‹ [Les Cancans]Chapitre 32 sur 297 · VENTE PAR AUTORITÉ DE JUSTICE · texte numérisé non relu

VENTE PAR AUTORITÉ DE JUSTICE

Le public est pre'venu qu'il sera proce'de', jeudi prochain, au palais du Luxembourg, à la vente d'une quantité' de bardes, défroques, vieux effets, etc., provenant de la succession de défunte dame Paieinette, morte du 7 août, sans postérité légitime.

Ladite vente consistant :

i" En chapeaux retapés à neuf, surmontes de plumes de couleur changeante, teintes, dcteinte's, et reteintes plusieurs fois, suivant l'opportunité des temps et les bénéfices à recueillir ;

2° En nombre égal de perruques à circonstances, convenant à toutes sortes de déguisemens, métamorphoses et travestissemeus : les dites perruques, réduites à la Titus par les ciseaux du despotisme impérial, avaient e'te' restaurées sous les Bourbons, ce qui

«îonnera aux acheteurs la facilite de les porter avec ou sans queue.

3° En jolis petits manteaux sénatorio-re'publico-monarchiques doubles d'hermine, parsemés d'abeilles, fleurs de lis, e'toiles gauloises, etc., très-susceptibles de recevoir encore d'autres allégories politiques.

4° En un assortiment de vieilles e'pe'es , recommandables par le long et pacifique usage qui en a ëte' fait dans les salons ministériels, antichambres de consuls, d'emperenr, de princes, de rois, etc., aussi bonnes que neuves, et convenant merveilleusement aux suisses de catlie'drales , musiciens, huissiers de chapelles, etc., etc.

5° En plusieurs drapeaux dits conquis sur les ennemis, trèspropres aux décorations des théâtres forains, parades, exercices gymnastiques, convois de grands hommes et ce're'monies de toute nature, destinées à ramener 1 esprit public à des sentimens favorables au parti qui donne les places, les pre'rogatives ou l'argent.

6" Enfin, en une énorme liasse de parchemins et papier de rebut, composée de discoiu's d'ouverture, complimens de condoléance et d'avènemens au pouvoir, pour républiques, empel'eurs et rois passés, présens et futurs ; félicitations sur la naissance des princes, avec variations et accompagnements pour toutes les circonstances; proclamations en faveur des vainqueurs quelconques, arrêts de justice pour ou contre, au choix ; chansons de table, hymnes patriotiques, républicains, impérials, monarchiques, etc., le tout destiné à être vendu au poids pour l'usage des boutiques et autres lieux... , pourrait être recueilli avec soin par des amateurs. Les girouettes des siècles futurs, les Sémonville , les Talleyiand, les Pasquier à venir trouveraient dans cette précieuse collection des enseignemens pour tous les cas politiques possibles, des iormules laudatives ou diffamantes, selon les circonstances, pour toutes les espèces de pouvoirs.

On vous offre la Belgique, je vous défends de l'accepter, entendez-vous? (^11 s'incline). Bien, très-bien; on fera quelque cho«e de vous... Maintenant il faut laisser faire les Autrichiens CD Italie, ou si non....

— Mais....

— Pointdemais; je l'exige (^Jl s'incline.) Bieu, très-bien.... Qu'est-ce encore que celte flotte que je vois, hein?.... Vous

ne voulez pas répondre ?...

— Que dire? Dieu mt* pardonne, vous perdez 1 esprit. Avezvous pu penseï- que je souffrirais...

— Re lirez, rentrez. Ou dira ce que l'oti voudra ; q'ie lu'im.; porte ; arrangez-vou-î

— Ah! pour Dieu, ne parlez pas sr haut; je vais leur faire accroire que c'est moi qui l'ai voulu.

— C'est cela ; mentez si ça vous arrange, libre à vous.

— Ensuite, si ça ne vous gônait pas tiop, je ferais quelque chose pour la Pologne....

— Comment ! que dites-vous?

— Allons, ne vous fâchez pas... Je dis... que, si vous vouliez avoir égard à ma position ; car, regardez, je ne suis pas tout à fait le maître,... je ferais semblant d'aller en Pologne,... rien que semblant... Vous entendez.

— Si vous bougez, vous êtes mort-

— Aye.'aye! que je suis mal à mon aise!... Les entendez-vous crier? Ils veulent absolument q.ie j'entre en Belgique... Je ne puis faire autrement, et... et... et m'y voilà pousse'.

— Ah ! pour le coup, trère, vous allez me le payer ! A moi cosaques, liullans, baskirs...

— Atlendez, attendez, j'cvacue... Ah! les diables d'hommes! Ce:^tegal, je n'y consens pas. Vous entendez vous autres, je

n'y consens pas... ; votre gloue est à couvert. Non ! non ! je n'y consens pas.

Otez votre chapeau, s'il vous PLAIT. [La scène est dans la rue de Rivoli, dimanche dernier, pendant la revue. ) Olez vos chapeaux messieurs (s'e'crie un officier d'ctat-major )F Otez vos ch^^e^ux^ s'il vous plaît. Dites doue, monsieur le de'core' de juillet, voulez-vous bien ôter votre chapeau! — Je ne veux pas l'ôter, je ne veux pas Tôtei', moi !

— Messieurs, voulez-vous bien dire à cet autre vieux monsieur d'ôter son chapeau, s'il vous plait?

— Je ne l'ôlerai pas, monsieur ; c'est un parti pris, et c'est une alfaire de conscience!

Alors allez-vous-en, monsieur, ou mettez-vous derrière les autres ! c'est bien la moindre chose !

— Ah! mon Dieu, monsieur, je ne demanderais pas mieux que de m'en aller! Je ne suis pas ici pour mon plaisir, je vous assure ! et si vous voulez me faire ouvrir la ligne de vos dragons de la Charte, vous verrez que je n'y resterai pas long-temps!

— Monsieur, de'pêchez-vous d'ôter votre chapeau 1 vous ne voyez donc pas. . . ?

— Je ne vois rien, monsieur, parce que je ne regarde pas ; et ce que vous devriez voir, c'est que j'ai le dos tourne'.... !

— Vieux entête que vous êtes !... vous mériteriez... ! Et vous donc, monsieur le jeune homme.., ! C'est à vous que je parle, à vous qui êtes monté sur la borne !... Voulez-vous bien ôter yolie cnapcau , s'il vous plait?...

■^Je ne peui pas 1 ôter, monsieur.

— Comioent! vou^ ne le pouvez pas?

— Il ne m'est pas possible d'ôter mon chapeau, monsieur !

— Et pourquoi donc, s'il vous plaiû

— C'est que je suis quaker., et qu'en vertu de la Chai te-vcrite'....

— Monsieur le commissaire (interrompt brusquement l'officier), allons, s'iJ vous plaît, découvrir la têle à un j)aroissien de l'Assomption, qui vient de se fliire quaher^ afin de ne pas ôter son chapeau. . . .

(Les deux fonci ionnaires se mettent en mouvement avec un air d'into'e'i anre et d'hostilité' tout à fait attentatoire au libre exercice de lareligion du grand Penn, ancien ami du grand Lafayelle; roais ils se sont arrêtes, en observant que la grande majorité des spectateurs paraissait avoir embrassé subitement la raênie doctrine que le jeune homme. [La Mode,)

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