‹ [Les Cancans]Chapitre 53 sur 297 · LES DEUX REVOLUTIONS · texte numérisé non relu

LES DEUX REVOLUTIONS

Dialogue entre une mire et sa fille.

— Bonjour, ma mère. — Bonjour, ma (i!!e. — J'n: bien froid , ma mère. — Ah! c'est votre faute ; il fallait mieux choisir votre temps. Quand on n'est pas mieux nippée que vous, on attend le soleil de juillet. — Vous en pariez bien à votre aise ' Ne savez-vous [)as que la fasm (basse le loup du boi> ? 11 n'y avait plus moyer) d'y tenir; i! fallait vi^ne en trcwaillanl ou mourir eu combttttant. — Et vous avez combattu. — Tiois jours, ma mère, ni plus ni moins, autant que vous. — Ah! ah! vous voilà grande fille. Et avez -V( us eu le lendemain bien des doctrinaires à volie porte? — Jusqu'à ) récent, je n'ai pas voulu les ée* uler. — Je ne m'élouîie plus, mon enfant, s ils ;^(nt si furieux contre vous. — Que m'im| orle! furieux ou non, il faudra bien ipi'ils n.e laissent faire, et(pi'i!s m'accordent les mêmes honneurs qu'à vous. Je prétends au?si être appelée mémorable, glorieuse, héroïque. — Pauvre enfant! ça n'a pas de quoi faire la fortune d'un seul doctrinaire, et ça prétend aux honneurs! Vous n'auiez que des coups de sabre et Au mé|!ris. — Et pouiquoi, s'il vous plaît, n'ai -je pas les mêmes droits que vous? L'insurrection n'est -elle pas toujours le plus saiit des devoirs?... C'est pourtant notre grand-papa qui l'a dit. — A la bonne heure! mais aVL'C votie drapeau noir, mou enfant, vous ne pourrez jamais allei' bien loin. — Hélas! ma mère, le

vôtre, tout brillant qu'il est, n'a jamais pu passer la frontière.

— Taisez-vous , mauvaise langue ; il a ele' dix jours en Belgique, et deux heures sous les murs de Lisbo me... Est-ce là tout ce que vous avez fait? — Pardonnez-moi , ma mère, j'ai f;iil des barricades comme vous ; comme vous , j'ai crie vive le peuple souverain! a bas les soldats qui tuent les citoyens! vive la ligne qui refuse de tirer sur le peuple! à bas les ministres et les coups d'Etat! et tout ce qu'on peut i.rier en pareil cas pour mériter des e'ioges. — C'est bien, mon enfant, je commencée croire qu'on vous respectera... Aurez-vous un budget?

— Certainement , je veux un petit budget. — Un petit budget! Taisez-voti., sotte, c'est Un gros qu'il faut avoir ; une re'volution a toujours un gros budget , c'est de rigueur. Ah , bien oui, un petit budget! Regardez donc le mien, de quelle taille ils me l'onl faitl Demandez, demandez un gros budget ; il faut profiter (hi bon moment : et si on he'-.ite à vous le donner, criez , criez bien fort; que vos avocats pe'roreut sur la gloire nationale, les dangers de la patrie , les trames de la congre'gation et les menaces dr. la sainte-alliance, la nt'cessile' de nombreuses baïonnettes , etc. Puis ayez force décorations à donner, force places à promettre, force phrases rontlantes h. dc'biîer ; et par-dessus tout, le télégraphe, ce divin, ce sublime moyen de gouvernement dans ce siècle des lumières. En un mot , suivez mon exemple; plus je demande , et pi is l'on m'accorde. Je viens encore d'obtenir d'assez jolis pots-de-vin : imitez-moi. Ah! ma fille, je vous le conseille, tandis que vous êtes jeune; profilez de tous vos avantages : qui sait ce qui peut arriver !

BIGARRURES

*^ On de'sarme à force... Qui donc? la garde nationale.

^'*"^ Notre banquier-ministre a commence' par mettre les évèmens de Lyon sur son brouillard La France vient de les

mettre sur son grand-livre.

^% On lit dans le Journal de Bourgogne : a Les voitures « du duc dOile'ans et du mare'chal Souk ont e'te' accueillies à « leur passage à Châlons par des houras de toute espèce contre « les ministres. PendanI le reste de la soire'e , des acclamations « du même genre se sont renouvele'es sous les fenêtres du « prince, de telle sorte qu'il a fallu vers minuit l'intervention « de la garde nationale, de la gendarmerie et des pompiers « pour faire évacuer la place. » Illustre triomphatetu* de la place Vendôme , grand Mouton-Lobau , que n'e'tais-tu là !

^^ Un coiffeur libéral se plaignait à son voisin le carliste de

n'avoir point d'ouvrage. « Ça mVtonne , répondit le voisin ; il y a pourtant aujourd'hui bien des gens de'frise's. »

{L'Ami de la -vérité.)

^*^ Le grand Casimir aime bien mieux voir prendre aux Lyonnais la Croix-Rousse que la croix de juillet.

^*^ Le juste-milieu a donne' l'ordre de faire arrêter toute la France comme suspecte.

^*^ Les canuts ont arbore' le drapeau noir : c'est une bien triste couleur. Que ne s'adressaient-ils à M. de Sc'monville ';' il leur en eût fouini un assortiment de choix.

^*j, Le gouvernement avait l'œil ouveit sur les ëvènemens de Lyon. Par malheur, il manquait là prunelle (i).

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