légiste, voila celui qui est rivêlu d'-s haut s et rigii'<-^ fonrnons de procureur-général! voila l'homme a qui sort confiés l'honneur, la vie, la réputation des familles! Ou peut dire de cet homme qv'il n'a point tl'amis; son cœur est dur et cruel, et son vi«;age ne dément point son CTipur. Aux temps de la terreur, Fouquier-Tinvillc n'eût été (ju'un -'—^- (|i)prM9 du procureur Persil; il eût été dépassé co cruautés.
L'ÉLOQDTiNCE DU JCSÏE-MILIEL'.
Qui l'aurait cm ? M. Jarqucminot éloqiu-nt ! c'est le Journal clea dé^ hais fini le dit. L'élociueiice ào M. Jacqueiii.nol , oli ! la Ijoiiiir plaisanterie! Pour G: lit' a coups (le sabre, je ne dis pas; mais puur i'éloijuciice de tril)mic, RI. JaLqucniinot est de la force de MM. de Marniicrs, Ganneroii, ïouilou, Levrauit, I.obau , iSoult, Roui , Mahul, Madier-Moaljau , Robiueau , Lebougon et autres ejasdein farince.
LE DÉÎ UTÉ JOLLIVET.
M. JoUlvet de Rennes a sans doute pris la Chambre des députés pour son parquet, en vci:ant a It tribune libeller insolemment un 'équisitoire violent contre deux de ses callè^ues, ?:1M. B.^ri-yer et Garnier- Pagès. On peut dire de lui qu'il s'est lait le procureur-général de Ja dénonciation et de la calonmie» et qi-.'il a rappelé les beaux jours de la Convention et la personne de ['accusateur public ; mais c'est la Co;ivention avec le courage de moins et la ir^cheté de plus. M. Jollivet a reçu la leçon qu'i! méritait : il est jeune encore, puisse-t-elle lui siffire et lui profiler '. puisse-t-il ne plus oublier que, sans l'indépendance complète du dépMlé, et sans l'irrespotisalKlité de ses opinions, il n'y a plus, de Chambre, il n'y a j)lus de liberté, il n y a plus en un mot de gouvernement représentatif !