UN FLANEUR
comme il/ en a tant aujourd'hui.
L'Employé. — Eh ! bonjour , m,onsieur Mayeux.
Mayeux. — Appelle-moi citoyen , et souflVe que je te tutoie ; nous autres rcpublicains , nous n'aimons pas ces formes aristocratiques ou bourgeoises. Egalité, t de D... ! voilà notre
devise.
L'Employé. — Et depuis quand ne serait-ce plus la nôtre, citoyen Mayeux? lious n'avons tous qu'à y gagner. 11 y a uri
,"n que le gouvernement ne travaille iun(|iicmcnt qae pour cela ; aussi marche- 1- il franchcmenl 'Vaprès Je principe de la révolution.
!VIayei;x. — Il est drôle avec son piiucipe 1 Quoi ! lu oses me parler de ton annc'e de mensonges et de malheur du ton dont je parlerais , moi , de la grande semaine ! Tu me prends sans doute pour un 22 1. Est-ce donc, faiseur de protocoles, parce que nous sommes Ions cgalement dans la dc'bine, que nous sommes égaux. ''Et qu.ind tu viens nous ctaler toute ta sale besogne et nous vanter le bonheur que tu nous .-)s procure, crois-tu donc que, Jean -Jeans éternels, nous allons gober ça ? Va , tiens, n'abuse pas de notre patience; nous voyons clair aujourd'hui; et, je t'en avertis, s'il vous prenait fantaisie de continuer votre
come'die de quinze ans, nous la sifflerions, ou, t de D...,
vous ferions baisser le rideau à coups de pavés. Ah! si j'avais pu monter sur une borne comme un journaliste, je te promets que j'aurais fait une belle harangue le 3o jliillet : le diable me redresse si je ne me méfiais pas déjà de tous ces farceurs -là. Brave Lafayette! pauvre grand homme! quelle prussienne ils uous lui ont tournée ! Et dire qu'il n'a qu'un bout de ruban
ble«i pour toute consolation! T de D..., ah! j'enrage; en-
cpre si l'âge ne l'avait pas rendu un peu Jobard; s'il avait encore son ardeur et son cheval de 92 , comme il vous thermidorisei-ait toute cette clique! Tiens, demande plutôt à La Grenade; il en a vu , lui , des couleurs depuis 92 ; il a servi le petit chapeau , et il s'y connaît. Dis donc, La Grenade , n'est-il pas vrai qu'après l'autre qui est niort là-bas, le plus grand, c'est notre ancien?
La Gr'Eitade. — Comme tu dis, mon fils : deux grands hommes , deux victimes de juillet! Mais, ne parle pas du Caporal; tu sais , je pleure comme un enfant quand je l'entends seulement nommer : c'est celui-là qu'était un républicain fini!
Mayedx. — Ohl quand je dis, républicain ; en 98 , et
voilà tout; mais depuis il a furieusement tourné le dos
La Grenade. — Comment, tourné le dos? Napoléon tourner le dos ?
Ma YEUX. — Oui , il a tourné le dos à la re'publique.
La Grekabe. — En es-tu sàr? car ça me paraît fort de sa part.
Mayeux. — Oui ; mais comme bien d'autres aussi , pour arriver là , il s'était fait républicain , ainsi que le prouve certaine letlre de Toulon dont j'ai bonne mémoire.
La Grehade. — Quelle let'ic? Vovons cette lettre.
Mayeux. — Ecoute.
« Citoyens représenlans, c'est du champ de la gloire, mar- « chant dans le sang des traîtres , que je vous annonce avec « joie que vos ordres sont exécutés: ni l'âge ni Je sexe n'ont été « épargnés ; ceux qui n'avaient été que blessés par le canon ré- « publicain ont été dépecés par le glaive de la liberté et par la
u baionnelte ile IVgalite. SaJul et acimir;ifioii. Sig/ic Jiavrvs u Bonaparte, aifcj'&n snns-ciilotte. » Frimaire an II.
Qu'en dis-tu ?
La Ghejvade. — Cest court', mais c'est fernoe.
L'Employé. — C'est dégouttant de sang; ça me fait mel au cœur.
Mayeux. — T.... de D..., ce qui me fait niai au cœur à moi, c'est ton iuste-milieu ; c'est ericore ton gouvernement à bon marche' de 1600 millions que tu nous plantes sur le dos. C'e'\ail bien la peine d'aboyer quinze ans cotjtre les 900 millions de la i^htauration ! Nous voilà joliment sa uve's!
L'Employé. — Vous ne serez content, citoyen Mayeux, que lorsque vous verrez dresser les p'chafauds.
Mayeux. — Donne-nous toujours notre programme, et ne t'M)quiète pas du reste.