‹ [Les Cancans]Chapitre 3 sur 297 · LE VOEU D'UN FOU · texte numérisé non relu

LE VOEU D'UN FOU

vSi le budget est deux fois plus fort qu'il n'était , tant mieuX'; Si les londs sont baisses de moitié, tant mieux ; Si les banqueroutes ^e multi^)lieut , tù'ut inieux ; Si les ouvriers manquent d'ouvrage et de pain, tant mieux ; Si nous avons une guerre générale , tant mieux; Si nous n'avons pas la guerre, mais la boute} tant mieux; Si nou> avons des troubles et des émeutes, tant mieux ; Si quatre-vingt mille Français iont obligés de garder comme ui» pays ennemi la moitié de la France, tant mieux, Pourvu que le ju^te-milieu nous reste.

Le jiisle-milieu est un animal (jiii a cent bouches poj.U' meutn- et pour manger. La belle, la bonne chose que le j'usle-inilieu !

Eœtrait au Discours du générai Lamarque.

« Après avoir sacrifié l'Italie et l'Autriche, vous sacrifiez la Belgique à rAngleterre ; et ici ne venez pas nous dire que c'est une guerre de principes : jamais opinion ne fut plus unanime. J'en oppelle à lou-> mes collègues , il n'esi pas une ville, un village, un hameau où l'on n'a il vu avec indignation un prince anglais assis sur le trône do la Belgique.

« Le sang iraiiçais, a dit !e iniuistèie , ne doit cœder que pour la France ; et vous allez le répandre pour un prince e'iranger. (Sensation.)

« Cette politique ignoble <|ui sacrifie les Polonais nOMS fei'a assister avec quinze cent mille hommes, l'arme au bras, aux iunéiailles du p,euple le plus héroïque qui ait jamais c>oinbattu pbur son indépcMidauce.

M. le gdneral Lainarque ne .'ait donc pas la nouvelle officielle; il n'a donc pas vn les illiiminalions. Tl n'a pas vu sans doute, le jour de la fêle, comment le paillasse des Funambules et celui de M""^ Saqiii travaillaient les côtes à ces pauvres benêts qu'on avait habilles en Russes et en Pnissieus par ordre de M. Vivien. Si ce n'est pas là secourir les Polonais, je ne m'y connais pas !

Des dcpre'dations sans exemple , des vols multipliés se commettent dans la ville de Sarlat et dans les environs. Quels en sont les auteurs? Si nous en croyons l'avis que le maire a fait publier à son de caisse, les liabitans n'ont qu'une voix poiuaccuser les reTugies espagnols. Et c'est à ces hommes que le juste-milieu , par ordonnance du ip juillet , vient d'accorder un cre'dit extraordinaire de 200,000 fr.! Que donnera-t-on à nos ouvriers français qîii ne volent pas et qui sont sans ouvrage?

« La royauté légitime est cette royauté indépendante qui a protégé nos pères, et de laquelle seule la France a reçu tout ce qu'elle a jamais eu de liberté et de bonheur.»

Devinez qui a dit cela. — Belle question! c'est un carliste. — Non , miinsieur, c'est un 221 (i). Pauvre peuple ! et tu crois ce que ces hommes-là te disent aujourd'hui !....

« Eh qdoi! le barbare a osé insulter le consul de la France, et lui donner un coup d'évenlaii. Vite, me» braves, aux armes!.... » Et les braves s'élèvent, et trente vaisseaux déploient leurs ailes, fendent les flots, et déposent sur la plage africaine

trente mille de nos guerriers C'était par un soleil brûlant ;

point d'eau , point d'abri.... ; un désert immense! !! «J'ai soif, » disent les soldats; et le général, qui comprend, les mène au combat.

Bientôt un bruit aftreuï se fait entendre, un cri de gloire lui succède , et annonce au monde entier que le drapeau vainqueur flotte sur les murs d'Alger ; car l'Angleterre n'était pas la! On a beau dire, il y a de la gloire dans tout cela. Mais , attendez — ; ne voyez-vous pas la-bas ce bonhomme à qui l'on admmistre le fouet poru' .ses méfaits!' Heim! ne pourrait-on pas!.... Oui, morbleu!.... c'est un citoyen! Il appartient bien à ce monstre de laire fesser nos citovens! Holài une flotte, des soldats! Non, r^on, point de soldats ; un diplomate, cela vatit mieux.... Et les vaisseaux déploient leurs ailes; mais le diplomate, qui n'aime pas le sang, arrange l'affaire avec le monstre , et le drapeau flotte iuv les murs de Lisbonne. Je me trompe , il ne flotte que sous

(ORoycr-CoUard.

lies murs de Lisbonne; car l'Angleterre, notre alliée, est là. Elle nous aime bien , l'Angleterre !

Maître Persil , procureur en la cour, Frappe' d'un coup qui lui bouche la vue, Au me'decin demandait l'autre jour Si l'on pouvait y mettre une sangsue.

Le remède , dit-il , peut arrêter le mal ; Mais , entre nous , je doute qu'il opère ,

Car je crains bien tjue l'animal Ne prenne pas sur la peau d'un confrère.

Il y a eu un an le 8 fructidor, à deux heures trente-cinq mi-, imtes du soir, que nous sommes redevenus Gaulois.

Ce n'est pas pnr la grâce de Dieu , vous le savez , qu'on peut redevenir tout à coup Gaulois ; ce n'est pas non plus par le concours des grandes et hautes puissances, ni de leurs diplomates , qui ne savent pas même comment on s'y prend. C'est uniquement par la vertu énergique et irrésistible des paves , auxquels on joint du sang de peuple.

Donc , à deux heures trente-cinq minutes du soir, tandis que les paves reprenaient docilement leur place, que le sang du peuple séchait au soleil sans réclamer de salaire , et que le sauveur Dupin savourait avec délices les félicitations du juste-milieu naissant, qui ne tarissait pas sur sa bravoure, et s'étonnait surtout du coursge avec lequel il était sorti de sa cave sans chandelle et sans blessure ; en ce moment, dis-jè, on vit paraître au milieu de l'assemblée un descendant en droite ligne du célèbre Kokobai'dus, qui s écria d'une voix ferme et sonore: « Je suis républicain ! je l'ai tou jouis été, et je jure mes grands flieux , citoyens , que vous êtes dignes de vos aïeux les Vénètes. » A ce mot de Vénètes, il sëieva un grand murmure dans l'assemblée , et chacun se demandait d'un air inquiet : « Quels Vénètes? quels Vénètes? » Le descendant , qui s'aperçut du mauvais effet que son discours venait de produire, reprit d'une voix toujours forte et sonore : « Oui , vous êtes dignes de ce vaillant peuple des Gaules dont vous êtes les hoirs, les légitimes successeurs; c'est pourquoi vous allez tieveni" grands, libres , îieureux ; et votre pays , renouvelé des Gaules, deviendra flolissant au dedans, ie.>>peclé .m dehors, par la paix de l'Europe (jui hera de plus en plus allermie. Je vais prendre des mesures en onuséqueiice.

(1 Quant avons , peuple illustre, vous n'avez rien à faire dans tout cela : retirez-vous sans bruit, sans confusion , sans émeutes; (picceux d'entre vous qui n'ont ni pain ni ouvrage se reposent et illuminent , jjarce que rillumination égaie l'espi'it, et qu'il est sûr et certain que les yeux tjui se j)Orlent en l'air pour

voir l'cfFet des lampions, b'élcMrerit naturellement au-dessus des petilts mkères d'ici bas. »

Ainsi parla le descendant de Rokobardus, et le peuple cria : Bravo! et de son dernier sou courut acheter des lampions et fusées chez l'e'picier.

M. Mar&hal , l'horloger de la rue Saint-Denis , a e'ie' mis en liberté'. Voici pourcjuoi :

Attendu que M. Mare'chal n'est pas eau.-* des trois jours d'e'meutes tpii ont tant afflige le cœur dej ministres;

Attendu qu'un horloger, par son état, est toujours un homme du mouvement ;

Atlendu, enfui, que, uialgre' les recherchés les plus scrupuleuses, M. Persil n'a pu trouver chez lui (!e ressorts cache's, la Cour l'a déclare' non coupable.

Que fait-on dans la Chambre? En voici un e'chantillon.

« Affreuses saturnales ! excès épouvantables ! misérables actes

de destruction ! Je veux parler du renver^^emeiit des croix

Et ne croyez pas, pour cela, que j'aime les croix; non, j'aime nutant Brama et Boudha.

oJe trouvai l'Arcîievêclx; garde par un poste de brigand-s et d'incendiaires ; je vis des ouvriers occupe's à tras'aille.r sur le comble de la cathédrale , d'où il pleuvait alors sans relâche des pans de mur> des volets , des meubles , 'XQ'i chemine'es , d'immenses portions du toit.

« Je vis aussi des gnrdes nationaux qui, étant en trop petit nombre pour rétablir l'ordre, piUaienl la bibliothèque, et jetaient tout par les fenêtres.

« La croix de 1 Archevêché tomba au milieu des rugissemens de joie el d'une expioj>ion d'applaudissemeui. C'e'.t pourquoi je dois rendre à la fotile innombrable du peuple qui nous pressait , la justice de dire qu'elle iie dciiaundait e£i aucune nianièrc te. renversement.

— a Qui donc le demandait?...

— « Je déclare que la cioix de la cathédrale de Paris a e'té abaltue par ordre de l'autorité.

— a Qu'entendez-vous par l'autorité'?

— « J'entends les hommes qui vivent sur le budget, et qai , par cette raison, .sont obliges de veiller au maintien des lois, à la sûreté des citoyens , à la conservation des propriétés.

— « Répondez, messieurs de l'aulorité. Vous, monsieur le jM'éfel , par exemple , pour votre part du budget , vous êtes chargé de la conservation de^ monuu;ens?

Le préfet. «Mesi)ieurs, il e»t très-fâelieux de réveiller le chat qui dort; mais, puisqu'eulin il faut vous répondre, je dirai (jue je n'ai [)as donné d'ordre.

— « Et vous , monsieur le procureur du roi, vous êtes aussi un ami du budget : parlez.

Le pbocureur. « Je vais donner des fxplications On ne

m'a dénonce' personne, ce jour-là. (Marques gene'rales d'c'tonnement. )

— « Dans ce cas, monsieur le ministre, c'est à vous de nous instruire.

Le ministre. « Je ne suis pas plus savant que l'année dernière.

— M Vous verrez que nous ne saurons rien !

Le proctjeetjr. «Pardonnez-moi, messieurs; je me rappelle avoir donne' audience à un dénonciateur pie'montais, qui, interroge' sur les circonstances , a re'pondu positivement ces mots : Je ne saurais dire.

— « Oh! à la bonne heure ! tout est c'clairci. »

Le roi de Hollande , qui avait entendu parler des seringues du juste-milieu , a cru faire plaisir à notre gouvernement en lâchanf ses e'cluses.

Toutefois , il a poussé la galanterie jusqu'à faire demander au ge'ne'ral Ge'rard si son armce savait nager.

Le 3o juillet i83o, un homme a e'tc battu pour n'avoir pas mis à son chapeau la cocarde aux brillantes couleurs de Jemmape.<; ; le ï4 j'iiHet i83i , on l'a rebattu et mis en prison , parce qu'il en avait une : il demande celle qu'il doit porter.

M. Vivien ne craint rien tant que de voir planter des arbres de la liberté sur les places publiques. On ne conçoit pas cela de la part d'un homme qui aime tant à mettre les gens à l'ombre.

Si, au lieu de peupliers, nos rc'piiblicains avaieat voulu planter des arbres à fruits, notre gouvernement ne s'y serait pas oppose, lui, comme on sait, qui ne se bat pas pour des prunes.

Le stokficbe est un pois on qu'il faut battre long-temps avec un maillet pour qu'il devienne bon à manger. Pau-vre peuple !

Nous avions cru qu'après la come'die de quinze ans , nos acteurs se seraient reposés : pas du tout ; les voilà en train de jouer la petite pièce.

M. Ptrsi! s'est donne un violent coupa l'oeil droit, en de'cliargeantsou pistolet en l'air; c'est impardonn.ible pour \\n homaae qui est liabilue à tirer comme cela. Que Dieu lui conserve son coup d'oeil droit !

Un Juif a fait, hier, un signe de croix en apprenant que le cholera-morbus approchait.

Nos liorames d'Etat ne voient pas d'autre moyen, pour nous tirer du mauvais pas où nous sommes, que d'éclairer le pays : cela se fera sans doule an gaz. ,

Un journal a dit que notre gouvernement était trop vertueux pour garder la Belgique. — Il fera donc de nécessité vertu.

Aia : Enfoncé, enfoncé.

Les cancans , les caucans Amuse'it les bonnes gens.

Les cancans, les cancans Sont faits pour passer le temps.

C'est quasi la re'publique , A* dit le grand citoyen.

Prenez, prenez sans réplique, Français .' ça ne coûte rien.

Les cancans, etc.

Vers un temps doux et propice Nous avançons à grands pas , Mais c'est à pas d'c'crevisse ; Pe'rier, ne confondons pas.

Les cancans , etc.

Ce fier banquier, ce grand homme Plein d'audace et de crédit , En six mois , regardez comme Il est devenu petit.

Les canons , etc.

« Que fei u Votre Excellence Pour nos braves des trois jours ?

Ils sont tous dans l'indigence

— Je vais leur faire un... discours.

Les cancans , etc.

« Vous e'tiez dans l'esclavage , Sans liberté, sans espoir.

— J'étais gai, j'avais d'I'ouvrage.

— On ne peut pas tout avoir. »

Les cancans , les caucans

Amusent les bonnes gens.

Les cancans , les cancans Sont faits pour pas-er le temps.

PARIS, IJIPRIMEUIB DE DECODRCHANT , ROE d'eRFOHTH, h° 1.

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